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notre autorité ; car quand on retire une à une toutes les bûches du foyer, le feu finit par s'éteindre. »

Certes, les grands princes allemands ne manquaient pas encore à cette époque, mais ces princes ne séparaient pas le dévouement à l'Eglise du dé- -vouement à l'empire, tels que Eberhard de Wurtemberg, et plus tard Georges de Saxe et Eric de Braunschweig. — Geiler travailla et s'illustra dans cette position jusqu'à sa mort, le 12 mars 1510. Il possédait tout ce qu'il faut pour devenir un prédicateur distingué : érudition vaste et solide, intelligence pénétrante, àme sensible et capable de descendre aux dernières profondeurs de la mystique, imagination vive et inépuisable en saillies heureuses, toutes les qualités enfin qui constituent l'orateur. Avant de travailler à réformer les autres, il voulut se réformer lui-même ; son caractère devint aussi noble, aussi pieux et aussi doux qu'énergique et inflexible. Il fut enterré dans la cathédrale, au pied de la chaire, théâtre de sa gloire ' ! Encore sept ans, et le schisme allait éclater. « Quelle influence, s'il avait vécu alors, n'eût pas exercée sur la marche des choses celui qui était incontestablement le membre le plus considérable et le plus autorisé du clergé d'Allemagne ! Entouré comme il l'était de l'amour et de la vénération du peuple , quel ascendant n'aurait-il pas eu sur ses contemporains en face des luthériens! Sans doute il n'eût pas détourné l'orage qui se préparait, mais que d'individus, que de villes et de districts sa parole énergique, son attitude franche et convaincue n'eût-elle pas conservés à l'Eglise * ! » Toutefois, comme la réforme ne fut victorieuse que par la force brutale, à Strasbourg aussi bien qu'ailleurs, nous croyons qu'à Strasbourg aussi elle l'eût emporté malgré Geiler. Devant les armes, la science reste muette, et eu présence du bras de chair, quand Dieu permet que son heure arrive et que la puissance des ténèbres se déchaîne, l'esprit est forcé de reculer K

Dfms tous les pays chrétiens, la prédication était prescrite et son audition inculquée aux fidèles. Un concile d'York disait en 1360 : « Entendre le dimanche la parole de Dieu dans sa langue maternelle vaut mieux

1 Geiler von Kaisersberg und sein Verhœltnis zurs Kirche , dans Histor.polit. Blœtter (par M. Kerker), t. XL VIII , p. 637-65-2, 721-734, 949-963; t. XLIX, p. 33-42, 280-293, 390-403, 748-757. — Ant. Steichele, Friedrich Graf V. Zollern, Bischof zu Augsburg (1486-1505) und Geiler von Kaisersberg, dans Archiv fur die Geschichte des Bisthums Augsburg, tome I, livrais, i et ii (Augsbourg, 1854), où des lettres de Geiler à Frédéric sont publiées pour la première fois.

2 Kerker, loc. cit., t. XLIX, p. 749.

* Peregrinus (ou Pèlerinage chrétien). — Navicula ou Spéculum fatuorum (d'après la barque des fous de Séb. Brant). — Fragmenta passionis.

— Navicula pœnitentiurn. — De oratione dominica (publié par J. Other).

— P. Wickgram , neveu et successeur de Geiler dans la chaire de Strasbourg, a édité Sermones et varii tractatits J. Geileri. Argentorati, 1518, 1 vol. in-fol., dédiés au prévôt Albert d'Elhvangen. [Tractatus de felici dispositione ad mortem. Navicula salutis, accompaigué de Navis stultifera).

qu'assister à plusieurs messes *. » Un ouvrage ascétique à l'usage des prêtres *, très répandu alors, portait que tout pasteur qui ne savait ou ne voulait pas prêcher était on état de péché mortel. « La principale source où doit puiser un prédicateur, disait Ulric Surgaut ^, curé dans le Petit- Bàle, c'est la Bible ; elle seule renferme toutes les parties de la vérité, tandis que les doctrines établies par les docteurs catholiques et même par les évêques après la clôture du canon biblique, s'écartent quelquefois de la vérité. » Surgant était lui-même un prédicateur célèbre et strictement orthodoxe.

Depuis l'institution de la chaire de prédicateur à Strasbourg, en 1478, plusieurs fondations analogues furent créées dans d'autres villes. Le prédicateur de la cathédrale de Strasbourg avait annuellement quatre semaines de vacances, pendant lesquelles la chaire devait être occupée par un prêtre séculier, et non par un profès d'ordre religieux. Des offices de prédicateurs furent aussi établis peu de temps après à Bâle et à Constance *, principalement aux frais du chanoine N. de Stoffelu, qui obtint de Rome une bulle de confirmation. Déjà en 1485, Frédéric de Zollern écrivait d'Angsbourg à Geiler qu'il avait le dessein d'instituer dans son église une prébende de prédicateur, et qu'il cherchait un homme « capable d'instruii'e le peuple dans cette vallée de larmes *. » Elle ne fut établie que vingt ans après. On exigeait que le prédicateur de la cathédrale fût docteur ou du moins licencié en théologie. Cette fondation, qui date du 2 janvier 1505, est le dernier acte de l'évêque Frédéric, mort à Dillingen le 8 mars 1505.

Plus ancienne est la fondation de la cathédrale de Spire. En li71, l'évêque Mathias accorda à tous les fidèles qui assisteraient aux prédications de la cathédrale quarante jours d'indulgence, et il ajoutait : « Les bons prédicateurs de Spire ont toujours expérimenté combien l'audition attentive de la parole divine contribuait à la gloire de Dieu, au bien de

1 To hear Goddys law m thy modyr longue : for that is bettyr, t/ian to hear many masses (Collier, Ecclesiast. history of Great-Britain. Lond., 1852, IV, 28).

^ Lavacrum conscientiœ sacerdotum. Colon., 1504 (souvent réimprimé).

3 Surgant, Monnaie curatorum. Bas., 1506, lib. I, consid. m.

* Surgant, lib. I, consid. xvi.

^ PL Braun, Geschichte der Bischœfe von Augsburg. Augsb., 1814, III, 129. — A. Steichele, opusc. cit., I, i, p. 151-154. L'évêque écrivait à Geiler : « Rogo vos per amorem Domini mei Jesu Christi, ut mihi ostendatis, si sit via aliqua idonea invenienda, vos tanquam praeceptorem et coadjutorem mecum permaoere, pro me pabula ovibus in ecclesia mea praibere ; et si in toto id efficere non possum , saltem unico anno hoc mihi a vobis concederetur, quod in cumulo maximorum beneficiorum mihi collocabo. » — En 1488, Geiler ne put prêcher que pendant trois mois à Augsbourg, mais il le faisait presque journellement. Il dut ensuite rentrer chez lui ; « ceux de Strasbourg lui envoyaient des lettres bien nombreuses; car ils étaient chagrins de sa longue absence, et regrettaient leur maître et prédicateur. » — Le prédicateur de la cathédrale d'Augsbourg était obligé, même en Avenl, de prêcher trois fois par semaine.

l'Eglise, h l'exaltation de la vraie foi, à l'aceroissement de la chrétienté et au salut des âmes ^ » Jacques Wimpfeling y prêcha pendant quatorze ans.

Au temps de la réforme , chaque église paroissiale et collégiale avait son prédicateur attitré. Les magistrats des villes, qui travaillaient à la réforme dans leurs propres intérêts, ne trouvaient pas d'autres moyens de se garantir de leurs prédicateurs récalcitrants « que de leur défendre la chaire ; » c'était là, selon eux, le moyen «. de conserver la paix. » Ces charges de prédicateurs existaient jusque dans les petites villes et même dans les villages, témoin le petit duché de Wurtemberg.

A Stuttgart, en 1440, la nouvelle confrérie du Salve institua une charge de prédicateur à la collégiale, et en 1462, Hans Wagner, citoyen de Waiblingen, en fit autant dans la chapelle de Saint-Nicolas (in der Muren). Le prédicateur devait prêcher, là ou dans l'église paroissiale, tous les dimanches, toutes les fêtes, tous les mercredis et vendredis de carême. Des fondations analogues eurent lieu à Schorndorf , Blaubeuren, Sulz, Dornstetten, Bottwar, Balingen, Brackenheim. Dans le cas où, à trente milles à la ronde, on ne trouverait point de docteur en théologie, on pouvait prendre un licencié 2. a Weinsberg, en 1522, les parents catholiques d'CEcolampade fondèrent une charge de prédicateur s.

Geiler de Kaisersberg parle dans un de ses discours « de ceux qui dans une grande ville courent de sermons en sermons. » Dans son oraison funèbre de l'évêque Albert de Mirbach (mort en 1506), il apostrophe ainsi le nouvel évêque, déjà élu et présent à l'assemblée : « Les évêques doivent se souvenir que saint Paul a tellement préféré la charge de prédicateur à toutes les autres, qu'il semble ne pas se soucier de celles-ci. Mais, répondent nos évêques et prélats : « Nous prêchons notre troupeau par l'or- » gane de nos remplaçants, par ceux qui se pressent en ce lieu; cela » suffit. N'y-a-t-il pas déjà des sei-mons en si grande abondance, qu'ils » engendrent le dégoût dans' les auditeurs? »

Lorsque des villes possédaient plusieurs églises paroissiales ou collégiales, on prêchait dans toutes. A Bàle il y avait sermon tous les dimanches à la cathédrale, à Saint-Pierre, à Saint-Léonard, à Saint-Théodore*. A Nuremberg, les sermons étaient si multipliés que le magistrat fut obligé d'en restreindre le nombre, en décidant (1522) que « dans les deux églises paroissiales (Saint-Laurent et Saint-Sébald) et dans les quatre couvents d'hommes, les prêcheurs, les déchaussés, les augustins et les frères de Notre-Dame, on prêcherait le matin des dimanches et des fêtes, et qu'on s'en abstiendrait après midi. La prédication du soir ne serait maintenue

* J. Geissel, Der Kaiserdom zu Speier, t. II, 69 (Mayence, 1828).

2 Sattler, Geschidite des Herzogthums Wurtemberg unter der Regierung der Grafen, 2 édit., t. IV, 64, 65. — Cless, Versuch einer kirchlichpolitischen Landes-und Culturgeschichte von Wurtemberg. Gmûnd, 1808, II, II, 476.

* Herzog, Das Lehen Oecolampad's, 1853, I, 107.

* Surgant, lib. I, consid. xvi; lib. II, consid. xvi.

LES PHÉDICATELRS. 69

que daûà le nouvel hôpital de Saint-Jacques, à Saint-Gilles et dans les deux couvents de femmes, Sainte-Catherine et Sainte-Barbe K »

En carême, on prêchait journellement dans les grandes villes, et plusieurs fois par semaine dans les petites. Le franciscain Pelbartus disait dans son recueil ' de sermons fort accrédité de son temps, qu'il avait donné de plus courts sermons pour les jours ouvrables du carême, « parce que le peuple était moins nombreux que les dimanches et les fêtes, » mais que pour les dimanches il s'étendrait davantage. Le conseil municipal de Nuremberg statua en 1 323 que dans les deux églises, en temps de carême, on ne prêcherait que le dimanche, le mercredi et le vendredi; mais, afin qu'il n'y eût pas de jour sans sermon, que les prédicateurs de l'hôpital, de Saint-Gilles et des auguslins étaient invités à prêcher les autres jours. Les églises de Saint-Jacques et des autres couvents restèrent libres d'avoir un prédicateur tous les jours ou seulement trois fois par semaine ^. En carême, Geiler prêchait tous les jours vers six heures. A Strasbourg, une personne avait fait une fondation qui accordait annuellement un floriu à cha(]ue maître d'école des quatre collégiales qui laisserait ses élèves assister aux sermons du carême. — Le vendredi-saint, on prêchait partout*. En Alsace, le- ordres mendiants poussaient l'edîus jusqu'à prêcher pendant six ou sept heures à partir de minuit». Ailleurs, on prêchait à six heures du matin ^.

