SAINT FRANÇOIS XAVIER
François se rendit ensuite dans le royaume de Travancor, où sa prédication eut un égal succès. Cci royaume fut attaqué par un prince du voisinage. Xavier devait avoir une figure bien imposante, car étant parti avec les troupes et arrivé en face des soldats ennemis, le chef de ces derniers fut pris d'un tel saisissement qu'il offrit la paix. Xavier, devenu et appelé le père de la patrie, fit de nombreux prosélytes.
Sur l'île de Manaar, un de ses disciples opéra tant de conversions que plusieurs centaines de chrétiens endurèrent le martyre quand le souverain se mit à les persécuter. François alla aussi dans les îles Moluques (1545-1547), et comme il avait entendu parler d'autres îles lointaines (les îles du More) habitées par une population nombreuse et trèsféroce, il voulut également s'y rendre. On essaya de l'en détourner : Ah ! s'écria-t-il, si on savait qu'il y eût là une mine d'or et d'argent, nos marchands sauraient bien y pénétrer, et moi pour des âmes je ne hasarderais pas ma vie 1 II y alla et trouva bientôt une multitude de fidèles. Il laissait partout des missionnaires après lui. A Goa, il établit un vaste séminaire, fit rédiger des catéchismes dans la langue du pays, y laissa en partant sa biographie et les Psaumes de la pénitence, qu'il faisait chanter à la jeunesse. Ces choses se passaient entre 1542 et 1547. Il se rendit ensuite dans l'empire du Japon (1549), dont les habitants sont si sensibles aux arts et à toute espèce de bienfaits. Leur religion a beaucoup d'analogie avec celle des Chinois*, à qui ils paraissent avoir emprunté leur civilisation. On croit qu'originairement ils n'honoraient que leurs empereurs défunts et les démons. Ils voyaient dans leurs empereurs une incarnation de la divinité. On dit aussi que le trône fut toujours occupé par la même famille impériale. Leur hiérarchie est très-compliquée. Leurs prêtres portent tous le nom de bonzes. Ils ont aussi des ermites et des couvents de nonnes , où l'on fait vœu de chasteté. Quand les jésuites y arrivèrent, les mœurs étaient singulièrement déchues.
Xavier prêcha d'abord dans le royaume de Saxuma, par
* Voir sur la religion des Japonais Ph.-Fr. de Siebold, Nippon, Archiv zur Beschrcibung ro/i Japan, 3e livrais. Leydeu, 1832-1835, in-fol. -— Pfizmaier, Erklœrungen, etc. Wien, 1867.
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l'organe d'un truchement devenu chrétien. Il le fit avec succès; mais le roi lui ayant ordonné sous peine de mort, ainsi qu'à tous les chrétiens, de quitter le territoire, il se rendit à Bungo, où il opéra aussi plusieurs conversions. Il se disposait à passer en Chine et il était déjà en vue de ce pays, sur l'île Sancian, lorsqu'il fut arrêté par la mort (3 décembre 1552). Il laissa plusieurs disciples, qui appelèrent à eux un nombre de plus en plus considérable de jésuites^ en sorte que des provinces entières et jusqu'à des rois finirent par se convertir. Le jésuite Charte voix est la meilleure source à consulter sur ce point. Il y eut même quelques princes qui allèrent rendre visite au pape. Toutes les provinces leur firent un accueil empressé.
La fin, malheureusement, ne répondit pas à de si beaux débuts. On demandait un jour à un soldat espagnol comment il se faisait que son roi eût un si grand nombre de provinces? On envoie d'abord des missionnaires, répondit-il, les soldats marchent à leur suite et conquièrent le pays. Une persécution terrible allait se déchaîner. Les Hollandais, étant alors en guerre avec les Espagnols, accusèrent ceux-ci, afin d'empêcher leur commerce, d'avoir tramé une vaste conspiration contre l'empereur du Japon et tous les princes infidèles; les chrétiens en furent réduits à mourir ou à quitter le pays. Au milieu de la haine implacable qui se déchaîna alors contre le christianisme, on demanda aux Hollandais si eux-mêmes n'étaient pas chrétiens? Non, répondirent-ils, nous sommes Hollandais. Cependant, ils ne tardèrent pas eux-mêmes à être expulsés.
