Conversions opérées parmi les peuples de la race finnoise
et lettienne.
Cette race comprenait les Finnois , les Esthoniens , les CourlandaiSy les Semigalles, les Lithuaniens et les Prussiens. Les Suédois, qui venaient d'embrasser le christianisme, s'occupèrent bientôt à le faire pénétrer chez leurs voisins, les Finnois. Mais ils ne surent pas convertir autrement qu'ils avaient été convertis eux-mêmes. En 1156, Eric, roi de Suède, ne laissa aux Finnois d'autre alternative que de se faire chrétiens ou de s'entendre déclarer la guerre. Les Finnois, qui n'avaient aucune notion du christianisme, refusèrent d'y adhérer. Les Suédois tinrent parole, défirent leurs adversaires dans une grande bataille et introduisirent parmi eux le christianisme; les Finnois leur restèrent désormais assujétis, et leur pays fut entièrement incorporé à la Suède. Un évêché fut fondé à Ràndàmâki et transféré plus tard à Aboé', où Ton établit une sorte d'université. A mesure que les Suédois étendaient leur puissance vers le nord, le christianisme s'y insinuait dans la même proportion, ou, pour mieux dire, certaines coutumes chrétiennes s'y établissaient; car durant des siècles il n'en fut pas autrement parmi les
* Gams , articles : Halberstadt , Hamburg-Bremen , Havelberg , Lûbeck. Oldenburg, Magdeburg, Meissen, Merseburg, Naumburg-Zeitz, Obotriten, Quedlinburg , Ratzeburg, Schleswig, Schvjerin, Verden, Vicelin , dans VEncijclop. théol., édit. Gaume.
'Le premier évèqae, Heiurich, fui martyrisé vers 1157; le second, Rodolphe, fut assassiné dans la Coiirlande en 1178; le neuvième, Magniis, transféra le siège épiscopal à Aboé, vers 1300.
M. Puuli Juusten , episc. quondam Aboensis, Chronicon episcopovum finlandensium, annotât, et apparatu rnonumentoruni illustrât. — Prop. H. -G. Porthen. Aboœ , 1799, in-4o, p. 812. — Fr. Rûbs , Geschichte v. Schweden. Halle, 1803, tom. I, p. 146, Erich der Heilige. — E.-G. Geijer, Geschichte Schwedens, tom. L Hamb., 1832, p. 139, Kœnig Erirh der Heilige. — Al g. -A. Scarin, De sancto Henrico, Fe7inorum aposlolo. Aboae, 1737, in-4o.
Lapons. Quant on dit qu'ils étaient devenus chrétiens, cela signifie qu'ils avaient adopté certaines cérémonies chrétiennes.
On trouverait difficilement dans toute l'histoire de la conversion du nord quelque chose de plus affligeant que les moyens employés pour convertir les Livoniens*, puis après eux, les Esthoniens, et les Lettons. A partir de 1187 environ,Meinhard de Segebert, chanoine régulier de saint Augustin, travailla avec prudence et beaucoup de succès parmi les Livoniens. Pour que ce peuple, placé à un degré très-inférieur de civilisation, fît un meilleur accueil à sa parole, il le
* La Livonie ne fut découverte qu'en II08. Henrici Letti, Origines Livoniœ sacrœ et profanœ, seu Chronicon (jusqu'en 1227) cum notis, éd. J.-D. Grûber. Francof., 1740. — Thomas Hiaern , Monumenta Livoniœ antiquœ. — Balthasar Rûssow, Chronica der Provintz Lyfflandt. Barth., 1584. — L'évêché de Livonie, dont le titre de fondation est perdu, doit remonter au delà de 1191. 11 s'appelait autrefois Episcop. Ixscolanensis (d'Yxkûll). Meinhard fut approuvé de Rome en 1188; l'évêché d'Ykeskola fut placé sous la dépendance de Hambourg. En 1190, Meinhard devint évêque de toute la Livonie. Il mourut en 119o, accablé de fatigues et de vieillesse. Tous les convertis apostasièrent, et Berthold dut revenir. Les païens livonais s'insurgèrent contre les chrétiens d'Allemagne, et Berthold périt dans cette lutte. Albert de Buxhœwden fut le fondateur de l'Eglise de Livonie. « Dans les conjectures les plus critiques, il apparut comme le sauveur et l'ange tutélaire de l'Eglise de Duna, élevant son bras dominateur contre le Nord , et imprimant pour des siècles les traces de son génie créateur sur les pays de la Baltique. Tout le zèle, toute la flamme religieuse du moyen-àge s'était