11 serait injuste d'exiger des évêques qu'ils prêchassent régulièrement. On n'a pas le droit d'invoquer l'exemple des premiers siècles, et, du reste, on ne saurait prouver qu'eux seuls prêchassent alors. S'ils prêchaient plus souvent qu'ils ne le firent dans la suite, c'est parce que, dans l'origine, l'évéque était le seul prêtre de son diocèse et n'avait que deux diacres à ses côtés. Les évêques étaient curés. Même dans les meilleurs temps de l'Eglise , ceux-là seuls prêchaient qui avaient le don de l'éloquence. Geiler, l'àpre censeur de son siècle, dit que «l'évéque de Bamberg, homme pieux, prêchait et ordonnait lui-même, qu'il était secourable aux pauvres » Le parent, devenu apostat, de l'évéque Adolphe (d'Anhalt de Mersebourg,

* Soden, Beitrœge zur Geschichte der Re formation. (Scheurl II.) Nûrnberg, 1855, p. 140, 144, 145.

' Pelbartus, Pomerium quadragesimalium scrmonum (Hagenoœ, 1502, souvent réimprimé).

3 Soden, 155.

* Le très-long et touchant sermon de Pelbartus pour le vendredi-saint se trouve en extraits dans Daniel, Controverses ihéolog., 1843, p. 81, 87.

5 La première année , Geiler lui-même se permit cet abus : « Prima quadragesima cœpit sectari morem illum mendicantium claustralium , prsedicans passionem quinque aut sex continuis horis ; considerans vero auditores a somno continere se non posse, nolebat futuris annis denuo hac consuetudine uti {Wimpfeling, Vita J. Geileri), apud Riegger , Amœnitat. litterar. Fribs fasc. I, p. 120.

6 Un cérémonial de l'église d'Elhvangen, de 1374, porte : [In die parasceves) mane Itora 6. prœdicatur. — Cet usage existait encore à Neuhausen (près de Stuttgart) au commencement du dix-neuvième siècle.

1514-1526), disait de lui que quand il montait en chaire le peuple accourait en foule, l'entendait volontiers et avec beaucoup d'attention *.

En Angleterre, l'université de Gambrigde avait reçu des papes le privilège d'envoyer tous les ans douze missionnaires dans les diverses régions de l'Angleterre et de l'Ecosse, avec pouvoir de prêcher dans toutes les églises et chapelles 2. Le martyr Fislier, évêque de Rochester, fonda à Gambrigde une sorte de séminaire des prédicateurs. Ely dit des évoques Fisher et Nicolas West (1515-1533) qu'ils prêchaient eux-mêmes. L'évêque de Londres, au rapport d'Erasme, lisait ses sermons sur un papier à cause de son grand âge ^.

Les peuples romans possèdent à un degré beaucoup plus élevé que les peuples germains le don de l'éloquence , la facilité et la prestesse de l'élocution, avec tout ce qui s'y rattache : déclamation souvent creuse avec accompagnement de gestes nombreux. La vivacité du tempérament explique pourquoi les prédicateurs du midi ont des allures beaucoup plus libres que ceux du nord (ils s'asseient, se lèvent, s'inclinent profondément, vont et viennent, rient et pleurent, etc.), et pour quoi les auditeurs interrompent souvent l'orateur pour l'applaudir ou le désapprouver. 11 suit de là que dans les contrées romanes, la prédication, loin d'être plus rare, devait être plus fréquente qu'en Allemagne : et cela était vrai avant comme après la réforme*.

Moins nombreux sont les témoignages positifs sur la prédication dans les campagnes ; mais les témoignages indirects, fournis par les conciles diocésains, les miroirs des pénitents, les manuels des curés, le sont d'autant plus. — Il existait des guides particuliers à l'usage des prédicateurs ruraux, notamment l'ouvrage très-répandu sous le titre de Dormi secure^ (Dormez tranquillement, prédicateur), ainsi que le Dictionnaire des pauvres^. Alors comme aujourd'hui, les libraires exploitaient surtout cette branche de littérature, qui nourrit le plus sûrement son homme '^.

* Georg's, Fûrsten von Anhalt, Predigten und Schriften. Wittenberg, 1555, p. 290, 2.

* Collier, Ecoles, history of Great Britain. Lond., 1852, t. IX, 338.

3 Id quod multi frigide faciunt in Aiiglia (cela se fait encore communément aujourd'hui. — Les Anglais, du reste, se sont débarrassés du levain papiste, et ce qu'ils traitaient d'abus au temps des papes, n'est plus maintenant qu'une coutume louable).

* Nommons, entre autres prédicateurs célèbres, Gabriel Barletta (vers 1470), Antoine de Verceil (vers 1480), Bernardin de Bustis (vers 1480), Michel de Mediolano (vers 1480); Rob. Caraccioli, nouveau Paul (vers 1486), Bernardin de Sienne, H. Savonarole, et plusieurs autres Italiens.

s Dormi secure, Rat{Kevit)lingen , expensis magistri J. Olmar ann. 1484, 1 vol. in-40. — Ces sortes de Dormi secure pullulent encore de nos jours et croissent comme des champignons sous la forme de publications périodiques. Nous avons aussi nos Prédicateurs de la campagne toujours prêts.

6 Dictionnarius paupericm.

■^ De là cette plainte de J. Wimpfeling, ami et. biographe de Gciler (né en 1450 à Schlestadt, eu Alsace, mort là eu 1528) : m Bibliopolœ uostri

— Ce comiuercc de sermons populaires prouve au moius qu'où prêchait à la campagne. Surgaut reproche à plusieurs orateurs populaires « de se borner à commenter l'Evangile. » C'était donc le moins que pût faire un prédicateur de la campagne, et nous en concluons que la prédication y était universelle *.

Généralement les campagnards fanatiques du temps de la guerre des paysans ne se plaignent point que la prédication de l'Evangile soit négligée, mais seulement qu'on ne le prêche pas selon leur goût; aussi s'écrièrent-ils quand on leur annonça le nouvel Evangile : « Le voilà, le voilà, l'Evangile véritable; voyez, voyez comme les vieux curés mentaient et prêchaient faux ! » Les recueils de sermons les plus connus du quinzième siècle, publiés entre 1460 et 1500, eurent un nombre incalculable d'éditions ; les Postilles de Guillaume de Paris en ont eu cinquantesept; les Sermones discipuli (du dominicain Herold), quarante et une; les Sermones parât i (le prédicateur toujours prêt), dix-sept; les Sermones thesauri novi de tempore, dix-sept *. Les annales de l'imprimerie, de Panzer, qui s'étendent jusqu'en 1536, citent vingt-six éditions du Dormi 9ecure^. On est surpris de rencontrer alors une infinité d'ouvrages touchant les épîtres des dimanches et des fêtes, sur lesquels bien peu songent aujourd'hui à prêcher*. — Plusieurs sermons sont consacrés à un même sujet, et roulent volontiers sur quelques livres de l'Ecriture. Ulrich Krsift, prédicateur de la cathédrale d'Ulm, prêcha sur l'arche de Noé et le combat spirituel; Jean Meder, à Bàle, sur l'enfant prodigue 5;

nihil elegantis habent ; sola verborum composita, et sermones Dormi secure vendunt , quibus sacerdotes rurales fallunt , caeteraque id genus » (ap. Kluepfel, Vita C. Celtis. Fribourg, 1827, 1, 172). — Le Dormi secure n'était pas, du reste, un méchant livre ; l'auteur connaissait sa Bible.

1 Lib. I, consid. vu : « Aliqui tamen hodie in villagiis seu aliis locis utuntur dominicis diebus illo modo; vel sic incipiunt. » Ils indiquent, le dimanche, les devoirs d'un bon chrétien, et lisent ensuite l'évangile du jour dans la langue populaire : a Quo dicto aliquid notabile seu aliquam doctrinam unam vel plures breviter ex Evangelio notare soient, et procedere postea : Crastina die occurrit festum illius sancti N. »

Erasme dit : « Vicarii et qui hos imitantur quibusdam in locis, primum attingunt nonnihil ex Evangelio, dein recensent divos, qui vel in eum diem vel in sequentes incidunt, deque eorum laudibus nonnihil attingunt, postea denunciant si quœ feriaî aut si qua jejunia in eam incidunt hebdomadam. » (Ecclesiastes, Basileae, p. 528, 1530.)

Matth. Zell, réformateur de Strasbourg, dit « qu'à peu d'exceptions près, on abandonnait le ministère de la prédication à des curés la plupart trèsignorants, je veux parler des prédicateurs et des curés vulgaires des villes et des campagnes. » (Rœhrich, Die Reformation im Elsass, 1855, i, 51.)

* D'après le Repertorium de Hain, qui finit à l'an 1500.

3 Sermones, Dormi secure, ainsi nommés, peir l'éditeur, quod facile possunt incorporari.

* Il ne paraît pas, en effet, que les homélies de Hirscher sur les épîtres aient eu une grande vogue.

* Parabola filii prodigi. Basileae, 1510.

Augustin de Lernissa, sur le Pater et VAve Maria ^^ Collet, doyen de l'église Saint-Paul à Londres, sur l'Evangile de saint Matthieu; Savonarole, sur divers prophètes de l'Ancien Testament et sur Job. C'est l'usage en beaucoup d'églises, dit Erasme, que le curé explique au peuple, dans l'ordre où ils se trouvent, l'Evangile tout entier ou les Epitres de saint Paul».

Eu Allemagne, tous les sermons étaient prêches en allemand, mais écrits en latin et en grande partie publiés dans cette langue. Cet usage fut suivi pour les premiers sermons édités de Luther : ils furent prêches en allemand et jjubliés en latin 8. Beaucoup plus tard, le doyen d'âge du clergé luthérien de Hambourg, Jean Schellhamer (mort en 1620), avait coutume d'écrire en latin les sermons qu'il prêchait en allemand.

Pour faciliter le travail d'une langue à l'autre, on avait alors des dictionnaires spéciaux à l'usage des prédicateurs. Hain indique vingt-trois éditions du dictionnaire de Jean Melbér de Gerolzhofen (nos 1162-44) *. Les prédicateurs s'en servaient pour utiliser les recueils de sermons latins et pour y chercher les mots qu'ils n'entendaient pas. — Geiler écrivait tous ses sermons en latin et les prêchait tous en allemand (les sermons imprimés en allemand ne sont pas de lui; ils ont été ou transcrits de mémoire ou traduits du texte latin). Deux fois seulement il prêcha en latin, mais avec de grands efforts, car il n'était pas habitué à le parler. Le pasteur Jean Geffken, après avoir cité de nombreux exemples, dit avec raison : « Si nous n'avons du quinzième siècle que très-peu de sermons allemands imprimés, il ne s'ensuit point qu'on prêchât rarement dans la langue maternelle, et notamment en allemand ; au contraire, un examen impartial de tous les témoignages, impose cette conclusion invincible qu'on prêchait au moins aussi souvent que de nos jours, et qu'on obligeait sévèrement les fidèles à assister aux sermons. Geiler prêchait souvent plusieurs jours de suite. Dans tous les miroirs des pénitents, la négligence

* Sermones super dominicam orationem et angelicam salutationem. Colon., 1505, 1506.

