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LES JÉSUITES

et fut exaucé en loiO. Il n'eut d'abord la permission que de réunir soixante compagnons; mais les jésuites obtinrent de si beaux résultats, qu'en 1543 ils furent libres de se multiplier à leur gré.

François Xavier se rendit à Lisbonne, puis dans les Indes, et fonda un nouveau collège à Goa, capitale des possessions portugaises. Les autres jésuites, chacun dans sa sphère, travaillèrent avec un égal succès, et à la mort de saint Ignace , en 1556, la société comptait plus de mille membres épars dans les diverses parties du monde.

Le véritable code des jésuites est consigné dans Ylnstihitum societatis Jesu, composé de quatre parties : V examen, les constitutions, les règles et les déclarations. On y joignit avec le temps les décrets des supérieurs généraux, entre autres , le plan d'études dressé sous Claude Aquaviva. Les jésuites prétendent que saint Ignace est l'auteur des règles et que Lainez n'y eut aucune part.

Le but assigné à l'ordre est de contribuer, pour la plus grande gloire de Dieu, à la propagation et à la défense de la vraie foi contre les hérétiques et les infidèles. Ce but , ou ce vœu, ne se rencontre point dans les autres ordres; les jésuites, il est vrai, ne se sont jamais comptés parmi les ordres religieux , ils ont constamment pris le noui de Société de Jésus. Ils promettaient tous, puisqu'ils étaient soumis au pape , de se charger de la mission qui leur serait confiée. Ils devaient porter généralement le costume des prêtres séculiers. Ils n'étaient pas astreints au chœur. Toute leur activité était consacrée à l'enseignement. L'individu ne pouvait rien posséder, mais seulement la communauté. La règle, et c'était là une mesure excellente, défendait d'accepter aucune récompense pour n'importe quelle fonction.

La durée du noviciat était fixée à deux ans. On exigeait que les novices fussent sains et vigoureux de corps comme d'esprit, bien conformés et pleins de talents. Les exercices spirituels, la prière, la méditation, des travaux de mémoire, l'instruction du peuple, le catéchisme, telle était la tâche ordinaire des novices. Le noviciat était suivi des études de physique, mathématiques, philosophie et théologie : les ordres sacrés n'étaient reçus qu'après une dernière année

de noviciat, après que les ordinands avaient fait les trois vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ; mais on restait toujours libre de les congédier.

La première classe des jésuites se composait des profès, qui faisaient quatre vœux {jesuitse quarti voti) ; c'est parmi eux qu'on choisissait les généraux et les premiers supérieurs. La seconde classe comprenait les coadjuteurs spirituels, les professeurs de collèges et les prêtres voués au saint ministère. La troisième renfermait les scolastiques approuvés, qui avaient fait les trois vœux simples. La plupart , après avoir achevé leurs cours et avant d'être admis, étaient employés dans l'enseignement. La quatrième classe embrassait les coadjuteurs temporels. On compte aussi des laïques dans la seconde classe, et des novices dans la quatrième.

Lesjésuitespossédaientles maisons suivantes : l^les maisons des proies, conduites par un préposé; 2° les collèges, dirigés par des recteurs; 3° les résidences, avec treize membres au plus, dépendance des collèges; 4° les missions, composées d'un petit nombre de membres, pour les pays où il n'y avait point de prêtres.

L'ordre était divisé en provinces ; les recteurs et les supérieurs étaient placés sous le provincial , lequel dépendait du général de l'ordre, qui résidait à Rome et était nommé par une assemblée générale ; il gouvernait l'ordre avec une pleine indépendance et n'était limité que par les constitutions. Tous les membres étaient reliés entre eux et se contrôlaient réciproquement. On trouve chez les jésuites un attachement incomparable pour leur ordre et pour tout ce qui est en rapport avec lui. — Les papes se sont montrés très-libéraux envers eux par les privilèges qu'ils leur ont accordés.

La Bavière leur fit de bonne heure un accueil amical. Le duc Guillaume les appela à Ingolstadt, où l'enseignement était fort arriéré. Le bienheureux Canisius y arriva de Cologne. Les jésuites y travaillèrent avec beaucoup de succès , et se signalèrent surtout par une exégèse solide. Salméron expliquait le Nouveau Testament. Ce qui manquait à leurs auditeurs, c'étaient des études préalables en philologie et en philosophie , et c'est pour y remédier qu'on fonda le collège des jésuites à Ingolstadt. Ils y furent appelés en 1549.

