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LES CATHOLIQUES ET LES PROTESTANTS D ALLE3IAGNE

La réunion ne fut pas opérée , et Ferdinand mourut au moment même où l'on devait lui remettre cet écrit (26 juillet 1564). Le théologien \\^izelius se proposa le même dessein dans sa Via regia de controversiis conciliandis. Cet ouvrage, qui satisfit moins que le premier, manquait d'ordre et de clarté, et faisait de telles concessions aux deux partis, que toute différence semblait s'évanouir. Il offre cependant un grand intérêt à ceux qui veulent étudier le caractère de cette époque * .

Au commencement du dix- septième siècle, les tentatives de réunion recommencèrent avec plus de vigueur que jamais. Des colloques furent institués par des princes, notamment la conférence religieuse provoquée à Ingolstadt en 1601 par les soins du duc Maximilien. Trois jésuites et les plus remarquables d'entre les protestants y furent invités. Le résultat désiré ne fut pas obtenu. Pendant ce temps, les complications croissaient de jour en jour, et aboutirent enfin à la guerre de trente ans.

En attendant, un grand nombre de fondations et de monastères furent confisqués par des princes protestants. On implora vainement le secours du tribunal de l'empire : le nombre des assesseurs catholiques dépassait celui des assesseurs protestants, et c'en était assez pour que ses décisions ne fussent pas reconnues; comme si la justice n'avait pas été du côté des catlioliques. Le Rpservatum ecclesiasticum ne fut pas observé, et les princes protestants exigèrent que lorsqu'un évêque entrerait dans leurs rangs, son diocèse y passerait avec lui. Mais puisque c'est de l'Eglise qu'un évêque tient son ministère, comment peut-il se séparer d'elle et conserver encore sa charge? Plusieurs évêchés furent protes-

Sur Gassandre, voir l'excellente histoire des théologiens de Cologne au seizième siècle par Meuser, 6e article, Georges Cassandre, dans Dieringer, Zeitschrift fur Wissenschaft und Kunst, 1845 (t. IV, 2e année).

» Via reyina, Colon., 1564; éd. Conring, Helmst., 1650, 1 vol. in-4o. Les deux ouvrages ensemble : éd. Conring, ib., 1659. — Strobel, Beitrœge zur Reformatiomyeschichte, t. II, p. 1. — Aug. Néander, De Georg. Vicelio. Rerol., 1839. — W. Kampschulte , De G. Wicelio. Bonnae , 1856. — Dœllinger, Die Reformation, etc., t. I, Georges Wizel, p. 30-125. — Andr. Raess, Die Convertiten seit der Reformation, tome I, 1866, p. 122-184.

tantisés*. Les nombreux chapitres cathédr aux du nord de l'Allemagne étaient partie protestants et partie catholiques. Quand les protestants l'emportaient ou qu'il y avait une double élection, le choix tombait ordinairement sur quelque prince héréditaire du voisinage , qui considérait alors son évéché comme une portion de son domaine princier. Les électorats de Brandenbourg et de Saxe reçurent des évêchés ainsi annexés. Dans certains cas seulement , les catholiques parvenaient à maintenir le Reservatum; ce fut, par exemple, à Strasbourg en 1609, et avec beaucoup de peine, à Cologne, dont le siège archiépiscopal était occupé par Gebhard (depuis 1577), homme dissolu, que sa passion pour la comtesse Agnès de Mansfeld, chanoinesse de Dœnsheim, entraîna dans le protestantisme (1582) et avec lui tout le chapitre. Il passa donc aux calvinistes et voulut rendre son évêché héréditaire dans sa maison. Mais les princes luthériens refusèrent de l'appuyer, et le prince électeur du Palatinat, un calviniste, ne pouvait pas à lui seul le soutenir. Gebhard fut déposé par le pape en 1583, et toutes ses manœuvres furent en pure perte. Le chapitre nomma Ernst, prince bavarois et priiice-évêque de Liège. Gebhard rentra dans la vie privée et y mourut en 1601 , à Strasbourg 2.

Dans toutes les affaires civiles, la division tournait au détriment des catholiques. Les protestants étaient actifs et enthousiastes pour leurs intérêts. Des luthériens venaient d'arriver à Aix-la-Chapelle. A peine eurent-ils pris quelque consistance qu'ils ne voulurent plus permettre aux cathohques de pratiquer librement leur culte et se nommèrent un bourgmestre. Il en fut de même à Donauwœrth : les protestants ne voulaient pas même accorder aux catholiques le droit de citoyens. En 1606, les catholiques furent attaqués pendant la procession de la Fête-Dieu et alTreusement maltraités. Cette fois, après de nombreux avertissements, l'empereur, d'accord avec le tribunal de l'empire , prononça la mise

* Magdebourg, Hambourg, Sles\vig, Lubeck, Ratzebourg, Schwerin, Kammiu, Lebus, Havelberg, Brandenbourg, Halberstadt, Meissen, Mersebourg, Naumbourg, Verden, Minden.

2 J.-W. Barthold, Gehh. Tr. von Waldburg (dans Raumer, Histor. Taschb., 1840). — (L. Enuen, Die Reform. im Erzb. Kœhi, 1849, p. 247- 296.)