2 Erasmi Op., éd. Clericus, p. 450. Erasmi Op., éd. Clericus, IX, 786.

3 Decem prœcepta wittenbergensi prœdicata populo. Wittenbergii, 1518. Ces sermons furent prêches de 1516 à 1517, pendant la période cathoUque. Deux ans après, ils furent traduits en allemand et publiés à Bâle en 1520. Il est dit expressément à la fin : bi Duetsch zuo ersten gedruckt. D'autres sermons de Luther parurent d'abord en latin, et seulement ensuite en allemand. Il les avait donc écrits en latin.

* Vocabularius prœdicantium, avec cette recommandation rimée :

Si te maternœ remoratur inertia linguae, Quo minus ad populum fundere verba queas ; Si cupis utiliter verbum transferre latinum, Si proprie quidvis exposuisse velis, Fac relegas istum vigilans avidusque libellum, Inque tuas facito saepe venire manus, Nec facile credas populares dicere posse Sermones, isto nisi potiare libro.

Cf. Guarini, Vocabularius breviloqmis. Basil,, 148-2, 1 vol. in-fol.

LE CATÉCHISME ; l'EiNSEIGNEMENT POPULAIRE. 73

do la prédication est traitée de faute grave, et, quaud il y n mépris, de péché mortel ^

§ li. Le catéchisme^; l'enseigneiueiit populaire.

L'illustre chancelier Gerson avait écrit dans les premières années de sa carrière une méthode sur la Monicre de conduire les petits enfants à Jésus-Christ, De parvulis ad Christum trahendis. On a prétendu aussi que dans les derniers temps de la période où il vécut retiré du monde, il tenait lui-même une école où il expliquait le catéchisme aux enfants , selon une coutume presque générale qui s'est continuée jusqu'à nos jours; mais son récent biographe 3 ne trouve point cette assertion confirmée par les documents contemporains. Si, comme tout l'indique, il faut renoncer à une opinion dans laquelle on se complaisait, l'ouvrage précédent n'en atteste pas moins combien ce grand homme avait à cœur l'instruction chrétienne de la jeunesse. Cette sollicitude était généralement partagée par l'Eglise du quinzième siècle. Pas plus que la prédication, l'instruction élémentaire du peuple n'était compromise ou négligée. Le mot de catéchisme exprimait alors l'enseignement verbal de la religion ; Luther est le premier qui lui ait donné le sens de manuel d'instruction sur les vérités fondamentales du christianisme.

Au quinzième siècle , l'enseignement catéchétique avait un rapport intime avec l'instruction sur la confession. Celle-ci préparait les voies à ce que devait enseigner plus tard le catéchisme. Le nombre incalculable des miroirs pour la confession, des instructions pour les confesseurs et pour les enfants qui se préparaient à la confession, montre avec quelle exactitude on se confessait des fautes particulières, y compris les fautes vénielles. Il y avait des recueils pour les confesseurs habiles et savants, comme pour les confesseurs simples et moins instruits ; ils étaient même si nombreux que Savonarole les comparait à une mer infranchissable *.

' J. GeCfcken (prédicateur à Hambourg) , Der Bilderkatechismus des fûnfzeJinten Jahrhund. und die katechetischen Hauptstiicke in dieser Zeit bis auf Luther. I. Die zehn Gebole. Leipz., 1835, iu-4". — M. Kerker, Die Predigt in der letzten Zeit des Mittelalters mit besonderer Beziehung auf das sùdwestliche Deutschland, dans Tiib. theol. Q.-Sdirift, 1861, p. 373-410; 1862,267-301.

' La principale source à consulter est l'ouvrage de Gefîcken, trop peu apprécié des catholiques. Fruit de plusieurs années de travail, il traite avec une grande impartialité de la situation de l'Eglise au quinzième siècle, des chants religieux, de la Bible, de la prédication, du catéchisme et des matières qu'il comprenait avant Luther, de l'influence de la confession sur l'extension du catéchisme, des ouvrages composés sur les dix commandements à l'usage des confess(:!urs sages et éclairés, des livres à l'usage des confesseurs ignorants et d'un usage pratique.

' J.-B. Schwab, Joannes Gerson. Wurzb., 1858, p. 773, 774.

* Dans son Eruditoriu7n confessorum, — Par., 1510, — il les appelle Intransfretahile pelagus. Par., 1517; Vencd., 1520, 1543. « Conscripta tum

L'auteur de la Somme des ignorants, Summa rudium, publiée à Reutlingen en 1487, dit qu'il n'a eu en vue que les confesseurs, à cause du petit nombre de prêtres qui peuvent supporter les frais de pareils livres ^ Les nombreux ouvrages sur les dix commandements , qui embrassaient la matière actuelle du catéchisme, mais ne servaient alors que de préparation à la confession, se divisaient en trois classes : il y avait les livres destinés à compléter l'instruction des confesseurs , les livres destinés aux confesseurs moins instruits et d'une portée toute pratique, et enfin les livres à l'usage des peuples, écrits en langue vulgaire.

L'ouvrage du dominicain Jean Nider d'Isny, sur les dix commandements, est à coup sûr celui qui a eu le plus de vogue au quinzième siècle : il a été souvent réimprimé depuis. Nider entra chez les dominicains de Nuremberg, enseigna à Vienne, devint prieur du couvent de Bàle, recteur de son ordre à Trêves, pr4t une part active au concile de Bàle en 1431, et mourut à Nuremberg en 1438*. Son principal ouvrage, le Prœceptorium, ou Explicatio decalogi, est fort étendu. Son but était d'abord de recueillir pour les prédicateurs et les confesseurs de son ordre les commandements de Dieu et de l'Eglise, en les accompagnant de commentaires 3. On lui doit encore plusieurs autres écrits sur la confession et la pénitence *.

L'ouvrage de cette époque le plus complet sur les dix commandements est du Belge Henri Herp, provincial des franciscains, qui vécut longtemps à Cologne et mourut à Malines en 1478. Il était célèbre comme prédicateur. Son livre principal est le Miroir d'or sur les prescriptions de la loi divine »,

librorum et qusestionum ac canonum multitudine tum opinionum diversitate adeo excreverunt, ut rudiores et uovelli (presbyteri) intransfretabile pelagus, etc.; » et cette mer qu'ils voyaient s'étendre devant eux, les prédicateurs n'osaient s'y hasarder. Savonarole avait donc, sur la demande de ses confrères , composé un Compendium où il avait négligé les longues citations, les questions infinies (al légat ionum et quœstionum numerositate). Il suit la méthode des dix commandements, mais il traite aussi des autres matières, y compris les sacrements.

1 « Pro libris comparandis exigunt pingues expensas. » Reutling., 1487, 1 vol. in-fol.

8 Les éditions de ses écrits sont citées par Hain, II, 11780-11854, eu soixante-quatre numéros, et plusieurs y manquent encore. — De son livre : Die vierundzwanzig gûldenen Harpffen, élaboration des vingt-quatre conférences de Gassien, Hain cite 9 éditions. J. Nider était professeur de théologie à Vienne en 1425. — Cf. S. Brunner , Der Predigerorden in Wien und Oesterreich. Wien, 1867, p. 36-38 [Handschriften von Nider).

3 Outre les dix-sept éditions citées par Hain, nos 11780-11796, il yen a peut-être encore autant d'autres.

* Confessionale ou Manuale confessorum, 13 éditions citées par Hain. — Son Consolatoriurn timoratœ conscientiœ. Hain, 7 édit, — De lepra morali, 7 éditions, roule principalement sur les sept péchés capitaux.— Il y a aussi des Sermons, etc.

5 Spéculum aureum de prœceptis divinœ legis, 4^ édit. Mogunt., Pet. Schœffer, 1474, 1 vol. in-fol. — Norimb., Koburger, 1481.— Argentor., 1486; Basileœ, J Froben, 1496, 1 vol. in-4o.

l'enseignement populaike. 75

publié en forme de sermons (221). Nicolas Dinkelspiihel, de la Souabe, prédicateur renommé de Vienne et recteur de l'université de cette ville, prit une part active aux délibérations du concile de Constance *. Ses mérites ont été célébrés par iEneas Sylvius , Antonin de Florence , Geiler, etc. Toutefois, ses sermons ressemblent plutôt à des catéchismes. — Le nombre des ouvrages imprimés sur les dix commandements, avec la confession et les autres parties du catéchisme, sont tellement nombreux (pi'il est impossible de les énumérer. C'est donc une pure invention de prétendre que l'enseignement populaire était négligé avant la réforme : il semblerait plutôt qu'il eût décliné depuis ce temps jusqu'à nos jours.

Le premier catéchisme imprimé en allemand est du P. Théodoric de Munster, dont nous avons souvent parlé. Il le publia en 1470, en bas allemand, sous le titre de Miroir des chrétiens^. Ce miroir, ou catéchisme, eut une vogue immense, et il a été réimprimé depuis dans le Brabant en 1470; à Cologne, en 1480, 1580 et 1598; à Anvers, 1614, etc. David, évéque d'Utrecht (mort en 1496), le recommandait instamment au clergé de son diocèse ^. Une partie de l'instruction populaire était faite alors par la Bible des pauvres ^ ou représentation en images des principaux faits de l'Ancien et du Nouveau Testament mis en parallèle*. A partir du quatrième

* Oudin, III, 2301-2312. — Ses Traités, publiés par Jacques Wimpfeling {Tract. Argentor., 1516^ 1vol. in-fol.), sont intitulés : i^ De dilectione Dei et proximi; 2° De prœceptis decalogi ; 3° De oratione dominica; 4» De tribus partibus pœnitentiœ ; 5° De octo beatitudinibus ; 6° De septem peccatis mortal. et septem virtutibus illis oppositis ; 7» Confessionale de septem pecc. mort.; 8° De quinque sensib. — Ces sermons adressés au peuple sont probablement des instructions sur le catéchisme. L'auteur disait : « Non curabo servare modum in sermonibus ad clerum solitum observari, sed modum familiaris allocutionis. » Il est dit à ia fin d'un manuscrit allemand de l'ouvrage sur les dix commandements : La matière du présent opuscule est tirée de quelques sermons de maître Nicolas Dinkelspiihel, que Dieu absolve.

* Il en était alors du mot spéculum, « miroir, » ce qu'il en est aujourd'hui du mot catéchisme, qu'on emploie à tout propos : Catéchisme d'agriculture, d'arboriculture^ etc. Le mot spéculum avait plusieurs acceptions. — Voir dans Hain, s. v. Spiegel, Spiegel des Sûnders, getdruckt und volendet in der Heyl. stutt Augsspurg, par Anthoni Sorg; ibid., Spiegel des Sterbenden, etc.

3 Binterim, Deutsche Concilien, VII, 564. — L'exemplaire des franciscains de Cologne portait : « Hoc primum exemplar est caute custodiendum. » — Geffcken (p. 150, Beil. xv, extrait du Spegel des cristenn Mynschen, Lubeck, 1501, 1 vol. in-12) trouva à Wolfenbûttel un autre exemplaire très-vieux du Miroir du chrétien, imprimé à Delft (en Hollande).

