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aussi on élevait de nombreuses difficultés contre le concile ; on lui reprochait notamment d'autoriser les évoques dans certains cas à infliger la prison et l'amende, de s'opposer à ce que l'excommunication fulminée par l'Eglise put être levée par le pouvoir civil , de donner aux é vaques le pouvoir de chasser les concubines de leurs diocèses quand l'excommunication avait été infructueuse. On finit cependant par céder.
Entre les nombreux ouvrages composés sur le concile de Trente, on cite toujours en première ligne Y Histoire de Paul Sarpi de Venise , et celle du jésuite et cardinal Pallavicini. Sarpi avait eu la principale part dans la querelle de Yenise avec Rome, et avait fini par suivre une direction tout-à-fait hostile à l'Eghse. Son hvre révèle beaucoup d'art et d'inteUigence, une grande habitude de la polémique, mais il n'a qu'une faible connaissance de la marche des événements. Il met dans la bouche des Pères de Trente des discours qu'ils n'ont jamais tenus, mais qu'il eût été, lui, capable de prononcer s'il avait été à leur place. Pallavicini, qui lui opposa sa propre Histoire, est plus habile et plus spirituel. Son ouvrage est devenu classique à cause de la beauté du style et du charme de la narration. Les documents innombrables qu'il avait à son service rendent son ouvrage indispensable à ceux qui veulent étudier ce concile. Il argumente perpétuellement contre Sarpi. Le protestant Salig, autre historien du concile de Trente, n'a rien produit de nouveau. Nous avons aussi différents mémoires sur des personnages et sur des chapitres de ce concile.
§ 2. Les ordres religieux. — Les jésuites ^
L'ordre des jésuites absorba bientôt toutes les meilleures forces de l'Eglise cathohque pour les concentrer contre le protestantisme. Les jésuites sont le contre-pied direct des protestants. De là cette haine exceptionnelle qui s'est déchaînée
» Voir t. I, 41, Backer, Carayon. — Historia S. J., auct. Orlaudino (Rom. 1G15), Sacchino, Rossino, Juvencio, Cordara. Ant., 1620-1750, 6 tom. in-fol. — Histoire de la comp. de Jésus. Par., 1740, 4 tom. Historischer Ehrentempel dev Gesellschafi Jesu. Wien , 1841 , 4 tom. — R.-C. Dallas,
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contre eux et qui a subsisté jusqu'à nos jours. On trouve aussi de bonne beure dans leur organisation le contraire de ce qui se voit dans le protestantisme, qui a répudié l'unité de l'Eglise. La société de Jésus se serra étroitement autour du pape et lui voua une obéissance sans réserve. Un ordre qui voulait réagir contre le protestantisme devait nécessairement posséder plus de ressources que lui. Comme le protestantisme était soutenu par des sentiments puissants, ce nouvel ordre devait être pénétré d'une ardeur sans bornes. Dès le début, les protestants manquèrent de réflexion, de réserve, de netteté dans les vues : le nouvel ordre devait posséder et posséda réellement ces quabtés; il joignit la réflexion à la vivacité du zèle. Les représentants de ce double mouvement furent Ignace de Loyola et Jacques Lainez, l'un profondément pieux et plein d'enthousiasme, l'autre doué d'une rare intelligence ; le premier embrasé par la foi, le second possédant le génie organisateur et législatif; celui-là dominé par la vivacité du sentiment , le second par la raison et la froide réflexion.
La détresse et les nécessités pressantes de l'époque réclamaient une action vive et pénétrante, telle qu'elle fut déployée par les jésuites ; ils méritent, sous ce rapport, une reconnaissance éternelle. Plusieurs catholiques, ignorants de l'histoire, n'ont sur les jésuites que des idées tout-à-fait superficielles.
— Cependant , comme ils avaient pris à tâche de combattre le protestantisme, ils devinrent eux-mêmes exclusifs en s'appliquant uniquement à faire ressortir les points de dissidence , et en ne montrant aux protestants qu'une des faces du catholicisme*
Hist. of the Jesuits. Lond., 1816, 2 vol., avec des éclaircissements, par Korz. Dusseld., 1820, 2 vol.; append., 1821, Munich., 2e éd., Ratisb., 1852.
— Documente zur Geschichte, Beurtheilung u. Vertheidiyung der Gesellscliaft Jesu, 8 livrais. Regsb., 1841-1844. — J. Grélineau-Joly, Histoù^e religieuse, politique et littéraire de la compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et aut/ientiques, G vol., 1844-1840 (3e édit., 1851). — Geschichte der Jesuiten, par Briihi. Wûrzb., 184G. — Buss, Geschichte d. Gesellscliaft Jesu. Mainz, 1853, 2 vol.; par Dauriguac, 2 vol.
* Mœbler avait consigné dans un article son opinion sur cette matière, de même que sur la position des jésuites, sur leur histoire subséquente et leur suppression. Cet article, retrouvé après sa mort, portait cette remarque : « Je désapprouve ce travail. » (Communication du docteur Jocham à Frisingue.) De là, les quelques phrases que nous avons supprimées ici.
Le fondateur de l'ordre, Ignace de Loyola*, né en 4491, était entré au service militaire d'Espagne. Blessé grièvement au siège de Pampelune dans une expédition contre la France, et condamné à garder le lit (1521), l'ennui le porta à lire une multitude de livres auxquels il n'aurait jamais songé d'ailleurs. Autrefois, il n'avait parcouru que des romans de chevalerie ; maintenant, il lut aussi des légendes de saints et la vie de Jésus-Christ. Son imagination en fut vivement impressionnée, et il en donna des preuves en se livrant à de grandes austérités et en entreprenant le voyage de Jérusalem dans le dessein de convertir les mahométans. On le détourna de ce projet.
Comprenant du reste qu'il ne ferait rien sans une solide instruction, Ignace résolut de se perfectionner dans la connaissance des langues. A Barcelone, il étudia la grammaire avec les enfants, puis fréquenta les universités d'Alcala et de Salamanque, et s'appliqua à la philosophie et à la théologie. Nous le retrouvons à Paris en 1528. Renonçant à son patrimoine, il tâcha de convertir à ses idées quelques jeunes étudiants avec qui il logeait, et, après se les être unis par des liens étroits, conçut le projet d'établir un nouvel ordre religieux. Les premiers disciples d'Ignace furent Pierre Lefebre de Savoie, François Xavier, d'une famille noble de Navarre, Jacques Lainez, Alphonse Salméron, Nicolas Bobadilla et le Portugais Rodriguez, tous hommes de talents, parmi lesquels François Xavier fut un apôtre héroïque. Une telle société ne 'pouvait se proposer que des choses grandes et sublimes. Quant à un plan rigoureux, ils n'en avaient point encore formé. Ils se contentaient de communier ensemble et de s'adonner aux exercices de la piété. Quelque temps après ils allèrent en Italie et résolurent de travailler à la conversion des mahométans. Le but de toutes leurs courses était de rechercher le peuple des villes pour l'instruire et le corriger, et de se vouer au soulagement des pauvres. Quand ils furent bien pénétrés de leur mission, ils se rendirent à Rome, et Ignace se présenta au pape Paul III, pour le prier de confirmer leurs constitutions. Refusé d'abord, il réitéra sa demande
* Genelli, S. J., Das Leben des heil. Ignalius von Loyola, 2 vol. lunsbr., 1847. — Potthast cite quarante-quatre biographies en diverses langues.