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schweig consulta la faculté théologique de Helmstaedt , ainsi que Thomasius et Fabricius , sur la question de savoir si un catholique pouvait être sauvé. Tous, quoique sous des formes diverses, répondirent affirmativement. Jean Fabricius accompagna sa réponse de réflexions qui trahissaient sur l'Eglise catholique des vues infiniment plus modérées que celles qui avaient régné jusque-là parmi ses coreligionnaires.
Un autre sentiment qui se fit jour chez plusieurs souverains protestants^ c'est qu'ils avaient eu tort de quitter l'EgUse catholique. Le landgrave Ernest de Hesse^ en 1652, le duc Frédéric de Braunschweig, qui régnait sur le Hanovre, l'année précédente, Frédéric- Auguste , électeur de Saxe, en 1697, Alexandre de Wurtemberg, en 1712, firent à l'Eglise la joie de rentrer dans son sein, et plusieurs d'entre eux eurent la satisfaction de voir leurs familles imiter leur exemple.
D'une autre part les catholiques eurent la douleur de voir les vieux restes de la doctrine hussite et luthérienne se propager de nouveau dans le pays de Salzbourg. Ses partisans, hommes grossiers, mécontents de leur condition sociale et imbus d'idées révolutionnaires, étaient presque tous occupés aux travaux des mines. Sous le comte Firmien, archevêque de Salzbourg, on les obligea enfin d'émigrer, et à partir de 1730, vingt mille s'y déterminèrent spontanément. Le corps des évangéliques s'étant plaint de ces mesures et ayant menacé d'user de représailles envers les catholiques disséminés parmi les protestants, l'archevêque répondit avec raison que ces catholiques étaient des hommes paisibles et qu'on n'avait rien de semblable à attendre d'eux (1727-1744) *.
A l'intérieur, nous serons longtemps sans rien découvrir qui réjouisse le regard. Sans doute, l'esprit religieux et catholique se conservait pur et intact, mais nul grand mouvement dans la vie publique ou dans la culture scientifique ne lui imprimait un élan vigoureux. Les études théologiques se
* Die Auswanderung der Salzburger Bauern in den Jahren 1731, dans Histor. -polit. Blœiter, t. XXXV, 473-469; environ 26,000 luthériens émigrèrent, p. 481. — De Caspari, Aktenmœss. Geschichte der Salzburger Emigration, aus dem Latein. von Huber. Salzb., 1790. — Zauner et Gœrtner, Chronik v. Salzburg, t. X, 1821, p. 20-399. — L. Clarus, Die Auswanderung der protestantisch-gesinnten Salzburger in den Jahren 1731 u, 1732. iQUsb., 1864.
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poursuivaient sous des formes pédantesques, somnolentes, étroites; plusieurs prêtres capables et amis du progrès étaient renvoyés des établissements et des séminaires, ou, quand ils réunissaient l'esprit , le talent et le zèle, ils travaillaient d'une manière moitié comique et moitié sérieuse, comme Abraham de Sainte-Claire à Vienne*, pendant que les chaires de la France étaient occupées par Bossuet, Bourdaloue et Massillon. Les chapitres catbédraux, que les anciennes familles nobles occupaient invariablement et impitoyablement de leurs enfants, se complaisaient dans une inaction accompagnée souvent d'une immoralité révoltante, et passaient leur temps à ourdir de vulgaires intrigues dans les élections épiscopales*. Les évêques, princes de l'empire, abandonnaient l'administration des affaires ecclésiastiques à leurs coadjuteurs et aux consistoires, sans s'occuper sérieusement des intérêts religieux.
Ce fut l'Autriche , sous l'excellente Marie - Thérèse , qui donna la première impulsion à une étude plus solide et plus vivante de la théologie. En 1752, l'archevêque de Vienne, Trautson, établit un règlement plein de sagesse, et déclara qu'il ne conférerait plus désormais les ordres à quiconque ne pourrait pas hre l'Ecriture sainte en hébreu et en grec. La même année, un décret impérial sur l'amélioration des études fut adressé aux piaristes '. Un plan d'études théologiques plus vaste encore fut dressé en 1774, en vertu d'un mandat d'en haut, par un homme de mérite, Rautenstrauch, abbé de Braunau, et introduit par le gouvernement dans toutes les facultés théologiques *.
* Le récent ouvrage de Th. -G. v. Karajan, Abraham a sancta Clara, Wien, 1867, montre Abraham sous un jour beaucoup plus favorable.