J. Geffcken, Ueber die verschiedene Eintheilung des Decalogus, und den Einfluss desselben auf den Cultus. Hamb., 1838.

* Biblia pauperum. Nach dem Original in der Lyceumsbibliothek zu Constanz herausgeg. und mit einer Einleitung begleitet, par Laib et Schwarz. Zurich, 1867, 1 vol. in-fol. — Die Darstellungen der Biblia pauperum in einer Handschrift des xiv Jahrhunderts, aufbev)ahrt im Slifle S. Florian. Publié par A. Camesina. Expliqué par G. Heider, avec 34 tableaux. Wieu, 18G3. — Die Anfœnge der Buchdruckerkunst in Bild

siècle, et par conséquent bien avant l'invention de l'imprimerie, les images ont essentiellement concouru, dans toutes les époques, à l'instruction des masses; de même qu'à toutes les époques aussi les hommes éclairés ont répudié les odieuses caricatures dont on profanait les choses saintes, et provoqué l'intervention de l'autorité ecclésiastique *; mais il n'est jamais venu à la pensée de personne d'exiger la suppression complète des images, comme on l'a fait au temps de la réforme. Les iconoclastes de toute nuance ont toujours été abhorrés de l'Eglise, car les représentations sensibles ont toujours été un excellent moyen d'instruction pour la classe nombreuse de ceux qui ne savent pas lire. On les appelait les « écritures des laïques, » litterœ laicorum. Non-seulement les murs, mais encore les fenêtres 2 des églises et des corridors, les Bibles mêmes étaient ornées d'images^ ou plutôt les extraits qu'on donnait de la Bible ne se composaient que d'images^. Aux travaux à la main succédèrent plus tard les gravures sur bois, qui devinrent les livres du peuple, et furent les précurseurs de l'imprimerie. Avant l'apparition des Bibles allemandes et de leurs images, il s'était répandu parmi la foule un petit livre in-4o, composé ordinairement de 40 planches en bois imprimées d'un seul côté*. Nous n'en connaissons pas l'auteur. Ce recueil, nommé Bible des pauvres^, écrit en allemand et en latin, servait à instruire le peuple sur les faits de l'Ancien Testament et sur les événements du Nouveau ; les premiers symbolisaient les seconds , et les seconds montraient l'accomplissement des figures; on y joignait des proverbes pour les expliquer et les rendre plus sensibles*. Ce titre de Bible rJes pauvres convenait admirablement, car il

und Schriff, par T.-O. Weigel et Zestermann. Leipz., 1866. Les éditeurs du manuscrit de Constance de la Bible des pauvres (titre que n'a pas cet exemplaire) font remonter son origine à l'an 1300.

1 Guillaume Durand disait dans son ouvrage, composé vers 1311: De modo celebrandi generalis concilii {-pars il, rub. 51) : « Videretur utile, quod per ordinarios et rectores locorum omnes imagines déformes, et in quibus a veritale rei gestae derivatur, deponerentur : nam quemadmodum si ad Scripturas sacras admissa fuerint ofBciosa mendacia, nihil in eis remanet auctoritatis et ponderis ; — sic dictée picturae et imagines, quod loco scripturœ et testimonii habeautur, ut per eas ad devotionem et cognitiouem gestorum cémentes excitentur, videretur quod nuUus error deberet ab iis in ecclesia tolerari, cum error, cui non resistitur, pro veritate accipitur. »

2 M. -A. Gessert, Geschichte der Glasmalerei. Stuttg., 1839.

3 Pétri Zornii Historia bibliorum pictorum ex antiquitatibus Ebrœorum et Christ ianorum illustrata. Lips., 1743, 1 vol. in-4o.

* Ant. Ruland, Zur Geschichte bildlicher Darstellungen als U/iterrichtsmittel fur religiœse Volksbildung, dans Zeitschrift : Chilianeum, 1862, publié par J.-B. Stamminger, p. 72-79, 95-103. — Le catéchisme en images de Gefi"ken , dit Ruland, est « un excellent ouvrage en son genre et qui, malheureusement, s'est trop peu répandu. »

* Biblia pauperum, sive Historiœ Veteris et Novi Testamenti. — Berjeau, Biblia pauperum. Lond., 1865.

6 G. -Th. Graesse, Lehrbuch einer allgemeinen Literœrgeschichte, t. II, part. II, p. 268.

l'enseignement P0PT7.A1RE. 77

permettait à ceux qui ne pouvaient pas payer les dépenses, considérables alors, d'un exemplaire de TEcriture sainte, d'en acquérir quelques notions à peu de frais. La planche 1»"^ représentait l'Annonciation de Marie, ayant à ses deux côtés Eve avec le serpent, et Gédéon avec sa toison ; la planche 2 figurait la naissance de Jésus-Christ; la planche 3, les trois Rois; la planche 4, la purification de Marie; la planche 5, la faite en Egypte ; la planche 6, le séjour en Egypte; la planche 7, le massacre des innocents; la planche 8, le retour d'Egypte ; la planche 9, le baptême du Sauveur; la planche 10, la tentation dans le désert; la planche 11, la résurrection de Lazare ; la planche 12, la transfiguration de Jésus-Christ ; la planche 13, Madeleine oignant les pieds de Jésus ; la planche 14, l'entrée à Jérusalem; la planche 15, l'expulsion des marchands du temple ; la planche 16, Judas livrant Jésus aux grands-prêtres; la planche 17, Judas recevant de l'argent (figuré par Joseph vendu aux Ismaélites et à Putiphar) ; la planche 18, la cène (figurée par Melchisedech offrant à Abraham le pain et le vin, et par la manne tombant du ciel); la planche 19, Jésus à Gethsémani; la plauche 20, l'enlèvement de Jésus et les soldats tombant à la renverse ; la planche 21, le baiser de Judas, Malchus ; la planche 22, Pilate se lavant les mains; la planche 23, le couronnement d'épines; la plauche 2-i, Jésus portant sa croix ; la planche 25, le commencement du crucifiement; la planche 26, le côté percé; la planche 27, la sépulture, et pour contre-partie, Joseph jeté dans la citerne et Jouas dans la mer; la plEinche 28, Jésus dans les limbes; la planche 29, la résurrection; la planche 30, les anges au sépulcre ; la planche 31, l'ange et Madeleine; la planche 32, Jésus apparaissant aux disciples; la planche 33, Thomas incrédule ; la planche 34, l'ascension (figurée par Enoch et Elie); la planche 35, la Pentecôte ; la planche 30, le couronnement de Marie ; la planche 37, le dernier jugement; la planche 38, l'enfer; la planche 39, l'éternité bienheureuse : le Sauveur porte les âmes dans une nappe (figure : les enfants de Job et l'échelle de Jacob); la planche 40, le couronnement des bienheureux.

Ces Bibles des pauvres, devenues très-rares, se paient maintenant au poids de l'or. Outre les Bibles des pauvres, on se servait encore pour instruire le peuple du « Miroir du salut des hommes, » Spéculum humanœ salvationis , qui remonte au douzième siècle, et représente aussi eu images tout ce qui se rapporte à Jésus Sauveur des hommes. Deux images sont toujours représentées ensemble. Le Miroir commence à la chute des anges et finit par le royaume des cieux. — « L'art de mourir, » Ai's moriendi, se composait ordinairement de vingt-quatre tableaux. Le diable lutte contre l'àme du moribond et contre son ange gardien, en lui suscitant cinq tentations : l'incrédulité, le désespoir, l'impatience , la vanité, l'avarice ; et l'ange, à son tour, encourage le moribond en lui offrant les vertus opposées *.

L'idée de la mort soudaine et imprévue était représentée d'une manière

' L'opuscule était intitulée : De tentationibus morientium , ou Tentationes dœmonis.

effrayante par la danse des morts , par les tableaux bibliques où l'on faisait voir qu'aucun âge, aucune condition, aucune carrière n'est à l'abri de ses coups. La mort apparaît toujours sous la forme d'un squelette à figure ricanante, qui enlève un pape, un empereur, un roi, un évêque, un prince, un prêtre, un moine, un riche, un pauvre, et les conduit à la danse des morts. L'idée elle-même est fort vieille , mais sa représentation figurée la plus ancienne est la danse des morts établie à Bàle en 1312 1. Il y avait aussi diverses représentations symboliques du Symbole des apôtres 2. On symbolisait et on expliquait de même le Pater^ (en dix tableaux), les « dix commandements, pour les personnes ignorantes 3, » et à côté d'eux « les sept péchés capitaux. » Les nombreux miroirs pour la confession étaient également pourvus d'images plus ou moins réussies. — C'étaient là d'excellents moyens pour instruire le peuple ; ils remplaçaient nos catéchismes et nos histoires saintes.

On s'est servi à tort de quelques expressions de Luther et de Matthésius sur la stupidité du peuple avant la réforme, pour dépeindre la situation de l'Allemagne tout entière. Le pays natal de ces deux hommes le cédait de beaucoup, en fait d'instruction, à toutes les autres parties de l'Allemagne, et du reste les expériences de jeunesse d'un pauvre moine mendiant ne suffisaient point à caractériser l'état intellectuel de toute une nation. Quel cercle de lecteurs ne supposent pas quatre-vingt-dix-huit éditions de la Bible latine publiées seulement avant l'an 1500 ? dit Geffcken. Le même écrivain ajoute, à propos des quatorze éditions complètes en haut allemand et des trois à cinq éditions en bas allemand répandues avant Luther, de 1466 à 1518 : « Les nombreuses gravures en bois dont ces éditions étaient ornées prouvent d'abord qu'elles plaisaient au peuple, et la seule vue de ces scènes bibliques devait produire des effets prodigieux. »

* St.-F. Massmann, Die Baseler Todtentœ^ize, in getreuen Abbildungen , sam?nt einem Anhang : Todtentanz in Holzsclmitten des fiinfzehnten Jahrhunderts. Stuttg., 1847, avec 81 tableaux. — La danse des morts, de Bàle, avec laquelle celle de Lubeck lutte de célébrité, se trouve dans le couvent des anciennes religieuses augustines de Klingenthal , dans le Petit-Bâle. (Cf. Lûbke , Der Todtentanz in der Marienkirche zu Berlin, 1861. — Voir Histor. -polit. Blœtter, t. XXIV, 597.) Les ouvrages sur la danse des morts sont très-instructifs.

2 Elles sont malheureusement perdues, et il n'en reste que l'exemplaire de Munich en six tableaux. Le premier représente Dieu sur le globe, terrestre, avec ces mots : Ego sum Alfa et 0, et en bas : « Je crois en Dieu père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Plus bas, à gauche, figurent le prophète Jérémie, et à droite, saint Pierre. [Serapeum, 1841, p. 305.) Ce tableau a pour but d'inculquer au chrétien le premier article du Symbole, et de lui montrei qu'il n'est que l'accomplissement de l'ancienne alliance conclue avec la terre.

3 ZehnBottfûr die ungelernte Leut. — Une pareille représentation symbolique des dix commandements, en douze tableaux, se trouve en appendice dans Geffcken, d'après un manuscrit de Heidelberg. L'âme du chrétien, dans son pèlerinage à travers la vie, est toujours accompagnée d'une part par son ange gardien, de l'autre par Satan.