SITUATION DE l/ ALLEMAGNE. i.H?)

au ban de l'empire de Donauwœrth. Le duc de Bavière fut chargé d'exécuter la sentence, et la ville n'ayant pu payer l'amende, devint bavaroise. Cette mesure, et autres semblables, passa aux yeux des protestants pour le comble de l'injustice. La force de l'empire germanique était réduite à néant; tout y était paralysé par la discorde : il était obligé de payer un tribut annuel au sultan. Les protestants s'alliaient indistinctement à toute puissance étrangère, et plus les catholiques en souffraient, plus les protestants croyaient affermir aussi leur position. Deux alliances se formèrent en Allemagne : la ligue catholique sous le duc Maximilien de Bavière * et l'union protestante. Henri IV de France^ qui avait formé le plan d'affaibhr l'Autriche et d'anéantir l'empire germanique, stimulait les protestants. Telle fut l'origine de l'union dirigée par l'électeur du palatinat rhénan, allié à la France et à l'Angleterre^. La Ugue catholique comptait sur l'appui de l'Autriche et de l'Espagne. Mais Henri IV fut assassiné (1610) et la guerre différée pour quelques années encore.

En 1609, on arracha à l'empereur d'Autriche et au roi de Bohême, Rodolphe IP, une lettre de majesté qui accordait aux protestants le libre exercice de leur rehgion. Les protestants ayant construit deux églises sur les propriétés des catholiques, l'empereur Mathias les fit abattre (depuis 1612), Les états assemblés déclarèrent que cet ordre était une violation de la lettre de majesté et coururent aux armes. Les gouverneurs de l'empire essayèrent vainement de se justifier. Le 23 mai 1618, les conseilleurs impériaux Martiniz et Slawata, puis le secrétaire Fabricius furent précipités du haut des fenêtres du château impérial de Prague par les protestants exaspérés *. Les restes des hussites, les frères de Bohême

* K.-M. Aretin, Geschichte Maxim. 1. Passau, 1842, 2 voL — Cornélius, Zur Geschichte der Grûndung der deutschen Liga, — dans Mûnchener Historisches JaJirbuch, 1865.

* G. Hœfler, Heinrich's IV, Plan, Italien dem Hause Habsburg zu entreissen. Prag., 1831. — J. Janssen, Frankreichs Rheingeliiste und deutschfeindliche Politik in frûhern Jahrhdt. Francfort, 1861.

* Aut. Gindely, Hudolph II und seine Zeit , 1600-1612, 2 vol. Prag., 1862-1863.

* Der Fenstersturz zu Prag, dans Histor.-pol. Blœtter, t. XLIV, p. 122- 141, 285-291.

et de Moravie s'allièrent aux protestants*. Une autre insurrection éclata en Styrie , en Carinthie et autres provinces de la monarchie autrichienne 2. Un membre de l'union, le comte Ernst de Mansfeld, vola au secours des Bohémiens avec quatre mille hommes, et la couronne de Bohême fut offerte au comte palatin du Rhin, Frédéric Y, prince électeur du palatinat, Mathias mort (1619), Ferdinand II de Styrie lui succéda dans le gouvernement des Etats héréditaires d'Autriche. En Hongrie aussi (et dans la Transylvanie), les protestants se révoltèrent. Dans ces tristes conjonctures, Ferdinand n'avait d'autre appui que sa confiance en Dieu. Il trouva un secours dans la haine qui divisait les calvinistes et les luthériens.

Frédéric du Palatinat avait accepté l'offre de la couronne de Bohême surtout à Tinstigation de son prédicateur Scultetus et de sa femme Elisabeth, fille du roi Jacques d'Angleterre. Et comme il était calviniste , il fallut que la Bohême le devînt aussi ^. L'électeur de Saxe, chef des luthériens.

• Gindely, Geschichte der bœhmischen Brûder, t I-II, 1857-1858.

* Hurler, Geschichte Ferdinand's II u. seiner Eltern., t. I-II. Suhaffh., 1850-1851.

' Frédéric III da Palatinat était devenu calviniste en 1559. En 15G3, deux théologiens rédigèrent sur sa demande le fameux catéchisme de Heidelberg, qui devint le symbole religieux des réformés allemands. Sur le chapitre de l'Eucharistie, il n'y est parlé que de Tunion véritable de Jésus-Christ avec les fidèles ; la messe est traitée « d'idolâtrie abominable. » En 1 570 déjà, Louis VI du Palatinat rétablissait le luthéranisme; mais le calvinisme fut réintégré après sa mort, en 1583. A Brème, le calvinisme prévalut à la suite de mouvements populaires (1561-1568) ; mais le luthéranisme se maintint à la cathédrale. Maurice, le savant landgrave de Hesse-Gassel, passa au calvinisme en 1604, après avoir vainement tenté la réconciliation des luthériens et des calvinistes. A Anhalt, les philippistes, partisans de Mélanchthon, assurèrent le triomphe du calvinisme à partir de 1596. Dans ces sortes de changements religieux, le pays passait ordinairement avec armes et bagages dans le camp du prince du pays, dont la croyance se décidait presque toujours sur des considérations politiques. Les ministres de la parole , les prédicateurs , n'avaient d'autre alternative que de céder ou d'abdiquer. Des raisons de famille leur faisaient prendre le premier parti. Ils restaient libres, sans doute, de croire personnellement ce qu'ils voulaient, mais ils étaient tenus de prêcher la religion du priuce. L'électeur de Brandenbourg, Jean Sigismond, avait juré à son père qu'il resterait fidèle à la doctrine de Luther ; mais des raisons politiques le décidèrent eu 1613, le jour de Noël, à recevoir la cène calviniste à Berlin. Les apostats du luthéranisme conservèrent la Confession (variafa) d'Augsbourg de 1540.

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