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SAINTS DU QUINZIÈME SIÈCLE

évoques intimidés à prendre courage et à se rattacher étroitemeut au Saiut- Siége. Après de si brillants succès, il fut élevé à la dignité de cardinal (1426 ou 1430) et chargé de la légation de Hongrie, qui prit une fin malheureuse. L'armée des croisés allemands fut battue par les hussites, et Julien lui-même en fut réduit à prendre la faite.

Le 1" janvier 1431, Martin V le nomma président du concile de Bâle, et ce pape étant mort le 20 février, Eugène IV le confirma dans cette dignité (31 mai). Rien de plus difficile que la présidence d'un concile qui prit tout d'abord une attitude hostile, et dans lequel les docteurs parlaient à la place des évèques. Quand il arriva à Bàle en septembre 1431, il n'y trouva que trois évèques et sept abbés. Si cette assemblée turbulente remplit sa tâche au moins pendant quelque temps, c'est à Julien qu'on le doit. Son attachement à ce concile, qui lui valut de sévères reproches, s'explique par le désir de voir la réforme de l'Eglise et la réunion des hussites. « Il commença ce qu'il espérait conduire à bonne fin ; il persévéra tant qu'il ne fut pas obligé de renoncer à tout espoir; il s'éloigna dès qu'il vit clairement que l'effort des autres tendait à la ruine de l'Eglise et à la division des fidèles. » Depuis 1437, il se tourna vers le pape, et quand tout espoir de conciliation fut évanoui, il se rendit à Ferrare, où il fit éclater dans tout leur jour, aussi bien qu'à Florence, ses talents et sa science. Ses travaux pour le rétablissement de l'union sont dignes d'admiration ; on vante surtout son discours sur le Filioque ^

Envoyé en Hongrie après la clôture du concile, il eut le bonheur de prévenir une guerre civile imminente. Mais comme le principal danger venait du sultan Murad II (1422-1451), il conseilla au roi de Hongrie, Ladislas, de rompre la trêve de dix ans qu'il avait conclue avec lui. Julien, pressentant sa fin prochaine, écrivit à Eugène IV qu'il courait au martyre, mais qu'il méprisait tout au prix du salut de la chrétienté. Il demanda de sacrifier sa vie en combattant les infidèles. Les chrétiens furent vaincus dans le combat de Varna (10 novembre 1444) ; le roi resta sur le champ de bataille, ainsi que Julien, âgé de quarante-six ans. Si Julien n'était pas un saint, il était certainement un grand homme, ainsi que l'appelle'iEneas Sylvius. « Il n'avait pas mérité une si triste fin, mais c'est par elle qu'il fut jugé digne d'entrer en possession de la gloire éternelle. » Poggius, dans le discours funèbre qu'il prononça devant les cardinaux, le félicite d'avoir, dans une cause si sainte et si salutaire, sacrifié sa vie pour la liberté et le bien de l'Eglise, et enseigné par son exemple non-seulement à mépriser la vie, mais à chercher la mort pour l'exaltation de la foi et la défense des fidèles. La mort de Julien parut glorieuse à ses contemporains, sa perte irréparable pour l'Eglise. Poggius raconte dans son oraison qu'Eugène IV, digne d'être rangé parmi les saints de ce temps, versa des larmes abondantes sur une perte si amère *.

' Ed. graece et lat. a R. Andosilla, 0. S. B., Florentiee, 17G2 (ne se trouve pas dans Mansi).

* « Eam animam, quam pluribus in rébus ad Ecclesiae Dei utilitatem exercuerat, in ipsius laudem exhalavit, atque ea in expeditione spiritum

i2 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Quelques années après^ Jean Capistran parait sur la scène de la vie active. Il entra chez les franciscains à l'âge de trente ans. Sa manière de prêcher et d'agir sur les cœurs est unique dans l'histoire. L'impression, la révolution que sa présence produisait dans les cœurs ne sont pas seulement extraordinaires, elles sont merveilleuses. Général de son ordre, les observantins, pendant six années, il introduisit partout les réformes nécessaires. Il travailla, dans la Haute-Italie, à la conversion des fratricelles (qui se propageaient secrètement) et convertit un grand nombre de juifs, principalement à Rome. L'Italie tout entière retentissait de sa gloire, et il n'était pas de ville qui ne s'eslimàt heureuse de le voir passer un seul jour dans ses murs.

Les efforts du concile de Bàle pour calmer les hussites ne furent pas couronnés d'un plein succès. L'évêque de Coutances, Philibert de Montjeu (1424-1439), déploya une grande activité comme légat du concile et du pape dans les années 1433-1436 ^ La Bohème et la Moravie rentrèrent dans l'unité de l'Eglise, en suite du traité d'Iglau (5 juillet 1436). Le G juillet, en présence d'une foule immense, l'évêque Philibert, étendant les mains contre ces deux royaumes, prononça d'une voix puissante et émue, la sentence qui les délivrait de l'excommunication. Ce fut une fête splendide. Malheureusement la division ne tarda pas à reparaître, provoquée par les utraquistes et plus encore par les taborites mécontents. Trois grmads partis existaient alors : les subunistes ou catholiques, qui communiaient sous une seule espèce; les utraquistes, qui communiaient sous les deux; les taborites, dont l'opposition allait beaucoup plus loin encore. Divers colloques eurent lieu sans résultat. Le cardinal Jean Carvajal, envoyé par Eugène IV en Allemagne à titre de légat dans les années 1441-1442, .puis de rechef entre les années 144fi-1448 avec Nicolas de Cuse, avait inutilement tenté en 1444 de procurer la paix. Il arriva une seconde fois à Prague avec le titre de cardinal (le 17 décembre 1446), après avoir procuré à Vienne le concordat d'Aschaffenbourg ou de Vienne. Il échoua de nouveau. — En 1452, Nicolas de Guse et Gapistran furent envoyés en Bohême à la demande de l'empereur Frédéric III. Tandis qu'ils cheminaient sur la route de Vienne, Nicolas annonçait partout la parole de Dieu ; il avait reçu avec le don de convertir les pécheurs celui de guérir les malades. En Garinthie, en Styrie, en Autriche, des troupes immenses de peuples couraient à sa rencontre et rappelaient le temps de saint Vmcent Ferrier; à Vienne, où il passa quinze jours, cent mille auditeurs l'écoutèrent prêcher en plein air. Il parlait en latin, et l'un ses compagnons lui servait de truchement. Ge langage, quoique non compris, produisait d'incroyables effets et on se convertissait en masse. Il ne put pénétrer dans l'intérieur de la Bohême, mais il prêcha plusieurs années sur les frontières. 11,000 hussites abjurèrent leurs erreurs entre ses mains. Il prêcha à Olmutz, à

ultimum profiidit, qua nuUa Deo acceptior esse débet. » — Cardinal Julien César ini, dans Wiirzb. Katholische Wochenschrift, 1855, n. 24-25.

* M. Lecanu , Histoire des évcques de Coutances. Coutances, 1839, p. 241-248.

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