TOME III
Allemagne nommées plus haut (1536) en vertu de la. Concorde de Wittenberg. C'était l'œuvre de l'habile négociateur Bucer, qui avait l'adresse de mettre chacun de son opinion. Il voulut également opérer la réunion des zwingliens et des wittenbergeois (1538); mais il n'échappa point à Luther que ce n'était là qu'une pure illusion, et c'était aussi l'avis des zwingliens.
Sur ces entrefaites, les anabaptistes de Munster venaient de créer leur prétendue cité de Dieu, dont l'effet immédiat fut de ne pas rattacher le territoire de Munster à Talliance de Schmalcalde*. En 1532, un prêtre nommé Rottmann passa au luthéranisme et offrit une conférence aux prêtres catholiques. Ses offres furent repoussées. Ce refus fut imputé à faiblesse, et une délibération du conseil municipal introduisit le protestantisme à Munster (1533).
Dans les Pays-Bas, où ils avaient pullulé, les anabaptistes commettaient d'horribles forfaits. C'est de là qu'arriva en 1533 le tailleur Jean (Bockelson) de Leyde, suivi de Matthiesen de Harlem et de Knipperdoling. Grâce à leurs discours fanatiques, ils eurent bientôt recruté de nombreux sectateurs, et ils otîrirent une conférence aux protestants. Mais Rottmann et les siens ne pouvaient pas plus discuter avec cette foule insensée que les cathohques avec les protestants. Ce nouveau refus apparut derechef comme une preuve d'ignorance, et il fut résolu qu'on adopterait la doctrine des anabaptistes, dont Rottmann était lui-même partisan. Jean de Leyde, fatigué d'être tailleur, et étant déjà prophète, se
1 Herm. Kerssenbroick (mort en 1585), Geschichte der Wiedertœufer in Munster. Aus der lot. Handsch. ûbers. FraDcf., 1771. — G. Jochmus , )■■ Gesch. der Kirchenreform. in Munster. Mûust., 1825. — J. Hast, Geschichte der Wiedertœufer bis zu ihreni Sturze in Munster. MûDàt., 1836. — Der Protestantismus in MiJnster [ein Beitrag zur Scfdlderuny der poiitischen Seite der Glaubensspaltung des xvi Jahrhunderts) , dans Histor.-poL iUœtter, IX, 99-108, 129-158, 203-214, 327-368, 626-643; X [Die Schreckenszeit in Munster, 22-45, 65-84, 129-146). — J.-G. Fœsser, Geschichte der Munster' sdien Wiedertœufer. Mûnst., 1852 (2e édition, 1862;. — Rifîel, II, p. 580-664. -^ L.-A. Cornélius [Die Mûnst er'schen Humanisten und ihr Verhœltniss zur Re formation. Munster, 1851); Geschichte des Mùnsfer'schen Aufruhres, l^e livrais., Leipz., 1855 (zur Geschichte der Wiedertœufer, Mûnst., 185;i); 2e livrais., Die Wiedertaufe, Leipz., 1860. — Gli. Hase, Neue Propheten, 3e livrais., 2e édit., 18^0. Das Heich der Wiedertœufer. — H. Kampschulte, Geschichte der Einfiilirung des Protestantismus in Westfafen. Pad., 1866, p. 138-162.
NÉGOCIATlOiNS DE PAIX AVANT L INTÉRIM. ^3i
posa en roi, et annonça bientôt que le plus puissant des monarques absorberait toute autorité, pour la remettre ensuite à Jésus- Christ. Le prophète Matthiesen ordonna de hvrer tout l'or et l'argent qu'on possédait. — Le roi Jean prit plusieurs femmes, ou, pour mieux dire, il s'appropria toutes celles qui lui plaisaient. Les siens l'imitèrent. Les Munsteriens comprirent alors avec quelle légèreté ils avaient agi en matière religieuse ; mais le peuple persista dans son fanatisme.
Le châtiment allait venir du dehors. L'évêque avait été obligé de quitter la ville et s'occupait à recueillir des secours en armes. On vit jusqu'à des princes protestants se grouper autour de lui. Munster, après un long siège, fut en proie à une famine si épouvantable que des enfants mêmes furent mis à mort et dévorés. La ville fut enfm réduite à céder, et Rottmann périt dans le combat. Jean de Leyde et quelques autres furent saisis et mis à mort. La ville et le territoire retournèrent à l'Eglise catholique.
§ 12. Autres nég^ociailons de paix avant l^Intérim de Ratisbonne.
Après la pacification rehgieuse de Nuremberg, de nouvelles plaintes s'élevèrent du sein des couvents pillés et d'autres corporations. Les coupables furent cités devant le tribunal impérial ; les esprits s'aigrirent de plus en plus, et de part et d'autre une guerre affreuse semblait imminente, si elle n'était prévenue par quelque convention amiable. L'empereur enyoya son chancelier Held en Allemagne. Les protestants, assemblés à Schmalcalde, délibéraient sur une troisième confession. Mais ici encore, on ne parvint point à s'entendre, et Ileld établit la sainte alliance de Nuremberg (1538). Les archevêques Albert de Mayence et Matthieu Lang de Salzbourg, le duc Georges de Saxe, les ducs de Bavière et de Braunschweig, le roi de Rome Ferdinand et l'empereur s'unirent entre eux, non pour entamer la guerre, mais fermement résolus de défendre la cause catholique, si l'alhance de Schmalcalde ne se décidait point à reculer. Malheureusement, cette fois encore, les choses sérieuses furent étouffées par les discussions secondaires.
