‹ Histoire de l'EgliseChapitre 119 sur 253 · SAINTS DU QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SAINTS DU QUINZIÈME SIÈCLE

Rrimn, àEgor (déc. 1451 àfévr. 1452),à Froiber!?,àMeisscii ; ùErfurt 60,000 personnes assistèrent à ses prédications. Il prôclia aussi à Dresde^ Leipzig, Hambourg, Halle, Magdebourg, Weiraar, Bamberg, Augsbourg, Nuremberg, Amberg, Eichstaedt, Ralisbonne, etc. A Rreslau, il produisit une grande réforme dans les mœurs *. Invité en Pologne par le roi Casimir, il y prêcha également avec beaucoup de succès. A Cracovie, où il entra le jour de la fête de saint Augustin, il fut reçu avec les pins grands honneurs. Il opérait à la fois par ses prédications et par ses miracles. Cent trente jeunes gens entrèrent dans l'ordre de saint François. Au commencement de 1454, il bénit l'union de la princesse autrichienne Elisabeth avec Casimir III de Pologne, qui donnèrent le jour à saint Casimir (né en 1458, mort en 1484), lequel eut pour précepteur Jean Dlugoss, fameux historien polonais. Ange de Dieu sur la terre, Casimir disparut trop tôt, après avoir été élu roi de Hongrie*. — L'Eglise honore un autre personnage illustre de cette époque, dans la personne du prêtre polonais Jean Cantius (de Kenti) né en 1103 au village de Kenti, mort le 24 décembre 1473 à l'âge de soixante-dix ans. Inscrit en 17G7 au catalogue des saints par Clément XIII, il est vénéré, ainsi que le prince Casimir, comme un des patrons de la Pologne et de la Lithuanie '.

De la Pologne, Jean Capistran retourna en Allemagne, et après la prise de Constantinople par les Turcs, conjura les princes allemands assemblés à Neustadt de réunir leurs forces pour les repousser. Et comme les Turcs assiégeaient déjà Belgrade, les Hongrois l'appelèrent h leur secours. C'est là qu'il rencontra le cardinal Jean Carvajal, légat du pape. Il fut l'àme de tout ce mouvement belliqueux. A Pétervardein, il s'aboucha avec le fameux héros HunyadesCorvin, et quand l'armée des chrétiens commença à plier sous l'effort des Turcs, il se présenta devant elle un crucifix à la main, et ranimant le courage des soldats, il leur procura la brillante victoire de Belgrade (6 août 145G) et arrêta les progrès des Turcs. Malheureusement, Jean Gorvin et Jean Capistran moururent bientôt après, ce dernier à Villach en Pannonie (1456), et personne ne se trouva pour les remplacer*.

* A Leipzig seulement, 60 seigneurs de haut rang entrèrent dans l'ordre des réformats ; 36 furent envoyés à Nuremberg et 24 à Breslau. Un de ses biographes, Barberius, assure que, depuis le 1er août 1451 jusqu'au 10 novembre 1452, il rendit la vue à 64 aveugles, la plupart de naissance, la parole à 32 muets, l'ouïe à 82 sourds, l'usage de leurs membres à 232 paralytiques , guérit subitement 12 blessés à mort', 48 agonisants, plusieurs possédés, etc., ressuscita plus de 20 morts. On ne saurait fixer exactement l'ordre dans lequel il entra dans chaque ville d'Allemagne.

* Vita S. Casimiri, auct. Zacharia Ferrerio, ep. Gardiensi, ap. Bolland., 4 mars, I, p. 347-351. Hymnus Casimiri ad heatam virginem Mariam : Omni die die Mariœ , ibid., p. 357. — Miracula Casim., auct. Gregorio Suiecicio, ibid., p. 351-356.

3 Vitn, auct. Adamo Opatovio. Cracau, 1628, ap. Bolland., 20 octobre, VIII, p. 1042-1106. — De rébus fjestis J. C. Rom., 1707. — Vida di G. C. Rom., 17G7. — E. Benoît, Vie de saint Jean de Kenti. Par., 1862.

* Vita, auct. Nicolao de Fara. — Acta sanct., 23 octobre , X, 439-483. -- Vita alia, auct. Hier, de Utino, ib., 483-491. — Vita, auct. Christophoro

I.e pape Pic II, à l'assemblée de Mantoue (1460), et le cardinal Bessarion à la diète de Vienne, essayèrent vainement d'amener les princes chrétiens à tenter contre les Turcs une entreprise vigoureuse.

