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LES SACRAMENTAIRES

prédicateur à Schwsebischhalle et qui opposa à CEcolampade le Syngramma , devenu célèbre depuis. L'aigreur entre les deux partis devint aussi vive (ju'entre les catholiques et les lutliériens. Les zwingliens montrèrent plus de modération; quelle que fût l'issue de la lutte, leurs idées ne couraient pas ■grand risque et il ne valait pas la peine de se prendre d'enthousiasme pour un fantôme. C'était la lutte d'une tendance mystique soutenue par le vague des sentiments contre une tendance bornée, servie par une raison froide et incapable de tout enthousiasme. Il y avait de plus chez les luthériens une certaine appréhension que le procédé zwinglien n'envahit le domaine entier de la foi, car le christianisme eût été ravagé jusque dans ses fondements et dépouillé de son caractère divin. Cette crainte se révèle clairement chez les auteurs du Syngramtna. Mais lorsque nous entendons André Osiandre, prédicateur luthérien de Nuremberg ^ apostropher Zwingle par les termes de slolidissima bellua, nous reconnaissons là aussi les éléments humains qui ont exercé une si grande influence dans toute l'histoire de la réforme. Toutefois, ce fut principalement dans les sermons que les zvv^ingliens, dont les ouvrages étaient défendus dans les paroisses luthériennes, se virent rudement attaqués ^; et plus la lutte devenait acharnée entre eux et les luthériens, plus le chef de ces derniei^s se sentait porté à l'indulgence dans ses jugements sur les

Reform.-Geschichte, 1798. - Hartmann et Jaeger, J. Brentz (presque toujours d'après des sources inédiles), 2 tomes. Hamb.^ 1840-1842. — (Richter, Geschichte der eva?ig. Kirchenver fassung in Deutscliland, 1851.) — Jul. Hartmann, Joli. Brentz's Leben und ausgewœhlte Schriften. Elberf., 18G2.

1 Plus tard (1549), professeur à Kœnigsberfif. — J.-G. Baur, Brevù disq. in A. Osiand. de justificatione doctrinam. Tub., 1831, — Lehnerdt, De Andréa Osiandro, v (iv) programm. Région)., 1835-1836. - G. -G. Wilken, And. Osiander's Lehre u. Schriften, von seiner Geburt (!) bis zu seiner Anstellung in Kœnigsberg, part, i (ann. 1498-1530). Strals., 1844. — R.-F. Grau, /)e A. Osiand. doctr. comm. Marp., 1860.

* A l'instigation de Philippe de Hesse, une conférence religieuse eut lieu du 1er au H octobre 1529 entre Luther (Mélanchthon, Just. Jonas, Fr. Myconius d'iéna, Just Ménius d'Eisenach, Jean Brenz, A. Osiandre, Etienne Agricola d'Augsbourg) et Zwingle (avec (Ecolampade de Bàle Bucer et Gaspard Hedio de Strasbourg). Luther prononça ces mots : « Vous avez un autre esprit que nous, » et l'union ne fut pas réalisée.

Cf. E. Loescher, Ausf. historia motuuui zwischen den evang. Lutheriscken u. Reformirten, 2e édit. Francf., 1723. — R.-J.-K. Schmitt, Bas Heligionsgesprœch zu Marburg. Marb., 1840. — A.-W. Dieckhoff, Die evang. Abendmahlslehre im Reformationszeitalter. Gœttg., 1854.

principes de l'Eglise catholique. Dans un écrit au duc Albert de Brandenbourg, il établit en principe qu'on doit tenir pour vérité chrétienne tout ce qui a été cru généralement et à toutes les époques de TEgUse, et par conséquent le dogme de la présence réelle. Et il dit ailleurs : La multiplicité des explications données par les sacramentaires prouve que le diable a sa main dans le jeu, car rien ne lui plaît tant que la désunion. « Quel est cet esprit si incertain dans une affaire et si divisé avec lui-même, qui pourtant n'empêche pas le premier venu de jurer ses grands dieux qu'il a raison et de condamner les autres ? De telles choses révèlent un démon non pas subtil , mais grossier et palpable. C'est pourquoi cette secte est convaincue de ne pas venir du Saint-Esprit, mais du diable. » Luther ne sentait point que ces paroles pouvaient également s'appliquer à lui.

