CONTROVERSE PARMI LES PROTESTANTS
l'incohérence des doctrines. C'est dans ces conjonctures que Fauste Socin se donna à elle ; il parvint peu à peu à concilier les diverses opinions, notamment sur la personne de Jésus-Christ, et à supprimer le second baptême, revendiqué par les unitaires. A partir de ce moment, ils échangèrent leur nom contre celui de sociniens.
Depuis 1G38, cependant, ils commencèrent, même en Pologne, à être troublés dans leur repos. Privés, non sans leur propre faute, de l'école, de l'église et de l'imprimerie qu'ils possédaient à Rakan, leur principal foyer, ils furent obhgés d'émigrer. Sous la conduite de leurs chefs, ils tentèrent de se fixer en Transylvanie, où les principes unitaires avaient été propagés dès le seizième siècle par le médecin italien Blandrata, puis en Silésie, en Prusse, dans le Brandenbourg, le Palatinat et les Pays-Bas. Ils ne parvinrent à fonder quelques communautés que dans la Prusse et la Marche de Brandenbourg ; partout ailleurs leur doctrine et leurs efforts pour la répandre n'inspirèrent que de l'horreur, notamment à Mannheim, où il se croyaient déjà en sûreté. Si quelquesuns furent tolérés dans les Pays-Bas, ils n'eurent pas le droit d'y établir des communautés. La plupart passèrent insensiblement dans les communions au milieu desquelles ils vivaient dispersés, et la secte ne se maintint qu'en ïransylvannie.
Les principales sources du socinianisme sont les nombreux écrits de Fauste Socin, qui utilisa les papiers laissés par son oncle, ceux de Jean CreU, de Jonas Schlichting, de Jean- Louis Wolzogue * et de plusieurs autres 2.
§ 18. Formule de concorde. — Controverses au sein de la confession protestante.
Après de longs combats et de laborieux efforts pour réunir les protestants dans une même formule de confession dogmatique, le chancelier de l'université de Tubingue, Jacques AndresB^ crut qu'il arriverait au comble de la gloire s'il
* Leurs œuvres se trouvent dans Bibliotheca fratrum Polonorum.
* Mœhler, Symbolique, les sociniens, p. 599-621.
* J.-V. Audreae (son neveu), Fama andreana reflorescens , 1630. — Fischlin, Memor. theologor. Wirtemb. — Schnurrer, Erlœutery. d. Wùrtt.
parvenait à découvrir contre les nouveautés et en faveur de Torthodoxie une formule qui put être adoptée partout comme Tunique expression de la foi luthérienne, qui affermit la concorde sur des bases à jamais inébranlables et préservât la vraie doctrine de toute innovation future. Après de longs efforts, souvent très-douteux et qui demandaient une rare patience, il parvint enfin, aidé surtout de Chemnitz, théologien renommé de Braunschweig, à dresser la formule qu'il rêvait (1577). On l'appelle ordinairement la formule de concorde, ou livre de Bergen, à cause du couvent de ce nom situé près de Magdebourg, où ces théologiens, aidés de Sellnecker, y mirent la dernière main. Cette confession se compose de deux parties, l'une appelée Epitome, parce qu'elle résume la doctrine orthodoxe, l'autre citée communément sous le nom de Solida declaratio, et contenant le développement détaillé de la première. Cet écrit, du reste, ne fut pas adopté partout , quelque fidèle qu'il fût à l'esprit du luthéranisme primitif, ou plutôt, chose assez étonnante, précisément pour cette raison*.
^ ^ 3. Querelle antinomiste.
Agricola d'Eisleben, prédicateur de la cour de Berlin en 1540 (mort en 1566), avait, contrairement à la doctrine de Mélanchthon et de Luther, rejeté la prédication de la loi (les dix commandements), maintenue par Luther comme servant de préparation à Jésus-Christ. Agricola voulait autant que possible s'écarter de la doctrine catholique touchant la sainteté
Kirchen- Reform. u. Gelehrten-Geschichte . — J.-G.-G. Johannsen , Jakob Andreœ's concordistische Thœtigkeit, daus Zeitsch. fur historische Théo/., 1853, p. 344-415.
Le recueil des Concordes luthériennes comprend la confession d'Augsbourg et sou apologie, les articles de Schmalcalde, les deux catéchismes de Luther et la formule de concorde. Cf. Bibliotheca tlieolog. selecta (1757), I, 364. — Hutterus, dans Concordia concors, Vit., 1G14, a défendu la formule de concorde contre la Concordia discors (1607) de Hospinianus. Planck, Geschichte der Entsteh. und Verœnd. d. prot. Lehrb. (le 6e vol. roule tout entier sur ce sujet). — Anton, Geschichte der C.-Formel. Leipz., 1779, 2 vol. — Heppe, Geschichte der luther. C.-Formel u. Concordie. Marb., 1858, 2 vol. (Geschichte des deutsch. Protest., t. Ul, f.) — Dorner, Geschichte der protest. TheoL, bes. in Deutschland. Mch., 1867, p. 364.
* Mœhler, Symbolique, p. 20.
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des œuvres, aussi bien que de la loi mosaïque, qu'il confondait avec la loi morale. L'homme, selon lui, avait encore assez de force morale pour s'attacher à la vertu par pur amour pour Jésus-Christ, sans crainte de la loi ni de l'enfer. A partir de 1556, la dispute s'échauffa de plus en plus.
