LES RÉFORMÉS FRANÇAIS ET LES CATHOLIQUES
§ li. Relations des réformés français avee les catholiques.
La conduite de Louis XIV envers les réformés de France fournit une preuve éloquente du peu d'égards qu'il avait pour la conscience de ses sujets. Il voulut les convertir par des dragonnades, et, en 1685, il supprima l'édit de Nantes. Au commencement du dix-huitième siècle, la guerre sévissait contre les camisards des Cévennes. Par la suppression de redit de Nantes, les réformés perdirent la liberté de leur culte, se virent privés de leurs ministres et obligés, comme on disait alors, de se marier comme des sauvages. Telle fut l'occasion de cette guerre malheureuse. Les habitants des Cévennes se soulevèrent en 1702, et une guerre restreinte, il est vrai, mais acharnée, se prolongea pendant deux ans. Les camisards se laissèrent emporter à un fanatisme effroyable . La liberté de rehgion leur fut accordée en ilOA. Le célèbre ministre Jurieu annonça pour 1715 la chute déflnitive de l'Eglise catholique. La faute de ces désastres retombe en grande partie sur Louis XIV. L'édit de Nantes fut remis en vigueur en 1788.
Au miUeu de toutes ces complications, l'attitude du clergé catholique fut généralement ce qu'elle devait être; il protesta solennellement contre les dragonnades, et il y eut même des théologiens catholiques qui firent des tentatives de réunion. Le jésuite François Véron écrivit sa célèbre Règle de la foi. Quelques théologiens catholiques ayant donné leurs opinions personnelles pour des vérités dogmatiques , les protestants attribuaient à la doctrine catholique quantité de choses qu'elle n'avait jamais enseignées. Véron essaya d'exposer succinctement ce qui appartenait à la foi et de démontrer les points contestés par les protestants. Son ouvrage est fort important, quoiqu'il n'émette souvent que des vues scolastiques. François Véron est compté parmi cette classe de théologiens qu'on appelle méthodistes, parce qu'ils emploient dans la polémique la méthode de Tertullien contre les gnostiques. La doctrine cathohque, disaient ces théologiens, a pour elle la prescription; c'est aux réformés de les convaincre par l'Ecriture qu'ils sont dans l'erreur. C'était une nouvelle forme de la
preuve traditionnelle. Un théologien plus célèbre que Véroa fut Bossuet , dont V Exposition de la doctrine catholique obtint d'immenses résultats , entre autres la conversion du fameux maréchal de Turenne. « Si les protestants, dit Bossuet dans son Histoire des variations, savaient à fond comment s'est formée leur religion, elle ne leur inspirerait que du mépris. » La doctrine du Christ, dit-il encore, est toujours semblable à elle-même. Une Eglise si inconstante avec elle, si pleine de contradictions, ne peut être la véritable. Bossuet développa cette vérité avec une érudition prodigieuse. Une dame de la cour, M""^ de Duras, procura une conférence religieuse entre lui et le ministre protestant Jean Claude. La discussion roula principalement sur l'article de l'Eglise , et fut suivie de la conversion de Marie de Duras (1678).
§ 5. Littérature gallicane.
Le plus brillant côté de l'histoire de l'Eglise gallicane fut la grande littérature théologique qu'elle enfanta pendant toute cette période. La restauration des ordres monastiques, la gravité religieuse et morale que de grands hommes avaient su inspirer aux moines dans la période précédente, l'excellente éducation que recevait le clergé dans les établissements des religieux de Saint-Maur, des oratoriens et des jésuites, dans le célèbre séminaire de Saint-Sulpice, portèrent les plus heureux fruits. L'esprit de liberté qui animait le clergé de France pouvait produire désormais d'excellents résultats, car il s'appuyait sur le droit canon et prenait sa source sur le terrain de la religion et de la morale, au lieu d'être l'effet de la légèreté du caractère. Le goût des recherches fut excité en outre par de nombreuses discussions théologiques et canoniques et par la controverse avec les protestants. Le règne de Louis XIV, si long et si prospère au dehors, donnait à la nation un essor, un sentiment de confiance qui, en favorisant le progrès des lettres et des arts, devait nécessairement exercer aussi un grand empire sur la théologie.
Il est regrettable cependant que la philosophie de Descartes n'ait pas été convenablement appréciée, qu'on n'en ait point tiré un meilleur parti pour asseoir les fondements d'une