CHAPITRE VI
Le IX® siècle qui fut, dans le haut moyen-âge, la période la plus florissante et la plus féconde pour l'église franque, est aussi le moment où le siège métropolitain de Sens, grâce à sa situation politique et à la liante valeur des pontifes qui en sont pourvus, ai"rive au plus haut degré de la puissance hiérarchique, avec le privilège qui lui est conféré par le pape.
Magnus fut l'un de ces grands évèques qui secondèrent merveilleusement Charlemagne dans l'œuvre de la régénération de la France. On le compte parmi ceux qui fondèrent ou du" moins relevèrent les écoles élahlies dans leur église (1). Il était chapelain de l'em- ])ereur et il l'accompagna à Rome, lorsqu'il fut sacré par le pape Léon III, aux fêtes de Noël de 800. Magnus reçut lui-même peu après la consécration épiscopale (2).
Lorsqu'il vint à Sens prendre possession de son église, il s'arrêta au monastère de Saint-Pierre-le-\'if et il y passa la nuit, auprès du tomheau des martyrs. Le lendemain il fut porté solennellement à la cathédrale par le clergé et le peuple, au milieu de l'allégresse générale et du chant des cantiques. 11 est le premier archevêque de qui les chroniqueurs sénonais racontent l'entrée triomphale dans la ville, et cet usage fut suivi désormais par ses successeurs. Cette pensée de passer ainsi la veille de l'intronisation près du sanctuaire de saint Savinien, dénote, sinon la vivacité, du moins le réveil du souvenir du premier apôtre
(t) France Littéraire, IV, 230 et 426.
(2) Gallia Christiana. — Il existe plusieurs variantes fraiiraises de son nom : Magne, Main, Mange, Maguon.
des Sénons ; elle était bien propre à inspirer au nouveau pasteur les grandes vertus de foi et de dévouement à son son troupeau.
Charleniagne se voyant en paix avec tous les peujtles \oisins, voulut travailler avec un redoublement de zèle au bien de ses sujets et à l'extirpation des vires. Un des moyens qu'il employa fut d'envoyer dans les diverses provinces de ses étals des conunissaires impériaux, ou missi dnminici, ])our informer des malversations, réprimer les abus et rendre une exacte justice à tous, sans acception de personnes. Pour cette mission, il cboisit des prélats, des ducs et des comtes que leur caractère, leurs ricbesses et leur science mettaient à l'abri du soupçon.
D'après un capitulaire de l'empereur (1\ !\Iagnus fut désigné avec le comte Godefroy pour visitei", en 802, les provinces d'Orléans, de Troyes, de Lan^res, de Besançon et d'Autun. Une instruction détaillée leur prescrivait ce qu'ils avaient à faire. Voici ce au'elle contenait en substance pour les affaires ecclésiastiques : Il faut s'informer si les évoques et les autres personnes engagées dans les ordres sacrés vivent selon les canons et les comprennent ; si les abbés sont soumis à leur règle, s'ils la connaissent bien, ainsi que les lois de l'Eiîlise : si les monastères d'iiommes sont fervents : si la cbMure est observée dans ceux de femmes : si tout le monde paie la dîme aaix églises : si les évêques, les abbés et les abbesses ont des différends avec les officiers royaux. Enfin les missl doivent juger éffuitnblcmont les causes des églises, des veuves, des orplielins et des autres personnes, et, s'ils trouvent des abus auxquels ils ne puissent remédier, il en feront un rapport à la cour.
Charleniagne joignit à ce programme un capitulaire de trente-sept articles que les commissaires devaient publier et exécuter dans leur inspection. Il renferme des dispositions admirables, bien propres à faire
(\] Cf. B;.lu7.o. dans Migne, XCVII, col. 23i 'et suiv. — Concil ant. Gall. II, 2*5.
régner une bonne police clans toutes les provinces et à rétablir l'ancienne discipline parmi le clergé.
Après le refour et les rappoi'ts des rnissi domiiiici, Tenipereur convoqua à Aix-la-Chapelle, en novembre 802, une assemblée générale formée de trois réunions distinctes : celle des évèques avec leurs prêtres et leurs diacres, celle des abbés avec les moines qui les accompagnaient, et celle des ducs et comtes présidée par l'empereur. Les évèques dressèrent un capitulaire pour la conduite des prêtres chargés du soin des paroisses (1). Il fut décidé également que « suivant l'avis du Saint-Siège auquel on doit porter les causes majeures, » on supprimerait les chorévèques dont l'institution donnait lieu à beaucoup d'abus, à cause des prérogatives épiscopales qu'ils s'arrogeaient souvent sans motif. De même on l'établit la libej'té des élections épiscopales que, depuis un demi-siècle, le pape avait été contraint d'attribuer au pouvoir royal. Pour remédier à l'ignorance et à la dissipation dont le service militaire était la cause chez certains évèques, il fut réglé qu'en temps de guerre ceux-ci enverraient leurs vassaux armés et qu'il n'y aurait dans les armées que le nombre de prélats et de prêtres nécessaires à l'administration des sacrements. Enfin, les dîmes devaient être partagées en trois parts : la première pour l'entretien de l'église, la seconde pour les pauvres et les pèlerins, et la troisième pour le clergé.
Charlemagne, qui avait à cœur tout ce qui pouvait contribuer à la majesté de l'office divin, reprit la réforme commencée par Pépin et il introduisit le chant grégorien ainsi que la liturgie romaine dans les églises franques. Les chantres envoyés par le pape apprirent alors aux clercs à toucher l'orgue dont on commençait à .se servir dans l'office divin. Mais l'étude du chant n'était pas sans présenter de grosses difficultés. Jean Diacre, dans sa \^ie de Grégoire-le- Grand, raconte que la voix des Francs, retentissant
(1) Jager, IV, 281 et suiv.
en éclats de tonnerre, ne pouvait reproduire exactement l'harmonie des chants qu'on leur enseignait, « parce que la dureté de leur gosier buveur et farouche, au moment où il s'appliquait à rendre l'expression de la mélodie j)ar ses inflexions violentes et redoublées, lançait avec fracas des sons brutaux qui retentissaient confusément comme les roues d'un char sur les degrés d'un escalier. »
Pour remédier autant que possible à cet inconvénient, l'empereur obtint du pape deux chantres qu'il établit à Metz et à Soissons, et il donna l'ordre à tous les maîtres de chant des autres villes de leur présenter à corriger leurs antiphonaires sur celui de saint Grégoire et d'apprendre d'eux les véritables règles de la musique religieuse. Certains auteurs prétendent, d'après un passage de Galvanée, dominicain du xni* siècle, que Charlemagne avait établi des écoles de chant à Sens, ainsi qu'à ]\Ietz et à Orléans. Lebeuf rapporte ce témoignage sans y ajouter foi, et il ne semble, en effet, confirmé par aucun document contemporain (1).
Afin d'avancer le grand ouvrage du rétablissement des lettres et de la science sacrée dans le clergé, Charlemagne employa un moyen des plus ingénieux. Dans le but de pousser les clercs et les moines à l'étude, il leur fit proposer par écrit la solution de diverses questions sur l'histoire, le dogme, la morale et la discipline, et il adressa le recueil, en 811, à tous les métropolitains de ses états. Magnus, après l'avoir reçu, s'empressa de l'envoyer à tous ses suffragants, en les priant de répondre aux intentions du prince. Le pieux et savant évéque d'Orléans, Théodulphe, se mit à l'cFuvre et il dédia son travail à l'archevêque de Sens. Celui-ci étudia le même sujet et composa un petit traité qui subsiste encore. (2) On y voit que l'au-
(l| Cf. Chéresl, clans BuU.de (nSociélé des Sctences de l'Yonne, 1852, p. 22.