Dans le temps où saint Vincent Ferrier emplissait l'Occident de la gloire de ses œuvres et de ses miracles, florissait, inconnue et cachée aux yeux du monde, sainte Elisabeth de Reute, appelée par le peuple Elisabetha Bona (née à Waldsée en 1386). Tertiaire de saint François, elle endurait dans son corps mortifié la passion de Jésus-Christ, et la sainte communion fui pendant douze ans sa seule nourriture. Elle mourut le 23 novembre 1420. Son culte ne devint général qu'un siècle après, à l'occasion des signes et des prodiges qui accompagnèrent l'ouverture de son tombeau. L'empereur Ferdinand II, son frère Léopold, prince électeur, Maximilien I" de Bavière et l'évêque de Constance s'occupèrent d'introduire le procès de sa canonisation. Elle fut béatifiée le 19 juin 1766, et son corps fut relevé peu de temps après avec beaucoup de solennité. En 1767, grâce au concours du peuple qui affluait de toutes parts, on s'est ressouvenu qu'elle avait été béatifiée. Espérons qu'un jour elle sera inscrite au catalogue des saints*.

Parmi les grandes saintes du quinzième siècle, il faut ranger indubitablement Françoise Romaine, fondatrice des oblats de la sainte Vierge (morte en 1440), favorisée de son vivant comme après sa mort de grâces extraordinaires, et notamment de la présence sensible de son ange gardien, exemple unique dans la vie des saints 2.

La liste des saints aux quatorzième et quinzième siècles renferme encore quantité d'autres noms célèbres, tels que : Bernardin de Sienne (mort le 20 mai 1444) de l'ordre des minorités, dont saint Jean Capistran, son disciple, disait qu'il lui devait tout ; saint Antonin, archevêque de Florence (mort le 2 mai 1459), fameux par sa Chronique^ universelle qui s'étend

a Varisio, p. 491-552. — Van Hecke, Comment, prœvius, p. 269-439; p. 915-916. — H. Pétri, Lehen des heil, Johannes Capistran. Munch., 1844. — B. Kirchhueber , Leben desselben und des heil. Paschalis. Baylon (Sinzel), 1847.

' Das Leben der guten Betha von Reuthin. Ravensburg, 1624. — Leben der seligen Elisabetha Bona von Reuthe, par le père P. Lechner. Reutling.,

* Vita S. Franciscœ Romance fimdatricis oblatamm Turris — Speculorum, per Mariam Magdalenam Anguillariam prœsidem oblatarum, — ap. Rolland., 9 mars. II, p. 176-211. — Vita al., auct. J. Mattiotti, ips. confessario, ibid., p. 92-176. — Gorb.-Aut. Riedhofer, Die heil. Franc. Romana. Salzb., 1822. — M.-T. Bussière, Vie de sainte Françoise Romaine, avec une introduction sur la mystique. — Lady Georg. Fullerton, The life of S. Fronces of Rome... with an introductory essay on the miracolous life of the saints by M. Capes. Lond., 1855, 1 vol. in-4o.

Vita di S. Francesca Romana fondatrice délie Signore oblate di Maria Vergine in torre de' S/^ecc/u, nouvamente scritta dal sacerdote Ludov. Ponzileoni. Roma, 1829, 1 vol. in-4o. (Ouvrage magnifique et qui est à la fois une histoire de l'ordre.)

* Chronicon, sive Summa historialis ah 0. c. — 1457 — dans Antonini Op. omn. Venet., 1474-1479, 4 vol. in-fol.; Venet., 1480, 3 vol. in-fol. —

SAINTS DT' OriNZîfcME SlèCLE. A^^

jusqu'en 1457, et dont il a paru en Italie, en France et en Allemagne une multitude d'éditions •.

