‹ Histoire de l'EgliseChapitre 130 sur 253 · LE PAPE ADRIEN VT. H · texte numérisé non relu

LE PAPE ADRIEN VT. H

de Wittenberg. On faisait alors ce qu'on fait ordinairement quand des dissensions éclatent au sein d'une famille ; les plus sages d'entre ses membres les attribuent à leurs propres imperfections ou du moins en rejettent la faute sur les deux partis. Dans la première éruption de la dispute, l'évêque de Wurzbourg, Laurent de Bibra, avait écrit au prince électeur de Saxe pour le prier de défendre Luther contre ses ennemis; dans le cours de la controverse, l'évoque de Munster essaya simplement de l'amener à plus de modération, en lui disant notamment qu'il ne comprenait point sa violence contre le pape. Erasme aussi s'était employé auprès de Frédéric en sa faveur; il est vrai, ainsi qu'il l'avoue lui-même, qu'il n'avait point encore lu les écrits incriminés de Luther. Tous ces hommes-là, reconnaissant les maux et les abus dont souffrait l'Eglise, n'osaient se prononcer absolument contre Luther. Ils ne comprenaient point encore, et ils ne le pouvaient pas alors, qu'il nourrissait des sentiments hostiles non-seulement contre les vices de l'Eglise, mais contre l'EgHse même ; que n'appartenant plus réellement à l'âme de l'Eglise, il considérait toutes choses d'un point de vue qui n'était plus le leur,

theol. Q.-Schrift, 1859, p. 529-566. Erasme a édité les œuvres de saint Irénée, saiût Cyprien, saint Hilaire, saint Jérôme et saint Augustin; il a traduit plusieurs ouvrages de saint Chrysostome, saint Athanase, saiut Basile, etc. — Novum Testamentum grœce, versio, annotationes , parophrasis N. T. (Berol., 1778-1780, 3 t. in-S».) — Op. omn. Desiderii Erasmi. Roterod. (cum Vita Erasmi). Basil., 1540-1541, 9 vol. in-fol., éd. Beat. Rhenanus. — Op. omn., emendatiora et o.ucta, éd. Glericus. Lugd. Batav., 1703-1706, 10 vol. in-fol. ~ J. Fortin, The Life of Erasmus. Lond., 1758, 2 vol in-40. — Merula, Vita Des. Erasmi. Lugd. Batav., 1607, 1 vol. in-40. — Scriverus, Des. Erasmi vità, ibid., 1615. — La Bilardière, Hist. d'Erasme. Par., 1721. — Knight, Life of Erasmus^ 1720. — Bayle [Dictionn. critique). — Lévesque de Burigny, Histoire de la vie et des ouvrages d'Erasme. Par., 1757. — Butler, Life of Erasmus. Lond., 1843. — San). Hess, Erasmus von Rotterd. Zurich, 1790, 2 vol. — Ad. Miiller, Leben des Erasmus von Rotterd. Hamb., 1828. — Gaye, Disquisitionis de vita Desid. Erasmi spécimen. Kiel, 1829, 1 vol. in-4o. — Art. Erasmus , dans Ersch und Gruber, par M. -A. Erhard. — Lieberkuehn, De Erasmi ingenio et doctrina. léna, 1836. — D. Nisard, Erasme, sa vie et ses œuvres (dans Etudes sur la Renaissance. Par., 1855). — Cicero sivc de optimo dicendi génère. 1530. — Adagia. — Epigrammata. — Enchiridion militis Christian/. Tome I de ses œuvres : Ad institutionem litterarum ; t. II, Adagia; t. III, Epistolœ (l'édition de Glericus en cite 425 nouvelles) ; t. IV, Moralia; t. V, Quœ instituant ad pietatem ; t. VI, Novum Testament., avec des annotations; t. VII, paraphrases; t. VIII, traductions ; t. IX et X, controverses.

qu'il combattait des défauts accidentels en ébranlant les bases fondamentales du christianisme et de toute religion en général.

Cette manière d'envisager la situation était aussi partagée par Adrien V, successeur de Léon X, bien que ce pape ne se fît point illusion sur les erreurs de Luther. L'illusion, du reste, au commencement de ] 522 , époque où Adrien monta sur le saint siège, n'était plus guère possible dans un théologien aussi profond que lui. Ancien précepteur de Charles V, écrivain habile en théologie et professeur à Louvain au moment de son élection à la papauté, Adrien YI * était aussi remar-

* Léon X, pape depuis 1513, mourut vers la fin de 1521. Cet homme qui, à aucune époque, n'aurait convenu pour un pape, convenait encore moins daus les conjonctures présentes. 11 ne possédait que Vhumanité, entendue dans l'ancienne acception grecque de ce mot; il avait une instruction classique, mais point d'instruction chrétienne ; il favorisait les sciences et les arts qu'il connaissait, mais point l'esprit chrétien et la piété, dont il n'avait ni le goût ni le sentiment. Il ne connaissait donc point les grandes nécessités de son temps, et c'est pourquoi il ne sut point y remédier et n'en s?ntit pas le besoin. Ce qu'il fit, notamment en Allemagne, devait infailliblement manquer son but, parce qu'il n'employa pas les bons moyens. Si Adrien VI eût été à sa place, il est probable que les erreurs de Luther n'auraient pas prévalu.