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Eu Autriche, la réforme avait trouvé une vogue incroyable, et peut-être n'y avait-il plus que la dixième partie de la population qui fût encore vi'aiment catholique. La faculté théologique de Vienne était assez mal composée pour n'avoir pu rédiger un catéchisme dans l'espace de vingt années. Ferdinand I" s'adressa aux jésuites, et on y envoya des hommes capables, entre autres Canisius, qui y composa son Catéchisme et sa Somme théologique. Chargé de l'administration provisoire de l'évèché de Vienne, il restaura la faculté de théologie et envoya des jésuites prêcher à travers l'Autriche. Plusieurs rentrèrent dans le giron de l'Eglise. Des collèges furent également fondés à Prague, à Breslau, à Cologne, à Anvers et ailleurs.

L'entrée des jésuites en Espagne trouva un obstacle dans la personne du célèbre dominicain Melchior Canus, et en France dans l'université de Paris. En 1361 , ils furent accueilhs en France non à titre de jésuites , mais sous le nom de Pères de Clermont. Un de leurs hommes les plus remarquables fut l'exégète Maldonat. A la fin du seizième siècle, leur position devint très-critique en France; la fièvre qui avait gagné tous les esprits, les avait jetés eux-mêmes dans le tourbillon de la ligue. Un nommé Chatel ayant attenté à la vie de Henri IV, son crime fut imputé aux jésuites , parce qu'il sortait de leur école. Un des membres les plus éminents de l'ordre, l'Espagnol Mariana, auteur du De rege et de régis institutione *, examinait dans cet écrit la question de savoir s'il était permis de tuer un tyran. Sa réponse n'était pas franchement négative^ et c'était là une faute au point de vue chrétien. Ce livre scandalisa plus d'un lecteur. Après la mort de Henri IV, qui les avait défendus contre le parlement, ils eurent une peine infmie à se maintenir en France. Le livre de Mariana fut brûlé. C'est également en France que fut préparée la ruine des jésuites. — Les membres de la société de Jésus développèrent en littérature une activité prodigieuse, et peut-être faùt-il leur attribuer plus de la moitié des ou-

^ Toleti, 1598, publié en allem. par Riedel. Darmst., 1843. — Voir l'historique de la théorie du meurtre des tyrans dans Werner : Franz Suarez, 1, 140 et suiv. — Gh. Jourdain, la Philosophie de saint Thomas d'Aquin, I, 399.

vrages catholiques composés dans la seconde moitié du seizième siècle. Rigides sur les questions de morale, ils formèrent des princes graves et sévères. Le général Lainez (1558-1565) fut remplacé par François Borgia (1566-1572), qui exhorta les siens à une grande austérité de mœurs et leur défendit de se rendre à la cour des princes, à moins d'y être expressément appelés. Il eut pour successeur Mercurian (1573-1580), puis le Napolitain Aquaviva (1581-1615), qui comptent parmi les plus grandes renommées de leur siècle. — Il est regrettable, cependant, que ce dernier ait suivi une tendance légèrement politique.

§ 3. Autres ordres religieux.

^ La société de Jésus était l'antipode du protestantisme.

D'autres ordres s'élevèrent à côté de lui qui ne poursuivirent pas directement le même but. Chez plusieurs catholiques la réforme avait fait naître cette idée que l'enseignement populaire réclamait de grandes améliorations ou du moins qu'il fallait remédier par de grandes corporations à la barbarie issue de la réforme. Ceux-là voulaient aussi combattre le protestantisme, mais en partie seulement et sans s'attaquer directement à lui.

La première de ces corporations fut celle des théatins , qui a reçu son nom de Cajetan de Thyène (mort en 154-7) et de Jean-Pierre Caraffa , évêque de Chieti (théatin d'abord , puis pape sous le titre de Paul IV). Son principal but était la réforme des mœurs. Clément YII l'approuva en 1524. Cette société avait un mode d'existence tout particulier; elle ne pouvait ni posséder des terres, ni accepter des testaments, ni demander l'aumône. Les théatins devaient attendre chez eux qu'on leur apportât des vivres. La pensée fondamentale de cette institution, c'est qu'elle ne manquerait pas de moyens de subsistance tant qu'elle serait vraiment utile. Elle n'en a jamais manqué*.

* Vies de S. Gaétan de Tiemie, instituteur des théatins , etc., par le P. de Tracy. Par., 1747. — Leben des heiligen Cajetan von Thiene , par Stephan Pepe, 2o édit. Mûnch., 1671. — J. Argote, Vida e milagros de S. Caetano Thiene. Lisboa, 1722. — G.-M. Zineili, Mcmorie storiche délia

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