Le landgrave Philippe de Hesse, nullement partisan de la réforme des mœurs, vivait en adultère avec une dame de la cour, Marguerite de Sahi. Sa conscience se réveillant, il songea aux moyens de calmer ses scrupules. Comme il voulait avoir deux femmes, il s'adressa à Luther par l'organe de Bucer, pour être dispensé de la monogamie*. Sa demande était accompagnée de menaces contre Luther et contre sa cause : il parlait de déserter le luthéranisme. Ces menaces prévalurent sur tout le reste, et Philippe fut autorisé à vivre avec deux femmes. Mélanchthon eut même l'honneur de servir de témoin dans ce second mariage. A cette époque, l'affaire n'était point encore universellement connue ; elle ne fut découverte qu'au dix-septième siècle par un nommé Ernst, successeur de Philippe, et Bossuet l'a insérée dans son Histoire des Variations. Les historiens protestants qui sont venus ensuite n'en ont point parlé ; c'est de nos jours seulement qu'ils ont consenti à le faire, notamment Adolphe Menzel, dans son Histoire des Allemands.
La guerre ne fut empêchée que par l'intervention de Joachim II de Brandenbourg. Partisan encore irrésolu du protestantisme, il offrit sa médiation au roi de Rome Ferdinand (1539), et un armistice de seize mois fut conclu à Francfort. La conférence religieuse fut transférée à Haguenau (juin J MO) , puisa Ratisbonne (1541). Le ministre de l'empereur, Granvella, remit aux conférenciers un écrit, nommé Intérim, qui devait servir de base aux discussions, et qui sans doute avait été rédigé par Jean Gropper. Les articles proposés devaient être adoptées en Allemagne en attendant qu'on fût complètement
* G.-L. Schmidt, Justus Menius , der Reform. Thûringens. G,, 1867, p. 2U-262 , Die Doppelehe des Landgrafen. Histor.-poht. Blœtter : Landgraf Philipp v. Hessen, IV, 337-34G, 893-405, 437-483, 734-771; XV, 7r,9-801. — Philipps Doppelehe, XVIII, 224-250, 449-468, 513-542. — Fr.- Wilh. Hassencamp, Hessi'iche KirchengescJiichte seit dem Zeitalter der Reformation, 1855, tome I, p 459-520. Les documents se trouvent daqs ['Histoire des Variations, de Bossuet. — Kasp. Ulenberg, Geschichte der lutherischen Reformatoren. Mz., 1836-1837, 2 tom., vol. II, p. 468-484. — Histor. -polit. Blœtter, VII, 751-753 [Grabmal der M. v. d. Sahl., XX, 93- 95, Das Schicksal ihrer Kinder aus der Ehe mit Philipp). Urkundliche Beitrœge z. Geschichte der Doppelehe des Landgrafen Philipp von Hessen, V. Heinrich Heppe, dans Ztsch. f. d. histor. TheoL, 1852, p. 263-283.
TNTÉRTM DF RATISBONXE. 133
d'accord*. Un autre Intérim, postérieur à celui-là, est celui de Leipzig*. On s'entendit en paroles sur quelques points, mais au fond rien ne fut changé. Arriva enfin la clôture de la diète. Il fut convenu que les théologiens protestants maintiendraient les points sur lesquels on était tombé d'accord, et qu'on surseoirait aux procès entamés devant le tribunal de l'empire. Luther n'adhéra point à ces articles; le légat du pape, Contarini, prétendit qu'on avait fait trop de concessions, qu'il fallait s'en référer au pape. Aucun des deux partis n'était disposé à recevoir Vlntérim, et quelques années après, il fallut l'abandonner comme inapplicable.
§ 13. Depuis rintérim de Ratisbonne (1542) jusqu*à la paix religieuse d'Au^sbourg^.
Vlntérim n'eut pas de résultat favorable; immédiatement après la diète, des causes diverses portèrent à la paix les plus profondes atteintes. Le chapitre de la cathédrale de Naumburg, en Saxe (1541), venait de pourvoir à la vacance du siège, en nommant le digne prévôt de la cathédrale, Jules de Pflug. Le prince électeur Jean Frédéric, mécontent de ce dernier, revendiqua l'exercice de certains droits, bien que l'évêché fût sous la dépendance immédiate de l'empire. Ouoique Pflug fût catholique, ce prince disait de lui qu'il était assez intelligent pour être protestant'. On éleva donc sur le siège un ami de Luther, Nicolas d'Amsdorf (1542), et
1 Acfa coUoquii Hatisponœ habiti , éd. Bucer. Argt., 15V1. Contre : Eckii apolog. pro prmcip. cathol. Ingolst., 1545. — C.-J. Hergang, Das Religionsgesprœch zu lieyensburg im J. 1541 und das Regensburger Buch, nebst andern dorauf bezûglichen Schriften jener Zeit. Nach Quelleti bearb. und herausg. Gassel, 1858, p. 263-283.
