LES JUIFS ET LES HUMANISTES
pas opportun que les juifs, ainsi qu'on l'exigeait d'eux, cherchassent leurs moyens de subsistance dans l'exercice de quelque métier? Tout cela^ l'auteur n'en tient pas suffisamment compte, et dans les efforts de ces moines si bien initiés aux souffrances du peuple, il n'a vu que cupidité, obscurantisme, dessein d'entraver l'étude des langues I Cologne, cependant, qu'on représente comme un foyer de ténèbres, possédait alors Jean Potken , prévôt de Saint-Georges et l'un des plus célèbres orientalistes de l'époque, Ortwin Gratins, un des humanistes les plus utiles, ami lui-même et défenseur des humanistes. Cette circonstance seule, que l'auteur éclairé du Fasciculus rerum expetendarum et fugiendarum fut un de leurs partisans, aurait dû éveiller la prudence et la réflexion de l'auteur. Il est vrai que, si nous avons bonne mémoire, il ne dit pas un seul mot des Lamentationes obscurorum vivorum de Ortwin contre les Epistolx obscurorum virorum. L'éloge et le blâme devaient être dispensés avec plus de discernement , et il était malséant à un historien de prendre un ton qui devait être imité par Ulric de Hutten. De plus, il est certains détails qu'il n'est pas permis de passer sous silence , celui-ci notamment que les dominicains de Denkendorf (près de Stuttgart) reçurent dans leur couvent Reuchlin attaqué de la peste, et donnèrent à cet homme illustre et méritant toutes les marques de respect. Ce n'est donc pas comme religieux que les dominicains se déchaînaient contre les humanistes !
L'auteur est vraiment malheureux en conjectures, lorsque par exemple, il fait dériver de tt^wto? et /t&j, le surnom de Protucius que se donnait Conrad Celtes, pour signifier qu'il aurait été comme le premier promoteur des beaux-arts. Nous ne montrerons point combien cette dérivation est contraire à la langue grecque, et avec quelle injustice l'auteur accuse Conrad Celtes d'une vaine et ridicule gloriole. Nous terminerons cet examen en faisant remarquer que si H. Erhard a bien mérité à certains égards de l'histoire littéraire du quinzième siècle, il a démontré en même temps que cette partie de l'histoire attend encore un savant * qui ne redoute
* Christophe Meiuers, Lcbensbeschreibung berûhmter Mœnner aus der
pas les solides recherches et qui possède les vraies qualités de l'historien.
Les derniers temps de l'Eglise grecque — avant la conquête de Gonstantinople par les Turcs — virent paraître encore les sectes des arsénites et des barlaamites. En 1261, Michel Paléologue ayant arraché Constantinople aux mains des Latins, creva les yeux au jeune héritier du trône Jean Lascaris, et le fit enfermer dans une forteresse lointaine (décembre 1261). Michel échappa difficilement à la colère du peuple. Le patriarche Arsène, tuteur de Lascaris, l'excommunia et fut exilé. Un concile procuré par Michel prononça la déposition d'Arsène (1266), qui mourut sur l'île de Proconèse , après avoir excommunié une seconde fois l'empereur dans son testament (1273). Ses partisans, les arsénites, composés surtout de moines, refusèrent de reconnaître l'empereur et son patriarche. La division survécut à Michel (mort le 11 décembre 1182) et ne fut apaisée que par son fils Andronique II (associé à l'empire en 1273, déposé en 1325, mort le 13 février 1332), Le cadavre d'Arsène, ramené en triomphe à Gonstantinople, fut solennellement inhumé dans l'église Sainte-Sophie ^
Le mont Athos était devenu depuis le neuvième siècle le refuge des ordres religieux et des pieux ascètes de l'Eglise orientale. C'est de là que l'Orient tirait la plupart de ses religieux. Eustathe de Thessalonique nous a retracé la vie des moines et des ermites fixés dans son voisinage^. Ce
Zeit der Wiederherstellung der Wissenschaften, 3 vol. Zurich, 1795-1797. — Heeren, Geschichte des Studiums der classischen Literatur seit dem Wiederaufblûhen der Wissenschaften. Gottg., 1797-1802, 2 vol. — F. Kraneri, Narrât, de Iiumanilatis studiorum xv et xvi sœc. in Germania orig. et indole. Misen., 1843. — J. Burckhardt, Die Cultur der Renaissance und Italien, Basel, 1860. — (L'ouvrage d'Erhar, malgré son insuffisance, passe encore aujourd'hui pour le plus important sur cette matière.)
* Arsenius, surnommé Autorianus , voir son testament dans Ecclesiœ grœcœ monumenta, éd. Gotelerius. Par., 1681, t. II, p. 749-784. — Synopsis canonum , biblioth. canon. Justelli , p. 749-784. — Georg. Pachymeres, Historia rerum a Michaele Palœologo gestarum, ap. Migne, Patrol. grœca, t. GXLIII (lib. III, cap. xix, xxiii-xxvi; lib. IV, i-xyiii, xxviii). — Georgias Pach., Res gestœ Andronici Palœologi, lib. I, cap. xii-xv, cap. xxxi (De reportatione reliquiarum patr. Arsenii), Migne, t. GXLIV. — Oudiu, Commentar. de scriptor. eccL, III, p. 230. — Gave, Uist. litter. ad annuui 1205. — Fabricius, Biblioth. grœca, XI, p. 581.
* Joannis Gomneni Descriptio mentis Atho. ap. Montfaucon, Palœographia grœca. Par., 1708, p. 414. — Eustathii, metropolilae thessalonicensis, Opuscula, etc. Nunc primum éd. Th. E. Fr. Tafel. Francf., 1832. Gf. Mœhler, Tûb. theol. Q.-Schrift, ann. 1833, p. 147-168. — Eustathius von Tliessalonich ûber den Mœtichsstand. Aus dem Griechischen, von Tafel. Tub., 1847. — Migne, Patrol. grœcœ t. GXXXV, GXXXVI, Zonarae Opéra omnia. Accedunt Eustathii Thessalon. scripta, 2 vol. Par., 1865.
Sur le mont Athos, sa physionomie eL ses habitants, voyez Fallmerayer, Fragmente aus dem Orient, l. II. Stuttg., 1845. — Pischou, Die Mœnchs-