LE CHANT ECCLÉSTASTTOUE. 79

Lorsque, pénétrant aujourd'hui dans une église grecque *, on entend répéter sans fin les paroles du Kyrie eleison^ ce chant ne laisse pas d'être émouvant dans sa monotonie. Ce même chant, du temps de Gharlemagne et après lui, fut également usitée dans l'Eglise occidentale, et il y avait telles circonstances, les pèlerinages, par exemple, où le Kyrie et le Christe alternaient bien jusqu'à trois cents fois. En Allemagne, les progrès du chant allemand allèrent de pair avec les progrès de la langue. A dater du douzième siècle, le chaut d'Eglise prend des formes plus précises. En Bavière, dans le troisième tiers du quatorzième siècle, on chantait en allemand pendant l'office divin. — Depuis la découverte de l'imprimerie, les traductions imprimées d'hymnes, de cantiques, de livres de chant, se multiplièrent rapidement. Le premier livre de chant catholique connu jusqu'ici parut la même année '. — L'existence du chant ecclésiastique allemand est attestée par Mélanchthon lui-même. « Cet usage, disait-il en 1530 dans sa défense de la confession d'Augsbourg, a toujours été considéré comme louable dans l'Eglise ; s'il est plus fréquent dans certaines églises, moins fréquent eu d'autres, il n'est pas moins vrai que dans toutes les églises le peuple a toujours chanté quelque chose en allemand. Ce n'est donc pas une nouveauté. »

Cependant l'expérience apprend, aujourd'hui encore, que le chant du peuple en langue vulgaire n'a qu'une valeur très-relative. Il y a d'abord le charme de la nouveauté ; le chant est exécuté avec édification , puis le

* Wilhelm Wackernagel, Das deutsche Kirchenlied, 2© édit. Stuttg., 1848. — Hoffmann von Fallersleben , Das deutsche Kirchenlied bis auf Luther (1832), 2e édit. Hannov., 1854. — Ad. Daniel, Thésaurus hymnologicus, sive hymnorum, canticorum, sequentium, circa a 1500 usitatarum, collectio amplissima, t. I, hymnos cont. Hal., 1841. — T. II et III, Lips., 1844-1846, Sequentia, cantica, antiphonœ , carmina Eccl. grœcœ et syriacœ. — Voir t. I, p. 610 (Rambach, Mone, Schlosser, Simrock, etc.). — Gall. Morel, Lateinische Hymnen des Mittelalters. Einsied., 1866. — B. Hœlscher, Das deutsche Kiixhenlied vor der Reformation mit alten Melodieen. Munster, 1848. — Joseph Kehrein, Kurze Geschichte d. deutsch. kath. Kirchenliedes bis 1631. Wûrzb., 1858. — Le même, Katholische Kirchenlieder , Hymnen, Psalmen, aus den œltesten deutschen yedruckten Gesangs-und Gebetbûchern zusammengestellt, 2 tomes. Wûrzb., 1859-1860. — Phil. Wackernagel, Das deutsche Kirchenlied von der œltesten Zeit bis zu Anfang des xvii Jahrhunderts, 2 tomes. Leipz., 1861-1868. — Ch.-Séverin Meister, Das katholische deutsche Kirchenlied in seinen Singweisen von der frûhesien Zeit bis gegen Ende des xvii Jahrhunderts, 1 vol. Freib., 1862.

' Hymnarius, durch das ganze Jahr. verdeutscht , nach gewœndlicher IVeis und Art zu synngen, so yedlicher Hymnus gernacht ist, Gott zu Lobj eer und preyss. Uns Cristen zu trost. Imprimé à Sigmundslnst , chez Schwaz (Tirol), 1524. Ce livre contient 137 hymnes {deutsche gereimte Uebersetzungen), et se trouve au Tiroler Landesmuseum, Précédemmeut. on ^e servait de Mich. Vehe : Ein new Gesangbiichlein Geystlicher Lieder, Leipz., 1537 (publié peu de temps après la mort du duc Georges de Saxe), nouvelle édition par Hoflmann de Fallersleben. Vehe's Gesangbiichlein vom Jahre 1537, Hannov., 1853, premier livre de chant imprimé en allemand.

charme se rompt, et les chants en langue vulgaire sont bientôt reproduits avec autant de routine, d'irréflexion et d'inintelligence que les chants latins. Le besoin des livres de chant n'a commencé proprement qu'avec les livres de chant allemands. Mais ni les chants allemands ne datent de Luther, ni les chants latins n'ont fini avec lui. A Hambourg, par exemple, le Puer natus in Bethléem et VEcce quomodo moritur justus ont été chantés jusqu'à la fin du dix-huitième siècle '.

§ 5. L^architecture religieuse à la lin du moyen -âge ^.

L'activité féconde, le génie créateur de la fin du moyen-âge éclate surtout d'une manière étonnante dans le nombre infini des édifices religieux qni s'élèvent du sol à la fin de cette période. Les constructions gigantesques entreprises par des nations, des villes, des monastères, des corporations prises d'une noble rivalité, sont les monuments les plus grandioses et les plus imposants que la sagacité et le génie artistique de l'homme aient jamais produits 3.

Pendant que l'architecture chrétienne semait partout ses chefs-d'œuvre, la sculpture, en Italie seulement, prenait un essor particulier*. En Allemagne, le plus célèbre monument de cet art est le tombeau de saint Sébalde à Nuremberg, par P. Vischer (mort en 1530). Dans le même temps, en Italie encore, la peinture chrétienne atteignait à son plus haut degré de splendeur.

Nous nous bornerons ici à passer en revue les cathédrales et les églises d'Allemagne qui ont été commencées en partie, et en partie achevées depuis le quinzième siècle jusqu'au commencement du seizième. Le style gothique de cette dernière période , sans valoir le gothique pur du treizième siècle, ne lui cède pas néanmoins de beaucoup dans une foule d'édifices, notamment dans les cathédrales de Milan, de Saint-Gui à Prague,

* Geffcken, p. 5.

2 Nous renvoyons ici à l'excellent travail d'Alzog, dans la 8e édition allemande de son Histoire de l'Eglise, 2^ vol., 241-247, où les sources sont indiquées. L'éditeur se propose, dans un ouvrage qui paraîtra bientôt sous le titre de : Séries episcoporum Ecclesiœ catholicœ, de faire l'historique de chaque cathédrale et des plus remarquables églises, dont la plupart datent des trois derniers siècles du moyen-âge.

3 Hurter, Innocent III, t. IV, p. 628.

* T. I, p. G33. — Georg. Vasari, Leben der ausgezeichnetsten Maler, Bildhauer und Baumeisfer von Cimabue bis zum Jahre 15G7, aus dem Italien., par E. Schorn. Stuttg., 1832-1847, 5 vol. (la plupart italiens).— M. Lûbcke, Geschichte der Plastik. Leipz., 1863. — M. Lûbcke, Vorschule zum Studium der kirchlichen Kunst, 5e édit. Leipz., 1866. — H. Otte, Handbuch der kirchl. Kunst- Archœologie des deutsch&i Mittelalters , 4e édit. revue, Leipz., 1863-1867, p. 1010 (avec indication complète des ouvrages à consulter).

i/archttecture religieuse. 81

de Saint-Etienne à Vienne, de Notre-Dame à Munich, dans la cathédrale d'Ulm, et en partie dans celles de Fribourg et de Constance '.

Dau3 la dernière période du style gothique, aux quinzième et seizième siècles, on remarque quantité d'innovations capricieuses nullement fondées sur les principes du style gothique, bien qu'elles ne manquent pas d'attrait: elles pèchent tantôt par une hardiesse excessive, tantôt par la lourdeur et la sécheresse de l'ensemble, tantôt par la superfétation des ornements, la frivolité des formes et la discordance des parties*.

Eu Allemagne, ce furent les pays du Rhin qui eurent les premières et les plus parfaites églises gothiquee; il suffit de citer Cologne, Strasbourg et Fribourg (treizième siècle). Toutefois, la majeure partie des églises gothiques dans ces contrées ne datent que du quinzième siècle. Le chœur même de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, construite sous les Garlovingiens, remonte à 1353 seulement. La cathédrale de Bàle, après une restauration complète de l'ancien édifice, fut consacrée en 1363; la plus récente des deux galeries est de 1470 à 1487; la tour méridionale, de 1481-1500. L'église dominicaine de cette ville date en grande partie de la seconde moitié du quatorzième siècle, ainsi que l'église de Saint-Ulric; la tour remonte à 1440-1444. L'église de Saint-Théodore est de la première moitié du quinzième siècle.

La collégiale de Berne 'fut érigée de 1421 à 1520. Son portail grandiose se distingue par la profusion des ornements ; la tour occidentale est restée inachevée à cause de l'invasion de la réforme. — La chapelle de Sainte- Marie, à Berne, fut construite vers 14G5. L'église paroissiale de Bingen, originairement à trois vaisseaux et élevée en 1403, fut agrandie en 1500 par l'adjonction de deux nefs extérieures. L'église des minorités de Bonn date de 1450; elle appartient maintenant à la ville; le corps de l'édifice, en forme de basilique, a trois vaisseaux, tandis que le chœur n'en a rien qu'un seul. Le collégiale de Bruchsal est de 1444; l'église Saint-Michel, de 1472. La collégiale de Calcar est achevée depuis la fin du quinzième siècle; elle est à trois vaisseaux avec piliers ronds, et passe pour le plus beau et

* F. Schlegel, Grundziige der gothischen Baukunst, 1804-1805. — Sammlung gothischer Kirchen in Deutschland, 1808. — J.-C. Costenoble, Ueber altdeutsche Architektur und deren Ursprung, 1812. — J. Murphy, Ueber die Grundregeln der gothischen Baukunst. Aus dem Englisdien, par Engelhard, 1828. — Th. Mêlas, Ei^in von Steinbach, oder Geist der deutschen Baukunst, 3 vol., 1834. — Rud. Wiegmann, Ueber den Ursprung des Spitzbogenstyls, 1842. — Aug. Reichensperger, Die christ lich-germanische Baukunst und ihr Verhœltniss zur Gegenwart , 1845 (3e édit., 1859). — C. Heidelolî, Grundziige des altdeutschen Baustyls, 1847. — Kaumann , Ueber die germa?iische Baukunst des Mittelalters, 1847. — Laib et Schwarz, Formenlehre des romanischen und gothischen Baustyls, 2^ édit., 1860. — Puttrich, Denkmale der Baukunst im Mittelalter in Sachsen. Leipz., 1836- 1843. — Voir les ouvrages d'Aug. Pugin sur le style gothique dans Aug. Rosenthal : Convertitenbilder aus dem xix Jahrh., 2 vol., 18G8, p. 120.

« Otte, p. 487, avec planches, 219-225.

** l'robst , Bas Munster zu Beru. — Stantz , Bas Miinsterbuch. Eine artistisch-historische Beschreibung des S. Vincenzen-Mùnsters in Bern, lS(i5. TOME III. 6

82 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

le plus parfait modèle des édifices en terre cuite que possède le Bas-Rhin. L'église capitulaire de Glève (1334) est dans le style sévère des églises du Bas-Rhin construites en briques.

La cathédrale de Cologne fut commencée le 14 août 1248, et le chœur fut bénit le 27 septembre 1322. On attaqua alors le corps du bâtiment, et en 1437, la tour méridionale était achevée jusqu'au troisième étage. Aujourd'hui encore, il n'y a de terminé que le chœur. La cathédrale de Constance est du onzième siècle; les galeries et les salles adjacentes ne furent terminées que vers 1400. L'église Saint-Etienne de cette ville est de 1428 à 1486 ^ Les fondements du chœur de la cathédrale de Fribourg, originaire de l'époque romane, furent posés en 1354; il fut construit entre les années 1471 et 1513. A voir sa couronne de chapelles et ses mille voussures qui s'élancent sur de frêles piliers, on devine que le style gothique est arrivé à ses derniers développements '.

L'église d'Adelgund à Emmeric, construite en tuiles, est de 1483 : elle a trois vaisseaux d'égale dimension. — Celle de Erkelenz (près d'Aix-la-Chapelle) est parmi les édifices en briques des derniers tetnpsdu style gothique un des plus grandioses et des mieux réussis dans les contrées du Rhin. — L'église du Saint-Esprit à Heidelberg (1398) est pourvue de galeries, et les nefs font le tour du chœur. A Mayence l'église de Saint-Emmeran remonte à la fin de la période gothique, vers 1450; celles des carmélites, achevée en 1404, est en forme de basilique. La cathédrale de Metz, magnifique basilique en forme de croix, avec une ceinture de chapelles et deux tours qui s^élèvent du milieu des deux vaisseaux extérieurs, a été commencée au treizième siècle et continuée en 1327 après une longue interruption ; sa parlie méridionale est des derniers temps du gothique (1486-1522); elle a été achevée en 1522, et consacrée en 1546. Ses parties plus récentes ont été continuées dans l'ancien style ^. De la cathédrale de Strasbourg, dont la célèbre façade fut construite dans les années 1277-1339-1365, la partie septentrionale de la tour est terminée depuis 1439 seulement; la tour méridionale attend encore son couronnement*. A Worms, l'église de Notre- Dame est de 1467, avec des parties plus anciennes. — La célèbre collégiale de Xanten, avec cinq vaisseaux magnifiques, doit avoir été achevée dans le même temps. Les tours, en style roman, sont de 1213; le chœur fut

' Fûhrer durch die Mûnsterkirche zu Constanz. — Der Dom zu Constanz, dans Beilagen der Augsburger Postzeitg., 1856, n. 13-15.

