LA RÉFORME EN FRANCE
essaya de lui porter, et le protestantisme se brisa contre son énergie.
A peine la réforme avait-elle commencé en Allemagne que quelques-uns de ses partisans en France se déclarèrent sur-le-champ en sa faveur *, et en vinrent bientôt à taxer le catholicisme d'idolâtrie. On alla jusqu'à afficher un pamphlet injurieux au catholicisme contre la porte de François P^ Les images furent déchirées, les autels renversés, et de là des exécutions. — Plus tard les protestants reçurent le nom de huguenots, dénomination qui venait probablement de Tours, où l'on appelait ainsi les revenants : c'était une allusion aux assemblées nocturnes où les protestants se rendaient couverts d'un masque.
A François I", mort en 15i7, succéda Henri II, prince énervé parla débauche; les prolestants se fortifièrent sous son règne (15i7-lo59). Sous le gouvernement de son fils François II (1 559-1 i>60), l'influence des Guises, ducs de Lorraine, qui arrivèrent au timon des affaires, souleva de graves mécontentements. Le prince de Condé et son frère le roi de Navarre, chef des Bourbons, tramèrent contre le roi une conjuration à laquelle les protestants eurent une part considérable. Elle fut éventée, mais le prince de Condé ne fut pas découvert.
On songea enfin à concéder la liberté religieuse aux réformés (1563) sous diverses conditions, notamment qu'ils restitueraient les biens d'église qu'ils avaient enlevés, qu'ils n'abattraient plus les autels, etc. On leur promit aussi de les laisser définitivement en paix s'ils acceptaient la confession d'Augsbourg. Une négociation et une conférence religieuse eurent lieu à Poissy (1561). Parmi les principaux personnages, on y remaniait le cardinal de Lorraine et Théodore de Bèze. Celui-ci n'était pas favorable à la confession d'Augsbourg; il professait sur l'Eucharistie les mêmes opinions que Calvin : suivant lui Jésus-Christ était aussi éloigné de l'Eucharistie que le ciel l'est de la terre, puisqu'il est assis à la droite de Dieu. La paix ne fut pas conclue.
On s'arma de part et d'autre, et comme Charles IX, roi
' Jucobus Faber Stapulensis. Ein Beitrag zur Geschichte der Reformation in Frankreich, par K.-G. Graf, dans Histor, Zeitschrift de Niedner, 1852, p. 1-86, 165-237.
!08 FIISTOIRE DE l'ÉGLISE.
depuis 1560; sous la régence de sa mère Catlierine de Médicis, se montrait trop faible, les catholiques formèrent entre eux un triumvirat composé du connétable de Montmorency, du duc de Guise et du maréchal de Saint- André. L'Angleterre et l'Allemagne appuyèrent les huguenots. Trois guerres livrées par ces derniers se succédèrent rapidement et avec des fortunes diverses ; les huguenots finirent par succomber.
Partout où les protestants prédominaient, en Ecosse par exemple, les catholiques étaient opprimés par eux. Le même sort attendait les catholiques de France. Antoine de Navarre et sa femme Jeanne étant passés au protestantisme, le catholicisme fut aboU dans leur province, bien que la plupart des habitants désirassent conserver leur religion. Un chef des huguenots se signala surtout par ses cruautés envers les catholiques ; il en fit un jour massacrer trois mille, avec enfants et vieillards. Des gentilshommes catholiques furent assassinés au milieu d'un repas (1569), et on montre encore aujourd'hui une fontaine où deux cents prêtres furent précipités. Le chef des huguenots, Briquemaut, portait un collier formé d'oreilles coupées à des prêtres catholiques. Les huguenots envahirent un jour un couvent très-peuplé, dont ils égorgèrent tous les habitants, à l'exception d'un seul qui parvint à s'échapper, encore fut-il ramené et brûlé vif. On profana les tombeauX;, les reliques, les corps des saints. Partout où ils l'emportaient, ils effaçaient jusqu'aux derniers vestiges du cathohcisme.
Toutes ces horreurs, l'histoire les a oubhées ou dissimulées, mais il en est une qui n'a pu lui échapper, le massacre, ou, comme l'appellent les Allemands, les noces sanglantes de la Saint-Barthélémy (à cause du mariage de Marguerite, sœur du roi, avec Henri de Navarre ou le Béarnais, célébré en 1572, la nuit de la Saint-Barthélémy). Les cathohques, comme tels, n'y eurent point de part*. Aucun cardinal, aucun évêque, aucun prêtre ne trempa dans le complot du massacre des huguenots. La source première de cette vengeance politique
1 Audin, Hist. de la Saint-Barthélémy. Par., 1826. — Wachler, Die Bluthochzeit, 182G (1828). — Soldan, Frankreinh und die Bartholomœus- Nacht, dans Histor. Taschenb,, de Raumer, 1854. — W. Schûtz, Die aufgehellte Bartholomœusnacht . Leipz., 1845.