« J.-E. Bieck, Das dreifache Intérim. Leipz., 1721. (Ratisbonne, 1541 ; Augâbourg, 15 mai 1548; Leipzig.)
* C.-G. Miieller, De meritis Julii Pflugn. Lips., 1812.— Zeitsck. fur historische TheoL, livrais, i, 1851. — G. Jansen, De Jul. Pfiugio. Berl., 1858. — Lepsius, Bericht ùber die Wahl und Einfvhrung Nicol. v. Amsdorfs. Nordh., 1835. — Luther lui-même se vantait d'avoir sacré un évèque « sans chrême, sans onguent, sans graisse, etc., sans encens et sans charbon. » Amsdorf était tellement asservi à l'électeur de Saxe qu'il ne demandait qu'à être délivré d'un pareil évèché. Il ne recevait de l'électeur que 600 florins et le couvert, et n'avait pas le droit de se nommer évèque « par la grâce de Dieu. »
on introduisit ainsi la réforme dans la cathédrale. Les catholiques en furent révoltés, car si on procédait de la sorte, l'EgUse catholique périrait infaiUiblement dans TAllemagne entière. La ville de Goslar sur le Harz fut mise au ban de Tempire, mais l'empereur révoqua lui-même cette mesure. Le duc Henri de Braunschweig;, un catholique, menaça la ville, au nom du tribunal de l'empire ; mais il fut chassé par une armée fournie par l'alliance de Schmalcalde (1542); on s'empara de ses terres et on y introduisit la réforme. Henri lui-même fut fait captif et retenu prisonnier (1545). Eùt-il été coupable, l'alliance de Schmalcalde n'avait pas le droit de le punir, de ravager ses terres et de violenter les consciences. Avec de tels principes, toute justice aurait disparu en Allemagne et cédé au droit du plus fort*.
Cologne avait pour archevêque Hermann, comte de Neuwied^ homme sans valeur, et dont Charles V disait qu'il ne savait pas même le confiteor. Il voulut introduire la réforme dans l'électorat de Cologne, et Mélanchthon devait lui venir en aide (1543); mais il rencontra partout la plus vive opposition. La plupart des membres du chapitre, l'université, le clergé;, la bourgeoisie lui étaient contraires. L'alliance de Schmalcalde, dont il sollicita le concours, fit entendre d'inutiles menaces. Charles V et le pape mirent l'archevêque au ban de l'empire ^. L'évêque d'Osnabruck, Munster et Minden voulut également introduire la réforme chez lui, afin de pouvoir se marier et fonder une famille princière^, à l'exemple
1 G. Lenz, Braunschweigs Kirchenreform. Wolfb., 1828. — W. Elster, Charakteristik Heinrich's des Jûngern. Marb., 1845. — Wilh. Havemann, Geschichte der Lande Braunschweig und Lûneburg. Gœtt., 1855, t. II, p. 82-176.
* M. Deckers, Hermann v. Wied, Erzb. von Kœln. KœlD, 1840. — Gard. Pacca, Ueber die grossen Verdiensie des Clerus, der Universitœt und des Magistrats von Kœln um die kathol. Kirche im xvi Jahrh., trad. de l'italien. Augsb., 1840. — Léon Ennen, Geschichte der Reform. im Bereiche der alten Erzd. Kœln. Kœhi, 1849, p. 109-146.
3 François, comte de Waldeck, 1532-1533. Voir sur lui H. Kampschulte, p. 144-156. Frédéric de Wied, ancien éveque de Munster, inclinait aussi vers la réforme. — G. Heppe, Geschichte der evangelischen Kirche von E levé-Mark und der Provinz Westfalen. Iserlohn, 1867, p. 64. — Fr. Waldeck menaça en 1543 les Etats de son pays, afin de leur faire admettre la confession d'Augsbourg ; ils lui répondirent en le menaçant de déposition.
l'alliance de schmalcalde. 135
du grand maître de Prusse, et s'adressa aussi à l'alliance de Schmalcalde. Celle-ci, toutefois, montra quelque hésitation, car excepté le prince-évêque , personne ne voulait de la réforme. — La guerre éclata (1546), et l'empereur mit au ban de Tempire Jean- Frédéric de Saxe et Philippe de liesse. Il était dit dans le manifeste impérial que ces deux princes avaient toujours été ennemis du bien de l'empire et avaient tramé une conspiration contre l'empereur; que le landgrave avait fait la guerre aux états et leur avait soutiré de l'argent; qu'ils avaient enlevé les terres du duc de Braunschweig et accaparé des évêchés qui dépendaient immédiatement de l'empire, détourné de la diète impériale un certain nombre d'états, et rendu par leur faute la situation irrémédiable. De plus, ils s'étaient servi du prétexte de la religion pour tout soumettre à leur volonté et afTaiblir l'autorité impériale. Ils avaient donc travaillé à enlever à l'empereur lui-même toute autorité et tout crédit. — Mais les deux princes mis au ban de l'empire avaient déclaré précédemment qu'ils n'avaient jamais été rebelles à l'empereur, dont les intentions tendaient à étouffer toute liberté au sein de l'empire. Charles Y s'était allié au duc protestant Maurice de Saxe, et le pape devait lui envoyer des troupes ^ Malheureusement, ses forces n'étaient pas en état de se mesurer avec l'excellente armée de Schmalcalde, qui depuis longtemps était prête à livrer bataille. Si cette armée avait été conduite par un habile général, la victoire lui eût été facile. Mais la prudence était du côté de l'empereur, et des manœuvres adroitement combinées le mirent en état de serrer ses ennemis au point d'obliger les princes de l'alliance à séparer les contingents et à les renvoyer chez eux pour défendre leurs pays respectifs. Un grand nombre de princes et de villes impériales se soumirent à l'empereur. Jean Frédéric fut battu et fait prisonnier à la bataille de Miilberg (Torgau, 2i avril 1547), et Philippe lui-même fut obligé de se rendre (19 juin 1547)'.