(2) Cf. Hisi. Lia , IV, 427 ; 463-464.
leur s'est nourri de la pure doctrine chrétienne. D'un style sobre et sûr, il explique brièvement et avec solidité ce que sont l'essence du baplènic et la signilication des cérémonies qui l'accompagnent. D'après cet écrit, le baptême s'administi-ait aloi's par trois immei'sions, et on le croyait nul s'il n'était conlcj'é au nom de la sainte Trinité. On faisait ap})rendre au catéchumènes non seulement le syndjole mais encoi'e les auti'es articles de la foi chrétienne. Toutes les cérémonies étant achevées, l'évêque conférait au baptisé le sacrement de confirmation })ar l'imposition des mains, puis il était admis à la parlici})alion du corps et du sang de Jésus-Christ (1).
Théodulphe donna sans donte aussi communication à Magnus de l'instruction j)astoi'alc qu'il adressa vers ce temps à son clergé diocésain, et qui était remplie des plus sages règlements. « Je vous en supplie, frères bicn-aimés, disait-il en commençant, travaillez avec un soin très vigilant au progrès spirituel et à l'amendement des populations qui vous sont confiées. Montrezleur la voie du salut, instruisez-les et par vos paroles et par vos exemples, afin que, avec l'aide de Noire- Seigneur Jésus-Christ, nous ])ortions un jour à Dieu de riches gerbes cueillies parmi les peuples et en nous-mêmes. >) Il continuait par des conseils pi'atiques et des presc]*iplions proju'cs à leur enseigner le moyen de se sanctifier eux-mêmes ainsi que leui's fidèles et de maintenir le bon ordre dans leurs paroisses (2). Mentionnons seulement l'article vingtième où il recommande aux curés d'établir des écoles dans les villages et dans les bourgs, de se chargei", avec la plus grande charité, de l'instruction des enfants à qui les parents veulent faire apprendre la littérature, et de ne rien exiger ni recevoir que ce que le père et la mère voudront bien offrir.
Magnus entretenait autour de lui le feu sacré de
(1) Cf. D. Cf'illior, F[/st. non. des ailleurs ecclés XII. 3.50.
(2) Cf Mansi, XIII, 99'i-l022. — Jager, IV, 195-202,
r»''lu(l(', ci eu parlifiilici' la i iilUirc de l'hagiographie. S il tant eu croii'e l'auleui' de la Vie de .saint Séverin de Chàteaii-Laudou, il aurait eouiposé cet écrit sur l'ordre de cet archevêque, d'après une rédaction aidéi'ieuiT (juil alliiljiM' à un prêtre, du nom le l^'estus et disciple du saint. Cette Vie toutefois ne contient pas autre chose que le récit du voyage de l'abbé d'Agaune {)Our aller guérir Clovis et de sa mort à Chàteau-Landon, avec l'épisode de la guérison miraculeuse (\c l'évèque de Nevers. On a vu que l'autorité de cet écrit a été très discutée. La première \^ie, écrite avec simplicité, n'était pas dans le goût du commencement du IX* siècle. Un anonyme entreprit alors de la retoucher ; son essai ne fut pas heureux. Il proteste, dans sa préface, de ne point altérer ni renverser le. faits, mais seulement de polir le style. S'il a tenu parole sur le premier point, son essai littéraire a échoué et présente plus de défauts que ceux qu'il voulait corriger. Quoi qu'il en soit, l'autorité de Alagnus nous garantit du moins la sincérité de cet hagiographe et, d'autre part, nous avons des attestations certaines du culte de saint Séverin à Chàteau-Landon, dès le vn* siècle. Dans les premières années du ix* siècle, on sait, par la Vie de saint Aldric, que les moines de Ferrières avaient la coutume de se rendre en grande pompe dans cette petite ville après la Pentecôte, pour y faire leurs dévotions et implorer les suffrages des saints.
L'archevêque de Sens était versé non seulement dans la théologie mais encore dans la jurisprudence. Il reste de lui un opuscule dans lequel il avait recueilli d'anciennes noies ou ajjréviations de termes de droit, à chacune desquelles il avait ajouté une courte explication. Les nombreuses éditions de ce recueil, publiées dans le coui'ant du xvi" siècle, en démontrent toute l'importance (1). Il le dédia à Charlemagne par les deux vers suivants :
(I) Cf. Histoire Littéraire, IV, 427, - Migne, Cil.
IIv juris orjjjLEtx lihens rex. accipe, Carie, Offert dévolus (ftix tibi Magno tttiis.
Les connaissances juridiques de Magnus apparaissent également dans un autre recueil manusci'il qui subsiste encore à la Bibliothèque Nationale (1) et qui, à notre avis, a dû être rédigé par ses ordres et sous son inspiration. On connaît l'intérêt, pour not/'e histoire, de la compilation que fit vers GGO le moine de Marculphe, sur la demande d'un évèque du nom de Landry que l'on suppose être l'évêque de Paris, et qui, sous le titre de Formules de Marculphe, renferme des modèles de contrats et d'actes publics, tels qu'ils étaient usités de son temps. Jérôme Bignon, qui le premier édita ce recueil en 1613, y ajouta d'autres anciennes formules qu'il disait être d'un auteur inconnu et qui étaient intitulées Carias senicas. Bakize, dans ses Capitularia Reguni Francorum (2), les publia sans en rechercher l'origine, avec ce titre : Formulœ veteres incerli micloris. Carolus Zeumer, dans les Monumenla Germaniœ (3), a démontré, ""après Stobbe, que ces Carias senicas sont d'origine sénonaise. Elles renferment en effet plusieurs formules en usage à Sens, et le mot senicus ou senensis se rencontre, du IX* au xf siècle, comme forme adjective de Senones.
Les numéros 31 et 34 de cette collection (4) sont tirés des chartes du monastère des religieuses de Gaiac, au pays gâtinais. Il s'agit ici de Gy-les-
(1) Manus l:.t. 4627.
(2) Tome I, col. 438.
(3) Formula', 182 el suiv.
(4) Ce codex latin, in-8", du ix® siècle, renferme, après un fragment sans intérêt, au folio I ; Incipiunt carias senicas (fol. 2 à 31) ; la loi ealique (fol. 32 à 48) ; années du règne des derniers Mérovingiens (fol. 59) ; les Formules de Marculphe (Fol. 60 à 131) ; un exorcisme à l'eau chaude (fol. 132) ; diverses formules (133 à 144); formule pour réprimer les mala furla (144 à 147). 11 y a cinquante et un litres numérotés dans les Carias senicas. Les formules se rapportent presque toutes à des questions judiciaires et au droit privé des Francs.
Nonains, (1) situé non dans le diocèse de Meaux, comme la mentionné avec erreur M. de Rozière (2) mais dans celui de Sens, arrondissement de Montargis. La charte qui a trait à la stipulation d'éviction est 1? même ((ue celle dos diplômes de Saint-Pierre-le- Vil', du vnf siècle. (3) Zeumer, d'après cerlains termes caractéristiques, place les préceptes royaux entre 708 et 775, et il attribue la rédaction des autres formules au notaire d'un comte de Sens.
Après les Formules de Marculplie, le manuscrit sénonais en renferme d'autres d'un âge plus récent et que Zeumer a })ubliées à la suite des autres, sous le nom de Formulœ senonenses recentiores, bien qu'elles aient été recueillies de différents côtés. Les sept premières sont des notices sur les jugements des comtes et des missi dominici et, bien que le style en soit non moins barbare que celui des premières, elles doivent être attribuées à une époque postérieure. Le n° 9, d'un latin plus pur que les autres j)ièces, est une charte donnée en 808 par un archevêque de Sens, que AL de Rozière a supposé avec raison être Magnus. Ce prélat est expressément désigné dans deux autres diplômes, les n°^ 14 et 15 dont les dates sont 810 et 817. Une autre preuve décisive qui démontre que ce recueil a été formé au ix* siècle et sous l'inspiration de Magnus, c'est que le manuscrit porte à la dernière page, écrites en notes tironiennes, deux chartes octroyées par un archevêque de Sens, sous le règne de Charlemagne. Peut-être avons-nous dans ce livre un des manuels de législation dont ce prélat se servait dans ses tournées de missiis doininiciis.
