BARLAAM ET I.ES HÉSYCHÎASTES
n'étaient pas seulement des solitaires vivant sur des colonnes, où ils se faisaient enchaîner afin de se mettre dans l'impossibilité physique de retourner au sein d'un monde corrompu. Il y en avait aussi qui logeaient sur des arbres et dans des cavernes (Tr-j^i-rat, Tir^coo'ju.z'jot, ^vj^oi-yx, (TTryjlatwTat) . Quelquesuns étaient complètement nus, d'autres ne se peignaient jamais les cheveux, d'autres couchaient sur la terre et ne se lavaient jamais, d'autres enfin étaient couverts d'ordures des pieds à la tête * . Eustathe ne désapprouve point ce genre de vie, mais seulement l'opinion qui fait consister la sainteté dans les œuvres purement extérieures.
Le moine Barlaam de Calabre^ y trouva de pieux cénobites qui prétendaient parvenir à la vision corporelle de la lumière incréée, de Dieu même, par l'immobilité physique absolue. On les appelait hésychiastes, les reposants, et par dérision, les contemplateurs du nombril [oix^y.\ô-huyoi). L'archevêque de Thessalonique, Grégoire Palamas, justifia les hésychiastes des reproches qu'on leur adressait*, en invoquant la lumière incréée, mais visible, qui avait enveloppé le Seigneur sur le Thabor. Barlaam reprochait aux hésychiastes d'admettre deux divinités (dithéisme), et soutenaient qu'en dehors de Dieu il n'y avait rien d'incréé. Cette controverse provoqua la réunion d'un synode qui eut lieu à Gonstantinople en 1340 ^. Les hésychiastes disaient que la lumière divine était incréée, mais séparée de l'essence de la divinité. Grégoire Palamas, encore moine alors, décida le concile à se prononcer pour les hésychiastes et contre Barlaam. Ce dernier, tour à tour favorable et défavorable aux Latins, finit par s'attacher à eux et devint évêque catholique. — La controverse, restreinte dans le principe, prit insensiblement les proportions de l'ancienne dispute entre les Latins et les Grecs. On approuvait les hésychiastes par cela môme qu'ils étaient attaqués par les Latins. Palamas devint un des plus violents adversaires de l'union avec les Latins*. Deux nouveaux synodes tenus à Constan-
republik des Berges Athos , dans Histor. Taschenbuch , ann. 1860. — W. Hess, Zur Geschichte der Athosklœster, in- 4°, 63 p. Giessen, 1865. ^ Mœhler, /. c. — Wœrner-Gams, J. Ad. Mœhler, Ein Lebeiisbild, p. 299.
* Gregorii Palamœ , thessalonicensis archiepiscopi , Opéra omnia (?). Accedunt Gregorii Sinaitœ, Constantini Harmenopuli , Macarii Chrysocepliali , Joamiis Calecœ , Theophanis nicœni archiep., Nicolai Cabasilœ tJiessalonicensis quœ supersunt. Par., 1865, Patrol. gr., t. CL, CLL
«Année 1340 (et non 1341); Migne, t. CLI, p. 679-774. Tomi synodid très in causa pal annt arum (autre nom des hésychiastes); réimpression du Vùpoç àydcTT/is, publié à Jassy en 1698, par le patriarche Dosithée. Le premier tomus synodicus se trouve aussi dans Miklosich et J. Maeller, Acta patriarchatus constantinopolitani. Vind., 1860, t. I, p. 202-216.
* Barlaam, abbé de Constantinople en 1331, mathématicien, avait publié autrefois des écrits contre Rome , et fut plus tard partisan de l'union ; nommé en 1342 évêque de Geraci (Hieraci), dans la Basse-Italie, il
tinople en 1347 et 1350, auxquels se mêlèrent le peuple et la cour, décidèrent en faveur des hésychiastes, c'est-à-dire que la nature de Dieu était distincte de son efficacité, qu'il existait en Dieu de toute éternité une opération inséparable de la divinité, comme la lumière du Thabor ; que cette lumière était inférieure à l'essence divine, quoique les Pères lui donnassent le nom de divinité.
Nicolas Cabasilas, neveu de Nil Cabasilas ^, avec lequel on l'a souvent
mourut en 1348. — Cf. Angel, Zavarroni, Bibliotheca calabra, sive illustrium virorum Calabriœ. qui litteris claruerunt, elenchus. Neapoli, 1753, p. 51. — Epistolœ de unione rom. Ecclesiœ et process. Spirit. sancti. — Oratio pro unione Avenione habita coram Benedicto XII, P. max. — Ethica secundum stoicos (ap. Migne, t. CLI). — Les Aoyot y.TroSetxTt/ot , de Palamas, sont un grand ouvrage de polémique contre les Latins. (Londres, 1624.) Migne ne les a pas réimprimés. Il a donné, d'après l'édition publiée à Jérusalem en 1857, 43 homélies de Palamas; taudis que 22 autres, éditées à Athènes (1861) par le médecin Sophocle Oeconome, lui ont échappé.
J.-G.-V. Engelhardt, De hesychastis. Erl., 1829, in-4o. — Engelhardt, Die Arsenianer u. Hesychiasten, dans Ztschr. v. Illgen, t. VIII, livrais, i, p. 48-135.
