TOME IIl
versent incessamment la lumière sur toutes les nations de l'Europe ; des académies nouvelles entretiennent la vie dans les anciennes et les poussent à de nouveaux efforts. L'Allemagne seule contient seize universités, qui enseignent toutes, outre les disciplines anciennes, les littératures grecque et romaine, et sans doute aussi la littérature hébraïque. Dès 1477, Pierre Niges publie le premier ouvrage qui ait été imprimé en caractères hébraïques, et en i506 Reuchlin fait paraître la première grammaire hébraïque. Et ce n'était pas seule- 'é ment l'Allemagne qui était familiarisée avec la littérature des Hébreux ; sans parler de l'Italie et de la France, nous nous bornerons à citer l'Espagnol ^Elius Antoine Nebrissensis , professeur de littérature classique à Salamanque et à Alcala. Quelle profonde connaissance des langues orientales ne devait-on pas rencontrer dans un pays qui produisit la Bible polyglotte du cardinal Ximenès et qui était si abondamment pourvu de travaux sur la grammaire et le dictionnaire? Nebrissensis fut un des savants qui travaillèrent à ce grand ouvrage. La connaissance de la langue grecque était si générale, si profonde et si solide, que tous les grands ouvrages écrits dans cette langue étaient traduits en latin, et presque toujours dans un latin excellent. En Espagne , de même qu'en Italie, et en Allemagne surtout, on trouvait, chose rare même de nos jours, une multitude de savants qui parlaient et écrivaient couramment le grec.
L'activité n'était pas moins remarquable dans les recherches philosophiques, et l'école platonicienne livrait à l'école d'Aristote un salutaire combat *.
Marsile Ficin, Jean Pic de la Mirandole, Ange Politien et Pierre Pomponat, professeurs de philosophie à Padoue et à Bologne, distingués chacun par des qualités diverses, remuaient le sol et le fécondaient par des idées nouvelles et des combinaisons inattendues. Deux hommes de talent , Jacques Le Fèvre d'Etaples et Louis Yivès, l'un Français, l'autre Espagnol, se joignirent à eux pour soutenir et alimenter la lutte contre les vieilles méthodes. L'art historique,
* L'Allemagne venait de perdre en Nicolas de Guse un grand théologien et un profond philosophe, qui suivait la direction de Platon.
(Note de Mœhler.)