* Cf. Der deutsche Adel in den hohen Erz-und Dom-Kapiteln [der Adel in der Kirche), dans Histor. -polit, Blœtter, t. XLIII, p. 653-676, 745-768, 837-858. — Quand on examine en détail les choses et les personnes, on trouve, dans les derniers temps de l'empire germanique, de même que dans le siècle de la réforme, des hommes de talent aussi bien parmi l'épiscopat que parmi les membres de la noblesse qui faisaient partie des chapitres, des hommes qui se sont distingués par leurs œuvres de bienfaisance et par leurs fondations pieuses, quelques savants même qu'une sorte de modestie et de timidité a empêchés de paraître comme auteurs.
* Toutes ces mesures sévères furent neutralisées par la force d'inertie. ^ Rautenstrauch (né en 1731, mort en 1785) était déjà tellement imbu
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De cette époque date la méthode actuelle d'enseigner la théologie avec toutes les disciplines qui s'y rattachent ; c'est la première fois notamment que l'histoire de l'Eglise fait partie des études de faculté, et qu'elle est recommandée avec autant de simplicité que de piété et d'intelhgence.
Au milieu de ces réformes , qui ne tardèrent pas à se répandre partout;, un grand mouvement se préparait contre la constitution et l'administration de l'Eglise, et allait bientôt envahir toutes les sphères de la vie religieuse *. Si la civilisation générale de l'Europe avait été longtemps entravée dans sa course par la barbarie des guerres religieuses, elle avait aussi beaucoup gagné depuis quelque temps dans le choc des idées contraires, et marchait d'un pas rapide*. Les
des idées joséphistes, que son travail était privé de toute chaleur religieuse, de tout sentinaent. Après la suppression des jésuites, il fut chargé de rédiger un nouveau plan d'études théologiques. Il était dit en tète que ce qu'il fallait enseigner, « c'était le bien de l'Etat et non des disputes d'écoles et des subtilités scolastiques; ce qui est profitable aux âmes et par conséquent à l'Etat. » Le dogme était enseigné avec une négligence préméditée, et la troisième année seulement. Plus tard, en 1785 et 1788^ sous Joseph II, les études théologiques furent réduites à quatre ans, et même à trois; l'enseignement du dogme fut encore plus restreint; on introduisit le droit naturel comme base des études théologiques. Les leçons d'histoire ecclésiastique étaient données à la Faculté de droit d'après le protestant Schrœckh , et les théologiens étaient tenus d'y assister. Menzel lui-même avoue {Neue Geschichte der Deutschen, 12 a, 530) que « ces institutions portaient le cachet du mercantilisme; on cherchait, ici comme partout, à obtenir le plus de marchandise ou de travail avec le moins d'argent possible. » — R. Kink, Geschichte der Universitœi in Wien, 1854, I, p. 571-573. — Ign. Beidtel, Untersuchungen ûber die kirchlicheyi Zustœnde in den k. k. œsterr. Staaten, 1740-1790. Wien, 1849. — (J. V. Lonovics), Der Josephinismus und die kaiserl. Verordnungen vom 18 April 1850. Wien, 1851. — Die Kirche in Oesterreich einst und jetzt nach dem Concordat vom 5 Oct. 1855), dans Histor. -polit. Blœtter , t. XXXYII, p. 345-372, 490-506, 705-736, 803-830, 915-945, 1033-1059, 1175-1194 (par Strodl). — Ritter, Joseph II u. s. kirchl. Reform, Regsb., 1867. — A. Arneth , Maria Theresia's erste Regiemngsjahre , 3 tom. Wien, 1863-1865. — A. Arneth, Maria Theresia und Joseph IL Ihre Correspondenz sammt Briefen Joseph's an seinen Bruder Leopold, 3 vol. Wien, 1866-1867. — Article Vienne, dans VEncyclop. the'oL, édit. Gaume.
* Fr.-Ant. Staudenmaier, Zum religiœsen Frieden der Zukunft (odcr der Protestantismus in seinem Wesen und seiner Entwicklung), 2 vol. Freib., 1846.