Un réformateur de Nuremberg, André Osiandre, s'aperçut du danger que recelait la doctrine de Luther suivant laquelle les mérites du Christ sont imputés aux fidèles d'une manière purement extérieure, et leurs péchés couverts comme d'un manteau. Il enseigna donc que Jésus-Christ habite essentiellement dans les fidèles, qu'il est notre justice et qu'il aurait pris l'humanité quand même Adam n'eût point failli *.
Osiandre, après avoir quitté Nuremberg à la suite de l'Intérim d'Augsbourg , fut placé par Albert de Prusse à la tête des affaires religieuses de ce pays. Mais quand il voulut y introduire ses idées, contraires à celles de Luther, il trouva une résistance générale , surtout parce qu'on voyait dans sa doctrine un retour à l'hérésie catholique. Il mourut en 1552. Son gendre Funck fut attaqué à la fois par les théologiens et par les états du pays à cause de l'influence qu'il exerçait sur Albert; il succomba après une longue résistance, et fut exécuté en 156(5. L'osiandrisme fut condamné comme une des grandes hérésies 2.
* J.-G. Walch, Histor. und theolog. Einleitung in die Reiigionsstreit. der evang.-luther. Kirche. léna, 1730-1739, 5 vol. — Planck, Gesch. des protest. Lehrb, vol. IV- VI. — Geschichte der protestant. Théologie von der Concordien formel bis Mitie des xviil Jahrh. Gott,, 1831. — J.-G. Schulzius, Historia antinom. Viteb., 1708. — G.-L. Witzsch , De antinomismo Âgricolœ. Vit., 1804. — A. Wewetzer, De antinom. Agricoles. Strals., 1829. — Ed. Ehvert, De antinomia Joan. Agricolœ Islebii. Turic, 183G.
Acta osiandristica. Regiomont., 1553. — J. Juncii, Wahrhaft Bericht , wie die Spaltung v. d. Gerecht. d. Glaubens sich im Laude Preussen erhoben. Kœn., 1553, in-4o. — J. Mœrlin, Historié der Osiand. Schwermerey. Braimschw., 1554. — F. -G. Baur, Inquisit. in Osiand. de justif. doctr. Tub., 1831. — J.-G. Lehnerdt, De Os. vita et doctr. Berol., 1835; Comment. de Os., 1835. — H. Wilken, Os. Lehen, Lehren und Schriften, ptirt. i. Strals., 1844. — R.-Fr. Grau, De Andreœ Osiandri doctrina commentât, Marp., 1860.
• Corpus doctrinœ Prutonicum, 1567. — Historié von Funck, ex actis publ. {Acta borussica. Kœnigsb., 1732, t. III.)
4. Divergences doctrinales des luthériens et des philippistes.
^ Entre Luther et Mélanchthon les occasions de disputes et de rivalités étaient fréquentes, mais elles l'étaient encore davantage entre leurs partisans. Déjà dans les dernières années de la vie de Luther , Mélanchthon jouissait à Wittenberg d'un crédit immense, tout en se plaignant que Luther le retînt dans un honteux esclavage {deformem). Nicolas Amsdorf ne cessait d'aiguillonner Luther contre lui. Toutefois , l'intérêt puissant qui les unissait et le caractère conciliant de Mélanchthon empêchèrent toujours les éclats publics. Luther mort, Mélanchthon se sentit soulagé. Il fut, après la guerre de Schmalcalde, le restaurateur de l'université de Wittenberg. D'autre part, il était l'ami personnel de Calvin, et dans le temps de Y Intérim de Leipzig, son dessein était de préparer les voies à une réconciliation avec l'ancienne Eglise. Mais Matthieu Flacius Illyrique se sentit appelé à sauver l'héritage de Luther. Renonçant aux fonctions qu'il occupait à Wittenberg (1549), il se rendit à Magdebourg, d'où il lança les foudres de l'excommunication contre Mélanchthon, ce déserteur de l'Eglise. Comme Magdebourg s'était prononcée contre V Intérim et avait été mise au ban de l'empire, elle devint le rendez- vous des théologiens chez qui la prédominance de Mélanchthon éveillaient des craintes pour le pur luthéranisme.
La dispute adiaphoristique se renouvela sous d'autres formes*. L'université de léna fut fondée par les fils dépossédés du prince électeur Jean (1548-1557), pour servir de citadelle au pur luthéranisme contre les Wittenbergeois. Mélanchthon mourut au milieu de ces disputes*, méconnu, l'âme profondément abattue et navrée des maux qui affligeaient l'Eghse.
* Flacii Scr. cont. Intérim et adiaphora édita. Magdb., 1550. — Wider den schnœden Teufel, d. i. wider das Intérim, durch Garolum Azariam, 1549, 1 vol. m-40.
' Mélanchthon' s Briefw. ûber die Grûndung der Univ. Jena, rassemblé par H. Weissenhorn. léna, 1848. — C.-E. Schwarz, Das erste Jahrzehent der Univers. Jena. léna, 1858. — G. Frank, Die Jenaische Théologie in ihrer geschichtl. Entwicklung. Leipz., 1858.
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