LITTÉRATURE GALLICANE
théologie spéculalive ; les travaux du spirituel oratorien Malebranclie * ne sortaient point de la métaphysique, et les plus célèbres théologiens, Bossuet, et surtout Huet* dans ses Qupestiones alnetamv. et dans son De imbecillitate mentis humanœ, n'ont trouvé dans les œuvres de Descartes et de Spinosa qu'une occasion d'attaquer le scepticisme philosophique. Cette tactique ne pouvait que préjudicier à la théologie spéculative et à la science en général, quoique ces théologiens ne songeassent qu'à rattacher plus étroitement leurs contemporains à la révélation. L'apologie chrétienne publiée par Huet , évêque d'Avranches, sous le titre de Démonstration évangéliqxie , n'est qu'une thèse historique appuyée sur les prophéties de l'Ancien Testament et sur les miracles ; elle le cède de beaucoup en profondeur aux Pensées de Pascal. Il en est de même de l'abbé François Iloutteville^ : il ne s'occupa que de la preuve historique ; mais il faut avouer que lui et son prédécesseur lui ont donné de grands développements.
La théologie dogmatique eut aussi de nombreux et habiles promoteurs. L'oratorien Duhamel (1624-1706), Charles Vitasse*, docteur de Sorbonne, et surtout Tournély^ et Noël Alexandre sont des hommes de mérite et de réputation. Leurs écrits renferment des matériaux d'une rare solidité, des vues pénétrantes , des aperçus souvent ingénieux sur quelques dogmes particuhers. Cependant, quelques efforts qu'ils fassent pour éviter les digressions superflues de la scolastique , ils y réussissent d'autant moins qu'ils ne songent pas à répudier la méthode ardue de la scolastique. Ils confondent encore le
' Malebranche (mort en 1715), de la Recherche de la vérité, 1673; — Traité de la nature et de la grâce, 1682; — Traité de la morale, 1684. — Fénelon, Réfutation du système de Malebranche sur la nature et la grâce.
« D. Huet, né en 1630, mort en 1721 : Origeniana, 1668; — Demonsiratio evangelica, 1697, 1 vol. in-fol.; — Censura pliilosophiœ cartesianœ , 1689; — Questiones alnetanœ de concordia rationis et fidei, 1690. — Commentar. de rébus ad eum pertinentibus. Amstd., 1718 (tluetiaua, 1722); — Traité de la faiblesse de l'esprit humain, 1722. — Flottes, Etudes sur Daniel Huet. Montp., 1857. — Barach, Huet als Philosoph. Wien, 1862.
» Al.-Gl.-Fr. Houtteville, né en 1686, mort en 1742, oratorien, la Vérité de la Religion chrétienne prouvée par les faits, 1722, 1 vol. iu-4o.
* G. Vitasse , né en 1660, mort en 1716, Tractatus theologici, 4 tom. in-40. Venet., 1738.
• Toumély, mort eu 1729, Cursus theologicus. Colon., 1734,
dogme et la morale^ et n'entrent point dans certains éclaircissements qui appartiennent de préférence au droit canon. Mais ce qui leur manque surtout , c'est l'art de présenter les vérités religieuses de manière à réchauffer le sentiment et à exciter le goût des choses divines.
Les plus grands travaux furent exécutés sur le terrain de l'histoire. Richard Simon, né à Dieppe en 1638, formé par les oratoriens et oratorien lui-même, s'appliqua de préférence, dès ses plus jeunes années, aux études philosophiques et archéologiques, que les oratoriens cultivaient avec ardeur, et mit au service de ses grands talents de critique cette variété de connaissances qui ont fait de lui non-seulement un des premiers critiques des temps modernes , mais encore le fondateur d'une nouvelle exégèse biblique. Son Histoire critique du Vieux Testament (1678) et son ouvrage du même titre sur le Nouveau*, où il conduit jusqu'à son époque les recherches sur le texte et l'authenticité des livres saints, sur la valeur des versions et des commentaires, témoignent de sa perspicacité et font époque dans l'histoire de la critique. Ses nombreux adversaires, Bossuet en parti cuUer , ont rendu ses exagérations inoffensives. Il mourut en 1712. — Son confrère Houbigant a suivi la même direction ^.
L'herméneutique a été cultivée par le bénédictin Martianay, l'excellent éditeur des œuvres de saint Jérôme (1702)^, par Calmet*, abbé des bénédictins de Senones en Lorraine (1722), par Yillefroy *, etc. Nous devons aussi à Calmet des commentaires très-estimés sur l'Ancien et le Nouveau Testament.
Nous avons déjà cité ailleurs les travaux des Français sur
1 On lui doit aussi : Histoire critique des versions du Nouv. Testam.; — Histoire critique des principaux commentateurs du Nouv. Testam. — V. Bossuet, Défense de la tradition et des saints Pères. — Graf, Rich. Simon. Strasb., 1847.
« H.-Fr. Houbigant, né en 1686, mort en 1783, Bible hébraïque, 1753, 4 vol. in-fol.
« J. Martianay, né en 1647, mort en 1717.
* August. Calmet, né en 1672, mort en 1757 : Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, 23 vol. in-4o; — Dictionnaire historique, critique et chronologique de la Bible, 2 vol. in-fol.; — Histoire ecclésiast. et civile de Lorraine, 4 vol.; — Comment, sur la règle de saint Benoit, etc.
» Guill. de Villefroy, né en 1690, mort en 1777, exégète.