2 J.-N. MûUer, Fûhrer durch die Dom-und Mûnsterkirche zu Frciburg, 1839. — G. Eugelberger, Beschreibung der Domkirche zu Freiburg, 1847. — F.-J. Alone, Ueber das Munster zu Freiburg, dans Zeitschrift fur die Geschichte des Oberrheins, 1852, III, 17-38.

3 E.-A. Bégin, Histoire et description pittoresque de la cathédrale de Metz, 2 vol., 1843.

* Grandidicr, Essais historiques et topographiques sur l'e'glise cathédrale (le Strasbourg, 1782. — L. Schneegans, Essai historique sur la cathédrale (le Strasbourg, 1836. — A. Friedrich, la Cathédrale de Strasbourg et ses détails, 1839-1841. — A.-W. Strobel, Das Munster in Strassburg, I8U. - F. Pitou, la Cathédrale de Strasbourg, 18'i2.

t/aB(.TTTTEC.TIRE RELTOTErSK. S3

commencé en 1563, la sacristif en 1356, la i)artie orientale des vaisseaux latéraux en 13r>8, la reslaiiratiou des tours, etc., le commencement des voûtes en 1417 , les contreforts et les arceaux en 1437 (la construction fut arrêtée jusqu'en 1483); les fenêtres du vaisseau central furent achevées en 1 187 ; le côté méridional en 1492, la voûte des vaisseaux latéraux, au sud, en 1500, les contre-forts en 1508, la grande fenêtre placée entre les tours en 1519, le côté nord de la tour, en 1528. L'église a été restaurée de nos jours *.

Quant aux monuments religieux de la Souabe, la plupart datent de la fin du moyen-àge. La cathédrale d'Ulm est le plus important, ou du moins le plus imposant édifice gothique de ce pays. Cette église, une des plus vastes de l'Allemagne, construite par les Ulmois, à leurs propres frais, sans secours étranger et avec le seul argent des indulgences, fut entreprise en 1377; interrompue, elle fut continuée jusqu'en 1494 avec de grandes modifications du plan primitif; la disposition actuelle de Tintérieur des nefs latérales date probablement des années 1502-1507. Le corps du bâtiment est en terre cuite; la tour, brillamment décorée, mais malheureusement incomplète, est tout entière en pierres de taille; le milieu de la façade est orné d'une mfignifique colonnade , à trois rangs. Si la réforme n'avait pas arrêté ce travail, la cathédrale d'Ulm, quoique en style gothique de la dernière période, serait une des plus splendides du monde chrétien. — Elle est restaurée au dedans depuis 1843, et offre un aspect ravissant; l'extérieur aussi a été restauré en partie*.

La ville d'Esslingen, la plus riche peut-être en monuments religieux du moyen-àge, possède surtout la belle église de Notre-Dame, de forme oblongne, avec trois vaisseaux d'égale hauteur. La tour, commencée en 1440 et achevée en 1525, est une des plus belles de la Souabe 3. L'église Saint-Paul, du couvent des dominicains fondé en 1219 (du vivant de saint Dominique), est dans le stj^e gothique primitif et en forme de basilique ; elle fut construite entre les années 1233-1268 ; restaurée de notre temps, elle est maintenant l'église paroissiale des catholiques d'Esslingen*. L'é'jrlise Saint-Michel de Hall, pourvue de trois vaisseaux à peu près d'égale hauteur et de piliers sveltes sans chapiteaux, date de 1 427 à 1492; le chœur, qiii est établi sur un plan incliné (1495-1525), est encore aujourd'hui la princi-

* Die S. Vicforskirche in Xonfen Gesçhiddliches und Bescitreibendes , 1851. — G.-C. Scholten, Auszi'ige aus den Baurechnungen der Victorskivclte ZH Xanten, 1852. — B. Zehe, Besoin eibung des Doms zii Xarden, 1852.

' G. Grûneisen et Ed. Mauch , Uhn's Kunstleben im Mittelalter, 1840. — Ed. Mauch, Die Bangeschichte der Stadt Ulm und ihres Munsters, 1864. — C.-D. Hassler, Ulm's Kunstgeschichte im Mittelalter, 1864. — Ferd. Thraen, Der Mi/nster in Ulm, 1857 {Thrœn ist der Restamator des Munsters).

' Heideloff, Die Kunst des Mittelalters in Schwaben, tableaux xii, xiii. — C. Pfatr, Gesc/iichte der Frauenkirche in Esslingen und ihre Restauration,

* La cathédrale de Saint-Martin, à Rottenbourg, malgré son surnom de Templum peramplum, lui cède modestement la primauté.

8i HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

pale église de Hall. L'église de Saint-Jean avec une tour latérale ouvragée, fut consacrée en 1404. Celle de Saint-Kilien à Heilbronn, est d'une époque plus ancienne ; le chœur, formé de trois vaisseaux d'égale hauteur, fut achevé en 1480; la tour occidentale fut commencée au quinzième siècle et finie de 1510 à 1529. La chapelle de Sainte -Marie à Hirschau fut construite de 1508 à 1516. L'église du couvent de Maulbronn fut yothisée en 1424; les autres monuments de ce lieu sont la plupart du quatorzième siècle, notamment la célèbre galerie de la Brunnen-Capolle, en gothique de la dernière époque. L'église paroissiale de Gaildorf, à un seul vaisseau, fut construite de 1518 à 1521. Celle de Leutkirch, en forme de basilique à huit piliers ronds, avec des voûtes en panneaux, le fut entre 1514 et 1519. L'église Sainte-Marie, de Reutlingen, commencée en 1247, dans le grand style gothique, fut achevée, quant à l'essentiel, en 1343. Celle de Sainte-Croix, de Rottweil, excepté quelques parties plus anciennes, remonte aux années 1364-1473. Elle est à trois vaisseaux. L'ancienne cathédrale de Rottenbourg, vieille basilique romane à piliers, fut reconstruite en 1421.

L'église de Saint-Georges de Tubingue date de 1470 à 1529. Les vaisseaux sont sans voûtes ; la plus ancienne partie, le chœur, se distingue seule par la beauté des proportions. — A Waiblingen, toutes les églises remontent à la fiu du quinzième siècle (1459-1489). L'église hors des murs est à trois vaisseaux, mais à un seul toit; la chapelle du cimetière, pourvue d'un caveau, est de 1496; l'église Saint-Nicolas, à un seul vaisseau, est de 1488 ; celle de Sainte-Marie, de Schondorf, en a trois; en U77, son chœur fut construit en pierres de taille artistemcnt travaillées; l'église de Sainte-Croix à Souabe-Gmund est de 1351 à 1510. Les deux tours, écroulées en 1492, ont été reconstruites avec art '. L'église d'CEhringen, à trois vaisseaux et en forme de croix, date de 1450 à IBOO^. Celle de Stuttgart, avec trois vaisseaux d'égales hauteur et largeur, et un chœur pourvu d'un seul vaisseau, remonte à 143G-1490. La porte des apôtres, du côté du midi, ornée d'un magnifique portail à deux rangées de statues, est de 1494 ^. L'église Saint-Léonard est de 1470-1474; celle de l'hôpital, de 1471 à 1493. Le vaisseau latéral du côté nord est muni d'une tribune richement ornée , qui date de 1479, et d'une galerie à voûtes; achevées en 1505, elles ont été détruites dans les temps modernes.

Que d'églises n'a-t-on pas construites dans le pays de Stuttgart de 1505 il 1805 et 1855? On s'y plaint néanmoins, ainsi que dans les alentours, de la décadence de la vie religieuse dans l'époque antérieure à 1534-1536. De quel droit? Si les populations catholiques de ce temps, populations viriles et croyantes, n'avaient pas construit les églises qui décorent le Wurtemberg actuel, quelle disette d'églises n'y aurait-il pas aujourd'hui?

De même pour la Bavière. L'ancienne église de Notre-Dame à Munich fut, avec sa tour, abolie vers 14G8. La belle église actuelle, à trois vaisseaux

* Laib et Schwarz, Gothische Formenlehre, tableau ix.

8 J. Albrecht, Die Stiftskirche zu Oehrinyen, 1837.

3 Heideloff, Kunst des M. -A. in Schwaben, I, 14-34, tableaux iv-x.

i/architfxtt^re religieuse. ^.S

et consti'nilo rn briqiios, avec nefs faisant If tour du chœur et deux puissantes tours, fut construite de 14G8 à 1488 et consacrée en 1494*. L'extérieur est très-simple ; les tours, octogones à la partie supérieure , se terminent en une vulgaire grappe d'oignons. (L'église a été restaurée dans les années 1858-1861.) Les autres églises de Munich ne comptent poiut parmi les œuvres d'art. Les monuments de l'ancienne ville épiscopalc Frisingue sont en partie anciens et en partie modernes. La cathédrale d'Augsbourg a subi vers la fin du moyen-àge différentes modifications*. Le chœur oriental, avec nefs circulaires, chapelles et deux beaux portails, a été commencé en 135G, voûté en 1410 et consacré en 1481. Une autre modification de l'ancienne cathédrale a été achevée en 1484. L'église de Saint- Georges date de 1490 à 1305. La plus importante construction de ce temps, à Ausgbourg, est l'église Saint-Ulric, en forme de basilique et de croix. L'ancienne église fut détruite jusqu'aux fondations*. En 1466, le cardinal Pierre de Schaumbourg (1423-1469) posa la première pierre en présence de 20,000 personnes. L'architecte était Burkard Engelberger de Hornberg, dans le Wurtemberg. — Eu 1493, quand la tour de la cathédrale d'Ulm commmença à incliner, le fameux architecte Bœblinger dut fuir devant l'animosité du peuple Le conseil municipal fit venir vingt-huit maîtres pour aviser aux mesures nécessaires; aucun n'osa donner des garanties. Le jeune Engelberger entreprit seul (1502-1303) d'étayer la tour de deux nouveaux piliers placés sous terre, et de fortes murailles en terre cuite. Cinq ans après, il reprit la construction de l'église Saint-Ulric d'Augsbourg (il mourut en 1512). Les fondements des deux tours furent posés en 1506, mais au lieu de les achever , on construisit la tour actuelle en style de la renaissance (1594). Une multitude de petites chapelles et de parties d'églises furent construites à Augsbourg dans le même temps.

A Nœrdlingen, la principale église, dédiée à Saint-Georges, remonte à 1428-1505. — Celle de Dinkelsbûhl, sous le même vocable, fut construite de 1444-1499; celle de Donauwœrth, de 1444 à 1473*; celle de Monheim, fondation des ducs de Bavière, vers 1450; celle de Lauingen, à piliers ronds, fut achevée en 1518 ; celle de Saint-Biaise, à Kaufbeuern, en 1420 : le chœur date de 1435 à 1444. L'église Saint-Martin î\ii gothisée en 1438 et reçut un nouveau chœur; la tour fut exhaussée en 1424. Le chœur de l'église Saint-Magnus, à Kempis, est de 1427; l'église fut allongée en 1428,

* G. Gell, Die Metropolitan-u. Stadtpfarrkirche zu U. L. Frau in Miinchen, 1839. — J. Sighart, Geschichte und Schilderung der Frauenkirche in Mixnchen, avec gravures. [Histor. -polit. Blœtter, XXXII, p. 12-40 ; Wie unsere Ahnen ihre hohen Dôme bauten.) — H. Holland, Geschichte d. Miinchner Frauenkirche, 1839. — La quatrième fête séculaire de la pose de la première pierre a été célébrée le 9 février 1868.