Combien d'autres personnages des deux sexes ont vécu à cette époque, dont le mérite et la sainteté, ont été oubliés ou méconnus, et qui attendent encore l'honneur des autels! Deux ans avant l'apparition de Luther mourait le franciscain Théodoric ( Koelde) de Munster •, comparable aux plus grands hommes qui aient jamais existé. Il travailla surtout dans le Bas-Rhin et la Belgique, fondant partout des couvents de l'étroite observance, particulièrement à Anvers et à Bodenthal, près de Bruxelles, en 1467. —Il est à remarquer en général que depuis ce temps jusqu'à la réformation les franciscains et les dominicains rivalisèrent constamment dans l'œuvre de la vraie réforme, et que ces grands ordres religieux n'étaient nullement dégénérés. Théodoric, à l'exemple de Jean Capistrao, qui venait de remplir de sa gloire l'Europe orientale, parcourut rapidement les provinces occidentales du nord, armé du glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, et partout où il arriva il rétablit la paix. Dans les grandes villes, il apparaissait monté sur un charriot, et élevant deux tètes de mort, exhortait le peuple à se convertir et à faire pénitence. Son propre exemple montrait assez qu'il ne cherchait point à produire une émotion passagère par une vaine exhibition théâtrale.

En 1489, une peste affreuse, qui sévit dans le nord et surtout à Bruxelles, ayant moissonné la plupart des prêtres, lui seul les remplaça tous. Il érigea sur la place publique une tente où l'on conservait le Saint-Sacrement et où chacun pouvait, jour et nuit, se confesser et recevoir la communion. C'est de là qu'il se rendait à cheval auprès des pestiférés. Le sacristain d'une église de Bruxelles partagea avec lui les dangers continuels de la mort ; quand il eut succombé à la peste, personne ne se trouva pour prendre sa place, et Théodoric pourvut de nouveau à tout. Portant un calice dans sa main droite, une lanterne dans sa main gauche et une clochette suspendue à sa ceinture, il partait pour la visite des malades. La peste ne diminua qu'au bout d'une année et au delà; elle avait enlevé 33,000 habitans de la ville; 32,000 avaient reçu les secours de l'Eglise des mains du Père Théodoric, et de sa bouche des paroles de paix et de consolation.

Nuremberg», per Anton Koburger, 1484, 3 vol. in-fol.; ibid., 1491, 3 vol. in-fol. — Basil., 1491, sous ce titre : Chronicon , sive opus historiarum , 3 vol. in-fol. — Basil., 1494, 3 vol. in-fol., ihid., 1502, Lugd., 1512; ibid., 1527. — Cum notis P. Maturi. 1587, 3 vol. in-fol. — In Operib. omn., Florent., 1741; Basil., 1591, 3 vol. in-fol.

* Ceux qui veulent se faire une idée de la quantité prodigieuse de saints et de saintes qu'ont produits les deux siècles antérieurs à la réforme, nous les renvoyons au catalogue des Acta sanctorum de Potthast, encore y manque-t-il les mois de novembre et de décembre, qui se trouvent dans Alban Butler, The Lives of the fathers, martyrs and other principal Saints, en 2 vol. in-fol., Loud., 1833; en 12 vol., 1842. — Il y faut joindre encore le grand nombre d'hommes et de femmes dont la béatification et la canonisation sont de date plus récente.

* Theodorlcus a Monasterio.

Théodoric passa ses derniers jours au couvent des franciscains de Louvain, qui, à l'exemple de tant d'autres, s'était rattaché en 1506 à l'étroite observance. Quoique avancé en âge, il était toujours infatigable dans la prédication. Il avait atteint sa quatre-vingtième année lorsque, montant en chaire le 11 décembre 1515, il prédit en prononçant un discours plein de force et d'onction, qu'il allait passer bientôt dans l'éternité. Il acheva cependant le saint sacrifice et parut encore au réfectoire ; mais sentant que la mort était proche il se leva pour se retirer dans sa cellule et y attendre la mort au milieu de la prière. Quelque temps après, les frères le trouvèrent à genoux et les mains jointes : ce n'était plus qu'un cadavre. Une courte épitaphe a consacré le souvenir de ses vertus *. Le 12 septembre 1618, sa dépouille terrestre fut retirée du tombeau et placée dans une belle armoire. Ce vrai réformateur, mort deux ans avant l'apparition de Luther, serait digne d'être élevé sur les autels.

Théodoric et tant d'autres avec lui ont disparu de la mémoire des hommes, et on a fini par se persuader, même parmi les catholiques, que l'époque antérieure à la réforme avait été une époque de stagnation religieuse, que le Saint-Esprit s'était comme retiré de l'Eglise pour l'abandonner à sa propre impuissance. Qui sait encore aujourd'hui quelque chose de cette vaillante légion d'Allemands qui, dans les années 1451 à 1454, entrèrent dans les ordres de saint François et de saint Jeau Capistran? C'étaient des franciscains et des dominicains ; le moyen de s'intéresser à eux !