* J -G. Hahn , Geschichte des schmalkaldischen Kriegs. Leipz., 1837. — Les Mémoires de l'empereur Charles V. Kervin de Lettenhove, Commentaires de Charles-Quint publiés pour la première fois. Bruxelles, 1862.
* Wilh. Maurenbrecher, Karl V u. die deutschen Protestanteti 1545- 1555. Nebst einem Anhange von Aktenstûcken aus dem span. Staatsarchive
136 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
L'empereur avisa dès lors à fonder une paix religieuse durable, et annonça une conférence qui devait être tenue à Augsbourg. Les catlioliques* et les protestants remirent aux membres de la conférence (15 mai 1548), de la part de l'empereur un projet dont les doctrines et les résolutions devaient être observées jusqu'au procbain concile. Ce projet reçut le nom ù' Intérim d'Augsbourg. En Saxe, on modifia le dogme et on établit V intérim, de Leipzig^. On laissa aux protestants la communion sous les deux espèces, et on leur concéda le mariage des prêtres. Une controverse s'émut entre les protestants sur les articles non essentiels (adiaphora, controverse adiaphoristique), et Mélanchthon déclara qu'on pouvait considérer toute cérémonie du culte catholique comme indifférente. En tout cas, il était impossible de se dissimuler que l'union n'était que le résultat de la contrainte.
On ne tarda pas à remarquer aussi que l'empereur s'était allié à un ennemi de l'Eglise catholique et de l'Allemagne. Maurice n'avait d'autre visée que de devenir prince électeur de Saxe. L'empereur enleva à Jean-Frédéric la dignité d'électeur et la conféra à son cousin Maurice. C'est alors seulement que ce dernier s'aperçut des dangers où s'exposait l'alliance luthérienne et voulut l'en affranchir. Il s'allia au roi de France, Henri II, et comme Charles Y était retenu à Innsbruck par la maladie , Maurice le surprit pendant que le roi de France entrait en Lorraine, et, selon qu'ils en étaient con-
von Simancas. Le n» 4 contient notamment la correspondance de l'empereur avec Philippe II, dans les années 1546 à 1548. — F. Hortleder, Der deutsche Krieg Karl s V wider die schmalkaldisdien Bundesgenossen. Francf., 1C17. — J.-G. Jahn, Geschichte des schmalkald. Krieges. Leipz.,
1 Formula sacrorum emendand. a J. Pflugio proposita, éd. G. G. Mueller. Lips., 1803. — Spieker, Beitrœge z, Gesch. des Augsb. Intérims (p. 143). — Gh.-Th. Hergang, Das Augsburger Intérim, ein Bedenken Mélanchthon' s, und einige Briefe desselben in Bezug auf das Intérim, die Bulla reformationis Pauli III, und die Formula reformationis Garoli V, als Grund fûr den Religions frieden vom 26 September 1555. Leipz., 1855. — V Intérim d'Augsbourg eut pour auteur J. Pflug, aidé d'Agricola, prédicateur de la cour de Braudenbourg.
' Maurice de Saxe et Mélanchthon sont les auteurs de ce troisième Intérim. — Herm. Rossel, Abhandlung ilber Melanchthons Verhalten zum Intérim. Berl., 1847. (Aug. Twesten, Matthias Flacius Illyricus. Mit ein. Abhdl. ûber Melanchthons Verhalten z. Intérim, v. Rossel. Berl., 1844.)