Les attaques grossières que les réformateurs ont livrées jusqu'ici aux catholiques, ils vont désormais les retourner contre eux-mêmes. Luther reproche plus d'une fois aux réformés d'être possédés par le diable, puisqu'ils ne s'accordent pas entre eux, et que c'est là justement le caractère du diable. « Quel est cet esprit si plein d'incertitude sur un même objet, et qui fait que chacun veut avoir raison? Je les condamne, eux et leur hérésie. » Quand les zwingUens reprochaient aux luthériens d'adorer un Dieu cuit au four : « Eh bien, leur répondait Luther, ce Dieu vous cuira à son tour. »

Toute cette dispute est extrêmement remarquable à cause de l'attitude qu'on y voit prendre à Luther en face de l'Eglise catholique. Il ne pouvait plus se maintenir par des arguments tirés de l'exégèse, et Zwingle avait raison de dire : Il n'y a que l'Eglise catholique ou moi qui soyons dans le vrai. Luther en appela de nouveau à la tradition de l'Eglise catholique, déclarant que tout ce qu'il y avait de bon venait de cette source. Mélanchthon gémissait de voir décliner le crédit de Luther et ne voyait de consolation que dans l'assistance promise par Jésus-Christ à son Eglise. Bossuet trouve étrange que Mélanchthon compte sur cette assistance. L'Eglise à laquelle Jésus - Christ a promis sa protection , c'est l'Eglise catholique, puisque l'église luthérienne n'existait point avant le seizième siècle.

LES LUTHÉRIENS ET LES CATHOLigUES. l"2i

§ 9. Relations des liitliériens et (les catlioli(|ucs auant 1530.

La guerre des idées religieuses se déchaîna bientôt avec tant de force en Allemagne, qu'elle provoqua des dissensions civiles au sein même des Etats, et qu'une guerre sanglante et cruelle semblait inévitable entre les citoyens. Après la guerre des paysans, plusieurs Etats se liguèrent entre eux, afm d'opposer une barrière au progrès des nouveautés. L'électeur de Mayence, le duc Georges de Saxe, Henri de Braunschweig et l'évêque de Strasbourg s'assemblèrent à Leipzig et écrivirent à l'empereur : La guerre des paysans ayant été soulevée par des moines et des prêtres fuyards, il est à craindre que la division n'envahisse les princes euxmêmes. Aucun artifice ne pourra nous détourner de la doctrine évangélique, et nous prions l'empereur de nous soutenir énergiquement contre les princes luthériens. Ils n'avaient point formé de conjuration contre les luthériens, mais une alliance purement défensive. Cette aUiance toutefois, les princes luthériens la considérèrent comme une conjuration, et ils lui opposèrent une contre-alliance.

Le landgrave PhiUppe de Hesse, qui était à la tête des luthériens , gagna l'électeur Jean-Georges de Saxe, les ducs de Braunschweig-Lunebourg et de Mecklembourg, les comtes Gebhard et Anselme de Mansfeld. Nuremberg refusa d'entrer dans l'alliance sous ce prétexte qu'aucune goutte de sang ne pouvait être répandue pour les affaires de l'empire (1326, alliance de Torgau). La même année, une diète devait être tenue à Spire. L'empereur demanda l'exécution des décrets de Worms; mais engagé dans des guerres extérieures, il n'eut pas la force de faire respecter sa parole. On se borna donc à décider que l'édit de Worms serait exécuté par chacune des parties, sous peine d'en répondre à Dieu, à l'empereur et à l'empire. La même année, les troupes de l'alliance luthérienne furent mises sur pied, car le bruit s'était répandu que la guerre venait d'être résolue à Breslau par des princes catholiques : tout cela n'était qu'un artifice de la ruse. En un clin d'oeil , Philippe se trouva prêt à entrer en campagne. Le

