TOME III
qu'aucun de ses contemporains s'il avait répondu à la vocation de Dieu; mais il voulut être lui-même l'artisan de sa destinée, et le pouvoir lui fut donné de déchirer le sein de l'Eglise.
Comparable, par sa vigueur, aux plus fameux conquérants de l'univers, comme eux il ne connaît d'autre loi que son caprice et ne respecte la dignité humaine que dans sa propre personne; quiconque ne plie pas servilement devant lui et ne lui obéit point en aveugle, est abattu comme par un coup de massue et affreusement maltraité. Toutes les armes lui sont bonnes, le sarcasme vulgaire comme la lance du chevalier. Emser, très-estimable théologien de Leipzig et qui , loin de l'avoir jamais offensé, avait écrit en sa faveur, tomba alors entre ses mains ; le titre seul de l'ouvrage de Luther : Contre le bouc Emser, à Leipzig, suffît pour caractériser son genre de polémique.
En théologie , Luther est un spiritualiste exclusif. Aii deuxième siècle, il fût devenu gnostique comme Marcion, avec lequel il a plus d'une analogie frappante. Son idée principale est que la foi consiste dans un abandon absolu etj désintéressé entre les mains de Dieu , dans cette persuasion invincible que l'homme, entré en grâces avec Dieu par lesi seuls mérites de Jésus-Christ, est dispensé de toute obligation' morale. En vertu de cette foi qui suffit à tout et qui seule . rend agréable à Dieu, Luther renversait tout l'édifice exté- j rieur de l'Eghse ; suivant lui , la hiérarchie brise le lien ■ intrinsèque qui rattache les fidèles à Dieu, pour les asservir ; aux choses humaines, extérieures , non divines ; c'est donc une institution satanique, puisque, ravissant à l'homme cette liberté véritable qui a son fondement dans la foi, elle ne tend qu'à l'opprimer et à l'asservir. C^
Suivant cette théorie , il ne voyait dans la plupart des cé-[ rémonies du culte que des moyens arbitrairement et mé-| chamment inventés pour ravaler l'homme de sa hauteur! idéale , l'enchaîner à des formes terrestres, et, par le moyen j de ces formes, l'assujétir aux prêtres qui revendiquent pour eux seuls le droit de les employer. Et il arrivait ainsi à réduire à deux le nombre des sept sacrements ; le baptême et Teucharistie étaient les seuls qui lui parussent d'institution