* Autre adversaire décidé des Latins; il écrivit deux livres sur les causes du schisme et la primauté du pape (cum Meletii epistolis de potestate papae, publié à Londres sans le millésime, 1624?). Ce dernier écrit avait déjà été donné précédemment en grec, par Flacius Illyricus, Frankf., 1555; Bouav. Vulcanius , Leyden, 1695. — Nili G., lib. II : 1. De causis dissensionum in Ecclesia; 2. De pupœ primatu; De purgatorio igné..., etc. éd. Salmasius. Hanoviae 1608 (Heidelberg, 1612), 1645. Claudii Salmasii librorum de primatu papœ, etc. Cum apparatu. Acceduut de codera primatu Nili (Cabasilae) et Barlaam tractatus, graece et lat. Lugd. Batav., 1645. — Casimir Oudin, De Nili œtate et scriptis , de scriptor. et scriptis ecclesiasticiSj t. III, p. 917. — H. Wharton, Appendix ad histor. litterar. Cavei, p. 25, 26 (Genève, 1720). — Léo AUatius, Dissertatio de Nilis ad calcem epistolarum S. Nili. Romse, 1668, 1 vol. in-fol. (ap. Fabricium, Biblioth. grœca, nouvelle édition de G.-Gh. Harless, t. X. Hamburg, 1807, p. 1-40 (sur Nil Cabas., p. 20-30), Opuscula Nili, apud Migne, t. CXLIX, p. 671-878, avec la réfutiou de Matthieu Caryophyllus. Nicol. Cabasilœ , thessal. m.etrop., opuscula. De divino altaris sacrificio. — De vita in Christo, lib. VII. — Sermo contra feneratores. — Laudatio sanct. myroblytidœ Theodorœ , sanctimonialis thessaloniccnsis , mort vers 880, d'après les Bollandistes, 5 avril, I, p. 403-409, ap. Migne, t. CXLIX, p. 355-772.
Die Mystik des Nikolaus Cabasilas vom Leben in Christo. Première édition, avec une préface générale, par W. Gass. Greifsw., 1849, p. 324; N. C. De vita in Christo libri septem. Ex 2 codic. vindobonensibus , tertio monacensi nunc primum grœce editi, p. 239. Cette édition princeps a été réimprimée par Migne.
Le Quien, Oriens Christian., t. II, p. 27, donne la liste suivante des archevêques de Thessalonique : Nil Cabasilas, vers 1340; Grégoire Palamas, élu en 1354 (?) ne put prendre possession de son siège et se retira à Lemnos; Nie. Cabasilas, Isidore Glaba, etc. Cf. Gass, p. 26. — Fabricius-Harless, X, 28. — Casimir Oudin, III, p. 982-994. — Montfaucon , Biblioth. coisliniana , p. 428. — Lambecius, Commentar. de bibliotheca cœsar.
LES HÉSYCHIASTES. 25
confondu et auquel il succéda (soit immédiatement, soit après Grégoire Palamas) sur le siège archiépiscopal de Thessalonique, était avec Palamas un des principaux appui des hésychiastes ou palamites. Nommé archevêque de Thessalonique en 1347, Palamas fut sacré en 1349 par le patriarche Isidore. La suite de sa vie nous est complètement inconnue ; nous ne savons pas même au juste s'il prit possession de son siège. Cabasilas n'est pas cité comme archevêque de Thessalonique avant 1354. Bien des choses de lui sont encore inédites. Quand Nicolas n'est pas troublé par sa polémique contre les Latins et par les théories étranges des hésychiastes, il fait preuve de beaucoup de connaissances sur la vie intérieure.
Le moine grec Grégoire Akindynos • fut avec Barlaam un des adversaires des hésychiastes et un défenseur de l'union. 11 écrivit sur la nature et les opérations de Dieu, sur les hérésies de Grégoire Palams^s, des lettres et des ïambes à l'adresse de Nicéphore Grégoras^, troisième adversaire des palamites, quoique non partisan de l'union avec les Latins (vers 1295-1360). Il avait démontré précédemment la fausseté du calendrier grec, et si le haut clergé n'avait pas reculé devant les préjugés populaires, la réforme grégorienne du calendrier eût été adoptée un siècle plus tôt. En même temps qu'il combattait, contre le moine Barlaam, l'union avec les Latins, il faisait la guerre aux hésychiastes. Disgracié sous l'empereur Jean Cantacuzène (1344-1355), il fut condamné par un concile en 1350 (avec Barlaam et Akindynos déjà morts) et enfermé dans un couvent. Pendant sa captivité et dans un intervalle de quinze jours à peine, il écrivit les dix premiers livres de son histoire byzantine 8, qui roule sur le dogme et sur la polémique. Il y traite, d'une façon non commune, de toutes les matières
Vindobon., vol. V (éd. KoUar.), p. 347-349. — W. Gass a prouvé ailleurs qu'il était très-versé dans la mystique de l'Eglise grecque, peu connue jusqu'ici.
* De essentia et operatione Dei, lib. II, éd. Jacob. Gretser. Ingolstad., 1616, in-4° (ap. Migne, t. GLI).