INTÉRIM Ii'AirTSBOl'RG. 137
venus, s'emparait des évèchés de Metz, Toul et Verdun, qui sont restés incorporés à la France depuis trois siècles, en suite de la trahison dont Maurice se rendit alors coupable envers l'empereur et l'empire. L'empennu' fut obligé de s'enfuir à Villach et de négocier par l'entremise de son frère Ferdinand*. Le contrat de Passau fut conclu en 1552, et la paix religieuse d'Augsbourg, le 26 septembre 1555, aux conditions suivantes * :
Les deux partis religieux auront les mêmes droits et jouiront d'une pleine liberté. Seront exclus ceux qui n'appartiennent à aucun des deux partis (les zwingliens, les anabaptistes, etc.). On établit le Reservatum ecclesiasticum. Plusieurs princes ecclésiastiques ayant embrassé le protestantisme demandaient que tout le pays suivît leur exemple. Comme ils voulaient en outre transformer leurs pays en Etats héréditaires, il fut décidé que lorsqu'un évêque ou un abbé passerait au protestantisme, cette démarche n'aurait qu'une conséquence personnelle, parce que les biens sont attachés à la dignité et non à la personne. Les habitants d'un pays où l'on aurait introduit une religion qui leur serait contraire, seraient libres d'émigrer. Par ce traité de paix, l'existence légale du protestantisme était reconnue en Allemagne, en
* Bardenstoin, De bello imperatori a Mauritio illo.to. Argentor., 1710,
1 vol. iu-io. — Brand, Vmdiciœ maurifionœ. léna, 1017, 1 vol. in-4o. — J.-A. Langen, Moritz, Herzog und Churfûrst zu Sachsen. Leipz., 1841,
2 tomes. — Langen, Chrintoph von Carlowitz. Leipz., 1854. — H.-E. Brandes, Breitrœge zur CJiaraktcristik des Churfûrsten Monfz. Leipz., 1853.
* J. LeliuiauEi, Acta publica de pace relig. Reichsh. vnd Protocolle des Hel.-Friedens. Fraucf., 1631 (1707, 1709). — G. Litzel, Geschichte d. lieL- Friedens. Francf., 1755. — C.-Fr.-Aug. Kahnis, Viudiciœ pacis religionis augustaryp, 2 partes. lâps., 1855-1856. — Cli.-W. Spieker, Geschichte des Augsburger Religions friedens vont 26 September 1555. Schleiz, 1854.
Dans un article intitulé : Zur Erheuterung der Politik des Churfûvsteti Moritz von Sachsen [Mimchner Histor. Jahrb. fvr 1806, Mch., 1866, p. 359- 364), G. -A. Cornélius a dit une parole véritablement allemande sur les méfaits du premier traître de l'empire, Maurice. Voici comment il termine : « Les princes allemands, qui voulurent exploiter à leur profit les actes du grand mouvement national du seizième siècle, Maurice, le félon, le brutal margrave Albert et autres associés de cette bande, n'ont jamais été appréciés comme ils le méritent par les anciens historiens. Ranke lui-même, quoique ses savantes recherches aient préparé les esprits à une intelligence plus exacte de cette lamentable histoire, est plein de ménagements et de politesse pour ces criminels. Quant à louer leurs méfaits, nul ne l'a encore osé jusqu'ici. »
attendant le jour où l'on pourrait s'unir dans un accord sincère et amical.
Mort de Luther.
La mort de Luther, dans ces temps d'agitation, fut peu remarquée et n'eut du reste aucune influence sur la marche des événements. Ses contemporains l'avaient depuis longtemps dépassé, et il eût été difficile de trouver quelqu'un en Allemagne qui exhalât sa mauvaise humeur contre le siècle en termes aussi énergiques. La paix et la sérénité l'avaient fui depuis longtemps, et il ne parvenait plus à se défaire des esprits qu'il avait évoqués. Les progrès de rimmoralité, le mépris dont il était l'objet le jetaient hors de lui-même. — Dans un accès d'indignation et de colère contre le luxe et le dévergondage des mœurs \ il quitta sa chère Wittenberg (1545), et il fallut toutes les instances de l'électeur et de l'université pour le décider à y retourner. Il prévoyait les mauvais jours qui allaient survenir, et il ne pouvait se dissimuler combien lui-même y avait contribué. Quelques rayons de sérénité, quelques éclairs de sa flamme naturelle paraissaient encore çà et là ; mais sa fureur contre le pape croissait plutôt qu'elle ne diminuait. Un de ses derniers écrits était intitulé : la Papauté instituée par le diable. Appelé en qualité d'arbitre dans sa ville natale, Eisleben, à l'occasion d'un démêlé du comte de Mansfeld, il fut pris d'une indisposition et mourut peu de temps après, le 18 février 1546.
Luther était emporté par les flots mobiles de son temps, et dominé par son imagination. Le pape lui avait semblé tour à tour « le père le plus saint et le père le plus diabolique. » On pourrait tirer de ses écrits la plus magnifique apologie de l'Eglise catholique. Désintéressé des biens de la terre, s'il ne mourut pas dans le dénuement^, on ne saurait dire que la réforme l'ait enrichi, comme elle a fait de tant de ses partisans 5. La violence de ses discours dépasse ce qu'on pouvait se permettre même dans son siècle violent; mais en popularité, il avait peu d'égaux, peut-être n'en avait-il point du tout.
Dans sa fougue passionnée, il passait d'une idée à une autre tumultueusement et brusquement. 11 avait consacré sa vie à la liberté de l'esprit, et il était esclave de la lettre ; il avait rompu en visière à l'histoire, honni les Pères de l'Kglise, tout en invoquant la tradition ecclésiastique; avec sa foi surabondante en Jésus-Christ, il s'était mis au-dessus de l'Ecriture sainte, tout en recoimnaudant d'étrangler la raison, cette concubine du diable. Lui qui se confiait dans la toute-puissance de l'esprit, il a été emporté par la tourmente révolutionnaire, et dans l'occasion il a conseillé
1 En 1540, il écrivait encore à sa femme : «Je mange comme un Bohémien, et je bois comme un Allemand, Dieu merci! » (Burckard, Corresp. de Luther. Leipz., 18G6, p. 357.)