chancelier du duc Georges de Saxe, Pack, exhiba un document en vertu duquel plusieurs princes catholiques s'engageaient à entreprendre la guerre. Il n'en était rien, et la suite prouva que le chancelier du duc Georges, corrompu par le landgrave Philippe, avait fabriqué ce document. Quand la fraude fut éventée, Philippe continua de garder les troupes qu'il avait levées, et obhgea les évêques de Bamberg et de Wurzbourg de lui payer une forte somme à titre de dédommagement. Cette situation tendue dura jusqu'à la prochaine diète, où l'aigreur se révéla de part et d'autre avec une nouvelle intensité. Cette diète fut tenue au mois de mars 1529, dans la ville de Spire, où les protestants avaient déjà introduit un culte particulier. Les Etats catholiques en furent profondément affligés ; l'union des esprits et des cœurs, qui avait toujours existé jusque-là sous le rapport du culte, était rompue désormais. Il est vrai qu'on accorda la liberté civile aux luthériens; mais comme on demandait aussi que le culte catholique cessât d'être violemment opprimé, les princes luthériens n'y voulurent point consentir; ils protestèrent et reçurent le nom de protestants. Ils protestèrent donc contre ceux qui demandaient que l'Eglise catholique ne fût pas opprimée dans leurs pays respectifs. Ils disaient dans leur protestation qu'ils ne pouvaient donner leur assentiment, parce qu'en s'obligeantà ne plus admettre d'autres nouveautés, ils avoueraient qu'ils doivent abandonner leur doctrine. Ils ne pouvaient pas tolérer la messe, parce qu'ils ne pouvaient point permettre à leurs subordonnés d'y assister, à cause des troubles et des agitations qui en résulteraient.

Les protestants s'appelèrent d'abord luthériens, dénomination qui déplut à un grand nombre, à cause de la honte qu'il y avait toujours eu pour ime Eglise de porter le nom d'un homme. C'est pourquoi Philippe avait déjà choisi le nom d'évangélique, qui agréait fort aux luthériens, mais que les catholiques ne pouvaient leur concéder. On s'arrêta enfin au terme de protestant, qui l'ut approuvé des deux parties. — La diète se prononça aussi sur l'Eucharistie. Les luthériens proposèrent de condamner les zwingliens sans les entendre ; mais les villes d'Ulm, Nuremberg, Strasbourg, Constance, Reuthngen, Memmingen, Lindau, Kempten, Heilbrorm,

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Saint- Gall, Ncerdlingen^ Weissenbourg protestèrent et en appelèrent à l'empereur, qui se trouvait alors en Italie.

Cependant les esprits s'échauffaient de plus en plus , et les protestants songèrent sérieusement à former une alliance , qu'ils tâchèrent d'agrandir encore. Mais comme les luthériens tenaient les zwingliens pour des hérétiques, ils refusèrent d'admettre dans leur alliance certaines villes de la haute Allemagne. Le landgrave Philippe réussit enfin à procurer un colloque rehgieux à Marbourg (1-3 octobre 1529) ; mais Luther n'ayant pu s'entendre avec Zwingle , les luthériens se rendirent à Schwabach et établirent contre les catholiques divers articles qui furent confirmés à Torgau, dont ils portent le nom.

§ 10. Diète d*Aug-sbour» ^ — CoofessSon d'Aiigsbourg (I530).