> A. Migne, t. GXLVIII, Nicephori Gregorœ vita, scripta et eloquia. Un manuscrit de la bibliothèque royale de Munich (God. gr., XXVII, fol. 492- 499) contient un traité polémique contre Akindynos ("Attep 6 'AxivSyvoj itppôvTKjev xaî êypà^'aro exaoTa aîpsTtxà B6yijt.oi.ra.). L'auteur, un dialecticien exercé, discute la question de la différence de l'Etre et de la nature divine soulevée par Akindynos. Il cherche à prouver que Dieu est présent dans ses œuvres, sans que sa nature se révèle actuellement. (Haneberg, dans Theolog. Literaturblatt, année 1866, p. 316.)
3 Niceph. Gregoras, '^laropia pco/zaixTi, id est byzantiua, maintenant lib. XVIII-XXVII. Les dix-sept premiers livres paraissent avoir été composés avant le synode tenu par Palamas; après ce synode, il écrivit encore : lib. XXVIII-XXXVII; éd. lib. I-XXIV, L. Schopen, 2 vol., Bonn., 1829-1830; t. III, contenant libri postremi , XXII-XXXVII, ab Imm. Bekkero uunc primum editi, Bonn., 1855 (ap. Migne, t. GXLVIII, CXLIX, avec d'autres écrits de Nie. Greg.). — L. Schopen, Beitrœge zur bijzantinischen Gesch. und Chronologie, ans de?i nocfi ungedruckten Bûchern des Nikeph. Gregoras. Bonn., 1834. La plupart de ses traités théologiques, les plus importants de tous, sont encore inédits. — Geschichte der griechischen Literatur, par Rodolphe Nicolai. Magd., 1867, p. 659-662.
qui composent le bagage scientifique des Byzantins, et ou peut le ranger parmi les plus savants Byzantins de la dernière période. Elargi en automne de l'an 1354, mais soupçonné d'avoir, dans son histoire, propagé des mensonges et des infamies contre l'empereur Cantacuzène, il fut condamné absent, et mourut probablement en prison l'année 1359, où finit son histoire.
La principale assertion que les hésychiastes faisaient valoir dans la dispute, c'est qu'il existe une différence entre la nature et les opérations de Dieu, la première étant transcendante, inaccessible, indivisible, immuable, non reconnaissable, absolue ; la seconde, divisible, communicable, nommée, relative. Cette proposition de Palamas, que la divinité est dérivée et pourtant incréée, souleva des contradictions. Nicéphore établit en principe que la nature' et les opérations de Dieu ne diffèrent pas entre elles, mais qu'en Dieu elles sont constamment identiques'. Dieu n'est point actif, il est Faction même , et l'œuvre qu'il produit est seule distincte de lui , qui opère toutes choses *.
* Gass, loc. cit., p. 10 — ajTOsvépysta.
2 Nous citerons à cette occasion les historiens ecclésiastiques grecs, depuis Photius jusqu'à Bessarion (890-1453), tels qu'ils figurent dans la seconde série de la Patrologie grecque de Migne (t. CV-CLXIII, Par., 1862-1867), soit parce que cette seconde série est encore peu connue, soit parce que ces historiens ne sont pas d'un facile accès. Tome GV, Par., 1862, Nicetee Paphlagonis, qui et David, Nicetee Byzantini Opéra, S. Josephi hymnographi , Theognosti monachi , Anonymi Vita S. Nicolai Studitœ (ann. 890-900). — Tome GVI, Andreae, G«sareae archiepiscopi, et Arethae, discip. ejus et successoris Op. omnia. Ace. Josephi Ghristiani , Nicephori philos, christ. , Joannis Geometrœ , Gosmae Vestitoris, Leonis Patricii, Athanasii, Gorinth. episc, Scripta vel fragmenta. Opusc. scripturistica, liturgica, moralia incertœ œtatis. Par., 1863 (anni 900-915). — Tome GVII, Leonis Sapientis (mort en 971) Opéra omnia, nunc primum in unum corpus collecta. — Tome GVIII, Theophanis Chronog raphia; Leonis grammatici, auct. inc. Vita Leonis Armeni, Anastasii bibliothecarii historiarum sui temporis quœ supers. (990-940). — Tome GXIX, Historiés hyzantinœ scriptores post Theophanem , ex edit. Gombefisii; ace. Jos. Genesii Historia de rébus constantinopolitanis (anni 813-948). — Tome GX, Chronicon Georgii monachi cogn. Hamartoli (ann. 914). — Tome CXI, Nicolai, Constant, archiep. Epistolœ (ace. Basilii Neopatrensis metrop., Basilii Miuimi, Gregorii, Caesarese presb., Opusc, Vita S. démentis Bulgarorum episcopi ; Moses Syrus , Theodor. Daphnopata, Nicephorus pr. Gonstantinop., enfin Eutychii Alexandriui patriarchae Annales ad annos usque Hejirœ islamiticœ (anni 925-956). — Tomes CXII, CXIII, Par., 1864, Gonstantini Porphyrogeuiti (mort en 859) ScripAa, nunc primum in unum collecta, 2 vol. — Tomes CXIV-CXVI, Symeouis Logothetae, cognom. Metaphrastae, Opéra omnia, ascetica, parœnetica, canonica, historica, 3 vol. — Tome GXVII, Leonis diaconi liistoriœ lib. X (anni 959-975), e recens. Garol. Ben. Hase. Menologium Basilii — jussu éd. — Ace. Hippolyti Thebani, Georgidis monachi, etc., Scripta. — Tomes GXVIII, GXIX, CEcumenii Opéra omnia, juxta edit. parisiensem anni 1631, 2 vol. — Tome GXX, Joannis Xiphilini, Symeonis juuioris Opéra. Ace. Joannis Euchaitoe, Theodori Icouii, etc., Scripta. — Tomes GXXI,GXXII, Gregorii