' J. Sighart, Geschichte der bildenden Kiinste im K. Bayern, 1862, p. 368-371.

' Histoire de l'architecture, dans Wittw^er, Catalogus abbat. monaster. S. Udalrici, dans Steichele, Arch., III, p. 243. — Sighart, p. 459.

* Sighart, p. 465. — Grimm , Die Pfarrkirche S. Ulrich und Maria Himmelfahrt in DonauvxBrth, dans Beil. zur Postztg. 1837, n. 73.

et on y ajouta plus tard un quatrième vaisseau. — Le vaisseau de l'église Saint-Martin à Memmingen fut prolongé en 1419 , changé en 1489 et 1491; les basses nefs latérales furent établies en 1457, et le chœur, de 1496 à 1500 K — L'église paroissiale de Landsberg, en forme de basilique, avec un chœur à un seul vaisseau et une tour du côté nord, date de 1458-1488. L'église de Tœlz est postérieure à 1453; celle de Velden (Haute-Bavière) est à peu près du même temps. L'église de Trostberg, est de 1498; celle de Notre-Dame à Wasserbourg, est de 1386 ; l'église paroissiale, en briques et en forme de basilique, fut commencée en 1410; le chœur, en 1445 d'intérieur a été altéré en 1635) . La collégiale d'Altœtting fut commencée en 1489; c'est une église basse, avec des galeries, des piliers octogones, des voûtes à panneaux et deux tours effilées du côté de l'ouest. — Le chœur de l'église paroissiale de Neuœtting, avec sa tour hardie et élégante au côté nord, fut commencé en 1410 ; l'église même, avec piliers ronds et deux beaux portails, en 1485. L'église de l'hôpital, pourvue d'une magnifique tribune est du même temps; l'église de Sainte-Anne, avec ses voûtes étoilées, son vaisseau unique et son chœur étroit, est de 1511. L'église paroissiale d'Erding date environ de 1430.

Les plus magnifiques constructions de Landshut, capitale de la Basse- Bavière , où se forma une école d'architecture qui étendit au loin sou influence ^, remontent également à la période qui a précédé la réforme. L'église Saint-Martin, faite en briques, avec trois vaisseaux d'égale hauteur, fut commencée eu 1407 (peut-être en 1392); la chaire est de 1422, le maître-autel de 1424. En 1446, on travaillait aux deux sacristies, aux chapelles et à la tour. La voûte parait dater de 1477 à 1478. En 1495, la tour était encore inachevée ; la couverture en cuivre ne fut terminée (|u-'en 1580. Telle est l'origine de cette église, « l'orgueil des Bas-Bavarois*. » La fameuse tour qui s'élève sur la porte d'entrée occidentale comporte sept étages, avec une multitude de niches, de galeries, etc., une coupole couverte en cuivre massif.

A l'intérieur, les seize piliers octogones qui supportent la belle voûte en pierres excitent l'admiration. « C'est probablement la plus hardie construction de ce genre. »

L'église du Saint-Esprit date de 1407 à 1461. Celle de Dingolfing fut commencée en 1467; celle de Geisenhausen, près de Landshut, avec sa haute tour, fut achevée en 1477; celle de Jenkofen, près de Landshut, à trois nefs, avec de magnifiques nervures, date de 1447 environ; celle de Vilsbibourg est du dernier âge gothique et offre des proportions grandioses. Celle de Saint-Jacques, à Straubing, est du quinzième siècle et fut consacrée en 1512; la tour imposante du côté de l'ouest ne fut achevée que

1 Ehrhardt, Die geschichtliche Besdireibuny der Martiaskirche in Memypiingen. — Sighart, p. 465. — Matth. Bœblinger construisit le chœur quatre ans après sa fuite d'Ulm.

* Les plus célèbres architectes et charpentiers sont cités dans Sighart, p. 430-432.

3 Sighart, 433.

i/aRCHITECTIIU:: RELIGIEISE. 87

vingt aus plus tard. Les autres églises et chapelles sont du même temps. A Ingolstadt, l'église de Notre-Dame, à plusieurs nefs sous un seul toit, date de 1415; le chœur, consacré en 1439, fut continué de 1495 à 1525. Les deux tours occidentales sont inachevées. Le duc d'ingolstadt, Louis le Barhu, y consacra 500,000 florins'. Les autres monuments d'ingolstadt sont de la même époque, ainsi que l'église de Schrobeuhauseu (1440-1480) et l'église paroissiale de Kelhefm (vers 1468).

La plupart des monuments religieux importants du haut Palatinat, à Amberg, Chammunster, Eschenbach, Gnadcuberg, près de Neumarkt, Neumarkt même, Neunbourg devant la forêt, Tischenreuth , etc., sont antérieurs à la réforme.

La splendide cathédrale de Passau, du dernier âge gothique, commencée en 1407 et construite en grès mou, fut continuée jusqu'à la fin de ce siècle ; mais il n'en reste que le chœur, le vaisseau en forme de croix et la coupole (la tour, incendiée en IfiGâ, a été reconstruite en style baroque). Quoique le style soit presque tout entier de la fin de la période gothique, la majesté de l'ensemble, sa richesse, les fines ciselures de ses ornements , sa remarquable coupole ne laissent pas de produire une impression d'étonnement : c'est, à coup sûr, une des plus splendides églises de la JBavière *. Les autres églises gothiques de Passau, Saint-Sauveur (1459-1487), Saint-Jean, le Saint-Esprit (1512), sont de la môme époque. L'art gothique a répandu sur le sol de la Basse-Bavière et jusqu'aux forêts de la Bohême une multitude d'autres petites églises et de tours.

La cathédrale de Ratisbonne est, avec celle d'Ulm, en Souabe, le plus remarquable ouvrage gothique de la Bavière. Les fondements en furent posés en 1275, le chœur fut achevé eu 1280; le corps du bâtiment fut construit entre 1381 et 1436; la façade de l'ouest, en style gothique des derniers temps, fut achevée de 1482 à 1486; les tours, restées interrompues depuis la réforme, ont été reprises en 1859 3. Les magnifiques édifices de la Bohême, et le premier de tous, l'église de Saint-Gui à Prague (1343-1385), datent de l'époque de Charles IV. Les féroces hussiles, de même que les hommes du quinzième siècle en général, ne savaient pas édifier, mais seulement détruire *. A Vienne, l'église Saint-Etienne est l'ouvrage de plusieurs siècles. La tour principale fut construite de 1359 à 1439. Une seconde et superbe tour, commencée en 1450, fut interrompue en 1519.

La gracieuse Nuremberg est extrêmement riche en édifices religieiix, et malgré tout ce qu'on a fait pour la moderniser, elle est encore aujourd'hui une des plus belles villes du moyen-âge. Les grandes constructions du quatorzième siècle y furent continuées au quinzième (1400-1530). La principale

' Sighart, 415-421. — « Sighart, 437-439.

» Sighart, p. 299-306, 347-^355, 440-448, 768.

* Legis-Glûekselig, Der Prager Dom zu S. Veit, gesch. u, archœolog. dargestellt, avec 14 tableaux, 1856. — A. Ambros, Der S. Veitsdom zu Prag, avec 12 gravures en acier, 1858. — (Le même, Der Fûlirer durch den Dom zu Prag, 1858.)

église est celle de Saint-Laurent' (1400-1477). La construction des deux nouvelles tours de Saint-Sébald fut décidée en 1481; l'une était achevée en 1482, l'autre en 1483. Dans tous les coins de rues, des églises plus petites s'élevèrent à Nuremberg. — Les plus belles églises d'Ansbach et de Bayreuth remontent au quinzième siècle, ainsi que diverses églises de Bamberg, de Wurzbourg et des alentours. — La superbe tour occidentale de Francfort fut fondée en 1415 et resta inachevée jusqu'en 1512, dans la prévision des orages qui menaçaient d'éclater.

La cathédrale de Bautzen est de 1441-1497; l'église du château de Chemnitz, de 1514-1525 seulement; la cathédrale d'Erfurt fut commencée en 1456; l'église des augustins est de 1432; celle de Saint-Sévère, de 1473 2. La cathédrale de Freyberg, des derniers temps du gothique (1484- 1500), est la transformation d'une basilique de style roman en style gothique de la dernière période. L'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Gœrlitz, avec cinq nefs, remonte à 1423-1493. Toutes les églises de Gœttingue sont du quatorzième au seizième siècle. A Halberstadt, on a travaillé à la cathédrale depuis le treizième jusqu'au seizième siècle ; les voûtes sont de 1486 ; elle fut consacrée en 1491. Le riche lettner (siège de l'évêque), la salle du chapitre, etc., sont encore plus récents. L'église Saint-Maurice à Hall fut achevée en 1511 ; celle de Saint-Ulric, en 1516. La cathédrale a été mal restaurée, de 1520-1523. La chapelle de Saint-Maurice-Bourg fut consacrée en 1514. La construction de l'église (inachevée) de Saint- André à Hildesheim a duré jusqu'en 1515 ; l'église Saint-Lambert fut commencée en 1473; celle de Saint-Jacques est de 1504 ; celle d'Iéna, de 1472-1486; la plupart des églises de Leipzig sont du quinzième siècle.

Les tours occidentales de la cathédrale de Magdebourg, dont les fondements datent de 1208, ont été poursuivies jusqu'en 1520 ; le couronnement de la tour méridionale est resté incomplet (la cathédrale est parfaitement restaurée *). Les six églises paroissiales doivent aussi beaucoup au quinzième siècle. — A la cathédrale de Meissen*, construite vers 1274, les portails et quelques travaux accessoires sont du quinzième siècle; la sacristie, au côté nord du chœur, est de 1504*. La cathédrale de Mersebourg fut consacrée en 1517 ; les vestibules du couchant datent de 1540 environ; le portail du côté septentrional de la croix, de 1500 à peu près. L'église de la ville, conforme à la cathédrale, remonte à 1432-1501. La cathédrale de Naumbourg est du treizième et du quatorzième siècle. L'église Wenzel est postérieure à 1473 ; celle de Saint-Maurice est de 1502 à 1512. L'église Saint-Biaise de Nordhausen, de 1489. Plusieurs églises de Quedlinbourg

» Sighart, p. 479-481.

* Puttrich, Denkmœler, 2e série. Erfurt, Append. 1-8.

3 J.-H.-B. Burchhardt, Momente zur Geschichte des Domreparaturbaues in Magdeburg, 1826-1835, M., 1835.

* Puttrich, Derikmœler, l»"* série. Meissen, Append. 2-15, 19 a.

^ J.-F. Ursinus, Geschichte d. Domkirche zu Meissen und ihrev Grabmœlev, 1782. (La chapelle des sépultures princières date de 1423 à 1425.) — J.-W. Schwechten, Der Dom zu Meissen (1826), 1847. — J.-Ad. Ebert, Der Dom zu Meissen, avec 21 lithogr., 1835.

l'architecture religieuse. 89

sont de la fin du moyen-àge. L'église du château de Wittenberg, sur laquelle Luther afficha ses thèses, était un peu plus jeune que lui (1493 à 1499)1; ^\\q fut 1j. produit des bonnes œuvres extérieures, si détestées de Luther. A Zwickau, le chœur de l'église Sainte-Marie fut achevé en 1453- 1470; le vaisseau le fut de 1506 à 1530; celle de Sainte-Catherine, à une seule nef; date de 14G5.

