EXTENSION RAPIDE DE LA RÊIORME
Uesse. — Dans la Prusse, qui jusque-là avait appartenu à l'ordre teutonique, Luther séduisit le grand maître de l'ordre, Albert de Brandenbourg , en lui proposant de fonder un royaume héréditaire. Albert, que l'ancien ordre de choses obligeait à la chasteté, suivit son conseil et épousa une princesse danoise. C'est ainsi que la volonté toute-puissante des souverains continuait de propager la réformation.
Les plans de Luther souriaient aux villes impériales à un autre point de vue. Ces villes aspiraient à devenir indépendantes sous le rapport religieux comme sous le rapport civil, et depuis des siècles, elles étaient continuellement en dispute avec les évêques. Leurs demandes étaient souvent légitimes et raisonnables, car les exigences des cours épiscopales, quoique fondées en droit, avaient besoin d'être restreintes ; elles le furent insensiblement. Les principes de la réforme leur ouvraient une carrière beaucoup plus vaste qu'elles n'auraient osé la rêver; tout lien religieux étant pour ainsi dire rompu, elles étaient libres de se concentrer dans leur égoïsme , et de considérer, sous tous les rapports, les prêtres comme leurs serviteurs. Plus tard, à l'occasion de la réunion des dissidents, surtout de ceux de Nuremberg, Mélanchthon déclara ouvertement qu'il s'agissait pour eux non pas de la foi et de la doctrine, mais du gouvernement et de la liberté. Dans ces villes-là , les prêtres étaient tellement sous la dépendance des autorités, qu'au lieu d'être nommés à vie, ils étaient loués pour quelques années ; encore se réservait-on de pouvoir les renvoyer plus tôt. Le terme expiré, le contrat était renouvelé pour le même laps de temps. Les villes se plaisaient à voir le clergé dans cette condition servile, et ne se doutaient point qu'il fût investi d'une mission d'en haut.
La basse noblesse trouvait également son compte dans la réforme. François de Sickingen, qui offrait depuis longtemps des secours en armes à Luther, était, de même que le fameux Ulric de Hutten et autres semblables, trop peu familiarisé avec les idées religieuses, pour comprendre les divergences qui séparaient les partis en lutte et porter un jugement impartial. Eblouis depuis longtemps par le prestige des nouveautés politiques, et voyant une partie de la noblesse rester inactive , tant à cause des changements opérés dans l'art de
la guerre que pour d'autres motifs, ils se jetèrent dans l'opposition religieuse par simple communauté de goûts, car ils ne comprenaient pas le sens et ne démêlaient pas le but de la révolution. En plusieurs endroits, en Saxe notamment, ils s'emparèrent des biens des paroisses et des églises. On le voit, les hommes absorbés dans les intérêts de la terre trouvaient dans la réforme de nombreux avantages, et cette satisfaction des appétits sensuels, en s'emparant de la pensée et du sentiment religieux, finit peu à peu par y engendrer la conviction.
§ 16. Relations des catlioliffues et des firotestants d\%lleniag^no
avant 1648.
Bien que les luthériens d'Allemagne fussent pleinement reconnus et que la paix leur eût été formellement accordée , on avait cependant ajouté une clause suivant laquelle les intérêts demeureraient séparés tant que les dissidents ne seraient pas parvenus à se réconcilier et à se réunir. Comme il est dans la nature du christianisme d'établir la communauté de vie parmi les fidèles , on ne se contenta point d'espérer que la réunion s'opérerait un jour, mais pendant tout le seizième siècle on essaya de la réaliser. Ferdinand lui-même, devenu roi des Romains après l'abdication de Charles Y, nourrissait l'espoir d'y réussir. On était convaincu qu'il suffirait d'accorder la communion du calice, le mariage des prêtres et autres choses semblables pour ramener les dissidents au sein de l'Eglise. Cette opinion, que plusieurs partagent encore de nos jours, est extrêmement superficielle.
Il y avait aussi à cette époque des hommes qui travaillaient à la réconciliation par les voies théologiques; le savant Georges Cassandre , né à Cologne en 1515, avait déjà écrit plusieurs ouvrages sur cette question, et Ferdinand I" espérait qu'il atteindrait le but. Un de ses ouvrages, où il exposait pacifiquement les points de divergence, parut sous ce titre : De articulis religionis inter catholicos et protestantes controversis ad Ferdinand. I et Max. Il consultation .
1 G. Cassauder, Colon., 1577. Ed. — H. Grotius, Lugd. B., 1642.— G. Hering, Gesch. der kirchl. Unionsversuche. Leipz., 1836-1838, 2 vol.