HELLÉNISTES l'OSTÉRlELHS. Hl
La connaissance de la langue grecque ne s'éteignit jamafscouiplètement j)ondant tout le moyen-âge, et en Allemagne môme nous rencontrons en-
Cedreni mon. (vers 1057), Compendium historiariim ab 0. c. jusqu'à 1057; Joaunis Scylitzœ Curopalatae, INlichaelis Psolli (mort vers 1110), Opéra, t. II. — Tomes CXXIII-CXXVI, Theophylacli, Bulgar. archiep. (mort en 1107), Op. quœ reperiri pot. omnia. Accedit INIariae Bern. de Rubcis Dissertatio (Venet., 4 vol. in-fol., 1754). — Tome CXXVII, Nicepljori Historiavum lib. IV. Constantini Manassis Chronicon; Nicolai, etc., quse supersunt. — Tome GXXVllI-GXXXI, Eutliymii Zigabeni (mort après 1118) Opéra omnia {eà.C. F. Matthœi). Lips., 179-2,3 vol.). — Tome GXXXII, Theophanes, Homiliœ in evangelia dominicalia et festa totius anni, ex editione Francisci Scorsi. — Tome CXXXIII, Cimiami (vers 1183) Historiarum lib. F// (ann. 1118-1170) ex editione du Caugii; acced. Arsenii, Lucaj Cbrysobergae, etc., quœ supersunt. Par., 1865. — Tomes CXXXV, CXXXVI, Zonarae (mort vers 1130) Opéra omnia. Accedunt Eustathii Thessaloniceusis Scrîpfa. — Tomes CXXXVII, CXXXVIII,TheodoriBalsamonis (mort en 1205), patriarcbae Antiocli., Opéra omnia, ace. Joaunis Zonarae et Aristeni Comment, in canon, sanct. apost., etc. — Tomes CXXXIX, GXL, Nicetae Opéra omnia. Praemittunt. Joelis , Isidori Nicetse Maroniensis, Joannii^ Citri, Marci Alexandrini Scripta, quae supersunt. — Tome GXLI, J. Vecci (mort vers 1285), Op. omnia, quibus nunc primum accensetur Refutatio libri Photii de processione Spiritus sancti, editore et interprète Dr J. Hergenrœther, etc. — Tome GXLTI, Nicephori Blemmidae (vers 1255) Opéra omnia; prœmitt Gregorii Gyprii, Atbanasii, Scripta varii argumenti.
— Tomes GXLIII , GXLIV, Epbraemus Ghronograpbus , Theoleptus Philadelpbiens. metrop., Georgii Pachymerae Hist. Mich. Palœologi (ann. 1313-1332) et Ândronici Palœologi, etc.; Theodor. Metocbita, Matthaeus Blastares. — Tomes GXLV-GXLVII, Nicepbori Galiisti Historiée lib. XVIII. Prœmitt. Syntagm. Matthœi Blasfaris contin., et Theoduli monachi Orat. et epistolœ (1332-1335). — 4 alii Gallistus, Nicephorus monacbus, Maximus Planudes. — Tomes GXLVIII, GXLIX, Nicepbori Gregorœ Byzantinœ historiœ lib. XXXVII (annus 1340); Scripta alia Nicepb. Nilus Gabasilas, Tbeodor. Meliteniota, Georg. Lapitha (ann. 1340). — Tomes GL, GLI, Gregorii Palamae Opéra omnia , acced. Gregorii Sinaitœ , Constantini Harmenopuli, Macarii Ghrysocepbali, Joannis Galecœ, Tbeophanis Nicœni, Nicolai Gabasilœ, Gregorii Acindyni, Barlaami de Seminaria, quœ supersunt (ann. 1345-1350). — Tome GLU, Par., 186G, Manuelis Galecœ Opéra, ace. Joannis Gyparissiotœ, Matthœi Gantacuzeni, Joannis Glycis, Esajœ, Joannis Galecœ, Isidori, Galiisti, Pbilotbei, etc., Scripta (ann. 1355-1372).
— Tomes GLIII, GLIV, Joannis Gantacuzeni ( eximperatoris , mort vers 1380) Opéra omnia, ace. Joann. Palœologi, etc., Scripta. — Tome GLV, Symeonis tbessalonic. archiep. Opéra omnia. — Tome GLVI, Manuelis II Palœologi (mort en 1425) Opcra omnia, acced. Georgii Pliranzœ (mort après 1477) Chronicon, 1259-1477. — Tome GLVII, Georgii Godini Opéra onviia, Accedit Ducœ Historia byzantina , a Joanne Palœoloao , anno Christi 1341 ad ann. 1462. — Tome GLVIII, Micbœlis Glycœ (sœc. xii, aut. 15), Opéra omnia. Accedunt Josephi patriarchœ (mort en 1439 Florentiœ), Joann. Diaconi, etc., Epistolœ. — Tome GLIX, Laonici Ghalcocondylœ (1470) Historia de origine atque rébus Turcorum et imperii Grœcorum interitu lib. X, 1298-1462. Accedunt Josephi Methonensis (vers 1439) Scripta, Leonardi Ghiensis, Isidori (de Kiew), Epistolœ historicœ. — Tome GLX, Geunadii, qui et Georg. scholarius (vers 1458), Opéra
core quelques hellénistes K L'Occident et l'empire grec étaient en relations officielles et commerciales ', et plusieurs Italiens étaient versés dans la langue grecque 3. La littérature classique de l'antiquité grecque n'était point aussi inconnue et négligée qu'on le croit communément. François Pétrarque* (1304-1374) et Jean Boccace (1313-1375), en recueillant les œuvres des Grecs , donnèrent par leur parole et par leur exemple une nouvelle impulsion aux études helléniques en Italie A Florence, le grec était enseigné par Léontius Pilate (mort en 1364), compatriote et disciple de Barlaam, qui traduisit Homère en latin ^.