§ 6. Hissions des Indes.
Les Indiens possédaient un système complet de religion et croyaient à une sorte de Trinité. Or, plus le système religieux d'un peuple est développé, plus il est difficile de le remplacer par un autre. Les Indiens avaient, de plus, une multitude de formes religieuses qui semblaient se rapprocher du christianisme : de là les difficultés sans nombre qu'allaient rencontrer les missionnaires chrétiens. Depuis 1595, des jésuites se trouvaient dans le royaume de Madurée, où ils possédaient
un couvent, une église et un hôpital. Malheureusement, toutes leurs tentatives échouèrent. Un parent de Bellarmin, Robert Nobili (vers 1600), eut la pensée de renoncer aux habitudes européennes et de prendre celles d'un bramine. 11 se donna pour un sanias d'Europe (un bramine pénitent), adopta le costume et suivit entièrement le genre de vie des bramines. Comme eux , il évitait toute relation avec les parias et observait rigoureusement le régime de la séquestration. 11 reçut la visite des bramines, lia conversation avec eux et en convertit un grand nombre (d'abord soixante-dix). D'autres jésuites lui succédèrent. I^e cardinal Bellarmin disait à ce propos : « Le christianisme n'a pas besoin de travestissements; il importe beaucoup moins que les bramines se convertissent que d'annoncer avec zèle l'Evangile. Imiter l'orgueil des bramines est une chose qui répugne à l'humilité chrétienne. » Robert Nobili, qui était obligé de s'imposer des privations infinies, répondit au cardinal qu'il n'y avait pas moyen d'agir autrement, et les jésuites poursuivirent leur tâche*.
§ 7. Missions ebinoises.
François Xavier mourut sur l'île de Sancian, au moment où il allait pénétrer dans ce pays. Son plan fut adopté et continué par les jésuites. Après plusieurs tentatives des dominicains, le jésuite Matthieu Ricci parvint, en 1582, à y fonder une mission. Très- versé dans les mathématiques et dans les sciences exactes, doué d'un talent rare qui en peu de temps lui permit de s'approprier la langue du pays, il crut
* Paulini a S. Bartholomaeo India orientaUs chriniiana, Romœ, 1794 (contient entre autres des catalogues très-satisfaisants des évêques de Goa, Gochinchiue, Méliapor jusqu'au milieu du dix-huitième siècle). — Hough, The history of Christianibj m India, 4 vol, Lond., 1839. (Les trois premiers volumes décrivent avec une grande impartialité l'histoire des missions catholiques) , vient ensuite l'histoire de chacun des ordres religieux : jésuites, carmélites, dominicains, etc., qui ont évangélisé les Indes orientales. — Max MûUbauer, Gesch. der kathol. Missionen m Ostindien von der Zeit Vasco du Gama's bis zu der Mille des xviii Jahrhunderts. Mûnch., 1851. Cet excellent travail donne la liste complète des ouvrages écrits sur les missions des Indes orientales (p. 29-41). — Marshall, les Missions chrétiennes. Paris.
devoir commencer d'abord par l'emploi des moyens scientifiques. Il déploya donc les ressources de son savoir, donna aux Chinois une mappemonde, composa quelques écrits dans leur langue, gagna de plus en plus dans leur estime et prépara ainsi les voies du christianisme.