* Sa succession est portée à 9,000 florins.
3 Tel que Bugenhagen, qui, en quittant le Danemarck, pouvait'dire ou disait réellement : Adieu, cher pays, tu as mon évangile, et moi j'ai Ion argent.
MORT DE LITHER. 139
de noyer le pape et sa valetaille dans la mer Tyrrhénieunc. {Œuvres de Luther, Walch, xvii, 1396, etc.)
Son attitude conservatrice, rétrograde même, date de sa rupture avec Garlstadt , Munzer et Zwingle ; mais cette attitude ne lui fit rien perdre de sou audace et de ses goûts pour la liberté. — Le plaisir qu'il prenait à la lutte venait de son âme anxieuse et colérique. L'injustice lui apparaissait partout avec l'idée de l'enfer. En face de ses adversaires, il se croyait et se disait un instrument de la vengeance divine, parfaitement connu au ciel, sur la terre et dans les enfers. Mais ces doctrines là n'ont rien de commun avec son caractère personnel ; il ne voulait point entendre parler de la doctrine luthérienne, et la confiance absolue qu'il avait ne consistait point à croire que Dieu le sauverait personnellement du danger, mais que Dieu pouvait tous les jours créer une dizaine de docteurs Martins. (Hase, Kirch.-Gesch.)
A partir de 1526, ou peut dire que Luther avait divorcé avec le monde; ce qui domine dans ses sermons et ses lettres, ce sont les gémissements et les lamentations sur le mépris où est tombé son Evangile. Nobles, bourgeois, paysans, il se plaint de tout le monde, excepté de son prince : « Je chante, disait-il, la chanson de celui dont je mange le pain. » Tous n'ont d'autre dessein, ajoutait-il, que de faire mourir de faim les ecclésiastiques, afin de ruiner l'Evangile. (Walch, Œuvres de Luther, I, 2444; III, G20.) — La popularité de Luther parmi les siens ne dura guère au delà de 1523; elle s'éteint subitement et définitivement lors de la guerre des paysans. Les princes se délectaient des fruits qu'ils avaient cueillis à l'arbre de la réforme, en s'emparaut des biens de l'Egiise ; mais Luther n'était plus l'âme du mouvement. C'était plutôt Philippe de Hesse, depuis la victoire qu'il avait remporlée sur les paysans près de Frankeuhausen, jusqu'à sa captivité (lo25-1347), puis, durant quelques années, Maurice de Saxe, dont la mort préuiaturée (1553) fut bientôt suivie de la paix religieuse d'Augsbourg. — Luther était roèuie si impopulaire en Saxe qu'il osa à peine sortir des portes de la ville. Son vieux père lui avait mandé d'Eisleben qu'il était malade et désirait voir sou fils une dernière fois. Luther lui répondit (15 février 1530) qu'il était lui-môme inquiet de cette maladie, qu'il serait sorti volontiers de cette cohue pour l'aller voir, mais que ses amis l'en avaient dissuadé, et qu'il ne devait pas tenter Dieu en faisant ce voyage : « Vous savez, poursuit-il, jusqu'à quel point les seigneurs et les paysans me sont défavorables » (une des causes de ce refroidissement est que ces derniers n'avaient point profité du pillage des biens d'Eglise). Et pour mieux expliquer sa pensée il écrit en marge, après avoir relu sa lettre : « J'irais volontiers vous voir, mais il y aurait danger pour moi à revenir. » Cette lettre, pour qui veut apprécier la situation de Luther, vaut à elle seule les volumes innombrables où il est parlé de l'enthousiasme dont il était l'objet*. Luther avouait lui-même, en 1532, qu'au fond de son cœur le peuple était encore attaché à l'ancienne religion. « Je me tiendrais fort, disait-il, avec deux ou trois sermons, de le ramener tout entier au
' Lui-même disait de ses futurs partisans : Adorabunt stercora mea.
papisme, d'établir de nouvelles messes et de nouveaux pèlerinages*. » Et il le répète plus d'une fois. Le mariage des prêtres n'était pas encore populaire non plus : « On ne voit rien de bon, rien de joyeux dans les ministres de l'Eglise. Ceux qui vivent dans le mariage sont méprisés et chassés 5. » Les juristes de Wittenberg enseignaient encore dans leurs leçons publiques que le mariage des clercs n'était pas de plein droit, que ce n'était au fond qu'un concubinage. Suivant cette maxime, les parents des prêtres ne croyaient pas que leurs enfants fussent capables d'hériter, et s'emparaient de leur héritage 3. La même perspective étant réservée à sa descendance et à sa fortune, Luther prit ses mesures en conséquence ; il adressa son testament au prince électeur, lui notifia sa volonté formelle et l'institua son exécuteur testamentaire (15'i2). L'électeur confirma le testament et déclara qu'il devrait être tenu pour valide, malgré l'absence de formalités juridiques *.