Jean d'Erfurt venait de tuer son adversaire dans un duel, où la curiosité avait attiré une foule immense de spectateurs. Des bravos universels saluèrent le vainqueur ; lui seul fut profondément ému en présence de sa victime étendue inanimée devant lui, et ne voulut plus entendre parler de l'amour terrestre qui avait été la cause de ce duel. Il saute sur son cheval, va frapper à la porte du couvent des dominicains et sollicite son admission. Il est accepté. Bientôt après arrivèrent son père et ses proches parents, menaçant le couvent de leur vengeance, si Jean ne leur est pas rendu immédiatement. Les moines parvinrent cependant à les calmer. Jean devint l'apôtre de plusieurs tribus germaniques, et mourut l'an 1464 en odeur de sainteté *.

Combien de catholiques connaissent cet homme, ainsi que le grand Théodoric de Munster? Quand on nous parle d'un saint Norbert de Magdebourg ou d'un saint Benno de Meissen, nous nous figurons volontiers, parce qu'ils sont maintenant honorés comme des saints, qu'ils l'ont toujours été depuis leur mort. Or, saint Benno ne fut canonisé que quelques années (1523) avant l'expulsion du catholicisme du diocèse de Meissen, et saint Norbert, qu'un âge d'homme après que le catholicisme eut été

* « Hic jacet sepultus venerabilis et doctus P. Fr. Theodoricus a Monasterio, eximius praidicator verbi Dei, quondam hujus conventus et aliorum guardianus. »

^ Studien ùber die Klœster des Mittelalters. Trad. de l'anglais (de Kenelm Digby, The âges of the faith], par Kobler. Rgsb., 1867, p. 381.

DÉVOTTON I>T^ SîftC.LE AVANT LA RÉFORME. M

banni de l'arcîiidiocèse de Magdebourîï (par Grégoire XIÏI on 1582); sa fête, plus tardive encore, a été établie par Urbain VIll, 6 juillet 1643. — Si l'Allemagne eut le malheur d'être le foyer de la réforme, l'Eglise de ce pays, à l'époque qui précéda son invasioc, n'était nullement dépourvue de grands et saints personnages dont le nom est écrit au livre de vie. Us sont dignes d'être tirés de l'oubli où ils ont été ensevelis pendant des siècles, et proposés aux hommages et à l'imitation des fidèles,

La sainteté a pour compagne inséparable la piété. Quand Dieu suscite des saints dans un siècle quelconque, il lui accorde aussi le don de la vraie piété. On se plaint de la scolastique sèche et aride des quatorzième et quinzième siècles ; les contemporains s'en plaignaient aussi, et probablement avec la même exagération. Du reste, ceux qui repoussaient l'aridité des formules scolastiques, les disputes et les déclamations de l'école, étaient libres de se faire les disciples de l'amour divin auprès d'un Jean Tauler et d'un Henri Suso, de fréquenter leurs nombreux disciples et partisans, ou, dans le quinzième siècle, les excellentes écoles des frères de la vie commune, partout florissantes ; ils pouvaient assister aux leçons de Thomas a Kempis et apprendre de sa bouche l'imitation de Jésus-Christ. Le livre publié sous ce titre, estimé le plus répandu après la Bible et publié en une infinité d'éditions, fut réellement un grand don de Dieu à l'humanité. Or, le siècle qui le vit paraître est encore le siècle qui précéda la réforme. Ce siècle soi-disant maudit de Dieu et abandonné du Saint- Esprit, ce siècle ne cultivait pas seulement ce qu'on appelle la piété intérieure, cette piété qui se complaît (ou s'égare) dans le sentiment, et dont, à tort ou à raison, nous ne l'examinerons pas ici, on fait un reproche aux piétistes. Il y joignait les œuvres extérieures, les pratiques austères de l'ascétisme, que Luther et les siens attaquaient avec tant d'acharnement et qu'ils appelaient la sainteté djcs œuvres. Ces continuelles attaques sont la meilleure justification de cette piété active et agissante. Dieu seul sonde les cœurs et les reins ; le droit de tout savoir, qui n'appartient qu'à lui, nos adversaires voudraient le lui disputer, et, pénétrant au fond des consciences, y découvrir que les catholiques ne pratiquent les bonnes œuvres que parce que le ciel lui revient de droit au lieu de leur échoir comme un don de Dieu. Luther lui-même ne pouvait se souvenir sans émotion de la vive piété du frère de l'évêque Adolphe de Mersebourg, qu'il avait vu, quoique descendant de la plus haute noblesse, s'en aller pendant les jours de sa jeunesse et comme le dernier des fils de saint François, mendier de porte en porte et le sac sur le dos à travers les rues de Magdebourg, afin de recueillir, selon la règle sévère des réformats, les moyens de subsistance nécessaires à son couvent. La compagne des vieux jours de Luther rend également témoignage de l'ancienne piété catholique lorsqu'elle manifeste son étonnement et sa douleur de ce que le jeûne et les pratiques austères auxquels elle avait été habituée avaient disparu au temps de la réforme.