La charte mentionnée plus haut sous le n" 14 présente un intérêt particulier ; on la retrouve dans toutes
(!) Sur ce mOn;islèrc (jni a[)|)arnil ici pour la première fois, cl. P. Quesvers et II. Slein. dans Pouillé du Diocèse de Sens 157.
(2) Formuler usitées d<ins I Empire des Francs, du v* aux" siècle, I. 409.
(3 Quanlin, dans Cartulaire de l'Yonne, I, n°' 9 et 10.
les grandes collections (1). lùilie autres règlements,
la législation ecclésiastique déterminait qu'un prêtre
ne pouvait quitter son diocèse sans la permission de
l'évèque. Un clerc dépendant de Bourges, nommé
i)oduber[, avait demandé à son archevêque, Ebroïn,
laulorisalion de se rendre dans le diocèse de Sens et
d'y demeurer chez un homme du nom dliercambald.
Kbroin rédigea une lettre, dans le genre de celles qui
portent aujourd'hui le nom d'exea/, et dans laquelle
Il certifiait que Dodobert avait été instruit dans les
lettres sacrées et promu à la prêtrise ; il déclarait lui
permettre d'aller dans un autre diocèse, étant né de
parents libres, et lui avoir délivré cette lettre de
recommandation pour prouver qu'il ne s'était pas enfui
et qu il n'avait pas été chassé pour une faute. Afin
d'en garantir l'authenticité, Ebroïn avait eu recours à
la méthodes des lettres lormées. « J'ai ajouté en grec,
disait-il en terminant, les nombres 80 et 4U0, puis la
première lettre de Pierre, ensuite celle dje mon propre
nom, la seconde de celui de Magnus, la troisième de
celui de Dodobert, la quatrième de celui de ma ville
épiscopale, et enhn les lettres désignant les chiffres
90 et 8. »
Cependant le règne du grand empereur touchait à sa hn. Jusqu'au dernier moment, Charlemagne voulut témoigner sa sollicitude envers les églises et, dans son testament (|u'il rédigea en 811, trois ans avant sa mort, il fit le partage de ses trésors, de ses vêtements et de tout son mobilier ; il divisa les deux tiers en vingt et un lots pour autant d'églises métropolitaines. Chaque archevêque devait garder le tiers pour son église et répartir le reste entre ses suffragants. Chacune des parts fut renfermée dans un coffret séparé. Sur la liste des métropoles, Sens est désigné la première parmi celles de France (2). Les annales sénonaises ne nous
(1) Cf. Migne, CXXIX, col. 1389. — Cartiil. gé/i. de r Yonne, I, 25.
(2) Cl. Eginhard, Vita Karoli iwperaloris. — Chronique de Marien Scot, dans Migne, CXLVII, 766.
oui malhcureuscmenl pas conserve le détail des pre- '^enls (uie reçut le diocèse. Daprès Clarius (Ij, ils consistaient en terres, revenus, ornements et reliques d'une inestimable valeur.
On attribue également aux largesses de Charlemaune la fondation de l'abbaye de Aotre-Dame-du-Charnier, destinée à des religieuses. Elle se trouvait près du cimetière, non loin du monastère de Saint-Leon. L'empereur y lit déposer le chef de saint Ouiriace, marivr, appoVté de Jérusalem avec des reliques de la sainte Vierge. Celte abbaye demeura florissante iusquà lépoque des invasions (2).
En SIC. \lagnus assista au concile dAix-la-Lhapelle que Louis-le-Débonnaire réunit sur les exhortations du pape. Le nouvel empereur, poursuivant l œuvre de ^on prédécesseur, exhorta les nombreux prélats présents à examiner avec soin tout ce qui pouvait promouvoir la réforme du clergé et de létat monastique La situation des chanoines et des chanoinesses attira ensuite l'attention du concile. Pour les rappeler à l'esprit de leur état, Louis proposa de faire une collection exacte de tous les canons et des textes des l>ères dui les concernaient. Amalaire, diacre de Metz fut chargé de ce travail. Les évèques y ajoutèrent plusieurs articles et approuvèrent ce i;ecueil qui comprend cent quarante-cinq chapitres (3 . i^ous ne mentionnerons que le n« 1 U : U porte que « les eveques doivent établir un hôpital, pour lentretien duquel ils assigneront des biens ecclésiastiques, en dehors des dîmes de toutes les terres de l'église. De plus, les chanoines attribueront à cette maison la dîme de tous leurs revenus et de toutes les offrandes qui leur seront faites. Cet hôpital, autant qu'il se pourra, devra être situé près de la communauté, pour leur permettic
(1) Hihl. hist. de l'Yonne, II, 'i'8.
(2) Gallia Christiana, XII. 127.
(3) Mansi, XIV, 1 i7 el smv. - Jager, H , 350 et sun.
d'aller facilement servir les pauvres et leur laver les pieds, au moins en carême. 11 faut sans doute reporter à cette époque la fondation ou du moins la réorganisation de l'Hotel-Dieu de Sens qui s'élevait jadis en face de la cathédrale, sur la place Saint-Etienne, et que nous trouvons au xf siècle sous la direction du Chapitre,
A la règle des chanoines le concile en ajouta une autre pour les chanoinesses qu'il nomme sanctimoniales, afin de les distinguer des leligieuses proprement dites qu'on appelait moniales. Ces prescriptions, faites dans le même esprit, constituent un précis des plus belles instructions données aux vierges chrétiennes. « C'est, disent les actes de cette assemblée, comme un bouquet de fleurs choisies parmi celles d'une belle prairie. » Elles contiennent quarante-huit , articles. Il y est recommandé, entre autres choses, de soigner l'éducation des jeunes fdles qui sont instruites dans le cloître.
L'empereur envoya (817) un exemplaire de ces deux règles aux métropolitains, avec une lettre circulaire par laquelle il leur ordonnait de les promulguer dans leur province. Celle adressée à Magnus montre qu'il jouissait de l'estime de Louis-le-Débonnaire non moins que de celle de Charlemagne. « Comme nous vous l'avons promis naguère au concile d'Aix-la-Chapelle, nous vous envoyons par nos missi Ermenfrède et Haymond le texte des canons... Le temps ayant manqué pour les faire copier, nous nous sommes occupé de ce soin, afin que la teneur vous en parvînt exacte, sans être ni tronquée ni déformée. Nous vous ordonnons de réunir vos suffragants en temps et lieu convenable, de leur faire donner lecture publique de tous les canons, et vous aurez soin de leur expliquer dans quel but le concile les a décrétés. Vous les présenterez aux chanoines en présence de mes missi. Comme il a été dit que dans le concile même des malintentionnés en ont faussé le texte, vous constaterez s'il s'en trouve
dans voire diocèse, vous leur infligerez un châtiment on présence des missi, et vous ferez transcrire la version aullienli(]ue qui sera remise entre leurs mains. Que tous les prévôts des chanoines la copient avec soin et s'efforcent d'en assurer l'observance. »
L'empereur ordonnait ensuite de rechercher avec soin si chaque évéque remplissait son ministère, s'il avait exécuté ses ordres dans les cloîtres et les autres demeures des chanoines, en leur donnant des provisions et en organisant le refuge des pauvres, s'il s'était efforcé de réformer son clergé suivant l'esprit de ces canons, etc., et il donnait l'espace d'un an pour opérer cette recherche.
(( JN'ous vous avons envoyé, continuait-il, la règle que le môme concile a imposée aux religieuses menant la vie commune. Vous l'établirez par vous et par vos suffraganls dans toutes les abbayes régulières de femmes de votre province. Excepté le cas où nous aurions appelé près de nous une abbesse, que chacune d'elles garde la résidence et quelles vivent avec leur communauté suivant la règle définie par le concile... Bien que certaines maisons de religieuses appartiennent à des prêtres et des monastères d'hommes à des laïques, cela ne doit pas empêcher la vie régulière d'y être observée autant que possible, car il n'y a aucune église, pourvue de biens, où le service divin ne puisse être accompli et l'hospitalité observée.