Pendant le schisme pontifical (1378-1409), nous voyons en Italie toute une phalange d'hellénistes, notamment : Manuel Ghrysoloras * et son compagnon Demetrius Gydones de Thessalonique ''. Les principaux disciples
omnia. Accedunt Nicolai V, Gregorii Mammse, Georgii Gemisti Plethonis, Matthaei Gamariotae, Marei Ephesini, Opuscula et epistolœ. — Tome CLXI, Bessarionis (mort en 1472) Opéra omnia, accedunt virorum doctorum suppellectili litteraria selecta quœdam. — Tome CLXII, Michaelis apostolici Op. supplementa (série d'auteurs du troisième au seizième siècle, la plupart réimprimés sur la Nova bibiiotheca du cardinal A. Mai). Voir le rapport d'Hergenrœther sur la seconde série de la Patrologie grecque dans Bonner Theolog. Literaturblatt, 1867^ p. (337) 440-447.
* Eichhorn, Geschichte der Literatur, I, p. 824; II, 254.
' Fr. Gramer, De grœcis medii cevi studiis, 2 p. Sund., 1848, 1853, in-4o. 3 Giang. Gradenigo, Ragionamento istorico-critico intorno alla literatura greco-italiana. Brescia, 1759.
* Ses mérites ont été appréciés par Blanc dans V Encyclopœdie de Ersch et Gruber.
'^ H. Hody, De Grœcis illustribus linguœ grœcœ litterarumque humaniorum instauratoribus, éd. Jeeb. Lond., 1742, p. 10. — Meiners, /fzs^orische Vergleichung der Sitten, der Wissenschaften und Lehranstalten im Mittelalter mit denen unsers Jahrhu/îderts , part, m, Hannov., 1794. — Meiners , Lebensbeschreibungen berûhmter Mœnner ans den Zeiten der Wiederherstellung der Wissenschaften, 3 vol. Zûr., 1795. — Laur. Mehus, Vita {et epistolœ) Ambrosii Traversarii, t. I. Florent., 1759, 1 tom. in-fol. — Vita di Giov. Boccacio, da J. B. Baldelli. Firenze, 1806.
8 Né à Constantinople vers 1355, mort à Constance le 15 avril 1415. — Heeren, II, p. 201-203. — Fabricius, VI, 322. — Van der Hardt, Memoria Chrysolorœ. Helmst., 1718. — Humfr. Hody, loc. cit., p. 12. — Ch. Frid. Bœrner , De doctis hominibus grœcis litterarum grœcarum in Italia instauratoribus liber. Lips. (1750, 1782), 1801, p. 1. — Tiraboschi, loc. cit., t. XVI, p. 239.
■^ Mort après 1384. Parmi ses œuvres se trouve une lettre à Barlaam sur la procession du Saint-Esprit (ap. Canis. yAntiq. lect., Ingolst., 1G04, t. VI), et un traité contre Grégoire Palamas (édité pour la première fois par P. Acudius, dans Opuscula aurea theologiœ grœcœ. Romae, 1630, 1 vol. iu-4"). — Fabricius-Harles, XI, 398. — Wharton, Append. ad Cave, p. 37- 38. — Mehus, Vita Ambros. Traversarii , p. 356. — Ses lettres, dans C. F. Matthsei Epist. Grœc. Isocratis et aliorum. Mosquée, 1776; Binœ epist. nunc prim. cditœ, altéra Nili Cabasilœ, altéra Demetrii Cydonii , Dresd., 1789; deux nouvelles daus Brevis historia animalium Anon., Mosquée, 1811 (en partie aussi dans Gh.-G. Kuinoel, Auct. grœci minores.
HITMANTSTES. 20
du premier furent, en Italie : Léonard Aretin, ou Léonard Bruni d'Arezzo * (1369-1444) et surtout Poggio Bracciolini l'aîné* (1380-1460), qui fut pendant dix ans notaire apostolique sous Boniface IX, et depuis 1413, secrétaire apostolique pendant quarante ans sous différents papes. En 1414, il assista au concile de Constance, et en 1453 seulement il se retira à Florence, sa ville natale, où il mourut, en 1460, âgé de 78 ans*. Parmi les disciples de Ghrysoloras nous comptons encore : François Philelphus de Tolentino (né eu 1398, mort à Florence en 1481), qui acquit sous la direction de son maître une connaissance complète de la langue grecque; Fr. Strozzi (Palla di Noferi, 1372-1462,) qui fit venir Ghrysoloras à Florence pour y enseigner le grec et recueillir à Goustanlinople une multitude de manuscrits grecs *.