* C'est indubitablement la France qui fut, pendant cette époque (1750- 1800), le porte-drapeau de cette civilisation européenne. En 1789, quand la révolution n'était encore qu'à ses débuts, les Allemands les plus pacifiques et les plus hommes de bien poussaient des cris de joie; le grand
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arts et les sciences s'élevèrent à un haut degré; les Etats perfectionnèrent leur législation, la barbarie et l'arbitraire aveugle perdirent notablement de leur force et de leur autorité
Quand la réforme eut éclaté à Vienne en 1581, à Cologne en 1582, à Lucerne en Suisse en 1586, les nonces apostoliques reçurent l'ordre de défendre les intérêts de l'Eglise contre les dangers qui les menaçaient ; ils ne tardèrent pas à exercer les droits réservés au pape, tels que dispenses, etc., et à s'attribuer la solution de questions juridiques, qui en soi dépendent de la juridiction épiscopale. Le dix •■ septième siècle vit naître aussi les facultés quinquennales, qui autorisaient les évêques à exercer certains droits sous forme de privilèges particuliers, entre autres celui de dispenser du degré de parenté aux troisième et quatrième degrés
Le premier signal de l'opposition fut donné par M. de Hontheim, coadjuteur de l'évêque de Trêves, qui s'était déjà signalé par de solides recherches historiques et s'était rattaché aux théologiens catholiques d'Allemagne adonnés aux études savantes, tels que le bénédictin Petz, le jésuite Galles, etc. Famiher avec les travaux des théologiens français , Bossuet , Noël Alexandre , Fleury, tous épris des principes du gallicanisme, il pubha en 1763, sous le pseudonyme Fébronius, son livre De statu Ecclesix^, et, armé de toutes les ressources historiques, il introduisit en Allemagne le système épiscopal établi dans une Eglise voisine. Ce docte ouvrage , abstraction faite de sa forme peu systématique , péchait par de graves défauts ; on n'y démêlait point ce coup d'œil histo-
barde Klopstock, ainsi que F.-L. Stolberg et plusieurs autres, saisirent la lyre en son honneur et en tirèrent les plus gracieux accents. Mais dès que le sang coula par torrents, la lyre devint muette. Une civilisation qui s'écarte du christianisme et de l'Eglise , ou qui aspire à une perfection plus haute, se précipite nécessairement dans la barbarie.
J Justini Febronii De statu Ecclesiœ et de légitima potestate romani pontificis liber si?igularis ad reuniendos dissidentes in religione christianos compositus. Bullioni, 1763, 1 vol. in-4o. — Contre lui : Zaccaria, Antifebronio. Pisauri, 1767, 4 vol. in-S». — Antifebronius vindicatus. Caesen., 1768, 4 vol. in-S». — P. Balle rini , De potestate ecclesiastica summorum pontificum et conciliorum generalium liber, una cum vindiciis auctoritatis pontificiœ contra opus Just. Febronii. Veron., 1768, 1 vol. in-4'>.
rique profond qui pénètre l'esprit d'une époque, explique le particulier par le général, apprécie les lois et les constitutions des peuples pour leurs besoins respectifs. Nicolas Hontheim était dominé par cette idée mécanique qu'il existe pour le pape et les évêques une catégorie d'attributions nettement déterminées et qui s'adaptent à toutes les civilisations. Selon lui, la constitution qui avait régi l'Eglise jusqu'au cinquième siècle était une règle applicable à toutes les époques ; les changements survenus dans la suite n'étaient que les effets du hasard ou de l'empiétement des papes. De là l'influence considérable qu'il attribuait aux décrétâtes pseudoisidoriennes ; il s'en servait pour expliquer le rôle de la papauté au moyen-âge, sans éprouver le besoin d'en constater la valeur historique.
Un tel procédé devait nécessairement donner un caractère odieux à la papauté, malgré les sérieux efforts de Hontheim pour la représenter comme une institution divine. Cette assertion antihistorique , que l'action de la papauté ne s'est exercée pendant un si grand nombre de siècles qu'à coup d'usurpations et n'a eu que de funestes résultats, devait agir beaucoup plus efficacement sur les esprits qu'une démonstration abstraite de son origine divine. Au surplus , l'étroitesse de son point de vue historique devait le pousser beaucoup plus loin encore , par exemple , à soutenir que les évêques avaient besoin d'être approuvés par les métropolitains, ce qui, dans les temps actuels, eût entraîné la ruine complète de l'EgUse. En revanche, il ne donnait aucune borne à la puissance épiscopale (il lui accordait le droit absolu de faire des lois et d'en dispenser), bien qu'elle ait toujours été restreinte soit par un collège de prêtres, soit par le lien métropolitain, soit par d'autres institutions. En accordant à chaque évêque ce qu'il refusait au pape, les privilèges d'un monarque absolu , non-seulement il se mettait en contradiction radicale avec tout son système, mais il faisait de chaque diocèse une Eglise distincte, et, autant qu'd était en lui, le détachait de l'Eglise universelle, ce qui était contraire à l'esprit de l'Eghse, laquelle n'envisage le particulier que dans le général et veut qu'il agisse en harmonie avec lui. 11 préparait les voies à un ordre de choses où chaque évêque ne subsistant que pour
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lui-même , serait bientôt incapable de maintenir l'indépendance ecclésiastique en face de l'Etat. L'histoire de l'Ej^^dise gallicane aurait dû lui servir de leçon. Si la puissance pontificale était une restriction de la puissance des évêques, elle expliquait mieux sa raison d'être et lui donnait plus de force. Honlheim oubliait ce dernier point et ne voyait que le premier ; et c'est là qu'on peut ramener toutes ses erreurs
Les principes de ïlontheim passèrent dans la plupart des traités de droit canon ; ils furent principalement adoptés, avec tout ce qu'ils renfermaient de vrai j de louche ou d'erroné, en Autriche , là même où étaient en crédit Rautenstrauch , les deux Riegger, et principalement Eybel , auteur des deux écrits : Qu'est-ce que le pape? Qu'est-ce que l'évéque? Pehem et d'autres encore. A ^\^urzbourg, Barthel traita le même sujet d'après les principes de Hontheim. De l'école, ces principes passèrent bientôt dans la pratique, et il ne servit de rien que Hontheim fût accusé à Rome et prié par son archevêque, Wenceslas Clément, d'envoyer au pape une sorte de rétractation. Ses bévues historiques furent réfutées, souvent d'une manière excellente et avec beaucoup de solidité, par plusieurs savants d'Italie , Zaccharia, les frères Ballerini et Mamachi.