« Nous vous avons envoyé nos missi pour que, unis à tous les clercs de votre diocèse, vous vous occupiez ensemble avec zèle et sagesse d'obtenir ce résultat. Ils nous rapporteront comment les abbés et les abbesses ont reçu ces règles, s'ils les ont transcrites avec soin et se sont efforcés, suivant leurs moyens, de les observer. Nous avons prescrit également à nos missi de demeurer dans votre province jusqu'à ce que ces règlements soient copiés partout, et quand ils reviendront auprès de nous, vous leur joindrez un envoyé pour que tous les trois nous exposent ce qui
s'est passé el que nous sachions qui sont ceux à qui il faut adresser des l'élicilations ou des repi'oclies.... Mous vous envoyons un poids el une mesure suivant lesquels le pain et la boisson seront distribués également à tous les clercs et leligieuses, et cela strictement, sans augmentation ni diminution pour personne.
(( Nous engageons votre Sainteté d'obéir à nos ordres dans cette œuvre très salutaire, suivant le ministère divin qui vous a été conféré, afin qu'ainsi vous montriez le bon exemple à tous. Il convient que plus vous dépassez les autres par l'éminente dignité du sacerdoce, plus aussi vous vous montriez prompt à faire la volonté de Dieu et la nôtre (1). » Cette lettre, par l'importance du sujet qu'elle traite, méritait d'être donnée pres(|ue in-extenso. iMagnus n'eut sans doute pas le temps de réaliser la réforme dont le chargeait l'empereur, car il mourut l'année suivante, 818 (2). Il consacra cependant sa sollicitude au Chapitre de son église, car on lui attribue la fondation de la chapelle de Saint-Sauveur des Vignes, près de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Yif, pour en faire le cimetière des chanoines, et il voulut y recevoir luimême sépulture (3).
C'est probablement de son vivant que l'église de Saint-Etienne de Sens reçut le beau présent d'un manuscrit des œuvres de saint Fulgence qui se trouve actuellement à la Bibliothèque Nationale. Le dernier feuillet se termine par une note ainsi conçue : « Hune cndiccm venernbili>i EUmcliar abbas, per mamis Aldrici, filii sut in Chvislo, sancto Slephann dedil el qui legeril animée amborum meniineril (4). » Sans chercher à déterminer quelle était cette église
(1) Concil. antif/. Gnll. II, 675. — D. Bouquet, Recueil des Hist. de Fr. VI, 336, etc.
(2) C'est à tort qu'un chroniqueur sénonais a placé sa niort en 816. — Cf. llht. lïllér. IV, 42G.
(3) BuU.de la Soc. archéol. de Sen.s, VIII, 333.
(4) Manus. lat. n" 17416. — Le mot Stephano a été gratté avec BOÎD, mais M, L. Delisle est parvenu facilement à le lire, et il re-
de Saint-Etienne, M. Delisle affirme que le donateur était llélisacliar, cliancelier de Loui.s-le-Déljonnaii'c, qui mourut \ers 8-J7. .\ou.s croyons pouvoir romplétur les données de iéminent i)aiéographc en supposant (jiie lintermédiaire, Aldric, était le religieux (le Fei'rières, du même nom, (pii lut mis par J.ouis-le- Débonnaire à la tète de l'école du palais jusqu'en 821, puis de\ iut abbé de Feriières et archevêque de Sens. l*endant son séjour à la cour, Aldric eut sans doute avec liéli^acliai' les rapports intimes (jui pei'mirent à ce dernier de lui donner le nom de " lils dans le Christ. )' 11 est inutile, d'autre part, d'insister sur les relations de l'église de Sens avec la cour impériale, et h destination du précieux don ne nous paraît })as douteuse.
Le successeur de Magnus, Jérémie, avait été d'abord référendaire de Charlemagne et il occupait la situation (le trésorier de l'abbaye de Sainl-Riquier, au diocèse d'Amiens, lorsque, les Normands commençant à en\ aliir le Ponlhieu, il s'enfuit pour soustraire à leurs atteintes les plus précieuses reliques de son monastère, cl \ int à Sens, au monastère de Sainte-Colombe qui avait été fortifié (1). C'est là que le clergé et le peui^le ayant obtenu de l'empereur la liberté (J'élection, vinrent le chercher pour le placer sur le siège métrop(3litain. Clarius vante sa science très étendue et sa haute éloquence (2). Aussitôt après son sacre, Jérémie
jette le sentiment de Mabillon ou de l'un de ses collaboraleurs qui avait soupçonne que le ujol efF.icé étail Medardo (Le Cal/inct des Manuscrits de la Bihl. I\'at. II. 26.5.J Ce niHnuscrit provenait de l'abfjayc de Saint-Corneille de Compiègne. Le grattage fut probablement l'œuvre de celui qui l'avait dérobé à l'église de Sens.
(1| Migne, CLXXIV, col. 1235 et 1286.
(2) T,e premiei- historien qui parle de Jérémie, au xii* siècle, HariulfelC/iroH/V/z/fi de Soinl-Rif/uier, III, 20,) rapporte qu'il quitta celte abbaye sous Louis et Carloman, c'est-à-dire soixante ans plus lard. Comme il n'y a pas d'archevêque de Sens de ce nom à cette époque, il y a lieu de penser qu Hariulphe ayant lu dans une chronique que Jérémie avait lui devant l'invasion des Normands, a placé ce t'ait sous la grande invasion de la lin du ix* siècle ; autre-
transféra dans l'église de Saint-Etienne les reliques qu'il avait apportées de Saint-Riquier (1).
Dès les premières années de son pontificat, il eut à cœur de travailler à la restauration de la discipline dans plusieurs monastères de la ville, en améliorant leur situation matérielle. Les archevêques avaient été obligés, dans le courant du viii* siècle, de s'attribuer une partie des biens des abbayes de Saint-Pierre-le-. Vif, Saint-Jean et Saint-Remy, pour faire face aux charges accablantes qui leur incombaient. Il en était résulté que les moines, ])rivés de leurs revenus, avaient été obligés de quitter le cloître pour aller mendier leur nourriture et, dans ces courses vagabondes, ils avaient perdu en grande partie l'esprit religieux et les pratiques de la vie régulière. Jérémie informa de cette situation Louis-le-Débonnaire et celui-ci, par une charte datée du 28 mai 822, statua que ces monastères garderaient toujours les biens dont ils étaient auparavant en possession et que les archevêques devraient en garantir l'intégrité, suivant la liste que Jérémie en avait lui-même dressée et qu'il avait fait signer dans
meut il fauflrait admoltre que ce Jérémie resta incounu à l'abbaye de Sainte-Colombe. Mabillou qui, dans les Acla S. O. s. B. II, 'i98, inclinait à admettre deux Jcréiuie, archevêques de Sens, reconnut plus tard ^Annales Bened. II, 'ii8 ) que le trésorier de Saint- Riquier avait pu vivre bien plus tôt. car les Normands avaient commencé dès le lemps de ('.hailemagne à rava^^er les côtes de la Manche, dont l'abbaye de Saint-Riquier était fort rapprochée. Il n'est pas douteux, au reste, que Jérémie élait à Sainte-Colombe, lors de son élévation.
(1) On considèi'e comme faisant partie de ces reliques un suaire renfermant des ossements de saint Siviaril, abbé de Saint-Calais, près du Mans, qui subsiste au Trésor de la cathédrale de Sens, et que l'on attribue au plus tard au viu" siècle. C'est une étoflé impériale byzantine, représentant des dessins analogues à ceux du suaire de Charlemaf^ne, à Aix-la-ChapclIc. (Cf., pour plus de détails, abbé Chartraire, dans Invciiloire du Trésor de l'église primatiale de Sens, p. 13, ainsi que la gravure.) Dom Marlène raconte, dans son Voyage littéraire, I, 60, qu'on lui montra à Sens leTrésor de l'église où se trouvaient un grand nombre de reliques et entre autres un doigt de saint Luc. Il ajoute que l'on regardait la plupart de ces reliques comme ayant été apportées par Jérémie de l'abbaye de Saint-Riquier à qui Charlemagne en avait fail^don.
un concile par plusieurs évoques (1). L'empereur maintint également la juridiction si)irituclle du métropolitain sur ces maisons, lui donna le droit d'y établir (les abbés selon la règle bénédictine et il le chargea de les diriger d'après les conseils de la sagesse. Ainsi ces trois monastères se tiouvèrent ramenés à peu près à la môme situation que deux siècles auparavant, lors de la (ha rie d'Knunon, avec cette différence pointant (pie l'élection de l'abbé était enlevée aux religieux |»(»iir cire réservée à l'archevêque.