Jean Argyropulos (mort à Rome en 1473), arrivé de Gonstantinople en Italie en 1432, fut retenu à Padoue par Palla Strozzi, désireux d'apprendre de sa bouche la langue et la philosophie d'Aristote. Il était en grande estime auprès de Gôme, Pierre et Laurent Médicis, ces grands protecteurs des lettres en Italie. Reuchlin l'entendit à Rome expliquer Thucydides. Georges Gemistius Plethon, détesté de l'Eglise grecque en sa qualité de platonicien, et non comme partisan de l'union, assista au concile de Florence dans les années 1438 et 1439, mais il retourna en Orient, et la dernière fois que nous le voyons paraître, il est fort avancé en âge *. Il avait
2 vol. Lips., 1796 ; J.-Fr. Boissonade, Anecd. grœca. Par., 1829-1833, 5 vol. — Anecd. nova.Vds.^ 1844).
' Historia del popolo fiorentino. Vened., 1473 ; Flor., 1492. — Argentorati, 1610. — Epistolar. familiarum lib. IX, 1472. — De temporibus suis. Venet, 1485. — Commentarium rerum grœcarum. Lugd., 1539; Lips., 1546.
* J. Fr. Poggio Bracciolini, Op. ej. Basileae, 1538, 1 vol. in-fol. — Son Historia fiorentina, Venet., 1715, De varietate forlunœ, Par., 1723, surtout ses Facetiœ, Utr., 1797, souvent réimprimées.
Le Spicilegium romanum du cardinal Ang. Mai renferme de Poggio (t. X, Rom., 1844) Epistolœ selectœ , GUI, p. 225-371. — Oratio in funere cardinalis Juliani de Cœsarinis, ib. p. 373-384. — Invectio in delatores, t. IX, 622-627. — Ex epistolis invectivis fragmenta, p. 628-651. — Thorschmidt, Vita Poggii, 1713. — Recanati, Vita Poggii. Venet., 1715. — Lenfant, Poggiana , 1720, — Shepherd , Life of Poggio. Lond., 1802 (Paris, 1819). — Poggi epistolœ. Florent., 1832, 1 vol. in-S». — Un autre Poggio, François, plus jeune que ce dernier, fut secrétaire de Léon X, à qui il écrivit : De veri pastoris munere, dont un fragment se trouve dans Mai, t. X, p. 372.
' Paul. Jovius, Elogia virorum illustr. Bas., 1567. — Rosmini, Vita di Filelfo.— Meucci, Philelphi vita. Florent., 1741. — Georg. Voigt, Die Wiederbelehung des classischen Alterthums , oder das erste Jahrhundert des Humanismus. Berl., 1856 , 489 p. — Geux de ses écrits qui se rapportent à la question sont principalement : Epistolarum. libri XVI. Hamb., 1687,
* A. Reumont, Beitrœge zur ital. Geschichte , 6 vol. Berl., 1853-1857; tome V, iiber das Geschlecht der Strozzi.
* Ses meilleurs travaux sont des traductions d'Aristote. Voyez sur lui Léo AUatius, De Georgiis. Par., 1651.— Fabricius, VIII, p. 79; XII,
30 ITISTOIRE DE l' ÉGLISE.
persuadé Côme de Médicis que le système de Platon l'emportait de beaucoup sur celui d'Aristote ; c'est lui qui donna en Occident le branle aux études platoniciennes, dont les partisans s'engagèrent avec les doctrines positives du christianisme dans un conflit tout autrement sérieux que ne l'avait été celui des aristotéliciens. Le concile de Florence ne réalisa l'union que sur le papier; toutefois, après la chute de Gonstantinople (1453), une- multitude de savants Byzantins affluèrent en Italie et même en France, et furent surtout accueillis dans la demeure du cardinal de Bessarion, au Vatican, et par les Médicis de Florence. Ils se signalèrent comme grammairiens, commentateurs des auteurs grecs, professeurs de la philosophie d'Aristote et de Platon, calligraphes et propagateurs de manuscrits *, correcteurs et réviseurs des éditions d'ouvrages grecs 2. Ils séjournèrent surtout à Rome et à Florence, où une académie platonicienne fut instituée par Côme de Médicis (1389-1464).
Sans doute l'humanisme bel esprit, qui envahit principalement l'Italie, conduisait aussi à la libre pensée, au mysticisme fanatique, à la propagande d'ouvrages moitié païens ; et si le cardinal Jean Bessarion 3, fut toujours d'une orthodoxie irréprochable, quoique en sa qualité de disciple de Gemistius Plethon il se montrât fort épris de Platon*, Laurent Valla (1406-1457), connu pour sa polémique contre la donation de Constantin, c'est-à-dire contre la fondation de l'Etat ecclésiastique, suivit une direction antiecclésiastique et antichrétienne. Sa philosophie était complètement épicurienne*. Marsile Ficin, de Florence (1433-1499), chanoine de la cathédrale de cette ville , et élève de Gémistius Pléthon, était tellement subjugué par la philo-
85-102. — Wharton , loc. cit., p. 141. — Pléthon, Traité de lois, par C. Alexandre. Par., 1858. — Gass, Gennadius u. Pletho. BresL, 1848.
* Parmi les copistes de manuscrits, nous citerons : ^klichel LuUuda d'Ephèse, Jean Rhosos, et Michel Apostolios de Byzance.
