‹ Histoire de l'EgliseChapitre 132 sur 253 · LES SACRAMENTAIRES. \ I · texte numérisé non relu

LES SACRAMENTAIRES. \ I

cipal passage, qui se trouve en saint Matthieu : « l^renez et mangez. » Ces paroles, dit-il, sont une invitation à s'approcher de la table et à goûter les mets qui y sont servis. Quant à ces autres paroles : « Ceci est mon corps, » elles n'ont aucun rapport avec les premières; en les prononçant, Jésus- Christ désignait son propre corps, et non pas le pain; il voulait dire que son propre corps allait être offert à Dieu en sacrifice. — Cette séparation de pensées si étroitement unies ensemble, Carlstadt l'expliquait par une remarque digne du tacte exégétique des ouvriers auxquels il demandait l'éclaircissement de certains passages douteux : dans la version latine, disait-il. Hoc est écrit avec une grande lettre initiale, ce qui prouve suffisamment qu'il s'agit d'un tout autre sujet. Du reste, Jésus-Christ avait déclaré lui-même qu'il ne serait plus sur la terre depuis son ascension jusqu'à son second avènement.

Quant au ton général qui règne dans les écrits de Carlstadt contre Lutiier, il suffit de citer les qualificatifs qu'il donne à ce dernier pour^etrouver ici cette absence complète de sentiments délicats qui surprend si péniblement dans l'histoire des premiers réformateurs. Carlstadt appelle son ancien ami un patron des idoles, un stupide adorateur de l'huile, un sophiste liefTé, etc. Il est vrai que Luther n'avait rien négligé pour que Carlstadt fût expulsé d'Orlamunde, où il était devenu pasteur après sa fuite de ^\"ittenberg et avait continué sa fureur iconoclaste, et pour qu'il trainàt une vie errante et misérable. Luther était allé lui- même à Orlamunde pour ramener les bourgeois à ses idées ; mais comme on l'avait prié de prouver le culte des images par la Bible, et qu'il n'avait pu le faire, il avait été honteusement chassé. Le prince électeur expulsa ensuite Carlstadt de ses terres, et Luther publia à l'adresse du fugitif son écrit Contre les prophètes célestes.

Malgré cette oppression violente, les idées de Carlstadt ne laissèrent pas de retentir au lointain. Elles furent surtout agréées à Strasbourg par les deux prédicateurs Bucer* et

1 Historia veva de vita, obi tu, sepultura, accusatione hœreseos, etc., D. Martini Buceri et P. Fagii, 1562. — Melch. Adami vitœ eruditorum. — Rœhrich, Geschtchte der Re formation im Elsass, 3 tomes, 1855 (t. II).

Capito*, puis elles envahirent la Suisse, où Zwingle se révolta contre l'Eglise presque en même temps que Luther. Elles furent, pendant quelque temps du moins, adoptées partout où la réforme s'était introduite. Quant aux apologies de Carlstadt par Zwingle lui-même et par (Ecolampade , elles révélaient infiniment plus d'intelligence et de pénétration , d'hahileté exégétique que les œuvres de leur prédécesseur. Si les deux réformateurs suisses différaient dans leurs commentaires sur le texte de saint Matthieu, xxvi, 26, et suiv., le sens qu'ils donnaient à ce passage restait le même pour le fond. Selon eux, les éléments sensibles (de l'Eucharistie) n'étaient qu'un signe sans réahté, un souvenir figuratif de Jésus-Christ.

Luther, peu de temps après son apparition comme réformateur, avait ressenti une grande inclination à nier la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ainsi qu'il l'avoue naïvement dans un écrit à Bucer et à Capito *, tout en faisant remarquer que cette inclination était trop clairement combattue par l'Ecriture sainte : « Me voilà pris, disait -il , je ne puis sortir de là; le texte est tyrannique et ae permet point qu'on lui ôte sa signification. » Mais comme il ne pouvait se résigner à laisser intacte la doctrine de l'Eglise, au heu d'admettre la transsubstantiation du pain et du vin, il enseigna que Jésus- Christ est présent sous le pain et avec le pain, c'est-à-dire que le pain reste ce qu'il était auparavant.

Cette opinion fut d'abord vivement soutenue par Luther lui-même, par Bugenhagen' et par Brenz*, qui était alors

* Sur Capito (Kœpflin), Adarai Vitœ , p. 41-43. — Gerdesii Histor. reformat., I, 115-118. — Rœhrig, Geschichte d. Re formation im Elsass, II, p. 149. — Capito und Bucer, Strassburgs Reformatoren. Nach ihrem handschriffl. Briefschatze, ihren gedruckten Schriften und andern gleichz. Quellen dargestellt, par J.-W. Baimi, 610 p. Elberf., 1860.

* Il pensait que c'était le meilleur tour qu'il pût jouer à la papauté.

' J.-B. Pommer, Melanchthon, de vita J. Bugenhagii Pomerani (dans Bretschneider, Corpus reformatorum, XII, p. 295; éd. Laemmelius , Hafniae , 1706). — Cramer, Grosses Pommerisches Kirchen-Chronicon. Stettin, 1628, livre III. — Lange, Erbauliches u. merkwùrd. Leben Dr J. Bugenhagen's. Budissin, 1731. — J.-D. Jaencken, Gelehrtes Pommerland. Stettin, 1734. - Mohnike, dans Ersch et Gruber, I, part, xiii, art. Bugenhagen. — Engelken, Leben Bugenhagen's. Stettin, 1817. — J.-G. Zeitz, ./. Bugenhagen, Ein biogr. Versuch, 2e édit. Leipz., 1834.

* Heerbrand, Oratio funebris de vita, etc., J. Brentii. Tub., 1570. — Pfaff, Acta Ecclesiœ wirtemberg . Tub., 1720. — Beischlag, Lebensbeschreib. ./, Brentz. Halle, 1731. — Schnurrer, Erlœnterungen der wirtemberg.

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