Dans cette même année 822, Jérémie qui jouissait de la plus haute estime auprès de l'empereur, fut nommé par lui comme missus dominicus, avec l'évèque r^aguenaire et les comtes Déranger et Donat, pour visiter les quatre diocèses de Nouvion, Amiens, Thérouanne et Cambrai (2).
Mais le zèle et la science de l'archevêque de Sens allaient se développer sur un théâtre plus étendu. Michel, de Constantinople, voulant mettre fin aux désordres causés dans son empire par la querelle des images, avait envoyé une ambassade au pape ainsi qu'à Louis-le-Débonnaire, implorant leur appui. Le roi se montra favorable aux envoyés de Michel et se détermina à faire ce qui dépendrait de lui pour ramener la paix en Orient entre les partis ennemis. Il pria, dans ce but, le pape Eugène II de permettre aux évêques francs de choisir, dans les écrits des Pères, les passages établissant la doctrine de l'Eglise sur le culte dû aux images saintes. Le pontife romain accéda à cette demande et l'empereur réunit à Paris une assemblée de prélats distingués et de théologiens. Ceux-ci composèrent, mais à la hâte et sans maturité, un long mémoire sur le sujet en question. Trompés par le faux exposé des Grecs, ils condamnèrent le conciliabule de Constantin Copronyme ainsi que le
fl) Recueil des Hisi. des Gaules, VI, 529. — Cart. gén. de l'Yonne, I, 33, etc.
(2) Recueil des Ilist. des Gaules, YI, 435.
second concile de Nicée, sans même épargner la lettre que le pape Adrien avait rédigée en réponse aux livres carolins (1). Ils écrivirent de plus deux projets de lettres à adresser, l'une au ))aj)e, l'autre à renii)ereur Michel. Louis-le-Débonnaire chargea alors Jérémie, de Sens, et Jonas, d'Orléans, d'extraire du mémoire de l'assemblée ce qui paraîtrait le plus propre à atteindre le but que l'on se proposait et il les envoya comme ambassadeurs à Rome.
A leur départ, il leur remit une lettre adressée au pape ; elle était conçue en ces termes : Comme nous sommes obligé d'aider selon notre pouvoir ceux à qui le gouvernement des églises est confié..., nous avons fait demander à \'otre Sainteté qu'il fût permis à nos évêques de réunir des textes des saints Pères pour servir à définir la question sur laquelle les ambassadeurs grecs sont allés vous consulter. Nous vous envoyons par les vénérables évêques Jérémie et Jonas ce qu'ils ont pu en recueillir pendant le peu de temps qu'il leur a été possible de consacrer à ce travail. \^otre Paternité pourra, si elle le juge à propos, conférer utilement avec eux au sujet de la députation qu'elle doit envoyer à Constantinople, car ils sont fort habiles dans les sciences sacrées et très exercés à la discussion. Cependant ce n'est pas pour vous diriger que nous vous les envoyons avec ce recueil d'autorités, mais seulement pour vous offrir quelque secours, comme nous nous y sommes engagé dans les affaires qui surviennent au Saint-Siège (2).
L'empereur joignit à cette lettre une instruction diplomatique dans laquelle il indiquait avec habileté aux deux prélats le moyen de convaincre Eugène II. « Nous vous avertissons, leur disait-il, de relire avec soin la collection des Pères avant de la présenter au
fl) Cf., pour plus de détails, Mansi, «63 et suiv. — Héfélé, V, 236-242. — Jager. IV, 416 et siiiv.
(2) Recueil des Hist. des Gaules, IV, 341.— Concif. ont. Gall II, 461. — Cartul. gén. de l'Yonne, I, 36.
pape. Faites un extrait de ce qui convient le mieux et niontrcz-lui des j)assages (jue ni lui ni les siens ne puissent rejeter. .\pjK)rtez beaniouj) do réserve et de patience dans la discussion, île jteur (|u'cn résistant trop ouvertement au |)onlil'e, vous ne le poi'tiez à s'affermir davantage dans son sentiment. Donnez plutôt d'abord dans son sens, afin de l'amener, si vous pouvez, à la juste règle qu'il faut tenir sur les images. Après a\oir ti-aité la question, si vous pouvez vous entendre avei; lui et s'il manifeste l'intention d'envoyer des légats en Grèce pour celte affaire, vous lui demanderez de jiermettre que nos ambassadeurs les accompagnent : et, si celte proposition est acceptée, vous ne manquerez ])as de nous en avertir aussitôt par lettre et de nous annoncer votre retour. Vous vous entendrez également sur le jour et le lieu où nos envoyés se joindront à ceux du pape pour prendre la mer et vous nous en ferez paît à votre ari'ivée. >> Lbistoire garde le silence sur la manière dont Jérémie et Jonas furent reçus à Rome. La cause dont ils a\aient la charge était mauvaise, et il est très probable qu'elle subit un échec.
rirâce au crédit dont il jouissait auprès de Louis-le- Débonnaire. l'archevêque de Sens obtint de lui. le 9 mai 827, im nouveau diplôme qui plaçait tout le diocèse et son église sous la protection impériale et exemptait celle-ci de toute redevance et juridiction séculière. Il y est exposé que Jérémie « archevêque de la sainte église de Sens qui est construite en l'honneur de la très sainte Vierge, de Xotre-Seigneur Jésus-Christ, de saint Etienne, jtremier martyr et de saint Jean, " a présenté à l'empereur un privilège d'immunités que peu d'années auparavant il avait accordé à Magnus, ainsi que d'autres chartes de son |)ère Charles et des autres rois francs, dans lesquels il est établi que celte église, avec tous ses biens, était placée depuis les temps anciens sous la protection royale, ainsi que les monastères et les prieurés d'hommes et de femmes,
avec leurs cliamps, leurs villages et leurs autres possessions, toutes les familles et enfin les hommes libres denieui'aul dans le diorcse.
L'euipciX'Ui' déclare coiilii'mer ce i)rivilége sur la totalité des maisons d'hommes et de femmes, ainsi (pie sur l'abbaye de Sainte-Colombe qu'il a soumise naguère à son autorité, iwcr les autres monastèi'es de St-Pierre, St-Jean, St-Remy, et celui de Sl-Pierie en Auve?"gne que Jérémie a commencé de construire dans un lieu du nom de Noviac II énumére également les couvents de religieuses établis dans la ville, St-Maximin, St-Hilaire, le lieu consacré à la sainte Vierge dans le Gàlinais, la celle de St-Séverin à Château- Landon, les églises de Sainte-Marie et de Saint- Etienne avec les maisons, bourgs, champs et autres lieux qui en dépendent en deçà et au delà de la Loire. Il exempte tous les biens présents ou à venir des archevêques de Sens, situés en Aquitaine ou dans les autres provinces de l'empire, de tout pouvoir judiciaire, défend aux officiers publics d'y exiger les tributs et les droits de tonlieu, de ban, de route, de portage cl autres, et fixe une amende de six cents sous d'or fondu contre ceux qui auront violé ces dispositions, afin de servir d'exemple.
La fin de la charte mérite une mention spéciale. Il avait été constaté, d'après les documents énumérés l)lus haut, que, par le fait de la négligence ou de l'avidité des ministres de l'église de Sens, les chartes avaient péri, et que Charlemagne, à la prière de l'évéque Gombert, avait reconnu celte perte. Magnus ayant obtenu la confirmation de toutes les propriétés de cette église, même de celles dont les titres étaient perdus, Louis confirma à Jérémie le même privilège qui devait lui servir de titre pour les biens dont la charte avait disparu mais dont la possession était attestée antérieurement par un acte judiciaire (1).