Afin de combattre les Turcs par toutes les forces réunies de l'empire, l'empereur convoqua à Augsbourg une diète dont il se promettait de grands résultats. Il ne voulait qu'une chose : l'unité et la concorde. Malheureusement, contre la défense formelle de l'empereur, les protestants amenèrent de nouveau avec eux leurs prédicateurs. La Fête-Dieu étant survenue pendant la réunion de la diète (16 juin 1530), l'empereur exprima le désir de voir les princes protestants s'associer à la solennité. Le duc de Braunschweig déclara qu'il aimerait mieux qu'on lui coupât la tête que d'y assister. L'empereur ne se départit point de sa modération et fut admiré de Mélanchthon lui-même, bien que plusieurs écrivains protestants aient soutenu qu'à Augsbourg l'empereur leur avait manifesté des dispositions hostiles.

' G. -Ed. Fœrstcmann, Urkundenbuch zur Geschichte des Reichstngs zu Augsburg im J. lo?>0. Nach den Original, und nach yleichz. Handschriften Kerausg., 2 vol. Halle, 1833-1833. — Salig, Historié der Augsburgischen Confession. Halle, 1733, 3 part. — G. Riffel , t. H, p. 378-/.41. — H. LaEmmer, Decon/'essionis augustanœ confutatione pontificia. Niedner, Zeitschrift fur histor. Théologie, 1858, I. — Gli. Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl. V. Aus dem kgl. Archiv. u. der Bibl. de Bourgogne in Briissel mitgetheilt. Leipz., 1844-1846, 3 vol. (t. I, depuis 1513 jusqu'en juillet 1532; t. H, de 1532 au mois d'août 1549; le t. HI embrasse les années 1550-1556.) — Gh. Lanz, Staatspapiere zur Geschichte des Kaisers Karl V, Stuttg., 1845 (depuis 1521 à 1555).

Sur ces entrefaites, de notables changements avaient été faits à la confession des luthériens, car on avait reconnu l'importance des doctrines défendues par Luther. En 1527, Mélanchthon avait publié ses articles de foi, où il se rapprochait sensiblement des catholiques. 11 admettait la nécessité de la pénitence et des bonnes œuvres, et, dans la doctrine du libre arbitre et de la justification, il tendait à s'écarter des idées luthériennes. De son côté, Luther fut aussi invité à établir les articles de foi que les protestants désiraient présenter à la diète ; mais comme ses partisans eux-mêmes le jugeaient incapable de rétablir la paix, on l'avait laissé à Cobourg. Mélanchthon tâcha autant qu'il put de conciUer les points de dissidence, et il est à croire que plusieurs catholiques ne trouvèrent rien à redire aux articles qu'il proposa. Cependant les différences n'y faisaient point encore défaut. Le projet de Mélanchthon reçut le nom de Confession d'Augsbourg.

La Confession d'Augsbourg est le premier livre symbolique des luthériens*. Plusieurs diètes s'étaient déjà occupées de la division rehgieuse dont Wittenberg avait été le foyer. Mais ce qui avait été décidé à Worms sur ce sujet (^521) parut déjà inadmissible à la diète de Spire, tenue en i526, et prit trois ans plus tard les proportions d'un démêlé inextricable, qui éclata de nouveau dans l'assemblée des princes tenue à Spire (mars lo29). Tous ces états qui avaient protesté contre la demande d'arrêter les progrès de la réforme luthérienne et refusé de tolérer les quelques usages catholiques qui subsistaient encore çà et là dans leurs pays, se rattachèrent plus étroitement entre eux. Dix-neuf articles rédigés à Schwabach contenaient les bases dogmatiques de la réunion, à laquelle nul ne pourrait appartenir sans les avoir signés. Ces articles, approuvés à Torgau, furent les éléments de la confession d'Augsbourg.

La diète convoquée en 1530 à Augsbourg par Charles V devait, après un examen impartial et sérieux des doctrines respectives, assurer la paix de l'Etat et de l'Eglise. Pour,

* On distingue la confession variata et la confession invariata. Les luthériens rigides se tiennent à cette dernière ; la première est adoptée par les réformés en vue desquels, dans ses éditions suivantes, Mélanchthon avait fait plus d'un changement. (Voir la diète ecclés. de Berlin de 1853.)

