I.E CHRISTIANISME EN ASIE
mahométans, fut le cardinal Ximéiiès, dont nous aurons encore beaucoup de choses à dire en temps opportun *.
Telles furent, pendant cette période, les relations de l'islamisme et du christianisme. Comment le premier fut combattu par les armes de l'esprit, nous le verrons quand nous traiterons des sciences ecclésiastiques pendant cette période.
§ 2. Inutiles efl'ort<4 pour introduire le christianisme dans le
reste de l'Asie^.
Depuis le commencement du onzième siècle, un nom avait acquis une grande célébrité parmi les Grecs et ensuite parmi les Latins ; ce nom était celui de Jean, roi-prêtre, sous lequel plusieurs millions de chrétiens vivaient dans un Etat trèsprospère et bien ordonné. On a été longtemps sans savoir au juste ce qu'était ce prêtre-roi et quelle était son origine. On a fini par supposer qu'il était le Dalai-Lama du Tibet, parce
* Fr.-J. Simouet, Descripcion del reino de Granada (bajo la dominacion de los Naseritas). Madr., 1860. — Hern. del Palgar, Chronica de los reyes catolicos Don Fernando y Dotia Jsabel, 1789. — Andrés Bernaldez, Histor. de los reyes catholicos , Croîiica i?ie'dita del siglo xv, 2 tom. Grenada, 1856, c. xcix-cii. — Wash. Irving, Die Evoberung von Granada, vol. 1-3. Frankf., 1829. — Will. Prescott, Historia de los reyes catolicos Don Fernando y Do/la Jsabel, 2 tom. Mad., 1848 ( huit volumes traduits de l'anglais); tom. IV, Guerra de Granada (il en appelle souvent à Bernaldez, aumônier de la cour, dont l'ouvrage (1839) n'était pas encore imprimé alors. — Obras de Diego Hurtado de Mendoza, tom. I, Granada, 1864, Guerra de Granada, hecha por el rey Don Felipe II contra los moriscos de aquel reino, sus rebeldes, 4 libros (source principale). — Al. Rochau, Die Moriscos in Spanien, 261 p. Leipz., 1853 (ennemi du nom chrétien). — Héfelé , Card. Ximenes , Eroberung von Granada, p. 23-26. — Le même. Sur les vicissitudes diverses des Moriscos, surtout cb. VIII, Conversion des Maures; Inquisition.
* Mosheim, Historia Tartarorum ecclesiastica. Helmst., 1741, in-4o. — J.-S. Assemani, Bibliotheca orientalis. Rom., 1719-1728 (t. III, part, i et ii). — Abel Rémusat, Mémoires de l'histoire de France (Acad. des inscript.), 1822, IV (t. VI), — G. Oppert, Der Presbyter Johannes in Sage und GescJiichte. Berl., 1864, 208 p. — W. Heyd, Studien ûber die Colonien der rœynischen Kirche, welche die Dominicaner und Franciscaner im xiii und auch XIV Jahrh., unter den Tartaren gegrûndet haben. (Zeitschr. fur die historische Théologie, 1858, livrais, il.) — Fr. Kunstmann, Die Verdienste der Pœpste von Avignon um die Bekehrung des Morgenlandes ( Historischpolit. Blœtter, t. XXXVI, 865-872). — Idem, Die Missionen in Indien und China im xiv Jahrhundert, t. XXXVII, 25-38, 133-152; 225-252; XXXVIII, 507-537; 701-719; 793-813.
Ph.-H. Kùlb, Geschichte der Missionsreisen nach der Mongolei wœhrend des xui und xiv Jahrhunderts, 3 vol. Regsb., 1860-1861.
que des voyageurs y avaient observé diverses formes religieuses analogues au christianisme. Il est très-vraisemblable que le nom de Jean vient de sa prononciation orientale, car il a des affinités avec le mot Unchan. Ce Unchan était prince des Caraïtes, peuplade issue de la même souche que les Mongols. Quant à lui. il ne paraît pas qu'il ait jamais été chrétien, et il ne régnait point sur des sujets qui l'eussent été. Il semble plutôt que les chrétiens, quoique assez nombreux, au dire d'Abulfaradasch, étaient simplement tolérés dans son royaume. Ils avaient été convertis par les nestoriens qui, depuis le huitième siècle, avaient fait de nombreux et souvent heureux essais de conversion dans l'Asie du centre, du nord et de l'est. Lors donc qu'il est question du prêtre- roi Jean, il faut se garder de croire que ce nom soit le symbole d'un règne très -favorable aux chrétiens. Le Mongol Dschingis- Chan avait épousé une fille du Unchan , prince des Caraïtes, mais il précipita du trône son beau-père et son bienfaiteur, et s'y plaça lui-même en 1202. Dschingis-Chan , qui trouva le christianisme déjà répandu, ne lui fut pas hostile, mais plutôt indifférent.
Pendant les grandes expéditions que les Mongols, partis de leur désert et de leur capitale Caracorum, firent dans l'Asie inférieure jusque dans les Indes, puis dans l'Europe même, où ils conquirent la Russie, inondèrent la Pologne, saccagèrent la Silésie, les papes et les princes chrétiens s'intéressèrent vivement à leur conversion. De nombreuses députations furent envoyées au grand -chan et aux chans ses subordonnés. Les plus remarquables sont celles de Louis IX, roi de France, au grand-chan des Mongols, surtout celle de 1253, présidée par le franciscain Rubruquis. C'était ordinairement les franciscains et les dominicains qui étaient investis de ces sortes de députations. Nous avons encore de Rubruquis une relation de son voyage fort intéressante et instructive à tous égards. La plupart des légats qui arrivaient d'Occident étaient bien accueillis et traités , même quand ils n'atteignaient pas leur but. Ils firent même plusieurs conversions dans l'entourage immédiat du grand-chan , et il paraît que quelques chans subordonnés embrassèrent réellement le christianisme.