(1) Gallia christ. XII, 17. — Migne, GV, 723 et 730.
L'abbaye de Noviac dont il est parlé dans ce diplôme, fut établie, à la demande de l'abbé de Saint- Pierrc-le-\'if, Frodebert, dans une terre donnée à ce monaslère par Tbéodechilde et Basolus ; elle prit dans la suite le nom de Mauriac. Jérémie consacra l'église el l'empereur la prit sous sa protection. Le doyen de celte maison jouit, pendant lout le moyen-âge à Saint- Pierre-le-Vif, de grandes prérogatives et il tenait le premier rang après l'abbé. Sous la dépendance de ce doyenné se construisirent bientôt i)lusieurs prieurés dans la région.
Parmi les personnages avec lesquels Jérémie entretenait des relations, on peut citer Amalaire dont il a déjà été parlé et qui était un des plus savants évêques de son temps. Il nous reste deux lettres curieuses dans lesquelles les deux prélats ont une discussion pbilologique sur l'aspiration du mot Jésus. Amalaire appelle Jérémie « son très cher père, un rétheur habile et un prophète dans la Jérusalem terrestre (1). » L'archevêque de Sens se préparait probablement à entreprendre le voyage d'Aix-la-Chapelle, pour se rendre au concile qui eut lieu en 828, lorsqu'il écrivit à l'évêque de Toul, Frothaire, lui mandant qu'il avait envoyé un serviteur avant ses chars et son escorte, pour lui permettre de prendre ses dispositions à l'avance et d'assurer la protection de son passage jusqu'au terme de son itinéraire. Il l'informait de plus que dans sa province le sel coûtait très cher, par suite des pluies qui en avaient empêché le dessèchement sur le bord de la mer, et que, pour remédier à cette pénurie, il lui envoyait une livre destinée à en acheter une |)rovision, car, ajoutait-il en plaisantant, vous savez que sans sel la vie du chrétien est insipide (2). Mais ces précautions devaient être inutiles, car peu après Jérémie mourut, le 7 septembre 827 : c'est, en effet, au mois de février suivant que fut réuni le concile
(n Spicilége d'Achery. VII, 164,
(2) Duchesne, Ilist. Franc. Scriptores, VI, 726.
rlAix-la-Chapelle, dans lequel les empereurs francs onlonnôreni de réunir des synodes de divers côtés et nommèrent les prélats qui devaient se rendre à Paris « avec le futur archevêque de Sens. » 11 choisit sa sépultui'e au monastère de Sainle-Colomhe qu'il avait comblé de ses dons en mémoire de l'hospitalité généreuse reçue jadis, et qu'il avait remis, comme les autres abbayes du diocèse, sous la jiiiidiclion (hi siège archiépiscopal.
Par l'intervention d'ililduin, archichapelain de l.ouis-lc-Débonnaire, les Sénonais obtinrent Taulorisalion d'élii'e un nouvel archevêque, suivant le privilège accordé récemment par Charlemagne aux églises. Mais celui qu'ils avaient choisi n'ayant pas été agréé par l'empereur, ils présentèrent un autre clerc du diocèse, qui fut également refusé par les missi dominici.
Le clergé et le peuple revinrent alors à la charge et ils écrivirent trois lettres qui nous sont restées, l'une à Hilduin, la seconde à Eginhard, ancien chancelier de Charlemagne et jouissant de la faveur de son fils, et la troisième à Judith de Bavière, femme de l'empereur {]). Dans la première, les Sénonais remerciaienl Hilduin d'avoir obtenu une nouvelle élection, et lui exposaient que le prêtre qu'ils avaient présenté leur était connu depuis son enfance : de famille et de mœiu's honorables, d'un âge mûr, instruit en littérature et en théologie et ayant des notions sur les autres sciences, il était à la hauteur de cette charge. Mais les commissaires impériaux ne l'ayant pas accepté, ils suppliaient l'archichapelain de suspendre son jug(^ment jusqu'à ce qu'il eût entendu les ex|)lications du ])ers()nnage qu'ils lui adressaient. Les deux antres missives, exposant les mêmes difficultés, ])riaient instamment Eginhard et l'impératrice d'apiuiyer de leur influence l'ambassadeur qu'ils envoyaient auprès
(Il Gallia Cliristiana, XII, 19. — Hisi. Franc. Scrl/ituies, II, 712 et suiv. — BihI. hist. de l'Yonne, I, 224.
de Loiiis-le-Débonnaire. Ces négociations ne iturent aboutir.
On poj'ta alors les yeux sur labbé de Ferrières, Aldrk; (j) ; mais il ne lallul pas moins que l'ordre exprès de l'empereui' pour le tirer de son cloître et le déterminer à accepter celle lourde cbarge. Il montra cependant par ses actes quil était digne en tout point d'en assumer la responsabilité.
D'après l'auteur de sa Vie (2), il descendait des prmces palatms, et sa lamille était lixée dans le Gàtinais. Ses vertus précoces annoncèrent les bautes dest^mées auxquelles il était appelé. Entré jeune à labbaye de Ferrières, que dii-igeait alors l'abbé .Sigulpbe, \\ y acquit une si grande réputation de j'iele et de science que l'archevêque Jérémie voulut
I attacher à son église et lui conféra la prêtrise en 820.
II eut un jour l'occasion de discuter avec des hérétiques devant l'empereur qui fut tellement frappé de
I «'clal de son talent qu'il le chargea de la direction f.es écoles du palais et l'admit dans ses conseils On pense qu'il avait été aupai-avant notaire de la chancel ene de Charlemagne, et d'après quelques chartes
II fut également chan.elier de Pépin, roi d'Aquiaine (8). Louis le Débonnaire l'envova pour rétablir
la pratique de la règle dans le monastère de Samt- Amand, au diocèse d'Arras.
H) Audri, en Inngue viilgaiip.
rinlt%f^r'\yi'lf^/T^''^"^ """ ^^'^^""'^ in.lo.orminôe que /// r LiHer (\ I, 5I<„ pl.cc a.i x,^ siècle, mais qui, .r.nrès M^r
/'.ance I Til \J l i ' (^^ '^^'^''"■•^r. '-''^ >o//,c^a- de ClUst. de
ta lâL, ''"••'■""■ '^"P'-'":'"-!' I» ''»""■:•' pl"s ,.rd Jans K-, ,,. ■'';""■• "Il 6 jui", en y ajo.ilant de nouvelles r.mainne»
''"^vnirhi';::'"'*^ ^'^'' '''-'''' ''■"•"•^- ^''''^'>''" c-r .[îo^ .
