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SAINTS DU QUATORZIÈME SIÈCI.E

choix qu'un nouveau motif de tendre à une plus haute perfection. Réduisant son corps en servitude, il le châtiait par un rude cilice, des flagellations sanglantes, des jeûnes réitérés et des prières nocturnes. Clément VII l'exhorta vainement à se ménager. Quand il sentit les approches de la mort, il ne négligea rien pour s'y préparer dignement. Deux fois par jour, il recevait l'absolution de ses péchés et le pain des forts. Arrivé à son dernier moment, il leva les yeux au ciel et s'écria : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Il mourut le 2 juillet 1387. Un ange venait de quitter la terre ; car tout en lui respirait la douceur, l'humilité, la pureté, l'esprit d'immolation. Après sa mort, l'expression d'une joie divine et d'une beauté indicible rayonnait sur toute sa figure ; il semblait que son chaste corps fût déjà en partage de la félicité de son àme '. Les nombreux miracles qui illustrèrent sa tombe décidèrent Clément VIII, en 1527, à le mettre au rang des bienheureux.

Au frontispice du quinzième siècle domine la grande figure de saint Vincent Ferrier, orné de qualités et de vertus dont la vie même des saints offre peu d'exemples, notamment du don des langues, que nous ne reverrons plus à ce degré, sinon dans saint François-Xavier. Né à Valence en 1346, Vincent entra à dix-huit ans dans Tordre de saint Dominique et devint plus tard confesseur de Benoît XIII. Atteint d'une maladie grave, saint Dominique et saint François lui apparurent et lui intimèrent l'ordre de prêcher sur le dernier jugement. Benoit XIII lui offrit en vain la dignité de cardinal; il obéit à la voix du ciel, et Benoit XIII le nomma missionnaire apostolique. A partir de 1396 (d'autres disent 1398), il parcourut presque en entier l'Espagne, la France, l'Italie, l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande. Il prêcha aussi dans le diocèse de Lausanne. Quand il arrivait dans une ville, les princes, les évoques, les nobles, les prêtres, nommément Martin V, les rois de France et d'Aragon, volaient à sa rencontre. Dans tous ses voyages, il était suivi par des foules immenses de population, il emmenait avec lui des prêtres pour entendre les confessions et célébrer les offices, des chantres et des orgues, des notaires pour rédiger les actes nécessités par les réconciliations entre ennemis, des hommes éprouvés pour soigner les vivres et les logements. Cet homme vraiment apostolique parlait avec une force surhumaine et une fougue irrésistible; sa voix était si docile à sa volonté qu'elle exprimait tous les sentiments, toutes les sensations dont il était affecté. Ce n'était pas un homme, mais un ange qu'on croyait entendre. Les pécheurs les plus obstinés, attendris par sa parole, faisaient l'aveu public de leurs crimes. Les cœurs ulcérés, les esprits vindicatifs s'écriaient hautement qu'ils pardonnaient et oubliaient tout. En Espagne, il convertit vingt-cinq mille juifs et huit mille mahométans. Sur un mot de sa bouche, églises, couvents, hôpitaux, ponts, sortaient de

J.-Fr. Duchesne, Histoire des cardinaux français de naissance, enrichie de leurs armes et de leurs portraits, Par., 1660, 2 tom. in-fol.; t. II, p. 513-528, 701. — Alby, Histoire des cardinaux illustres, 1644.

* « Faciès corporis serena, ridens, fulgensque mirum in modum perraansit. » [Vita, p. 523, ap. Duchesne.)

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terre comme par enchantement. Il instruisait aussi les enfants. Sa parole était soutenue par la sainteté de sa vie et par le don des miracles. Encore qu'il parlât constamment sa langue maternelle, le dialecte de Valence, tous les peuples le comprenaient. Après cinq heures de repos sur un dur grabat, le reste de sa nuit était consacré à la prière et à l'Ecriture sainte. La journée commençait par le chant de l'office, suivi de deux ou trois eermons, puis on lui amenait les malades et les infirmes qu'il bénissait. Son repas se composait d'un seul mets préparé en maigre. Il se donnait journellement la discipline. Après avoir longtemps soutenu le parti de Benoit XIII et encouru plus d'un reproche, il lui annonça le 6 janvier 1416 qu'il renonçait à son obédience. Cardinaux et évéques, chacun lui demandait conseil ; le concile de Constance réclama longtemps, mais en vain, sa présence. Martin V, nommé pape, le confirma comme missionnaire apostolique. Après une existence si bien remplie, il mourut à Vannes le 5 avril 1419. Il a été canonisé par Calixte lll en 1455 i.

La même année vit mourir un autre dominicain, le bienheureux Jean Dominici, archevêque de Raguse, réformateur de son ordre, où entra plus tard saint Antoine. Il travailla de toutes ses forces à la suppression du schisme et tint à Grégoire XII le langage le plus énergique. Ce pape le nomma archevêque de Raguse en 1408, et cardinal à la première promotion qu'il fit, avec ou avant les deux neveux du pape : Antoine Corario, qui devint évêque de Porto et d'Ostie (mort en 1445), et l'évêque de Sienne, Gabriel Candelmurio, qui devint pape sous le nom d'Eugène IV. En 1413, Grégoire XII le chargea d'aller annoncer son abdication au concile de Constance, et en 1417, Martin V Tenvoya à titre de légat en Pologne, en Hongrie et en Bohême pour y combattre l'hérésie des hussites. Tombé malade en Hongrie, il mourut à Pesth le 10 juin 1419 2, et eut pour successeurs dans les régions de l'est le grand cardinal Julien Césarini', et saint Jean Capistran.

Julien Césarini, né à Rome en 1398, étudia le droit ecclésiastique et le droit civil, les beaux-arts, la philosophie et la théologie. Doué d'une rare éloquence, d'une mémoire excellente, d'une grande pénétration d'esprit et d'une activité infatigable, en 1421, il accompagna dans les missions de Bohème, où il se fit remarquer, le cardinal Branda de Plaisance, successeur du cardinal Jean de Dominici. Envoyé plus tard en France en qualité de légat, il 88 signala par son habileté et sa droiture. Une autre mission plus délicate lui fut confiée pour le roi Henri VI d'Angleterre (1422-1461). Il exhorta les

1 Voir les ouvrages qui le concernent, t. II, p. 578.

* Aubery, Histoire des cardinaux. Vita B. Joannis Dominici, auct. Fr. Joanne Caroli Florenlino, ap. BoUand., 10 juin, II, p. 396-418.

• Vita card. Jul. Cœsar., ap. Mai, Spicileg. roman., t. I. — Vespasiani Florent., mort en 1493, Vite di uomitii illustri del secolo xv, Spicil. rom., I, p. 1-682. Cet écrit contient les vies des papes Eugène IV et Nicolas V, d'Alphonse, roi de Naples, des ducs Frédéric Urbino, Alexandre et Constantin Sforza, de 16 cardinaux, 49 archevêques, évéques, prélats et religieux, et de 29 auteurs. — Poggius, mort en 1460, Oratio in funere cardinalis Juliani de Cœsarinis, dans Spiciley. roman., t. X, p. 373-384.

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