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atteindre ce but louable, il fallait avant tout que les états protestants produisissent leurs opinions dogmatiques et déclarassent ce qu'ils trouvaient à reprendre dans les usages et la discipline ecclésiastiques qui avaient été jusque-là en vigueur. Mélanchthon fut chargé d'exposer les vues de ses partisans, car Luther passait généralement pour incapable de concourir à une œuvre de pacification.

Quoique Mélanchthon eût singulièrement modifié les articles de Schwabach et de Torgau, et adouci surtout les précédentes affirmations de Luther, bien des choses y manquaient encore pour que les catholiques pussent les approuver. On prépara donc une réfutation de la confession protestante, et lecture en fut faite également dans l'assemblée des princes. Cette réfutation ne satisfit point les états luthériens, et Mélanchthon composa une apologie de sa confession, qui fut honorée plus tard comme le second écrit symbolique des luthériens, quoiqu'on n'en fit aucun usage public dans l'assemblée des princes de l'empire.

L'intention de l'empereur, de rétablir en Allemagne l'unité et la concorde, ne fut pas réalisée, malgré les conférences particulières qui eurent encore lieu à Augsbourg entre les théologiens les plus paciflques et les plus modérés. S'ils convinrent de plusieurs articles, leur entente n'était qu'apparente et commandée par les circonstances*. »

La confession d'Augsbourg débute en offrant la réconciliation aux catholiques ; si elle échoue, elle en appellera au concile universel. Dans le premier et le vingt et unième article, les luthériens proclament un Dieu en trois personnes, et il est dit à la fin de la confession qu'on reconnaîtra que les luthériens ne s'écartent point de l'Eglise romaine en matière de foi.

La seconde partie est intitulée : Abusus mutati. On y traite : ]" de l'Eucharistie sous les deux espèces; 2° de l'ordination sacerdotale ; 3" de la messe ; 4-° de la . confession ; 5° de la différence des nourritures ; 6*" des vœux monastiques ; 7" de la puissance ecclésiastique. On y touchait à plusieurs points qui avaient réellement besoin d'être amendés. Quant au

* Mœhlftr, Symbolique,

jeûne, il était dit que c'était un opus operatum et qu'assurément plus d'un catholique ne le considérait point comme une œuvre ascétique. Malheureusement, en supprimant l'abus, les protestants supprimaient aussi l'usage légitime. Mélanchthon ne s'attachait qu'aux choses les plus absurdes, aux idées les plus saugrenues qui pouvaient exister dans certaines têtes cathoUques ; il n'avait aucun égard à l'esprit et à la volonté de l'Eghse. Ce qu'il appelait un pur abus, la confession, par exemple, reposait sur une base dogmatique. On est donc surpris qu'après avoir énuméré les doctrines de foi, Mélanchthon les ait crues conformes aux enseignements de l'Eglise, pendant que les protestants eux-mêmes continuaient d'affirmer que l'Eglise avait perdu la foi. Tout cela, comme on le voit, n'était qu'un artifice de paroles pour gagner la faveur des cathoUques ; car les parties essentielles de la confession d'Augsbourg ne renfermaient que trop de doctrines dissidentes.

L'empereur ordonna qu'une réfutation serait composée par des théologiens catholiques, et demanda aux protestants si leur confession renfermait tous les points de leur doctrine. Il avait raison de faire cette demande, car Mélanchthon avait eu l'adresse de négliger plusieurs articles, tels que la primauté du pape, la prière pour les morts, le purgatoire, les sept sacrements, la transsubstantiation, niés jusque-là par les protestants. Les états protestants répliquèrent qu'ils auraient pu ajouter encore plusieurs autres choses à leur confession, mais qu'ils désiraient qu'on y admît ou qu'on y considérât comme admis tout ce qui ne contredisait point leurs doctrines fondamentales.