Espérant obtenir encore plus de succès, il se rendit en 1600, à Pékin, auprès de l'empereur de Chine en qualité d'ambassadeur du Portugal. Cette démarche fut décisive, et plusieurs mandarins embrassèrent le christianisme. Une femme chinoise, nommée Candide, contribua beaucoup à ses progrès. L'empereur permit de prêcher l'Evangile, et quelques églises furent construites. Ricci mourut le 11 mars
La mission fut ensuite dirigée par Jean -Adam Schall de Cologne, également distingué par sa science. Sur ces entrefaites, les Mandschus arrivèrent sur le trône (1644). L'empereur Xun-Chi accueillit favorablement le Père Schall, lui assigna des revenus et le nomma directeur d'une académie de mathématiques. Les jésuites s'étaient faits horlogers, serruriers, peintres, etc., afin de trouver accès auprès des Chinois. Cent mille environ embrassèrent le christianisme dans les années 1630 à 1654. Cependant une persécution passagère éclata dans les années 1661-1667. — Mais dès que les jésuites furent privés de la direction du calendrier, la confusion naquit et ils furent rappelés. Adam Schall*, mort le 15 août 1666 (al. 1669), eut pour successeur Ferdinand Verbiest, des Pays-Bas (1669, mort en 1688), qui sut acquérir un crédit immense. Il inventa une nouvelle espèce de canons (1681). En 1685, la France envoya les Pères J.-Fr. Gerbillon (mort en 1707), Louis Lecomte (mort en 1729) et autres hommes capables : c'était la fleur de l'érudition européenne transplantée en Chine.
Sur ces entrefaites, d'autres missionnaires avaient été en-
* Schall, Helatio de initio et progressu missionis S. J. in regno China. Vienne, 1G65; Ralisb., 1672 (en allem. avec des remarques par Mausegg. Vienne, 1834J. — A. Wcrfer, Leben des P. MaUhœus Ricci. — Leben des P. J. A. Schall; P. Ferd. Verbiest^ dans Leben ausgezeichneter Katholiken der drei letzten Jahrhunderte, publié par A. Werfer et J.-G. Schick. Schaffh., 1852-1855. — Geschichte der kathoiischen Missionen im Kaiserreich China. Wien, 1845, 2 vol.
voyés en Chine, notamment, à partir de 1633, des franciscains et des dominicains, qni entrèrent en dispute avec les jésuites à propos d(^ certaines coutumes et cérémonies que les jésuites toléraient parmi les Indiens.
Il est certain que l'antique tradition chinoise renfermait plus d'une doctrine qui pouvait servir de point de départ à l'Evangile. Ainsi, on pouvait tirer un excellent parti de la prophétie chinoise relative au Rédempteur, bien que la religion y fut mêlée à la politique, comme cela existait déjà et devait exister nécessairement dans les prophéties de l'ancienne loi. Quoi de plus frappant, par exemple, que ce passage des écrits de Confucius, enseigné dans les écoles de l'empire : « Dans tout l'empire du ciel et de la terre, il n'y a qu'un saint qui puisse comprendre, éclairer, pénétrer, savoir et suffire pour gouverner ; dont la magnanimité, l'affabiUté, la bonté contiennent tous les hommes ; dont l'énergie, le courage, la force et la constance puissent suffire pour commander; dont la pureté, la gravité, l'équité, la droiture suffisent pour attirer le respect; dont l'éloquence, la régularité, l'attention, l'exactitude suffisent pour tout discerner. Son esprit vaste et étendu est une source profonde de choses qui paraissent chacune en leur temps : vaste et étendu comme le ciel, profond comme l'abime, le peuple, quand il se montre, ne peut manquer de le respecter ; s'il parle, il n'est personne qui ne le croie ; s'il agit, il n'est personne qui ne l'applaudisse. Aussi son nom et sa gloire inonderont bientôt l'empire et se répandront jusque chez les barbares du midi et du nord , partout où les vaisseaux et les chars peuvent aborder , où les forces de l'homme peuvent pénétrer, dans tous les heux que le ciel couvre et que la terre supporte, éclairés par le soleil et la lune, fertilisés par la rosée et le brouillard. Tous les êtres qui ont du sang et qui respirent l'honoreront et l'aimeront, et l'on pourra le comparer au ciel (à Dieu). Dans l'empire du ciel et de la terre, il est seul souverainement accompli, le seul qui puisse commencer et achever le grand ouvrage du monde, poser le grand fondement du royaume, connaître la création et la conservation du ciel et de la terre. Il sera de même celui sur qui tout reposera. »
Il est certain qu'on pouvait tirer un bon parti de cette aspi-