* Le premier ouvrage grec imprimé en Italie est la grammaire grecque de Constantin Laskaris, 'EpcùT7;/y.aTa. MedioL, 1470. — Cf. Wolf, Monumenta typograph. — P. Namur, Bibliographie palœographico-diplomaticohibliologique générale, I. Liège, 1838. — K. Falkenstein, Geschichte der Buchdruckerkunst . Leipz., 1840, p. 224. — Sur les centres de l'imprimerie et sur ses destinées, voir Voigt, p. 323. — J. A. Saxius, De studiis litterar. mediolanens. Mediol., 1729.
8 Sur ses écrits (lettres, discours, traductions), voyez Fabricius, t. X, 401; XI, 680. — Oratio funebris, par Mich. Apostolius, éd. Fuelleborn. Lips., 1793. — Alois Blandini, De vita et rébus gestis Bessarionis. Rom., 1777. — Hase, dans Encyclop. de Erscli et Gruber. — Monographie par Hacke. Harl., 1840.
* Contra calumniatorem Platonis, J470, contre Georges de Trapezonte (mort en 1485 ou 1486, à Rome); ses deux ouvrages sur le Seiint-Esprit se trouvent dans Grœcia orthodoxa, de Léon Allatius, vol. I, 4G9-582. — Fabricius, III, 102, 242; VII, 344; VIII, 76, 552, 571; IX, 22, 103, 404; XI, 397; XII, 70. — Panzcr, Annales typographici. Nuernb., 1797-1803. — Niceron, Nachrichten von beriihmten Gelehrten (édit. allem., XI, 22-36).
* Poggiali, Memorie intorno alla vita ed agli scritti di Laur. Valla. Piacenza, 1790. — J. Wildschut, De vita et scriptis Laur. Vallœ. Leyden, 1830, 1 vol. in-4".
LES ITF.TJ.f-.NTRTKS EN TTAUE. 31
Sophie platonicienne, qu'il ne fallut rien moins que les discours enflammés de Savonarole pour le ramenor au christianisme. Il vécut ensuite dans la solitude, tout entier aux exercices de la piété. Jean Reuchlin et d'autres contemporains lui envoyèrent des disciples *, dont le plus illustre fut Ange Politien (1454-1494), philosophe, humaniste et poète en renom*. Il fut le maître de Jean de Médicis , qui lui fut redevable de son goût prononcé pour les lettres humaines et qui devint pape sous le nom de J.éon X. En 1478, Politien eut de graves démêlés avec la mère des Médicis, Clarisse Orsini, qui revendiquait le droit d'élever elle-même ses fils Laurent et Jean de Médicis, tandis que Politien l'accusait de vouloir empiéter sur ses droits de précepteur. La mère insista pour que Politien fût éloigné. Outre Léon X, on cite encore comme humanistes : le cardinal Pierre Bembo (1470-1347), imitateur servile de Cicérone que Léon X nomma sou secrétaire, mais qui ne fut élu cardinal que par Paul III : il fut ensuite évèque de Bergame ; le cardinal Jacques Sadolet*, évêque de
* Opéra oniiiia. Par., 1641, 2 vol. in-fol. (les traductions non comprises).
— Epivtol. libr. XII. — Schelhorn, De vita, moribus et scriptis Marsilii F icini commentât. Amœnitat. litterar., t. 1. — J. Gorsi, Commentar.de platonicœ philosophiœ post renatas litteras apud halos restauratione, sive M. F icini vit a (script. 1506); éd. Bandini. Pisa, 1772. — Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, t. III (Par., 1824-1835, 14 vol.). — Sieveking, Geschichte der platonischen Akademie in Florenz. Gœtt., 1812. — A. Stœckl, III, p. 151-107.
2 Illustrium virorum epistolœ , ab A. Politiano pjartim scriptœ, partim collectes. Bas., 1542, etc. — Opéra omnia. Basil., 1554, 1 vol. in-fol. — Moller, De Politiano. Altdorf, 1698. — J.-Gl. Werner, Politianus. Magdeburg, 1718. — Fr.-Olto Mencken, Hisioria {vitœ) A. Politiani. Lips., 1736, 1 vol. in-4o. — Fabroni, Elogii di Dante, di A. Poliziano. Parraa, 1800.
— Norb. A. Bonafous, De Angeli Politiani vita et operibus disquisitiones. Par., 184G.
' Lib. VI, Epistolœ familiares. — La Casa, Vita P. Bembi.
* Opéra omnia. Verona, 1737-1738, 4 tomes iu-4o. — De liberis recte instituendis. Par., 1855, par Charpenne. — In Pauli epistolam ad Romanos ( écrit en forme de dialogues et en latin classique pour réfuter les protestants qui s'autorisaient de cette Epître). Ce commentaire, divisé eu trois parties, parut à Francfort en 1771. — Ad principes populosque Germaniœ exhortationes. Dillingae, 1550 (1560). — Hortensius, sive de laudibus philosophiœ , riicemment édité et traduit par P. Charpenne. Par., 1853. — De bello suscipiendo contra Tiircos. Basil., 1538. — Episf. ad Joann. Sturmium. Strasb., 1339. — Epistola ad senatum populumque genevensem, 1539, en français avec la réponse de Calvin, Genève, 1540 (et 18G0), se trouve aussi dans V Histoire de la réforme et des réformateurs de Genève, suivie de la lettre du cardinal Sadolet aux Genevois, pour les ramener à la religion catholique, et de la réponse de Calvin. Par., 1861.