La réfutation fut rédigée par les théologiens catholiques Eck, Wimpina et Cochlée, chanoine de Breslau et plus tard de Dresde, un des plus savants hommes de son temps. L'empereur trouva qu'elle renfermait des expressions trop vives, et demanda une seconde rédaction, qui fut lue publiquement (3 août) *. Chaque article de la confession d'Augsbourg y était

* Confutatio confessionis augustanœ. Die Augsbuvgische Confession und ihre Widerlegung {confutatio) aus dem œcliten M. S. in das Deutsche ùberselzt, mit latein. Texte zur Seite, publié par C. Kaiser. Regsb., 1845. —

CONFESSION D'ArCxSBOURG. 127

passé en revue et les erreurs rejetées. Les protestants, mécontents de cet écrit, en demandèrent copie afin de le faire réfuter à leur tour.- L'empereur, comprenant que les discussions se prolongeraient à l'infini, déclara que les protestants étaient suffisamment réfutés et devaient souscrire à la doctrine de l'Eglise. Les protestants ne furent pas de cet avis, et la désunion fut portée à un tel point qu'on craignait une guerre immédiate. On proposa donc de délibérer sur les moyens d'arriver à une entente pacifique, en choisissant dans les deux partis quelques théologiens qui se réuniraient en conférence religieuse. On choisit parmi les cathohques les trois théologiens mentionnés ci-dessus, et dans le parti adverse Mélanchthon, Jean Brenz et Erhard Schnepf. Chaque article fut discuté séparément. On espérait qu'on parviendrait à s'entendre sur tous, à l'exception de six, qui comprenaient le péché originel, la justification, la confession, la pénitence, le culte des saints et l'EgUse. On les discuta de nouveau, et on crut aussi qu'on arriverait à s'accorder; mais il restait toujours quelque doute si dans aucun cas les œuvres de l'homme n'étaient méritoires devant Dieu. Les cathohques disaient : Aucun mérite de l'homme ne peut justifier devant Dieu et mériter la grâce, et pourtant les œuvres opérées par les hommes justifiés ne laissent pas d'être méritoires. Les protestants trouvaient que la doctrine de la satisfaction et de la pénitence était contradictoire à la satisfaction de Jésus- Christ; ils faisaient la même objection sur le culte des saints. Sur les abus, l'entente fut impossible ; sur la communion, on voulait bien accorder les deux espèces, mais on tenait à établir que Jésus-Christ est tout entier présent sous l'une et l'autre. Les pasteurs protestants seraient libres, puisqu'il le fallait, de garder leurs femmes, sauf l'approbation du pape ; mais ces sortes de mariages ne seraient plus tolérés avant qu'un concile se fût prononcé. La messe était considérée comme une représentation du sacrifice de Jésus-Christ, mais non comme étant elle-même un sacrifice. C'est le point où les protestants se montrèrent le plus sévères. Ils réclamaient les deux espèces, l'abolition du célibat sans décision d'aucun

— Formula confutat. augustanœ primura in lucem édita a Gh.-G. Mueller. Lips., 1808. — Binterim, Der Reichstag zu Augsburg. Dùss., 1844.

concile, et la suppression de la messe, qualifiée d'abus. On résolut enfin de réunir une conférence où ne seraient admis que les théologiens les plus pacifiques, Mélanchthon et Eck, comme s'il eût suffi de restreindre le nombre des personnes pour amoindrir les divergences. Tout fut inutile.

Et quand ces théologiens se seraient entendus, l'unité n'y aurait rien gagné; Mélanchthon avait déjà dissimulé une foule de points. Comme on voulait la réunion à tout prix, on fit quantité de choses qui étaient frappés de nullité. On ne toucha qu'à la superficie, et les différences qu'on avait voilées reparurent bientôt au grand jour. La force seule pouvait alors assurer la paix, et en matière religieuse elle ne sert de rien pour atteindre ce but. Mieux valait donc se séparer sans avoir rien fait.

