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LES SCIENCES THÉOLOGIQUES

Stanislas Hosius*, de l'Espagnol François Suarez^, de Vasquez et surtout de Denis Pélau, jésuite d'Orléans, né en 1583, mort en 1652, le plus savant homme de son temps. Son traité de chronologie, Ratiofiarium temporutn, est encore estimé de nos jours; ses Dogmes théologiques^^ malheureusement incomplets, ont immortalisé son nom. Pétau est le père de l'histoire des dogmes.

De grands progrès furent accomplis en exégèse. Deux nouvelles Bibles polyglottes furent publiées, l'une à Anvers (1569), l'autre à Paris (1645); la première eut pour collaborateur l'Espagnol Benoît Arias Montanus , la seconde le cardinal Duperron , pour ne citer que lui. La théorie de l'inspiration des saintes Ecritures fut présentée sous de nouveaux aspects par les jésuites Hamelius et,Lessius, professeurs à Louvain. Santés Pagninus (mort en 1541) , de Lucques, qui résidait à Lyon, rédigea une grammaire et un lexique hébraïques; le cardinal Cajetan , des commentaires sur la plupart des livres de l'Ecriture sainte. Les traductions et les remarques du Français Valable (mort en 1547), sur le Nouveau Testament, étaient encore lues presque partout dans le siècle dernier **. Le commentaire d'André Masius sur le livre de Job est un chef-d'œuvre. Le cardinal Jacques Sadolet s'occupa aussi avec succès de travaux d'exégèse ^ Le cardinal Gaspard Contarini (mort en 1542) fut un excellent commentateur des Epitres de saint Paul. — Charles Espence (mort en 1571) donna des scholies et des commentaires sur la Bible. Tous ont été surpassés par le jésuite Maldonat, né en 1533 dans l'Estramadure. Doué de cdnnaissances variées, il enseigna à Paris avec un tel éclat que la salle était trop étroite pour contenir ses nombreux auditeurs. Ses commentaires sur les quatre Evangiles sont excellents*^. Il mourut à Rome en 1583.

* Eichhorn, De)^ errAlœndische Bischof u. Card. Hosius. Mz., 1854, 2 t.

* K. Werner, Franz Suarez und die Scholastik der letzten Jaht-hunderte, 2 vol. Regsb., 1861. — Ferd. Stœckl , Geschichte der Scholastik, t. m, 1860, p. G34-G81.

* Deux éditions en ont été récemment publiées, l'une chez Vives , à Paris, l'autre chez Guérin, à Bar-le-Duc. {Note du trad.)

* Ed.-Nicol. Henry. Par., 1729 et 1745. ** Voir plus haut p. 31 et 32.

8 Publiés pour la première fois en 1596. — J.-M. Prat, Mald. et l'université de Paris au seizième siècle. Par., 1857.

On doit au jésuite Cornélius a Lapide des commentaires estimés sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament*. Ceux d'Etienne Menochius (mort en 1655) sont moins étendus. — Richard Simon passe pour un bon critique.

(Nous avons cité précédemment les historiens de cette période. )

De tous les genres d'études, aucun ne fut aussi cultivé que l'apologétique et la polémique. Erasme, Henri VIII, Emser, Priérias, Jean Eck, Albert Pighius, le cardinal Sadolet, Contarini rédigèrent des opuscules. Le Portugais Paiva d'Andrada, Alphonse de Castro, André Véga et autres grands théologiens d'Espagne, Martin Bécan, jésuite allemand, et plusieurs autres, vengèrent le concile de Trente des attaques de M. Chemnitz ; mais aucun n'a égalé le cardinal et jésuite Bellarmin, né en 1542 à Piilciano, près de Florence, mort en 1621. On loue son abnégation, son goût du travail, sa simplicité, son amour de la sohtude et sa grande indépendance de caractère. Son principal ouvrage sont les Dispiitationes de controversiis christianœ fidei, en trois volumes in-folio, où l'on trouve aussi l'exposé des contrariétés dogmatiques entre les catholiques et les sociniens.

Sur le terrain de la théologie pratique, saint Charles Borrcmée, archevêque de Milan, occupe la première place (1560-1584) 2. Son neveu, Frédéric Borromée, qui fut comme lui archevêque de Milan (1595-1631), est un des poètes les plus goûtés de l'ItaUe.

Citons enfin saint François de Sales , dont Fénelon met le style naïf avec la simplicité aimable qu'il présente au-dessus de toutes les grâces de l'esprit profane ^. Son Traité de l'amour de Dieu et son Introduction a la vie dévote^ deux ouvrages

* Melitae, 1842-1852, 10 tomes m-4o. — On connaît les éditions de Vives et de Pélagaud.

* Manuel des confesseurs, composé : 1° du prêtre sanctifié par l'administration charitable et discrète du sacrement de pénitence; 2» de la pratique des confesseurs, par S. Liguori; 3° des avertissements aux confesseurs et du traité de la confession générale de S. Léonard de Port- Maurice; 4° des instructions de S. Charles aux confesseurs; 5» des avis de S. François de Sales aux confesseurs; 6° des conseils de S. Philippe de Néri ; 7° des avis de S. François Xavier aux confesseurs, par Mgr Gaume, protonaire apostolique, 9e édition, 1 vol. in-8o, chez Gaume.