ration antique vers un meilleur ordre de choses. L'histoire chinoise prouve que les partisans de Boudha (Fo) invoquaient avec beaucoup de succès ces anciennes prophéties. De plus, les doctrines spéculatives des sages de la Chine renfermaient plus d'un élément auquel pouvait se rattacher le dogme de la Trinité, et principalement celui de l'incarnation du Verbe. Suivant Abel Rémusat *, le Tao des Chinois correspond exactement au Logos chrétien , dont il exprime l'idée fondamentale : l'être absolu, la raison et la parole. On va même jusqu'à annoncer l'incarnation future de ce Tao, suivant ces paroles qu'on ht dans la préface mise par un empereur à un ancien ouvrage de philosophie : « Avant la naissance du saint, le Tao habite le ciel et la terre ; depuis la naissance du saint, il habite en lui. »
La morale des Chinois est remarquable par ses développements et par sa pureté ; la pensée de vouloir les gagner au christianisme par la morale chrétienne équivaudrait en profondeur à celle de nos rationalistes qui font consister la supériorité du christianisme, son caractère distinctif, dans sa morale et dans les principes généraux de la théodicée*. Toutefois, plus la morale chinoise est pure et développée, plus les Chinois doivent, sous ce rapport, se montrer accessibles au christianisme, car ils doivent sentir d'autant plus douloureusement la disproportion qui existe entre l'état des mœurs et les exigences de la morale, et éprouver le besoin irrésistii)le d'un médiateur qui les réconcihe avec Dieu et leur fournisse les moyens de se sanctifier.
On peut juger par là quelle variété d'instruction doit posséder un missionnaire qui veut agir avec succès parmi les Chinois. Il ne lui suffit point de connaître le christianisme pur et simple, il faut encore qu'il saisisse les idées chrétiennes par une vue spéculative et qu'il les puisse justifier par une dialectique vigoureuse. Dans l'Asie centrale et postérieure, il n'est guère possible d'obtenir quelque résultat passable sans une vaste culture scientifique, comme le prouvent à elles seules les plaintes lamentables des missionnaires
* Mémoires sur Laot-seu, p. 26.
' Voir des extraits d'ouvrages chinois dans Windischmann : Die Philosophie im Fortgdng d. Weltgeschichte, 1" part., p. 261, 415.
protestants, qui, ne pouvant donner aucune réponse satisfaisante aux philosophes asiatiques , sont obhgés de les fuir. Ces connaissances multiples, sans lesquelles on s'expose au mépris , les jésuites les possédaient parfaitement.
Outre' ces conditions requises pour qu'il put pénétrer en Chine, le christianisme trouvait d'autres obstacles dans la léthargie des mœurs, jointe à une mollesse dégoûtante et à un despotisme dégradant. La langue chinoise présente aussi de grandes difficultés. Très-pauvre de mots, elle possède un nombre presque infini de signes représentatifs des idées, de sorte que la vie d'un homme suffirait à peine pour apprendre seulement à les connaître. De là vient que souvent les Chinois eux-mêmes ne s'entendent pas entre eux et sont obligés dans la conversation de noter leurs pensées sur un tableau afin de pouvoir continuer leur entretien verbal. Ce caractère seul de la langue est en opposition directe avec la nature même du christianisme, qui tire ses principaux effets de la parole vivante, jaillissant du cœur, ardente et spontanée. Cette pauvreté du langage usuel , au sein d'une civihsation avancée , est de plus un signe de la stérilité intellectuelle , qui se perpétue dans une langue achevée depuis des siècles. Cette langue morte, si je puis parler ainsi, plus morte même au sein d'un peuple encore existant que la langue des Romains ne l'est parmi nous , paralyse le libre mouvement de l'esprit, qui ne peut qu'à grand'peine sortir de ses lisières; autre contradiction avec le caractère civilisateur du christianisme. Il semble que la constitution présente des Chinois, de même que leur langage, aient besoin d'être renversés par de grandes révolutions, pour qu'il soit possible au christianisme d'y exercer une action durable et profonde. Toutefois, l'œuvre des missions ne doit point cesser pour autant, et peutêtre est-il réservé au christianisme d'enfanter cette révolution et de se frayer à lui-même sa propre voie*. L'étude ^ des mœurs de la Chine répand aussi une vive
* Les leçons de Fréd. Sclilegel sur la Philosophie de l'histoire et l'ouvrage de Windiscbmann : la Philosophie dans le progrès de l'histoire (en allem.) contiennent sur la langue des Chinois et sur leur caractère une foule de recherches piquantes qu'on lira avec intérêt.