Cependant, comme fempereur ne cessait de demander^ qu'on réfutât les protestants, on résolut de leur laisser jusqu'au 15 avril 1531 le temps de réfléchir; dans six mois l'empereur ferait convoquer un concile. Les protestants refusèrent de signer, parce qu'on ne les avait pas réfutés au moyen de l'Ecriture sainte, ainsi que le portait le décret impérial. Une apologie de la confession d'Augsbourg fut rédigée par Mélanchthon. La pubhcation du décret de la diète impériale eut heu le 19 novembre 1530. L'empereur statuait, en sa qualité de protecteur de l'Eglise, qu'on s'en tiendrait aux louables coutumes du passé ; que c'était une erreur bestiale de nier le libre arbitre ; que la foi ne sauve point sans la charité, qu'autrement toute moralité serait anéantie, ce qui existait déjà; qu'il fallait rendre à l'Eglise les biens qu'on lui avait enlevés, il insistait ensuite sur la réforme du clergé et produisait aussi des griefs contre le pape.

Déjà Strasbourg, Constance, Memmingen et Landau s'étaient prononcées pour la doctrine de Zwingle sur l'Eucharistie; mais les luthériens refusèrent de les reconnaître, et leur confession tétrapolitaine, rédigée par Bucer et Capito, ne fut pas accueillie par l'empereur, non plus que la lettre de Zwingle. 11 fut décidé à ce propos que ceux qui nieraient la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ne seraient plus tolérés. Les anabaptistes eux-mêmes furent mis au ban de l'empire.

ALLIANCE r)E SCUMALCALDE. — LES ANABAPTISTES. 129

§ 11. Relations des eatlioliques et des luthériens avant la paix religieuse de î\iireniberg en 153!S* — Les anabaptistes à Munster.

La fermeté de l'empereur faisait présumer qu'on en viendrait sur-le-ehamp à une guerre civile et religieuse, et les princes protestants s'empressèrent de conclure une alliance à Schmalçalde (29 mars 1531). Ils prièrent aussi l'empereur de ne les plus inquiéter, en appelèrent du décret de la diète impériale (à leur propre volonté) et essayèrent pour la première fois de gagner à leur cause des princes étrangers, en invoquant le secours des rois de France et d'Angleterre. Ils convinrent aussi de faire rédiger par une réunion de théologiens et de juristes une constitution religieuse commune. Jusque-là, Luther avait été d'avis qu'en matière religieuse on devait à l'empereur une obéissance purement passive; maintenant, il pensait qu'on pouvait lui faire la guerre justement, et le landgrave Philippe crut même devoir commencer l'attaque. En mai 1531 , les luthériens sanctionnèrent de nouveau leur alliance de Schmalçalde. Cependant le danger ne se traduisit pas encore par une guerre effective, et ce furent les Turcs qui indirectement vinrent au secours des protestants. Ils pénétrèrent en Hongrie, où les dissensions croissantes des Allemands favorisèrent leurs conquêtes. L'empereur n'ayant pas trouvé d'appui à Augshourg, somma les confédérés de Schmalçalde de lui venir en aide. Ils répondirent qu'étant menacés d'une guerre au sein même de l'Allemagne, ils ne pouvaient point participer à une entreprise contre les Turcs. L'empereur négocia avec eux à Francfort, à Schweinfurt, puis à Nuremberg, où il conclut une paix rehgieuse (23 juillet 1532) en vertu de laquelle tous les griefs devaient être réservés jusqu'au futur concile.

Le duc Ulric de Wurtemberg , qui avait été expulsé par l'alliance de Souabe, fut remis en possession de son pays par Philippe de liesse et se rangea désormais à la confession d'Augsbourg; le Wurtemberg, moitié de gré, moitié de force, embrassa le luthéranisme. La confession d'Augsbourg fut également adoptée par les quatre villes de la Haute -

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