LES QUATRE ARTICLES DI GALLICANISME
graves désordres, le pape voulut les supprimer. Tous les ambassadeurs y renoncèrent spontanément, à l'exception de celui de France, qui obéissait aux ordres de son maître. Louis XIV s'oublia jusqu'à blesser les règles de la bienséance et à faire occuper Avignon. Le goût de ce prince pour l'arbitraire se révéla de nouveau dans cette circonstance.
La dispute sur la régale était tout autrement importante. Pendant la vacance d'un évêcbé, Louis XIV revendiquait le droit de nommer à tous les bénéfices simples et de percevoir les revenus de cet évêché (1673-1674). Deux évêques seulement lui ayant résisté, Nicolas Pavillon d'Aletli (1637-1677) et F.-E. Caulet de Pamiers (1614-1680) *, il passa outre sans égard pour leurs réclamations. Innocent X (1676-1689), à qui ils en appelèrent, s'adressa au roi , et Louis XIV fit alors ce qu'il aurait du faire auparavant, il consulta son clergé.
Après la mort des deux évêques, il convoqua en 1682 cette célèbre assemblée du clergé français, composée de trentequatre archevêques et évêques, de trente-six ecclésiastiques du second ordre et de deux agents du clergé, qu'il sut attirer complètement dans ses intérêts et qui établit contre le pape les quatre articles des libertés gallicanes. Quatre résolutions dogmatiques furent décrétées sur les rapports du pape avec le gouvernement et le clergé, et érigées en lois d'Etat par Louis XIV. Ces articles sont ainsi conçus :
I. Le pape a reçu de Dieu sa puissance spirituelle, mais il ne peut exercer de pouvoir temporel sur les rois ; par conséquent l'autorité ecclésiastique n'a aucun pouvoir direct ni indirect sur l'Etat; le pape ne saurait délier les sujets du ser-
d'amour du prochain. Fénelon, recevant sa condamnation au moment où il allait monter en chaire, fit immédiatement lecture de la sentence qui le frappait, et dans une circulaire adressée à ses diocésains, il les exhorta à montrer la même soumission que lui.
' De lui : Ordonnances et lettres sur l'affaire de la régale , 1680. — Traité de la régale, 1681. — Relation de ce qui s'est passé, touchant la régale, dans les diocèses d'Aleth et de Pamiers, en 1681. — Observations sur les principales maximes que les défenseurs de la régale ont voulu établir, 1681, etc. — Dupin, Table des auteurs ecclésiast. du dix-septième siècle, p. 2409 et 2410.
Lettre (de Nie. Pavillon) écrite au roi, 1664, in-4o (supprimée par le parlement en 1664j. — Vie de H.-N. Pavillon, évêque d'Aleth. Saint-Hiel, 1738, 3 vol. in-12. — U. Lancelot, Relation du voyage d'Aleth, 1732, 1 vol. in-12.
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ment de fidélité. Cette doctrine est conforme à TEcriture et nécessaire à la tranquillité publique.
II. La puissance du pape n'est pas illimitée; elle doit s'exercer conformément aux décrets portés par le concile de Constance dans la quatrième et la cinquième séance, où les rapports du pape et de l'épiscopat sont réglés de telle sorte que le pape est subordonné à l'épiscopat réuni en concile.
III. L'autorité du pape est modérée par les lois existantes; il n'est donc pas au-dessus des lois de l'Eglise , il n'a point de puissance législative, il n'est que le pouvoir exécutif (caput ministeriale) de l'Eglise.
IV. Quoique le pape ait la principale part dans les questions de foi, cependant son jugement n'est pas irréformable , à moins que le consentement de l'Eglise n'intervienne.
Louis XIY ordonna que tous les docteurs en théologie s'obligeraient par serment à recevoir et enseigner ces quatre articles. Innocent XI se contenta de refuser des bulles aux prêtres qui avaient participé à cette assemblée et qui furent proposés pour des évêchés. Alexandre YIII (1689-1691) alla plus loin, et en 1691^ il annula les quatre articles. Heureusement, Louis XIV n'avait assemblé son clergé que dans un moment d'irritation. Sa colère s'était apaisée sur ces entrefaites, et il avait renoué ses relations avec Rome. Les évéques nommés par lui exprimèrent leur regret au pape de ce qui s'était passé, et Louis' XIV déclara que les professeurs de théologie et de droit canon seraient dispensés de défendre les quatre articles. Mais Louis XIV mort, le parlement les remit en pleine vigueur et ils y sont restés jusqu'à la révolution.
Les quatre articles ont été défendus par Bossuet, Ellies Dupin, Noël Alexandre, Claude Fleury, et en général par les savants et les jansénistes. — Toutefois, l'autre parti comptait aussi des hommes distingués , entre autres l'oratorien Thoinassin qui, au lieu de défendre les quatre articles, avait préféré soutenir des propositions contre le roi et ses empiétements sur les choses de la religion, et qui en écrivit à Louis XIV avec une grande franchise*.
* Litta, card., Lettres sur les quatre articles du clergé gallican, 1818. Miinster, 1844. — Die gallicanischen Freiheiten, Catholique , 1865, I, p. 385-414, 413-539, 641-672.