La mort surprit inopinément Luther dans sa ville natale. En avait-il quelque pressentiment en 1330, lorsqu'il craignait ou feignait de craindre de se rendre à Eislebeu, auprès de son père mourant? Appréhendait-il, lui ou ses amis, que son père n'ébranlât sa conscience et ne réveillât sa foi catholique ? — Qu'il ait eu des dangers à courir en route, on ne peut le nier; Mélanchthon lui-môme étant tombé un jour entre les mains d'étudiants qui se livraient au brigandage, avait été affreusement maltraité.
La veuve de Luther, Catherine de Bora, lui survécut environ de sept ans. Elle et ses enfants furent secourus de divers côtés; Chrétien III de Danemark lui fit une pension annuelle de 50 thalers. Pendant la guerre de Schmalcalde elle prit la fuite avec ses enfants ; mais elle revint au pays , dès que les émigrés purent rentrer : la misère l'y attendait. L'électeur n'étant plus eu état de la secourir, elle perdit sa pension du Danemark, fut réduite à emprunter et à donner ses bijoux en gage. Sa maison, louée à des pensionnaires, ne lui fournissait qu'une existence chétive. Mélanchthon et Bugenhagen s'intéressèrent en sa faveur auprès du roi Chrétien III, et cette démarche n'ayant point eu de succès, elle écrivit elle-même le 6 octobre 1550, puis le 8 janvier 1552. Sa supplique fut appuyée par Bugenhagen (11 janvier). Il paraît qu'elle fut enfin exaucée, car nous avons de son fils Jean Luther une lettre de remerciement en date du 28 janvier 1553^. La peste ayant éclaté à Wittenberg en 1552, Catherine s'enfuit à Torgau. Pendant le voyage, les chevaux s'effrayèrent et Calheriiie sauta de la voiture. Attaquée d'une violente maladie, qui dégénéra bientôt en phthisie, elle mourut dans sa maison de Torgau, le 20 décembre 1552. — Les plus beaux jours de sa vie sont certainement ceux qu'elle avait passés dans son monastère; sa fuite fut le point de départ de ses malheurs.
1 Cf. de Wette, Luthers Briefe, t. III, p.' 550. Luthers Werke, Walch, VII 913.
* Walch, XXII, 49.
8 Corpus reformatorum {Op. Melanchth., III, 366), 1537.
* Historisch-pol. B/œtter, t. LX, p. 131.
* G.-G. Rulimer, Ueber die Vermœgensumstœnde Luthers iind insbesondere seiner Wittwe. Leipz., 1791, 1 vol. in-S».
GIVRAGES DE LllIIEH. 141
Ouvrages de Luther : les deux éditions principes : 1° Wittenberf;, ouvrages allemands, 1539-1359, 12 vol. in-fol. ; ouvrages latins, 1545-1358, 7 vol. in-fol. 2° Ouvrages allemands, léna, 8 vol. in-fol. ; latins, 4 vol. in-fol., 1555-1358. ~ Supplém., 1564, 1565, 2 vol. 3° Edition d'Altenbourg, par Sagittarius, 1661, 1664, 10 vol. (ne renferme que les écrits allemands). 4» Leipzig, 1729-1740, 22 vol. in-fol. 5» Edition de Hall, par G. Walcli. Die deutscaen Schr. und die lateinischen ïihersetzt, 1740 jusqu'en 1752, 24 part. in-4o {mit einzel. Urkd. od. Stiicken aus der Reform.-Gescliichfe). 6° Luther, McU-tui, tous les ouvrages allemands, 67 t. en 4 part, avec table, publiés par J.-Georg. Plochmann et J.-E. Irraischer, Ed. etFraucf., 1826- 1857. — Luther s \Verke, in einer Auswahl , par Vent, 3 édit., 10 part. Hamb., 1844. - L. Werke, Vollst. Ausw. seiner Haupischriften ^ avec une introd. histor., des remarques et une table générale, par Othon Gerlach, 24 vol. Berl., 1840 jusqu'en 1848. — L. reformatorische Schriften, in chronol. Folge (du 31 octobre 1317 jusqu'en 1343), par Ch. Zimmermann, 4 vol. Darmst., 18 «6-1830. — Lutfieri exegetica opp. laiina, car. Christ. Tbeoph. Elsberger (Schmid et Irmischer), t. I-XXIII , Erl. et Francf., 1839-1861, t. XXVIII-XXX; Ed., 1843-1844.
Melanchthonis Opéra. Basil., 1541, 5 vol. in-fol. — Ed. Peucer, Viteb., 1562, 4 vol. in-fol. — Werke, in einer Ausw., par J,-A. Kœthe. Lpz., 1829- 1830. 6 part.
Corpor. reformatorum, éd. C.-G. Bretschneider, vol. I-XV ; éd. H. Eru. Bindseil, vol. XVI-XXVIII. En sous-titre : Philippi Melanchthonis Opéra, quœ supersunt omnia. Hall, et Braunschw., 1834-1860. Edition complète de ses écrits avec Annales vitœ et indices.