• Cette étude, après l'exemple donné par M. de Rémusat, est vivement poursuivie de nos jours.
lumière sur les graves controverses qui ont été agitées à propos des cérémonies chinoises. Nous n'avons jamais approuvé l'opinion des jésuites qui voyaient une simple coutume civile dans le culte de Confucius et dans les sacrifices offerts aux défunts. La distinction entre le civil et le religieux n'est jamais acceptable dès qu'il s'agit de l'antiquité^ et surtout de l'antiquité chinoise. L'Eghse et l'Etat, la morale et la politique s'y confondent, de même que l'empire et le sacerdoce sont concentrés dans la personne de l'empereur. L'Etat chinois est un immense patriarcat ; chaque père de famille est dans sa maison ce que l'empereur est dans tout l'empire. Aussi, quoique les cérémonies et les sacrifices n'aient lieu que dans des habitations privées, le fond n'en est pas moins religieux; selon nos propres idées, un sacrifice non religieux n'aurait point de sens. Il se peut qu'en accomplissant ces actes , les Chinois ne pensent à rien , qu'ils ne désirent et n'espèrent rien des défunts; mais cette absence de pensées prouve simplement que l'idée rehgieuse qui sert de fondement à ces actes n'a pas été développée *. A ces considérations générales on peut ajouter une foule de textes empruntés à des écrivains chinois, où les sacrifices offerts à Thian se rattachent à ceux qu'on offre pour les défunts.
Nous ajouterons encore ce qui suit : Dans le Schuking, l'empereur Schun dit à ses employés : « Qui est cehii qui pourrait présider avec moi les trois Li (les trois Li sont la prière, le jeûne et le sacrifice)? Le troisième Li, d'après les commentaires qu'on en donne, embrasse le culte tout entier, savoir, les sacrifices qu'on offre à Schang-ti, le culte des dieux et des hommes qui sont morts dans la paix. Confucius, dépeignant la vertu de quelques anciens empereurs et les offrant pour modèles, ajoute : « Par l'usage du sacrifice offert au ciel et à la terre, ils servaient Schang-ti, par l'usage du temple des ancêtres, ils offraient des sacrifices aux aïeux. Ils observaient les rites établis, exécutaient leurs chants, honoraient ce que ceux-ci tenaient en honneur, servaient les morts comme ceux-ci avaient servi les vivants. » Dans les deux cas,
* Aussi, malgré toute l'habileté avec laquelle le Père Martini a défendu à Rome l'opinion des jésuites, il n'a pas réussi à nous convaincre.
comme on le voit, le culte des morts efle culte de Schaug-ti sont unis ensemble dans un même rapport religieux.