On est surpris quand on voit les proportions gigantesques que les pèlerinages avaient prises avant les croisades *, les milliers d'hommes qui entre-

1 Tome II, p. 288 et suiv.

prenaient le voyage de Terre-Sainte avant qu'on eût formé le plan de la conquérir ; on s'étonne d'apprendre que de grands pèlerinages se faisaient encore en Palestine deux siècles après la perte totale de ce pays. Un nombre incalculable de particuliers, plusieurs princes de ditférentes maisons d'Allemagne, de Habsbourg, de Hohenzollern; de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, de Poméranie, de Mecklenbourg, entreprirent ce pèlerinage dans les quatorzième et quinzième siècles. — Le duc Guillaume II I de Saxe fut, après les croisades, le premier prince de Saxe qui alla de nouveau en Terre-Sainte (1461). Son exemple fut suivi par plusieurs autres, par le duc Albert le Magnanime (1476), par l'électeur Frédéric II le Sage (1493), par le duc Henri le Pieux (1498), et il est dit de tous « qu'ils suivaient les traces de leurs ancêtres. » A la fin du quinzième siècle (1496), nous rencontrons le duc Bogislaw X de Poméranie, le duc Alexandre, électeur du Rhin, le comte Jean-Louis de Nassau (1495-1496), le comte Eberhard à la Barbe, premier duc de Wurtemberg. Ce dernier se rendit aussi à Rome pour témoigner son respect au pape, qui le reçut avec toute sorte d'honneurs, car il est un des plus nobles et des plus grands princes qu'ait jamais eus l'Allemagne, et, aujourd'hui, malgré la réforme et malgré le duc Ulrich, il est encore le prince le plus populaire du Wurtemberg*.

En faisant le pèlerinage de Terre-Sainte, ces princes allemands, dont les descendants allaient devenir, après un âge d'homme, les champions de la réforme, prouvaient que la piété traditionnelle de l'EgUse catholique était profondément enracinée dans leurs cœurs et leurs familles. On ne saurait donc admettre que chez eux l'apostasie extérieure fut précédée de la défection des esprits.

§ 2. ËCude de l'iîioriture sainte.

Cette étude fut cultivée avec beaucoup de soin pendant les diverses périodes catholiques du moyen-àge. Du douzième siècle, nous ne citerons que le fécond exégète Ruperl de Deutz (près de Cologne, mort en 1135), abbé des bénédictins et auteur de commentaires sur la plupart des livres

* Voir rénumération des pèlerinages en Terre-Sainte entrepris alors par des princes allemands, dans F. Geisheim : Die Hohenzollern am heit. Grabe zu Jérusalem. Berl., 1858, p. B. {Balthasar Mencius itinera sex a dioersis Saxoniœ ducibus in Italiam et Palœstinam facta. Witeb., 1612.) — Heyssbuch des heil. Landes, dus ist yi'ùndliche Beschreibung aller und jeder Meer-und Bilgerfahrten zum heil. Lande. Francfort-sur-le-M., 1584. ■ — Félix Fabry, Evagatorium in Terrœ sanctœ, Arabiœ et JEgypti peregrinationem afin. 1479 et 1483, éd. Hassler. Stuttg., 1843-1849, 3 tomes. — Félix Faber's gereimtes Pilgerbitcklein. Mùnch., 1864, pubhé par Ant. Birlinger. — (Cf. Bibliographia geogrnp/iica Palœstinœ. Zunœchst kritische Uebersicht gedruckter und ungedruckter beschreibungen -der Heisen in's heil. Landy von Titus Tobler. Leipz., 1867.) — Pilgerfahrt des Landyrafen Wilhelm des Tap/'ern von Thuringen zum heil. Lande im Jahre 1461, publié par J.-G. Kohi. Breuieu, lb68.