— De pace ad imperat. Carolum V. Venet., 1544. — Poemata. Lips., 1348.
— Epistolarum lib. XVII. Lyon, 1550; Colon., 1564, 1572, 1590; une édition complète de cet important recueil a paru à Rome en 1759-67, 3 vol. — Philosophicœ convers. et méditât, in adversis. Francof., 1577. — Epist. ad Clément. VIII, de duobus locis in Evang. Joannis (m, 8 ; xx, 17), reproduite par A. Mai dans Spicileg. roman., II, 179-230. (On voit par
Carpentras (1477-1547), qui dans les premières années de sa vie avait suivi une direction tout opposée. Il ne faut pas le confondre avec son digne neveu Paul Sadolet, également évêque de Carpentras i (1508-1572).
Tandis qu'Ambroise Travesaro, religieux camaldule (né en 1378, mort à Florence en 1439), qui parlait le grec au grand étonnement des Grecs euxmêmes, et fut chargé par le concile de Florence de rédiger le décret de l'union entre les deux Eglises, faisait partie des humanistes orthodoxes '; tandis que le prince Jean Pic de la Mirandole, esprit universel (1463-1494), mort à trente et un ans, essayait avec un zèle plein de franchise de réconcilier la religion et la philosophie, et, en philosophie, Platon et Aristote», Pierre Pomponat (né en 1462, mort en 1524 ou 1526) marchait dans une voie tout-à-fait antichrétienne, et prétendait que le christianisme et la philosophie (aristotélicienne) étaient incompatibles ; il devint le précurseur et le représentant d'une école matérialiste et ennemie du surnaturel. Sa négation philosophique de l'immortalité de l'âme trouva de i'écho chez tous ceux qui, dans l'ivresse des sens, avaient déjà perdu la foi en cette
une lettre de Sadolet, p. 179, que cette explication lui avait été demandée par Clément VIII lors de son passage à Marseille.) — Tractatus de Ecclesia christiana, II, 101-178. — Gancellieri, Elogio di Sadoletti. Rom. , 1828. — Fiordebello , Vita Sadoletti ( réimprimé dans l'édition De liberis institut, de Gharpenne , 1855). — Joly, Etude sur Sadolet, Gaen, 1857.
* S. Epistolœ et poemat. lat. éd. Constanzi, dans Jacob Sadoleti epistolœ Leonis X, démentis VII, Pauii III , nomine scriptœ. Rom., 1759. — Jac. Sadoleti Epistolœ proprio nomine scriptœ. Rom., 1760. — Episfolarum appendix (vie et écrits de Paul Sadolet). Romae, 1767. — G.-J.-H. Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, 2 vol. Carpentras, 1842.
2 V. Hodoeporicon (Récits de voyages des années 1431-1434). Florentiae, 1680. — Epistolar. lib. XX, dans Veterum scriptorum et monumentorum amplissima collectio, éd. Martene et Durand, t. III, Par., 1724; mais surtout dans Ambrosii Traversarii aliorumque ad ipsum et ad alios de eodem Ambrosio latinœ epistolœ a Petro Canneto in libros XXV tributœ, variorum opéra distinctœ et observationibus illustratœ. Accedit ejusdem Ambrosii vita^ a Laur. Mehusio. Florent,, 1759^ 2 vol. in-fol.
3 Pour donner une preuve de sa science universelle, il publia à 23 ans une liste de 900 thèses sur la dialectique, la morale, la physique, les mathématiques, la théologie, la magie naturelle et la c.abalistique, et invita tous les savants de l'Europe à venir discuter avec lui, offrant de payer les frais de voyage aux plus éloignés. Il intitula ces thèses : De omni re scibili (et, ajouta le malicieux Voltaire, De quibusdam aliis). Accusé d'hérésie, il trouva un défenseur dans Alexandre VI, qui, le 18 juin 1493, lui donna un bref d'absolution. Déjà en 1491, il avait renoncé à toutes les sciences profanes pour s'adonner sans réserve à la théologie. Il jeta ses poésies au feu et s'occupa de réfuter les juifs et les mahométans Opéra omnia, Bononiae, 1496, 1 vol. in-fol.; Venet., 1498, 1 vol. in-fol.; Strasb., 1504; Basileae, 1557, 1573, 1601, 1 vol. in-fol. — Heptaplus, s. de opère sex dierum. — Conclusiones philosophicœ, cabalisticœ et theologicœ. Rom., 1486, 1 vol. in-fol. — Apologia J. Pici Mirandulani Coucordiœ comitis, 1489. — A. Stœckl, III, 167-180.
LES SAINTS DE l'ÉGLISE CATHOLIQUE. 33
doctrine. Pomponat fut condamné au cinquième concile de Latran. Le traité de l'Immortalité de l'âme * ne fut publié qu'en 151G. Quant à Pomponat, il ne cessait de protester de son adhésion à tous les enseignements de l'Eglise. — Il est l'avant-coureur de cette ère d'incrédulité qui se leva sur l'Italie des seizième et dix-sei)tième siècles et dont les représentants, Giordano Bruno, Thomas Campauella, Cardanus, Bernardin Télésius, Faust et I^lius Sociu , etc., tombèrent en proie au théisme, à l'athéisme, au panthéisme, à une civilisation bâtarde, jointe à un mysticisme et à une superstition presque incroyable.