{Note de Mœhler.)

Paul Jovius, De vita Leonis X libri IV. Florent. (1548), 1651, 1 vol. in-fol. — Fabroni, Vita Leonis X. Pisa, 1797, in-4o. — W. Roscoë, Life and pontificate of Léo X, 3e édit. Lond., 1840, 6 vol. in-S». (En français, par P.-Fr. Henry, 1808-1813, 4 vol.; en italien, par Bossi, 1818.) — Artaud de Montor, Histoire des souverains pontifes, t. IV. - J.-M.-V. Audin , Histoire de Léon X et de son siècle. Par., 1844 (4e édit., 1854). — L. Rauke, Die Rœm. Pœpste, 5e édit., 18G7, p. 89-91, fait, à sou point de vue, l'éloge de Léon X. (Alex, de Burgos, In funere Leonis X orat. il. Rom., 1710- 1711, 1 vol. in-40. — G. Lanz , Aktenstùcke und Briefe zur Geschichte K. Karl's V. Wien, 1857, jusqu'en 1521.)

G. Burmannus, Adrianus VI, sive analecta histor. de Adriano VI. Trajecti ad Rhenum, 1727, 1 vol. in-4o. — Itinerarium Adriani VI, ab Hispania Romam usque. Toleti, 154G, 1 vol. in-S*». — Syntagma doctrinœ theolog. Adriani Vi, éd. Reusens. Lovanii, 18G2. — Reusens, Anecdota de vita et script is Adriani. Lovan., 18G2. — Briefwechsel Hadrian's VI mit Karl V, par Gachard, dans Histor.-polit. Blœtter, t. XLVI, p. 617-635.

L'instruction du légat François Gheregato, qui fut lue à Nuremberg, portait entre autres choses : « Scimus, in bac sauta urbe aliquot jam annis multa abominanda fuisse, abusus in spiritualibus, excessus in mandatis, et omnia deuique in perversum mutata. Nec mirum, si segritudo a capite in membra, a summis ponlificibus in alios inferiores praelatos descendent. Qua in re quod ad nos altinet, pollicemiir nos omuem operam adhibituros, ut primuin curia hœc, uudc forte omue hoc malum processit, reformetur, ut, sicut inde corruptio in omues inferiores emanavit, ila

DIÈTE DE NUREMBERG. — ÉRASME. il3

quable par sa piété et sa gravité que par sa culture scientifique. Considérant avec les yeux du moraliste les maux dont souffrait l'Eglise d'Allemagne, il y reconnut le doigt d'un Dieu vengeur des prévarications des fidèles, mais surtout des prêtres, depuis le pape jusqu'au dernier échelon de la hiérarchie, et il prit la résolution de travailler sérieusement à la réforme de tous les membres et de toutes les administrations ecclésiastiques, à commencer par celles de Rome.

Lue diète devant s'ouvrir à iNuremberg le 1" septembre 1522, il y envoya son légat, Cheregati, muni d'instructions où il découvrait franchement ses pensées les plus intimes. Le légat devait exposer ses plans à l'assemblée et réclamer l'exécution ponctuelle des décrets de Worms. Rien ne s'opposait à ce que les Etats s'appliquassent eux-mêmes à détruire les abus ; mais il est regrettable que les anciens vices leur aient fait négliger les nouveaux, plus graves que ceuxlà, qu'ils se soient trop occupés des griefs contre Rome et se soient même servis des dangers qu'offrait AYittenberg pour intimider le pape, comme si la perte de la vérité n'eût été préjudiciable qu'à lui. Déjà le légat était reparti, lorsqu'ils lui envoyèrent encore cent plaintes nouvelles [centum gravamina). Adrien YI établit plusieurs commissions pour préparer les réformes projetées ; mais comme il voulut agir trop brusquement, il rencontra des obstacles, invincibles suivant quelques-uns, et mourut l'année suivante (14 septembre 1523) sans avoir rien accompli d'important.

En 152-i, sous Clément YII et à l'instigation du légat Campège, les états réclamèrent sérieusement l'exécution des décrets de Worms ; un concile, sollicité depuis longtemps, devait aplanir tous les différends. En attendant, des mesures énergiques furent concertées entre l'arcliiduc Ferdinand d'Autriche, frère de Charles Y, les ducs de Bavière et plusieurs évêques. Ils résolurent de rappeler ceux de leurs sujets qui faisaient leurs études à NYittenberg, les menaçant, en cas de

etiam ab eadem sanitas et reformatio omuium emanet. » — Depuis 350 aijs, du moins à DOtre conuaissauce , les cardinaux n'ont plus choisi « d'ultramontain » pour pape. — Cette bulle contre Luther entre les mains d'Eck , cette confession de péchés exagérée , fausse par conséquent , c'étaient là de grandes bévues.

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