peu r/, II?''" V""" "'''"'.' d'^^'l'fi-'io" ; l'auteur donne ver us d AI ^ ^'p'"''!^ "T"^^ t' ^ •^l'"'» l'nrliculièreu.enl sur les
\nrès la mort de lablié A.lalbcrl, successeur ilc S.Xl e, les moines de Ferrières élurent Aldnc pour leur abbô (821), avec le consentement de 1 empereur et i mupl ssaU parmi eux d'une mamère par a,te le» de o rs de sa charge lorsqu'il fut appelé sur le s.ege niaropolitain de S?ns. On conserve encore une bel e "èttre qu'd écrivit alors à Frolha.re, 1 eveq le de Tout avant sa consécration (1). En l-mos admirables il lui exprime avec quels sentiment» de ciainlc e d'e roi il envisageait le fardeau de l'ep.scopat que da s son luimilité fl considérait comme au-dessus de son mérite et de ses forces, et il le supplie de lu. accorder le secours abondant de ses prières
Les difficultés de l'époque pouvaient a bon droit inquiéter le nouvel archevêque. Les vices qui continuaient à régner parmi les Francs, - g- '^d s beaux projets de réforme, étaient pour le» «-hels de» é'îi^es^un' sujet de graves préoccupations. De pliis [e dérangement des saisons avait ruine les récolte» et après la famine était venue la peste Pour trouver un ?èn ède à ces maux. Louis-le-Débonna,re avait o donné en 828, pour l'année suivante, 1^ «"ue 'k uuatre conciles, à Mavence, à Lyon, a Toulou»e et enfin à Pans ; dans cette dernière ville devaient se réunir! avec leurs suffragants, Ebbon de Reims, R n'uard de Rouen, Landram de Tours eOcelu nui serait élu archevêque de Sens. .. On devai " nfiner dans ces conciles le. -lo"--.°P-«;;^ft chez les princes, soit dans le peuple soit paimi le
"'les' actes de celui de Paris sont datés du 6 juin 809 Dès le début, Aldric avait reçu la consécration é^iscopale, car il fut chargé par l'emperem- ce proce^ der avec les prélats de sa province, a 1 elect on dTÎérîbalde. él'éve de l'école du P»'-;, «» f'^^f^ d'Auxerre. Il donna l'onction au nomel clu qui put
(1) Migne, CV, 809. - «iW. *■'»'■ <>' '' l»""'' '• "''
part au conr-ilo (]). AIdric y assista l.ii-mOme, car il signa, avec le lili-e darchevèquc, une charte donnée i»ar 1 cvLMjne de l>aris pendant la tenue de ce synode l^on nom y paraît le troisième après ceux de 1 e\ cque de Pans et du métropolitain de Reims et avant les archevêques de Rouen et de Tours '('>) \ ingt-quatre prélats étaient présents, et parmi eux les sulfragants de Sens.
Le p,-o.ès-verhal de cHIr assemblée est très Ionet dillus, mais suhsIantiVi rn doctrine. Dans le livre troisième, les Pères résumèrent les prescriptions c^ontenues dans les deux pre<edents. Ils considéraient d abord que es nombreux malheurs qui étaient venus frapper J.ghse et PKtat avaient été causés par de grands desordres, et en particulier par la pédérastie et la bestialité. D'après le tableau qu'ils tracent de la société franque, il subsistait encore des vestiges du paganisme, en parli.ulier la sorcellerie. Part des Jlevins, 1 explication des songes, les maléfices, elc
mnVnZ''- "' ^^7*^""^'^^^' et ^l'a^tres vices étaient communs , on se plaignait ai-ssi des mensonges des
i'^'aud^ T ""'''^^^ '' ''' ^^-"^^ -S^-^
manié èrVir "'"""^^' 'l''' '''''^'''' ''^ ^ïi^férentes manieies Enhn, parmi les obstacles au bien les prélats signalaient l'immixtion des princes da»; es
^^J^ ^''f? '' '' ^'"'^ g'-ande intervention Z cleige dans les affaires séculières. Il fut décrété entre autres choses, que les curés établiraient des écoles dans les villages et les bourgs pour permettre àleurs paroissiens de faire instruire leurs enfant 3
Les prélats jugèrent nécessaire la réforme du
Ts" t;T-d''D'""''^?'"^ ^^ ^'^^'^'^-"^ ^^^ ^^^^^ sans letaid. Dans ce but, Aldric et Ebbon de Reims
en 830. uLih^ZZsl-"u^:1:^^^ -e.a,
(3) Ci.é par G. Mouod. dans BiOl. des Hautes Etudes, 1898, 57,
.e renancl avec leurs suff.aga^ls dans Çele nai.. ; par une vigoureuse inle.-venUon .Is '''-■"-;; "'^^ ,.eal li plus g.an,le parlie des mouK.s a '^'^'^^^^ vie ré-'ulière et à renouveler leur vœux, el ilb leins îàuèrenl dans le cloître les lidéles qui s étaient relues dans une dépendance de 1 abbaye (1).
Lorsque les quatre conciles lurent leimints, les acres en lurent rimis à lempereur ,iu, tint a ce propo. 'ne assemblée à Worms et publia un capitulaire pour confirmer (2), du consentement des eyeques de, seigneurs et du légal, ce qui parut le idu, utile dans
'"M'^f'tàmîifque Louis le Débonnaire s'appliquait, avec ;iu!rde zéli que d'autorité, à établ^ <'--'-»dins les diverses classes de la société, d se liama contreîui au sein même de sa lamille, une «injuîa ion C^s divisions et ces luttes mteslmes luren o casion de conflits et de désordres qu, troublèrent nrotondément l'empire. Fait prisonnier par se, fil., en mai 833, Louis tut enfermé dans e couvent de Sain Médai'd de Soissons où il se déclara lui-même „, "gne de la couronne et prit l'habit de "Oine. Mai, ne°-éaction se produisit bientôt en sa laveur. Pepin eT Louis de Ba ière revinrent à lui en se tournan ntreleur frère Lothaire, et ^-o-}^'^^^^^^ '^ solennellement replacé sur le trône dans 1 église
^tan'lérsuivante (835), il réunit un concile à Tldom-me pour faire condamner les évêques qm avaient pris parti contre lui. .Mdric qu, était .e,te fidé e à empereur s'y trouvait avec quaran.e-deux prêtais Dans les actes de cette assemblée, il --,1
IH D...T.-,8, mu. ielEflhe, XVIII, 261 .
,2 B,l„z.. Ç«,nt„l. I. «<i3 f'/;- -,^''^;',\'„„ i/I',o,>erf«
^t;x,rJr,rrr,itr:;l;? ,t ^e p..^.i «, .o,u. ..^
le siège de Sens.
inart]uù le sixième, après les mélropolilains de Metz, Trêves, iMayence, Rouen eL Tours.
Au milieu de ces tristes événements, Aldric ne négligeait point ses devoirs de pasteur. L'auteur de sa Vie, qui exalte ses vertus, dit qu'il était le consolateur des affligés, le protecteur des orphelins, - le défenseur des veuves ; compatissant à toutes les misères, il s'inquiétait des besoins de tous les indigents ; équitable à l'égard de chacun, il s'efforçait de réprimer les injustices et de châtie»^ les oppresseurs. Ce même biographe rapporte un trait de son apostolat dans la ville de Sens. Un jour que le vénérable prélat passait devant la porte de la basilique de Saint- Etienne, un homme du nom de Marrymond (1), qui l)orlait le litre de « gardien de la cité, » vint à lui échevelé et furibond et lui parla avec insolence et fureur. .Mais Aldric lui répondit avec tant de bonté et de douceur, son éloquence fut si persuasive que Marcward, touché de tant de charité, i énonça au monde sur le champ, se fit moine à Ferrières, et il devint dans la suite abbé de Prum.
Lorsque l'archevêque de Sens obtint cette éclatante conversion, il venait de rentrer de Paris où il avait consacré, le 7 décembre 832, l'église de l'abbaye de Saint-Alaur-des-Fossés construite par l'abbé Benoît. Au commencement de cette année, Aldric s'était déjà rendu à Saint-Denis dans" le but d'y continuer l'œuvre de la réforme. Il subsiste encore deux chartes originales louchant cette affaire aux Archives Nationales (2). Dans la première, datée du 22 janvier 832, l'abbé Hilduin déclare qu'il a fait un accord avec les religieux au sujet de la réforme à introduire dans le monastère ; le parchemin porte la signature de plusieurs prélats : Aldric est en tête avec le titre d'archevêque ; après lui viennent, entre autres, Ebbon
(1) Il faut lire : Marcward.
(2) K, 9, 11° 33 et K. 9, n» 6. — Cf. Texte dans Tardif, Monuments historiques, 84-86.
de Reims, Ercanrade de Paris et Jonas d'Orléans. Le second diplôme, donné le 20 août de la même année, est une confirmation par Louis le Débonnaire des mesures qu'avait prises Hilduin.
