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TOM£ III

i\A HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

résistance, de leur refuser tout emploi dans leur pays. On fit aussi d'excellents règlements sur la discipline et les mœurs du clergé.

Tandis que nous voyons les catholiques porter sur leurs propres fautes un de ces jugements sévères dont la vie humaine offre si peu d'exemples, et qui leur fermait en partie les yeux sur les imperfections d'autrui, ce que nous voyons encore de nos jours, Luther persévérait, malgré les plus monstrueuses erreurs, dans un aveuglement qu'il est impossible de surpasser, et qui, lui aussi, est devenu héréditaire chez ses partisans. Henri YUI, roi d'Angleterre, défendit contre lui les sept sacrements dans un ouvrage parfaitement traité, grâce sans doute aux secours qu'on lui prêta, et qui lui valut du pape le titre de défenseur de la foi. Pour apprécier la manière de Luther, il suffira de citer le passage suivant de la réponse qu'il fit à Henri VIII : « On ne sait si un fou peut être aussi fou, si la sottise même peut être aussi sotte que la tête de notre Henri, en sorte que ce proverbe se vérifie : Un roi ou une tête folle devait naître à la vie. »

Beaucoup plus importante est la lutte qui éclata plus tard entre Erasme et Luther. Pendant un assez long temps, Erasme n'avait parlé de Luther qu'avec ménagements ; plus d'une fois même il lui était arrivé de lui donner des éloges. En 1524, enfin, il publia son écrit : De liber o arbitrio diatribe^ où il s'attaquait aux bases principales des erreurs luthériennes, et, tout en se rattachant à une question unique, battait en brèche tout son édifice; car la théorie de Luther sur la foi contenait dans une seule formule la ruine de toute la hberté humaine. Profitant de l'occasion, Erasme porta également une rude atteinte aux principes du réformateur sur l'explication de l'Ecriture, en montrant leur inconsistance et leurs contradictions. Erasme avait présenté tout cela avec sa finesse accoutumée ; il avait parlé avec une grande sobriété et en pesant toutes les raisons qui militaient en faveur de tel ou tel sentiment ; mais Luther n'en devint que plus furieux, et dans sa riposte De servo arbitrio, il le traita d'impie et d'hypocrite, lui reprocha de ne croire à rien dans le fond de son cœur, d'être imbu des sentiments de Lucien ou de quelque autre pourceau de la troupe d'Epicure. Luther sou-

HENRI Vlll, ÉRASME ET LUTUER. iiS

tient avec la plus grande confiance que tout arrive d'après une loi éternelle et immuable, que le libre arbitre n'appartient qu'à Dieu, et ne peut convenir ni à l'homme ni à l'ange. Erasme avait fait remarquer qu'on ne comprendrait point que Dieu eût commandé l'observation de ses préceptes, qu'il eût fait là-dessus des promesses et des menaces, si l'homme n'avait pas de libre arbitre. Luther répondit que dans tous ces cas Dieu n'avait fait que se moquer de l'homme ; c'est comme s'il lui avait dit : « Voyons si vous pourrez accomplir mes commandements? N'est-ce pas que vous ne le pouvez point? Il semble, il est vrai, d'après la volonté révélée de Dieu, que l'homme soit libre, mais d'après sa volonté non révélée, il ne l'est point. »

Ces propositions, qui sont le comble de l'absurdité, et (jui mettent Dieu en contradiction manifeste avec lui-même, Luther les affichait avec une telle suffisance, une telle prétention à l'infailhbiUté, qu'il terminait son hvre en disant : Ce ne sont pas là de pures explications, mais des vérités de foi ; je n'entends point que personne soit libre d'adhérer à mon opinion, mais je conseille d'être obéissant. — Citons ici, tant pour la forme que pour le fond, le passage où il se justifie d'avoir, dans sa traduction du Nouveau Testament {Rom., ni, 28), ajouté au terme de foi le mot seule, qui ne se trouve point dans le texte grec : « A de tels ânes ne répondez rien sui* leur vain babil à propos du mot sola, ou répondez à peu près ainsi : Luther le veut, il l'ordonne; il est un docteur audessus de tous les docteurs du papisme ; la chose restera. Je les méprise et les mépriserai tant qu'ils seront des ânes*. »

Luther, sur la prière de Méianchthon, demanda grâce à Erasme des injures qu'il avait vomies contre lui; Erasme lui répondit entre autres choses : « Le monde coimait votre caractère ; vous avez conduit votre plume de telle façon que vous n'avez jamais écrit contre personne avec plus de fureur, et, ce qui est plus odieux encore, avec plus de méchanceté. Maintenant, vous vous souvenez que vous êtes un pauvre pécheur et vous voulez bien ne plus vous donner pour un Dieu C'est une douleur pour moi et pour tout homme de

* Bericht und Antwort Dr Martin Luther's auf zwei Fragen, pari. iv. Witt. fol. 475 b.

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bien qu'avec votre caractère orgueilleux, insolent, révolutionnaire, vous ébranliez le monde entier par les plus funestes discordes, et que vous l'armiez pour la révolte d'une manière impie et tumultueuse. En un mot, vous traitez la cause de l'Evangile en confondant le sacré et le profane, comme si vous vouliez empêcher que les orages de notre temps aboutissent à une fin heureuse. Je vous souhaiterais un meilleur esprit si le vôtre vous plaisait moins. Quant à moi, Ubre à vous de me souhaiter tout ce que vous voudrez, excepté votre caractère , à moins qu'il ne plaise à Dieu de le changer. »

Erasme défendit l'écrit qu'il avait adressé à Luther dans un ouvrage spécial intitulé : Hyperaspistes.

§ 8. La conti*o%'ei*ise de» sacramcntaire»» ^.

Luther n'avait point encore terminé sa querelle avec Erasme, lorsqu'il se vit engagé dans une nouvelle dispute, beaucoup plus violente et d'une portée bien plus générale, sur la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Carlstadt ouvrit le feu, et, qui plus est, sur le terrain même de Luther, ce qui obligea celui-ci, afm de pouvoir se soutenir, de se retrancher en grande partie sur le terrain catholique, de contredire souvent ses propres principes, de montrer enfin que ses opinions étaient vaines et purement arbitraires.

Luther avait affirmé que les sacrements ne sont que des attestations, des marques sensibles que Dieu nous a pardonné en vue de Jésus-Christ; par conséquent qu'ils ne renferment rien qui influe sur la vie spirituelle de l'homme, que toute leur efficacité découle de la foi du chrétien dans la rémission de ses péchés. Carlstadt (dans des écrits publiés en 1 524 et i 525) en tira cette simple conclusion qu'on ne voyait point alors pourquoi Jésus- Christ lui-même serait présent dans l'Eucharistie. Et afin d'appuyer son sentiment sur l'autorité de l'Ecriture, voici l'explication qu'il donna du prin-

* Hospinianus, Historia sacramentaria. Tigur., 1598 (1611). — Cf. E. Lœscher, Ausfûhrliche historia motuum zwischen den evang. Lutherischen und Reformirten, 2e édit. Francf., 1723. — L.-J.-K. Sclimilt, Daa Heligionsgesprœch zu Marburg (1-3 octobre 1529). Marburg, 1840. — A.-W. Dieckhotï", Die evang. Abendmahlslehre im Ref'ormationszeitalter. Gœtt., 1854. — Mœhler, Symbolique, ch. iv. — Riffel, t. 1, il, p. 298-335,

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