Ces principes étaient surtout défendus avec enthousiasme par l'empereur Joseph II qui, en 1780, avait succédé à sa mère Marie-Thérèse. Il décida qu'à l'avenir toutes les affaires ecclésiastiques seraient vidées dans l'empire d'Autriche, défendit les recours à Rome et invita les évêques à user d'un pouvoir illimité en matière de dispenses ; personne ne devait plus s'adresser aux papes pour les dispenses de mariages. Les bulles et les brefs seraient soumis à l'approbation de l'autorité civile, qui la refusa aux deux bulles In cœna Domini et Unigenitus, quoique rendues depuis longtemps. Une mesure très-importante fut celle qui rompait les liens des religieux avec leurs provinciaux et leurs généraux vivant à l'étranger, pour les replacer sous la surveillance et la juridiction épiscopale.
Après avoir soulevé des problèmes qui attaquaient si profondément la nature de la constitution et du gouvernement de l'Eglise, on fit un pas de plus, et regardant autour de soi
si Ton ne ti'ouverait plus rien à réformer, on s'arrêta au droit d'existence des religieux. Cette question, mise à l'ordre du jour, fut également résolue par Joseph II , quoique d'une manière imparfaite. Déjà quelques années auparavant, les religieux avaient été voués aux sarcasmes du public, notamment dans un compendieux ouvrage où l'histoire est réduite en carricatures, les Ordres monastiques y publiés à Paris, et soi-disant à Berlin, sous le voile de l'anonyme. Il fut suivi de Trop est trop, édité à Haag. On ne fit point attention aux réponses, quoique excellentes et bien écrites, de quelques bénédictins de Saint-Maur. En Allemagne, les ordres religieux furent attaqués par Théodore Ries, conseiller scolaire à Mayence (1771-1781), et par d'autres encore. L'opinion pubUque, ébranlée par tant d'assauts, finit par se déclarer contre eux et le manifesta en plus d'une occasion. Ceux qui se croyaient les plus modérés dans leurs jugements invoquaient le principe d'utilité, principe évidemment trop superficiel , car il méconnaît la liberté des individus, et n'apercevant aucune œuvre palpable, il traite de fainéantise les obscurs et silencieux efforts de la vertu; sa conséquence logique est de détruire précisément ce qu'il y a de plus élevé.
Joseph II, qui ne s'élevait point lui-même au-dessus de ce
préjugé , décida que pendant douze ans les couvents ne
recevraient plus aucun novice. Ce terme devait être prolongé jusqu'à révocation. Il fut suivi d'une nouvelle ordonnance qui supprimait tous les ordres contemplatifs, chartreux, camaldules, et, un peu plus tard, les dominicains et les franciscains des deux sexes, sauf d'insignifiantes exceptions. Les ordres tolérés se consacrèrent au saint ministère, à l'instruction ou au soin des malades, soit en vertu de leur vocation première, soit en suite de nouvelles ordonnances. Qu'il y ait eu des droits lésés, malgré les pensions promises, cela se comprend de soi. Mais nous devons reconnaître aussi que les biens confisqués servirent à établir une caisse religieuse, à fonder des évêchés, un grand nombre de paroisses et d'écoles, qui contribuèrent puissamment au progrès de la religion, des mœurs et de la civihsation. Les couvents riches non supprimés furent astreints à fonder des écoles dans leurs