concentrée en lui , et il y joignait cette vigueur et cette promptitude d'action que la vie célibataire communique d'ordinaire aux fortes natures. » (Ainsi s'exprime le protestant Schlœzer dans son Livland und die Anfœnge deutschen Lebens im baltisdien Norden. Berl., 1850, p. 61.) Le grand pape Innocent III prêcha la croisade le 5 octobre 1199, pour venir en aide aux chrétiens opprimés sur les plages de la Duna. Sans ce secours armé, tous seraient péris. (Hurter, Innocent III, und s. Zeit, t. I, p. 323-320; II, 368-371; IV, 349, 350.) Albert transféra l'évêché à Riga, fondé en 1201. « Presque chaque anuée, Albert parcourait l'Allemagne pour prêcher la croisade dans tous les villages, sur toutes les routes et dans tous les établissements pieux, pour faire des conquêtes et inspirer l'enthousiasme en faveur de son Eglise.» Eu 1206, selon le chroniqueur Henri, tous les Livoniens et la plupart des Lettons étaient baptisés. Il ne s'agissait plus que de défendre ces colonies allemandes, qu'on russifie de nos jours, contre les attaques des Russes et des Lithuaniens. — Fondé en 1224, l'évêché de Dorpat eut pour premier évêque Hormau, frère d'Albert de Riga. On avait fondé précédemment celui de Reval, à l'ouest de l'Esthonie, et en 1218 celui de Semgallen. Le grand évêque Albert mourut le 17 janv. 1229. Sept ans plus tard, Riga fut érigé en archevêché. — Jacobson , Die Metropoliianverbindung Riga's mit den Bist/duncrn Preussens. Leip., 1836.
CONVERSION DES PEUPLES DU NORD DE l'eUROPE. 305
familiarisa avec l'agriculture, avec les institutions civiles, etc., dont l'expérience révéla bientôt les avantages. C'est ainsi qu'il gagna leur affection et en convertit un grand nombre. Ce genre de conversion, lent de sa nature, n'en était que plus solide. Cette lenteur, malheureusement, ne contenta pas les successeurs du bon Meinhard,etvers 1198, le moine Berthold de Loccum , qui travailla parmi les Livonais et ensuite parmi les Esthoniens , entreprenait une croisade contre ceux qu'il prétendait convertir. Plusieurs avaient résisté au christianisme et commis par ignorance plus d'un acte de barbarie contre les choses chrétiennes. Il fallait prévenir le retour de ces inconvénients et hâter l'œuvre des conversions. A l'abbé de Loccum succéda Albrecht, chanoine de Hambourg , puis évêque de Livonie (Meinhard et l'abbé de Loccum l'avaient été également), qui fit de fréquents voyages en Allemagne et à Rome, et prêcha des croisades contre les habitants du nord non encore chrétiens. Depuis ce moment, nous rencontrons çà et là des scènes que nous n'avons vraiment pas le courage de regarder. Assaillis par les Danois et les Allemands il arrivait souvent que les Livonais, les Esthoniens et les Lettons, après avoir été baptisés , se dirigeaient vers la Duna ou tout autre fleuve, pour s'y laver du baptême qu'on leur avait imposé. L'Allemand , le Danois , le Suédois étaient persuadé en outre que si un habitant de ces pays avait été converti par un Allemand, un Danois ou un Suédois, il était soumis à la domination de l'un de ces peuples. Il est vrai aussi que les Allemands et les Suédois réduisaient en esclavage ces différents peuples et ne leur laissaient pas même la liberté civile. C'était là assurément un bien triste spectacle. L'Eglise, sans pouvoir réprimer tout -à- fait cet acharnement aveugle des belligérants, ne laissa pas d'y porter quelque remède. Ainsi le légat du pape Guillaume, évêque de Modène , apparut dans ces contrées comme un ange consolateur. Il est regrettable seulement que ses ordres aient été si incomplètement remphs. L'empereur Frédéric II pubha une constitution en vertu de laquelle tout Livonais, Esthonien, Courlandais ou Prussien (car les Prussiens y sont déjà nommés) serait considéré comme un hbre citoyen de l'empire s'il embrassait Ubrement le christianisme et ne le combattait point par les