8 Citation du traducteur.

CONTROVERSES JAiNSÉiNISTES. 245

classiques, sont traduits dans la plupart des langues modernes.

En Espagne, les principaux écrivains ascétiques sont Jean de la Croix, sainte Thérèse, Louis de Grenade, Jean d'Avila, Alphonse Rodriguez *, etc.

§ il. Controverses janséniii><cs. — Miclicl ISaïus et le jésuite

llolina.

Depuis saint Augustin, divers sentiments coexistaient au sein de l'Eglise catholique sur les rapports de la grâce et du libre arbitre. Les décisions de l'Eghse étant conçues en termes très -généraux, on laissait aux théologiens la faculté de les développer et de les approfondir en restant dans les limites posées par l'Eglise. Les opinions les plus divergentes sont celles des thomistes et celles des scotistes. Les thomistes, partisans des idées de saint Augustin, tout en maintenant la liberté humaine, enseignaient sur la grâce des doctrines qui blessaient le libre arbitre. Suivant eux, il existe une grâce efficace qui opère d'une manière infaillible et détermine invinciblement la volonté (gratia per se efficax). Ceux qui admettaient la grâce ainsi entendue soutenaient que la conversion de l'homme ne dépend point de son libre assentiment à l'opération divine, mais que la grâce agit seule et infaiUiblement. C'était là, on le voit, une sorte de prédestination; car on pouvait dire de ceux qui ne s'amendaient point qu'ils étaient privés de cette grâce et n'étaient pas destinés au salut.

Leurs adversaires, les scotistes, revendiquaient tous les droits du libre arbitre ; c'étaient eux qui développaient avec

* Chacun connaît les récentes éditions de leurs œuvres. (Cit. du tvad.) — Œuvres complètes de L. de Grenade , 21 vol. in-8o. Paris, Vives. — Voir divers articles sur la littérature chrétienne et classique de l'Espagne dans Chilianeum, t. Il, 1802, par J. Schermer. Sur l'ensemble : Werner, Geschichte der apologef. und polemischen Literatur der christl. Théologie. Schaffli., 1865, t. IV. — Geschichte der kathol. Théologie in Deutschland seit dem Trienter Concil bis zur Gegenwart. Mch., 18G6. — And. Raess, Die Convertiten seit der Reformât ion, t. I-V. Freib., 1865-1868. (Cet ouvrage s'étend jusqu'en 1638.) — Notizen ijber berûhmte nachtridentinische Théologea (par Hurler?), dans le Katholik, 1863-1866, etc.

le plus de logique la doctrine de l'Eglise. Toutefois, la théorie des thomistes n'a jamais été condamnée.

Quant aux réformateurs , ils enseignaient que la vertu divine opère seule dans l'œuvre de la conversion, et que l'homme est privé de son libre arbitre. — Plusieurs catholiques , entre autres Catharin , faisaient une trop large part à la hberté humaine. Les disputes sur la grâce et la hberté, agitées au sein même de l'Eglise , se prolongèrent pendant deux siècles (1550-1750), et prirent çà et là une direction éminemment funeste et périlleuse. Le premier qui les souleva fut Michel Baius*, né en 1513, professeur à Louvain en 1550, envoyé au concile de Trente en 1563. Déjà précédemment il avait émis sur la grâce des idées qui avaient péniblement impressionné. Tapper, Ravenstein et quelques franciscains s'élevèrent contre lui. La Sorbonne, à laquelle ils envoyèrent ses propositions, les censura. De son côté Pie IV, en 1567, en condamna soixante-dix-neuf. Baïus promit par serment de les rétracter. Il exagérait tellement les conséquences de la chute d'Adam, que l'homme, selon lui, ne pouvait plus opérer aucun bien naturel, que toutes ses œuvres étaient des péchés, jusqu'aux efforts naturels qu'il faisait pour se corriger. A cette doctrine, qui prévalut pendant longtemps , les jésuites Hess et Jean Hamel opposèrent un système qui exaltait la liberté outre mesure. La dispute s'échauffa de nouveau, et en 1588 Sixte V envoya dans les Pays-Bas le nonce Frangipani. La querelle éclata bientôt en Espagne avec plus d'aigreur que jamais. Les frères prêcheurs, (entre autres Dominique Bannez), qui étaient thomistes, parlaient d'une promotion physique selon laquelle, dès que la grâce intervient comme cause, elle produit un changement nécessaire dans la volonté, absolument à la manière des agents physiques. Ici encore, il n'était pas tenu un compte

* Baji Opéra : De libero arbitrio^ De justitia, De justificatione, De sacriûciOf De mentis operum, De prima hominis justitia et de virtutibus impiorum. De sacramentis, etc. Goloniae, 169G. — Voyez l'article Baïus , par K.uhn, dans VEncyci. de la théol. cathol., édit. Gaume. — Duchêsne , Histoire du baionisme. Douai, 1731. — Conférences d'Angers sur la grâce. Par., 1789. — Fr.-X. Linseœann, Michael Bajus und die Grundlegung des Jansenismus. Tûbg., 1867. (Voir p. 10-11 les ouvrages sur la matière.)

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