Aldric consacra une grande partie de sa sollicitude aux abbayes de son diocèse. Il commença par celle de Saint-Remy. Cette maison religieuse, située vers la porte occidentale de Sens, était souvent troublée par les bruits des passants, et les disputes, assez fréquentes entre les gens du monastère et ceux de la ville, provoquaient des rixes et du tapage, ce qui était contraire au calme du cloître. Pour éviter ces inconvénients, le prélat commença la translation de l'abbaye dans la solitude de Vareilles. Ce village, situé à quelques milles de Sens, dans la vallée de la Vanne, avait été donné à Saint-Remy par Rotlaus, veuve de Mainard. Ce comte, dont il a été question plus haut, avait laissé de grands biens, de riches ornements et des reliques précieuses à Saint-Pierrele-Vif, où il reçut la sépulture. Sa veuve, suivant ce généreux exemple, avait partagé ses possessions entre ce monastère et celui de Saint-Remy, et elle voulut reposer après sa mort dans l'église de Saint- Maurice, à Vareilles qui était une terre à ses ancêtres (1).
En 833, Aldric se rendit à Worms, auprès de l'empereur, avec de nombreux prélats. Profitant de leur présence, il leur présenta à signer une charte approuvant cette translation. Cette pièce est adressée à ses frères, les évêques et les abbés établis dans les états de l'empereur Lolhaire, ce qui indique qu'elle fut signée peu après la déposition de Louis le Débonnaire. A cause de son' importance, nous en donnerons les principaux passages (2). L'archevêque
(1) Chronique de Clarius.
(2) Elle a été reproduite par un grand nombre de collections historiques. Cf. Gallia christ. XU ; Preus^es, Sens, col. 3. — Labbe, Concil. VI. — Cartul. gén. de l'Yonne, I, 39. — Elle est manuscrite aux Archives de Sens, H, 61,
de Sens rappelle d'abord avec une grande élévation de pensée la dignité de la charge qui lui jimpose l'obligation de veiller avec soin et prudence au salut des fidèles qui lui ont été confiés par Dieu, et en particulier de pourvoir aux besoins de ceux qui se sont consacrés au service divin, pour qu'ils puissent se livrer avec plus de liberté à la céleste contemplation. Comme il sait que les biens de l'Egiise proviennent des oblations des fidèles, qu'ils sont la rançon des péchés et le patrimoine des pauvres et qu'il a le devoir d'administrer ces propriétés, il doit les consacrer aux usages déterminés par les donateurs.
(3'est dans cette pieuse intention qu'il expose aux |>rélats que, parmi les abbayes de son diocèse, celle de Saint-Remy avait été ruinée par le fait de ses j)i-édécesseurs et que les moines ne pouvaient plus y observer la règle de saint Benoît. Aussi, d'après le conseil des chanoines, des religieux et même des la'iques, il avait résolu de transférer le monastère dans la maison de Vareilles que liotlaus, par amour de Dieu et pour le salut de son mari, Alaginhaire (ou Mainard), ainsi que pour le sien et celui de ses enfants et de ses parents, avait donnée à Saint-Remy, à condition qu'on y célébrerait l'office divin à l'intention des fondateurs (1). Il veut donc que ce lieu, comprenant les champs, vignes, prés et tous les biens que l'abbaye possède à l'intérieur et à l'extérieur de la ville de Sens, soit la propriété de l'abbé et des moines, et qu'il soit intégralement consacré à l'usage des religieux qui y vivent sous la règle bénédictine. Il présente à l'assemblée une liste de ces biens afin (jue le.s prélats la confirment de leur signature, et avec leur consentement il décrète que (( aucun évèque ne pourra i)lus désormais enlever,
(1) Peut-ôtro faut-il attribuer à la comtesse de Sens le don d'un suaire, étofTo orientale du ix® sièrl<>, qui provient de ce monastère et renferme des ossoinenls d une vierge sénonaise. sainte Licière, dont l'iitstoire est inconnue. Cf., pour plus de détails, Ins-ent. du Trésor de l'église de Sens, par l'abbé Chartraire, p. 23.
ou appliquer à d'autres usages, ou donner en bénéfice à aucun titre, cliacim des biens que possède actuellement ce monastère ou qui lui viendront plus lard de la libéralité des fidèles. »
Voici la liste des propriétés attribuées à l'entretien des moines. En premier lieu, Valliculœ (Vareilles) où il veut établir le monastère ; Staticus, avec ses dépendances, c'est-à-dire Velus Ferrarise et Petra Ursana (Pierre-Ursanne), avec son territoire et ses bois ; Chnjniacus (Cheny), avec ses dépendances d'Hermeniaria (Ormoy), son territoire et ses bois ; Fonianiculœ (Fontaines), avec son territoire ; Lauza (Loze), avec ses dépendances, c'est-à-dire Sandus-Cydronius (St- Cydroine), avec son territoire et ses bois ; Bracciacus, avec son territoire ; Columbarius (Coulommiers), avec ses dépendances, c'est-à-dire Estiniacus (Etigny), Silviacus, ainsi que leurs territoires et leurs bois ; ]illamanesca (Villemanoche), avec le pont voisin et ses dépendances ; Misceriacus (Michery), avec ses dépendances de Tevnanta ; Villanoia (Villeneuve), avec ses dépendances, c'est-à-dire Caianarias et Capotenus ; Xeorollis (Xoé ?), avec ses dépendances ; Caprenciis, avec son territoire, ses bois et ses puits. Il y a en tout cent quatre-vingt-dix manses et dixneuf « hospitia (1). »
Aldric réglait ensuite que l'archevêque de Sens s'occuperait d'ordonner comme abbé un des moines de l'abbaye qui aurait été proposé par toute la communauté et qui se recommanderait par la pureté de ses mœurs et l'exemple des autres vertus. S'il arrivait
(Ij Le mot « Hospitia » a deux sens. Il était pris quelquefois dans celui d'hospice ou refuge pour les pauvres et les malades. Mais il s'agit plutôt ici de tenures louées pour un temps à des hommes non attachés au sol et qui pouvaient les quitter à la fin de leur bail. Ces fermiers étaient appelés hospiies. Par « Manse » (en latin man'us] on entendait, dans les premiers temps du régime féodal, une habitation rurale à laquelle était attachée à perpétuité une quantité de terre nécessaire à l'entretien d'une famille. Il suffisait d'en posséder trois pour être astreint au service militaire,
qu'on ne pût trouver dans l'abbaye un religieux remplissant ces conditions, l'archevêque en choisirait un dans le diocèse et l'ordonnerait avec le consentement de ses suffragants et en présence des autres abbés. Il ne serait pas admis* plus de trente religieux, faut que les revenus n'auraient pas augmenté. Enfin larchevêque n'exigerait pas de l'abbé des présents (pii seraient une cliarge, et il se contenterait chaque aimée d'un cheval, d'un bouclier et d'une lance. S'il recevait l'ordre de participer à une expédition, l'abbé donnerait de plus deux chars, l'un de vin, l'autre de farine et dix brebis. Il ne serait rien exigé au-delà, de peur que les moines ne fussent détournés de la vie régulière et qu'en les perdant le pontife n'encourût les peines éternelles.
Ouelques auteurs, entre autres le Gallia Clivisliana, ont prétendu que cette charte avait été donnée dans un concile réuni à Sens. Cette opinion repose sur le texte d'un autre diplôme que Louis le Débonnaire donna le IG novembre 835, pour ratifier la translation du monastère de Saint-Remy à Vareilles (1). Certains exemplaires portent qu'Aldric a fait confirmer ce privilège par l'autorité ecclésiastique dans la ville susdite {in urbe supradiclâ), c'est-à-dire celle de Sens, et par les évoques, fidèles de l'empereur. Si ce texte est exact, il ne s'agit probablement ici que de la réunion des chanoines, des clercs et des laïques auxquels il est fait allusion dans le diplôme et qui ne fut sans doute qu'un synode diocésain. On doit plutôt supposer que ce passage a été corrompu par un copiste, car d'autres exemplaires portent m urbe Wangionum (dans la ville de Worms.) Ce dernier texte est celui que D. Bouquet a trouvé dans un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, et qui a été reproduit dans le Recueil des Historiens des Gaules (2). Aussi la plupart des critiques, et en particulier le P. Labbe,
(1) Cf. Cartul. g(in. de l'Yonne, I, 47.