Nous désapprouvons donc le procédé des jésuites qui voulaient d'abord tolérer ces usages, dans la supposition qu'ils tomberaient d'eux-mêmes quand le christianisme serait entré en pleine possession des esprits, et nous sommes tout-à-fait d'accord avec Abel Rémusat* lorsqu'il dit que l'espoir de voir le christianisme pénétrer en Chine dépend complètement de l'application des principes du Père Ricci. Nous devons donc féliciter les capucins, les dominicains et autres religieux qui combattirent les jésuites. — En rendant hommage à la prudence de ces derniers, l'historien ne saurait méconnaître l'esprit de piété qui animait les autres congrégations. Si les premiers comptaient beaucoup sur l'habileté humaine, ceuxci mettaient toute leur confiance dans la divine vertu de l'Evangile et dans les attraits tout-puissants de celui qui dispose des cœurs. Les jésuites, toutefois, étaient plus universels, et à la simplicité de la colombe ils unissaient la prudence du serpent.
Thian, ou ciel, est le mot dont les Chinois se servent pour désigner Dieu. Dans l'enseignement chrétien il fut remplacé par celui de Thiant-seu (qui vaut mieux que Tien-chu), souverain du ciel. Thian , ainsi que le terme équivoque de Schang-ti, n'étaient permis que dans l'usage scientifique, où ils étaient certainement inoffensifs, quoique toutes les recherches modernes favorisent cette opinion des jésuites, que les Chinois instruits n'ont jamais, à aucune époque, employé le mot Thian pour désigner le ciel matérieP.
Les controverses des jésuites avec d'autres rehgieux, qui ralentirent singulièrement l'œuvre des missions , furent soumises au tribunal de Rome, et il fut décidé, après un long examen, que les usages chinois ne devaient pas être tolérés parmi les chrétiens. En 4656, sous le pape Alexandre, l'opinion prévalut que c'étaient de pures coutumes civiles ; mais en 1684, les prêtres -de la mission (les lazaristes), après de laborieuses recherches, se rangèrent à l'avis des dominicains. Rome examina de nouveau la question, et comme elle
* Biographie universelle, t. XXXVII, p. 517.
* Mœlîler, Tubinger theol. Q.-Schrift, 1829, p. 100-108,
ne pouvait juger que sur les données qu'on lui fournissait, un docteur de Sorbonne fut envoyé en Chine pour s'assurer de la vérité. La réponse de ce délégué fut contraire aux jésuites. Un autre, Charles de Tournon, se prononça dans le même sens. x\u lieu de Thian (le ciel), il fut prescrit de dire Thian-Tschu (le Seigneur du ciel). Cette mesure fit sur les Chinois et sur l'empereur lui-même une impression fâcheuse ; on trouvait intolérable de remplacer les usages chinois par des usages européens. On s'empara de Tournon, on chassa les jésuites et persécuta les missionnaires. — Benoît XIV, après un long examen, se prononça contre les jésuites ou contre la tolérance des usages chinois. — Il restait encore, il est vrai , un nombre considérable de chrétiens en Chine ; mais, en somme, les missions étaient en décroissance *.
Les mêmes controverses furent agitées sous les mêmes légats dans les Indes orientales à propos des usages malabares. Ici encore , la solution fut contraire aux jésuites.
En Tonkin et en Cochinchine, les jésuites possédaient également, depuis 1627, d'importantes missions dirigées par Alexandre Rhodes ^. En 1639, on y comptait 82,000 chrétiens. Les jésuites s'établirent aussi àSiam. On le voit, pendant cette période, l'œuvre des missions était poussée avec ardeur dans l'Asie tout entière.
Au Japon, où l'on comptait 200,000 chrétiens , 250 églises, 13 séminaires, la première persécution violente éclata en 1587. La persécution sévit de nouveau à partir de 1596, et le christianisme fut étouffé dans le sang de ses confesseurs ^.
' M. HuC; le Christianisme en Chine, en Tartarie et au Tibet. Par., 1857-1858, 4 vol. (Le même, l'Empire chinois, 4© édit. Par., 1862.) — Marshall, les Missions chrétiennes. Par., Brag. — H. Hahn, Geschichte (1er katholischen Missionen. T. III, Kœln, 18G0, p. 177-407.
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