Luther s Briefe, Sendschreiben und Bedenken , publiées par de Wette. Berl., 1823-Î828, 5 part. — Dr. Mart. Luther's Briefvechsel. Mit vielen unbekannten Briefen u. nnter vorzûgl. Beriicksichtigung der vorigen Ausgabe, éd. A. -H. Burkhardt. Lpz., 1866. — M. Lufheri colloquia, meditationes, consolationes, etc., éd. Bindseil, 3 t. Detmold, 1866.
Luther's Biographien, parCochlée. Ulenberg. — Audin, Histoire de la vie, des écrits et des doctrines de Mart. Luth. Par., 1839, 5e édition. 3 vol. avec atlas, in-8o, 1845. Edit. in-12, 3 vol. 1830. — Le même, Abrégé, 3e édit. in-12, 1865. — Luther, eine Skizze, par Dœllinger. Freib., 1851.
— Die psychologische Entwicklung Luther's dargest. Luther, ein Versuch zur Lœsung eines phsycholog. Problems. [Histor.-pol. Blcetter, t. I, p. 249- 271; II, 313-329; HI, 193-204, 273-285; IV, 465-482, 659-663; VH, 170- 192.) — (Luther's Verhalten wœhrend des Bauemkrieges.)
Melanchthou, Hisforia de vita et actis Lutheri. Vit., 1546. (Vratisl., 1817.) — Uckert, Luther s Leben. Gotha, 1817, 2 vol. Pfizer, Leben Luther's. Stuttg., 1836. — Gh. Jûrgens, Luther von seiner Geburt bis zum Ablasstreit. Leipz., 1846, 1847 (1483-1317), 3 vol.
J.-Fr. Mayeri, De Catharina Lutheri conj. dissert. Hamb.,' 1698, et ailleurs. — D. Richter, Genealogia lutherorum. Berl., 1738, 1 vol. in-4o.
— C.-W.-F. Walch, IVahrhaftige Geschichte der seligen Frau Catharina von Bora. Hall, 1732. — \V. Beste, Die Geschichte Katharina's von Bora. Hall, 1843. — F. -G. Hofmann, Katharina von Bora oder Luther als Gaffe
iA'2 HISTOIRE DE L*ÉGLISE.
und Vater. — Nobbe , Der Stammbaum der Familie des Dr. M. Luther. Grimma, 1846. — Eusebii Engelhardi (E.-M. Kuen) Lucifer Witth. ou Der gûldene Morgenstern, par W. 2 part., 1747-1749.
Mort de Charles V.
En 1551, l'empereur Charles V se croyait sur le point d'opérer la réunion de l'Allemagne, lorsqu'un malheur affreux se déchaîna sur lui et sur l'empire : la trahison au dedans, renforcée par une alliance avec les Français et les Turcs. En vain essaya-t-il pendant trois ans de reconquérir à l'empire les pays de Metz, de Toul et de Verdun. Il abdiqua le pouvoir entre les mains de son frère Ferdinand, qui prit le parti des concessions (1555). Ces causes, jointes à l'affaiblissement de sa santé, décidèrent Charles- Quint à renoncer à l'empire. Quelques semaines après la conclusion de la paix religieuse d'Augsbourg, il réunit à Bruxelles les états des Pays- Bas et leur déclara sa résolution, en récapitulant l'histoire de son règne, ses succès et revers. Puis il se retira en Espagne, et passa le reste de ses jours au couvent de Saint-Just, près de Placencia, non point, comme on l'a cru autrefois , en sf désintéressant complèiement des affaires de ce monde, quoiqu'il se préparât sérieusement à la mort. Le jugement qu'a porté sur lui iSlélanchthon mérite d'être signalé. Voici ce qu'il écrivait à la fin de l'année 1558 :
Le 20 septembre de cette année 1558, Charles V, empereur romain et roi d'Espagne, après avoir accompli de grandes choses, s'est éteint en Espagne, dans un couvent où il était allé chercher le repos, et où il a passé près de deux ans dans la prière et la lecture, surtout de Bernard, qu'il aimait particulièrement.
En 1521, l'année même où il avait appelé les princes allemands à Worms, son chancelier Mercurinus, un sage et excellent homme, disait au chancelier du duc et prince électeur Frédéric de Saxe : « Les princes allemands ont bien fait de nommer Charles empereur, car il deviendra un maître sage et pieux. Or l'événement a prouvé que les paroles de cet homme ne venaient pas d'hypocrisie, mais de la vérité et d'une àme bien pensante. »
Mélanchthon résume ainsi son jugement sur les relations de l'empereur avec François l»»" et avec le pape : « Ces actes, où l'empereur a montré tant de discrétion, prouvent suffisamment qu'il était un maître sage , modéré et bienfaisant. » Célébrant ensuite l'élévation de son intelligence et la magnanimité de son courage, il fait ressortir que sou intention a toujours été de terminer les controverses religieuses par un concile universel ; puis il termine ainsi :
« J'ai voulu relever ici ces qualités de l'empereur, d'autant plus que certains historiens n'en ont point parlé (notamment le partial Sleidan, dont l'ouvrage venait de paraître). 11 avait quantité de grandes et magnifiques vertus; mais quant à lui, c'était un maître retiré en lui-même et modeste. Dans le gouvernement, il a montré une sagesse grande et élevée, Toute son histoire prouve qu'il aimait et pratiquait la justice et l'humanité.