CONVERSION DES PEUPLES DU NORD DE L*EUROPE
conversion répugnait au caractère de saint Othon , et s'il y recourut c'est parce qu'il y trouvait le moyen de se faire au moins entendre des Poméraniens. Durant les trente jours qu'il prêcha dans l'importante ville de Piritz, environ sept mille Poméraniens se convertirent. Ses succès ne furent pas moins heureux dans la ville de Camin. A Julin, au contraire, riche et opulente ville commerciale, renversée par un tremblement de terre, il courut les plus grands dangers et échoua complètement. Tout ce qu'il put obtenir fut cette triste promesse de suivre l'exemple de Stettin, d'accepter l'Evangile, si cette ville, la plus ancienne de la Poméranie, l'acceptait. Othon se rendit donc à Stettin et y prêcha pendant deux mois. S'il n'obtint que de faibles résultats, la ville consentit cependant à se déclarer chrétienne, sous la condition qu'Othon obtiendrait du roi de Pologne, Boleslaw 111, une diminution d'impôts. Nul doute aussi qu'Othon eût déjà donné à entendre que si les Poméraniens se montraient revêches au christianisme, les Polonais marcheraient contre eux. Toutefois, c'était principalement l'affabihté, la douceur, la générosité d'Othon qui avaient touché le cœur des habitants de Stettin. Ceux de Julin tinrent parole et suivirent l'exemple de Stettin.
Cinq ans après, en 1129, Othon retourna en Poméranie pour y constater les progrès de son œuvre. Quelle ne fut pas sa désolation quand il vit qu'un grand nombre avaient déserté le christianisme et se vautraient dans toutes les infamies païennes ! Cela n'était pas étrange , assurément ; on ne peut espérer qu'un pays se convertisse si vite et si solidement. Othon veilla seulement à ce que le christianisme continuât d'être prêché en Poméranie et fût la seule religion publiquement adoptée, renvoyant à plus tard la véritable conversion, celle des cœurs.
Othon voulait encore se rendre chez les Rugiens, mais tout le monde l'en détourna en lui représentant que les habitants de cette île étaient trop farouches pour qu'un pareil dessein réussit. Ce fut le roi de Danemark, Waldemar, qui se chargea de les convertir à sa manière*.
' Estrup, Bischof Absalon von Roeskilde, dans Zeitschr, fur historische
A la fm de la période précédente , le paganisme comptait encore parmi les siens les Obotrites , les Slaves de la Marche de Brandebourg et les pays limitrophes. Lorsqu'en H48 saint Bernard alla prêcher une croisade en Allemagne, plusieurs princes de ce pays^ ainsi que les rois de Suède et de Danemark^ se croisèrent ; mais au lieu d'aller à Jérusalem, ils marchèrent contre les Obotrites-Slaves (1148), croyant ainsi accomplir leur vœu. Tels furent notamment l'archevêque de Hambourg, Henri le Lion, Albert l'Ours, et les rois de Suède et de Danemark. Malheureusement la discorde se glissa parmi ces croisés, et ils ne réussirent pas mieux que ceux qui avaient pris la route de Jérusalem. Ils furent même battus, et le prince des Obotrites, Nicklo, détruisit Liibeck et saccagea le Holstein. — Albert l'Ours, margrave de Brandebourg, entreprit alors de convertir les habitants de la Havel (les Havelliens). Il y procéda l'épée au poing, et anéantit la plus grande partie des Slaves. Il appela ensuite dans ce pays dévasté, des habitants des bords du Rhin , de la Hollande , du Seeland et de la Flandre , et les Havelliens se virent ainsi presque entièrement remplacés par des Allemands*.
A partir de 1152, Henri II le Lion trouva à propos de faire, lui aussi, une expédition analogue contre les Obotrites et autres tribus de même race. Le moine prémontré Yicelin est la seule figure rassurante que nous rencontrions alors. Henri convertit à la façon d'Albert, et prit les mêmes moyens que lui pour remplacer la population anéantie. Et
Théologie, 1832. — Mûnter, Kirchengeschichte von Dœnemark , t. II, i, p. 320; part, il (Lfiipz., 1831), p. 781-793.
^ E. Giesebreclit , Wendische Geschichten aus d. J. 780-1182, 3 vol. — Berlin, 1843. - - Jahrhûcher des Vereins fur mecklenburgische Geschichte und Alterthumskunde, publié par G.-C.-J. Li^cli, 183G-18G5. Schwerin, 30 vol. (Source abondante pour l'bistoire ecclésiastique du nord de l'Allemagne en général, avec 3 vol. de tables.) — F. Boll , Ueber^ die Verlegung des Uisthums von Mecklenburg nach Schwerin. Neubrandb., 1864.
Helmoldus, presb. Bosoviensis (sur le Plœuer-Sée) , mort vers 1147, Chronicon S/avorum, sive Annules SI. (a Carolo Maguo, 1170), ap. Leibnilz, Scriptores rcrum brunsuicar., II, p. 537-751. — {Helmolds Geschichte der Slaven, trad. par J.-C.-M. Laurent. Berl., 1852.) — Arnoldus Lubecensis, mort en 1212, Chronica Slavoruni, 1171-1209, ap. Leibnitz , loc. cit., p. 537. — Die Chronik Arnolds von Lûbeck , iibers von Laurent. Berlin, 1833 (sur les deux, voir Lappenberg, Pertz, Histor. Archiv, VI, p. 554-584).
CONVERSION DES PEUPLES DU NORD DE i/eUROPE. 303
voilà coDiment les Slaves , ou plutôt les pays occupés par les Slaves, furent initiés au christianisme. Cela est infiniment déplorable, mais c'est un fait. A partir de là, il y eut constamment parmi les Obotrites et dans la Marche des évêchés, dont les uns furent nouvellement établis, et dont les autres, d'origine ancienne, avaient été détruits par les Obotrites*.