ÉTUDE DE t/ÉCRTTURE SAINTE. 49

de l'Ancien et du Nouveau Testament'. Au treizième siècle prédomine la Chaîne d'or do saint Thomas'. — Prùcédemmeut, l'abbé des cisterciens, Etienne, avait essayé de corriger, d'après le texte original et les meilleurs manuscrits qu'on eût alors, la Vulgate, ou version latine de la Bible généralement usitée. Maintenant, c'est le cardinal Hugues de Saint-Gher, dominicain, qui entreprend le même travail sur un plus vaste plan et avec plus de succès. Une édition nouvelle et corrigée de la Bible fut publiée sous sa direction'. Le chai)itre général des dominicains tenu eu 1236 décida que toutes les Bibles de l'ordre seraient revues et ponctuées d'après cette édition. Vers le même temps, les franciscains publièrent aussi leur édition corrigée de la Bible. L'invention de l'imprimerie offrait désormais un moyen de prévenir les nouvelles fautes de copistes. Le cardinal Hugues s'acquit encore plus de gloire par sa Concordance que par sa nouvelle édition de la Bible. Dans cette œuvre, qui devint peu à peu une branche distincte de la littérature, il fut aidé par plusieurs religieux de son ordre *. Vers 1300 à 1320, le dominicain Conrad de Halberstadt rédigea une Concordance

• Liber Genesis , Exodus, Leviticus , in Numéros, in Deuteronomium , in Josue, Judicum, Regum, in Isaiam, Jeremiam, Ezechielem, in Danielem. In Evangelistas, De operibus Spiritus sancti, Commentaria in 12 prophetas minores, in Cantica, in Job, in librum Ecclesiastes, De gloria et honore Filii hominis, Commentaria in Evangelium S. Joannis, C. in Apocalypsim, De glorificatione Trinitatis et processione sancti Spiritus, De Victoria Verbi Dei. — De divinis officiis iib. XII. In quœdam capitula regulœ sancti Benedicti. — Annulus , sive dialogus inter judœum et christianum. — De vita vere apostolica. — Ruperti Tuitiensis Opéra, éd. Venetiis, 1748, 4 t. in-fol. (Edit. Migne, in Patrologia latina, t. GLXVIl-CLXX, Par., 1854; en appendice une longue Dissertatio de vila et scriptis Ruperti.)

- Divi Thomae Aquinatis Catena aurea , id est Expositio continua super quatuor Evangelistas ex latinis et grœcis auctoribus ac prœsertim ex Patrum sententiis et glossis [artificio quasi uno tenore contextuque) conflata. [C/iaine dor, traduite par l'abbé Péronne. Paris, Vives, 8 vol. in-S». — Comrnentarius in omnes D. Pauli epistolas, éd. Leodii, 1857-1858, 3 t.) — A. Tholuck, Disputatio de Thoma Aquinate atque Abœlardo interpretibus Novi Testamenti. Hamb., 1842. — Ern. Elster, De medii œvi theologia exegetica. Gottg., 1855.

' Sacra biblia recognita et emendata, id est a scriptorum. vitiis expurgâta, additis ad marginem variis lectionibus codicum manuscript. Hebrœorum , Grœcorum et veterum Latinorum cod., œfate Caroli Magni scinptorum. Déjà auparavant, le Correctorium biblicum avait été publié par la faculté théologique de Paris et devait rétablir le vrai texte de l'Ecriture. Cette édition corrigée supplanta peu à peu le Correctorium. -" Martène , Thésaurus novus anecdotorum, t. IV, p. 167C et 1715. — Correctorium biblicum, etc. Colonise, 1508.

♦ Les Concordantiœ ynorales de saint Antoine de Padoue (mort en 1231) ne sont qu'un recueil de textes de l'Ecriture divisés selon les vertus et les vices, tandis que la Concordance de Hugues embrasse toute l'Ecriture. L'ouvrage de Hugues fut appelé Concordantiœ breviores. Vers 1250 , les dominicains de Paris donnèrent une concordance plus étendue, qui reçut le nom de Concordantiœ anglicanœ, parce qu'elle avait pour principaux auteurs des Anglais de naissance, tels que Jean de Derlington, Hugues de

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