MÉLANCHTHON
travailla aux premières parties de sa version de la Bible, dont on ne peut méconnaître la valeur intrinsèque, et qui a exercé la plus grande influence sur l'œuvre de Luther.
Un autre ouvrage très-important publié en 4521 sont les Lieux théologiques de iMélanchthon. Né à Bretten (i497) et élevé à l'école de Reuchlin, Mélanchthon avait été, quelques années auparavant, recommandé à l'université de Wittenberg par Erasme, et investi de la chaire de littérature grecque *. Il n'avait point cette vigueur d'esprit, indépendante et féconde , qui distinguait Luther , dont il subit l'influence au point de s'effacer complètement; il ne recouvra une certaine liberté d'esprit que dans les dernières années de sa vie. En revanche , il l'emportait de beaucoup sur Luther par son éducation fine et classique , par l'étendue de ses connaissances , par sa valeur morale et surtout par la douceur de son caractère. Ses Lieux théologiques ne sont autre chose qu'un résumé succinct des opinions de Luther éparses dans ses divers écrits, y compris toutes ses erreurs, souvent exagérées encore par Mélanchthon. Mélanchthon nie complètement le libre arbitre et condamne jusqu'à l'emploi du mot volonté, parce qu'il indiquerait que l'homme peut quelque chose de luimême , tandis qu'il n'a que des désirs et des attraits résumés par le mot cœur. Il enseigne donc la prédestination la plus absolue. Tandis que Luther demande qu'Aristote soit banni des écoles, Mélanchthon ne veut pas même qu'on enseigne la doctrine de Platon, et il reproche amèrement aux catholiques d'avoir en philosophie rétabli les maîtres de la Grèce dans les écoles chrétiennes; reproche étonnant dans la bouche de Mélanchthon. Telles étaient les tendances exclusives de la réforme à son début ; si la littérature ancienne n'avait pas été déjà implantée dans l'âge moderne par les travaux de plus
* J. Camerarii, De Philippi Melanchthùnis vita, iotius vitœ curriculo et morte narratio. Lips., 156G (éd. G. -Th. Strobel, Hal., 1777; se trouve aussi dans Vitœ 4 reformatorum , Berol., 1841). — Fr. Galle, Versuch einer Characteristik Melanchthon's als Theologen und einer Entwicklung seines Lehrbegriffs. Halle, 1840 (1845). — Fr.-Gh. Matthes, Philipp Mélanchthon, sein Leben und Wirken ans den Quellen dargestellt., 1841 (2^ édit. augm. Altbrg., 1846). — Ad. Planck , Phil. Mélanchthon, prœceptor Germaniœ. Nœrdl., 1860. — Ch. Schmidt, Phil. Melanchthon's Leben u. ausgew, Schriften. Elberf,, 1861.
iO^ HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
d'un siècle, la réforme, du moins là où elle prévalait, l'eût complètement étouffée. Carlstadt *, associé à la défaite de Luther dans la dispute de Leipzig, exhortait les candidats en théologie d'apprendre un métier plutôt que de s'appliquer à l'étude, afin de ne se point charger l'esprit d'un fardeau inutile. Renonçant lui-même à ses savantes recherches sur l'Ecriture sainte, il alla demander aux artisans, ces hommes simples à qui Dieu a révélé ses mystères , tandis qu'il les a cachés aux sages de ce monde , de l'initier dans les profondeurs de la Bible. Mélanchthon rejetait avec la même sévérité toute spéculation théologique , tout procédé rigoureusement scientifique ; il désirait même que le mot raison fût banni de la langue des chrétiens, parce qu'il n'y a de place en théologie que pour l'Esprit de Dieu. De là vient que ses Lieux théologiques comptent parmi les travaux les moins scientifiques qui ont été faits sur le dogme. Avant d'avoir rien émis de satisfaisant sur Dieu, sur la création du monde, sur l'homme, il traite directement de la prédestination et du péché originel, où il tombe dans les erreurs signalées plus haut et n'arrive jamais à une solution acceptable. Ce procédé superficiel et nullement scientifique s'appelait « abandon de la scolastique, exposition pratique des vérités de foi. » Les plus grands hommes de l'Eglise, les plus consommés d'entre les anciens théologiens, des hommes enfin avec qui Mélanchthon ne saurait être comparé pour la sagacité, la profondeur et la pénétration, sont traités avec un dédain et une morgue dont l'énormité n'a d'égales que les erreurs qui constituent le fond de ce livre. Cependant son style populaire et coulant lui valut une grande vogue, et contribua largement à la propagation des nouvelles doctrines.
§ 5. Première introduction de la réforme. — Origine des
anabaptistes.
Si la réforme de Luther était accomplie dans le domaine des idées et formulée dans de nombreux écrits , il restait encore beaucoup à faire pour l'appliquer dans la vie pratique.
* J.-E. Fûesslin, Andréas Bodenstein's Lebensgeschichte. Erfurt, 1776. — O.-F. Jaeger, Andréas Bodenstein von Carlstadt. Stuttg., 1856.