La rénovation en style gothique de la cathédrale de Brandenbourg tombe dans les quatorzième et quinzième siècles (1307-1377, 1426-1435). Plusieurs églises de Breslau sont du quinzième. Sa cathédrale et celle de Gamrain sont du treizième. Celle du Gulm est du quatorzième au quinzième. Entre les nombreuses églises de Dantzig, celles de Sainte-Barbe et Saint-Bartholomée sont postérieures à 1499; celle de Sainte-Brigitte est de 1513; celle des dominicains , du quatorzième au quinzième siècle ; celle de Saint- Jean, de 1460 à 1465; celle des carmélites est du même temps; celle de Sainte-Catherine, avec son riche pignon sur la porte principale et sa belle tour, est du même siècle.

La grandiose église de Notre-Dame, commencée en 1343 et réformée sur un plan plus vaste, fut terminée de 1400 à 1502. Une tour puissante s'élève du milieu de la façade occidentale, et des tourelles sveltes et octogones , surmontées de hautes flèches, dominent sur les coins de l'édifice 2. L'église Saint-Pierre et Saint-Paul fut reconstruite sur les anciens fondements, de 1424 à 1515. L'église de la Trinité des moines gris, fut commencée en 1431 ; son chœur, long et à un seul vaisseau, est de 1481- 1495; la partie nord, écroulée en 1503, fut restaurée en 1514 ; la tour est de 1495. Il y faut joindre les splendides galeries, le réfectoire (après 1522), les deux nefs avec de magnifiques voûtes chargées de palmiers et de rayons. Les cathédrales de Kœnigsberg, Marienwerder, Havelberg, Lubeck, sont d'une époque antérieure. La cathédrale (église des cisterciens) de Pelplin fut consacrée en 1472. — Celle de Ratzebourg est plus ancienne. Celle- de Schwerin reçut son magnifique couronnement vers 1350-1375; le vaisseau est de 1412-1430. Parmi les quatre grandes églises de Rostock, la plus importante est celle de Sainte-Marie, qui correspond à la cathédrale de Schwerin; elle date, à l'exception de la tour occidentale, de 1398-1472. La cathédrale de Schleswig est des derniers temps du gothique. Celle de Stendal (évèchô de Lébus) est un des plus beaux monuments en briques du quinzième siècle.

L'église de Saint-Jacques, à Stettin, édifice gigantesque , fut achevée en 1504. L'église Saint-Pierre est du quinzième siècle. L'église Sainte-Marie deStralsund, un vrai colosse, fut achevée, quant à l'essentiel, en 1460. Le vaisseau de la cathédrale de Verden date de 1473-1490. L'église Sainte- Marie de Wismar, dont la disposition rappelle la cathédrale de Schwerin, fut consacrée en 1460.

Ces monuments de l'architecture chrétienne en Allemagne, surtout

' Gl. Slier, Die Schlosskirche zu Wittenberg , 1860.

* Th. Hirsch, Die OberpfarrkivcJie von S. Marien in Danzig, 2 vol., 1843-1847.

90 fflSTOIUE DE l'église.

depuis l'an 1450 à l'an 1517, sont autant de témoins qui déposent en faveur de l'ère catholique. Combien, sans eux, l'Allemagne serait pauvre en églises catholiques! Qu'a-t-on fait en ce genre de 1517 à 1580? Où sont les cathédrales, où les témoins du génie créateur? Il- a plu à Dieu, dans ses impénétrables desseins, que l'Allemagne et le monde fussent en proie à cette décadence et à cet esprit de division! Du moins, les monuments de la piété des vieux âges ont survécu aux orages des temps nouveaux, et ils montrent où réside la véritable Eglise.

§ 6. H«»«rs du^clergé. — Les évéques.

Ceux d'entre les « réformateurs » qui ont déserté la véritable Eglise ne

1^ sauraient être invoqués comme des témoins impartiaux de la situation li morale du clergé. Us avaient un intérêt visible à noircir les couleurs. Il n'en |;est pas de même des hommes qui ont vécu et sont morts dans le sein de 1 .l'Eglise; de là vient qu'on se plaît à relever les dépositions accusatrices A de Sébastien Brapt, de Jacques Wimpfeling et de Jean Geiler. On est libre, I sans doute; mais il faudrait aussi tenir compte des paroles favorables 1: qu'ils ont prononcées. Sébastien Brant témoigne indirectement de l'activité l énergique du clergé sur la fin du moyen-âge lorsqu'il dit, au début de sa Barque des fous :

Tout le pays regorge maintenant d'Ecriture saintt; et de tout ce qui concerne le salut des âmes, Bible, saints Pères, et plus encore d'autres livres semblables ; aussi je m'étonne fort que personne n'en devienne meilleur.

Cette dernière plainte ne doit point nous surprendre, car on sait avec quelle persévérance et quelle force Luther se plaignait que son évangile rendait le monde pire de jour en jour.

Jacques Wimpfeling, malgré ses estimables qualités, était un esprit chagrin, brouillé avec lui-même et avec le monde, qui ne se plaisait nulle part, et qui ne se fût pas mieux trouve dans une autre époque. Ses plaintes sur la décadence de la discipline ecclésiastique doivent être corrigées par lui-même et ramenées à leur juste mesure. Toutefois, en disant que le clergé d'alors n'était pas aussi mauvais que des catholiques et des protestants le dépeignent, nous ne prétendons point qu'il fût un clergé modèle; lui-même ne le croyait pas. Ecoutons le langage de Wimpfeling • : « Je connais dans les six diocèses du Rhin (probablement Constance, Bâle, Strasbourg, Spire , Worms et Mayence), un grand nombre, un nombre même incalculable de pasteurs séculiers qui possèdent de grandes connaissances, notamment en ce qui est du ministère pastoral, et dont les mœurs sont irréprochables. Je connais, dans les cathédrales comme dans les collégiales, des prélats, des chanoines, des vicaires distingués, et je ne dis pas seulement quelques-uns, un petit nombre, mais

* Dans son livre : De vita et miraculis Joan. Gerson,

LES MŒURS DU (XEKGE. î» I

plusieurs, Uiuie répulalioii tont-à-fait intègre, pleins de piété, de libérnlité et d'humilité envers les pauvres *. »

Dans son discours funèbre d'Albert, évèqne de Strasbourcc (mort en l506),Geiler interpellait ainsi l'évèque nouvellement élu, Guillaume de Hohenstein : « Puissent les évéques se souvenir que saint Paul a tellement préféré le ministère du prédicateur à toutes les autres fonctions, qu'on dirait qu'il ne se soucie point de celles-ci. » A ce reproche, Wimpfeling répond indirectement : « Ni les apôtres, ni les Pères ne rougissaient de prêcher; et, de nos jours, ni l'évèque Matthieu de Sion (Schinner, 1499- 1522}, ni le noble Léonard d'Egloffstein, chanoine de Bamberg, si vertueux, si versé dans les saintes Ecritures et les canons, ni. tant d'autres fils de bourgeois fort considérés, pourvus du grade de docteurs en théologie, et que nous voyons par la grâce de Dieu, dans plusieurs diocèses d'Allemagne, préposés aux églises paroissiales, ne rougissent de le faire. Autrefois, ce défaut existait peut-être, mais maintenant, grâce à l'imprimerie inventée par les Allemands , uous voyons se multiplier tous les jours les hommes instruits qui se chargent du ministère pastoral avec un grand profit 2. »

Geiler lui-même, qui parfois critique les évéques si sévèrement qu'on le croirait assuré de leur damnation éternelle par une révélation particulière, s'exhorte lui-même et exhorte les autres, dans un de ses sermons, à éviter les jugements trop rigoureux. « S'agit-il des évéques, dit-il, vous trouverez de pieux prélats; prenez ceux de Bamberg, de Worms, de Trente, et tous nos contemporains. Celui de Bamberg, homme honnête et pieux, prêche lui-même, confère lui-même les ordres et console les njallieureux. Celui de Worms est un saint évêque. Celui de Trente, nommé Eucharius, ordonne lui-même, n'a point de coadjutcur, aime les pauvres*, etc. »

Nous connaissons déjà de cette époque un grand nombre d' évéques allemands dignes de toute estime. — Toutefois, si l'on considère que les élections capitulaires et les influences extérieures portaient sur une grande partie des sièges épiscopaux des cadets de familles princières dépourvus de toute vocation ecclésiastique , on comprendra peut-être que plusieurs contemporains aient demandé que Rome nommât directement les évéques. Le cinquième timbre de la folie, dit Geiler, « c'est de ne choisir que selon la noblesse du sang. Et cette folie, ajoute-t-il, l'Allemagne entière en est

' 11 y aurait un intéressant chapitre à écrire sous ce titre : Ce que les \pauvres ont perdu ou gaçjné par la réfornie. De même que la construction des églises, la construction des hôpitaux tombe dans la seconde moitié du moyen-àge. Sur cette question, la littérature allemande est pauvre comparée à la littérature française et à la littérature italienne.

'Wimpfeling, De proba institiitione puerorum. Hagenaw, 1514, 1 vol. in-i^, cap. XXI (se trouve aussi dans Riegger, Amœnitat., lib. II, 3ii9).

3 Die Brœsarnlin Doctor Kayserspergs, par J. Pauli, etc., p. xx. — Pauli semble avoir ramassé ici de fausses miettes de pain , car il n'y a point d'Eucharius, évêque de Trente; il veut sans doute parler d'Achatius, evèque de Trieste (Sobriach, 1487-1500).

atteinte ; les évoques ne sont pas choisis parmi les plus doctes et les plus pieux, on ne nomme pas aux charges civiles les plus habiles, mais seulement ceux qui ont un sang plus noble, qui appartiennent^ comme on dit, aux familles de la noblesse. — Maintenant on porte au gouvernement de l'Eglise des ignorants, des hommes amoureux de leurs plaisirs, sans culture, uniquement à cause de leur noblesse et de leurs grandes alliances. » Plus énergique encore était le langage de Thomas Murner, contemporain de Geiler :

Depuis que le diable a introduit la noblesse dans l'état ecclésiastique, depuis qu'on ne veut plus d'évêque qui ne soit gentilhomme pur sang, le diable devra user bien des savates avant que tous les enfants des princes portent la mitre avec éclat.

La situation toutefois n'était pas aussi désespérée, comme on l'a vu par ce qui précède et comme on le verra encore dans ce qu'il nous reste à dire de l'épiscopat d'Allemagne depuis 1500 à 1540.

Nos précédentes recherches, dont la plupart s'appuient sur les travaux d'auteurs modernes, auront certainement convaincu tout lecteur attentif que le jugement porté sur l'état de l'Eglise dans le siècle antérieur à la réforme avait lui-même besoin d'être réformé. Nous ne croyons pas assurément que ce soit là une des périodes florissantes de l'histoire ecclésiastique; des milliers de voix s'élèvent du sein même de l'Eglise pour demander la réforme dans son chef et dans ses membres. Nous croyons pourtant qu'elle valait infiniment mieux que l'ère de décomposition et de troubles qui lui a succédé, et dont l'Eglise catholique elle-même a ressenti les fâcheux effets ; car l'état de cette Eglise, depuis la réforme jusqu'au concile de Trente (1517-1545-15G3), était sensiblement plus mauvais qu'avant 1517. Cette réflexion, qui s'applique d'abord à l'Allemagne, puis à la France pendant la guerre des huguenots ou pendant la seconde moitié du seizième siècle, s'applique de même à la Pologne, à la Hongrie, à la Belgique, à l'Irlande, etc., dans les temps où la réforme y prévalait ou cherchait à y prévaloir.

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