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DE LA RÉFORME A LA RÉVOLUTION

(Jean-Angelo Braschi), élu le 15 février 1775, cardinal depuis le Î6 arril 1773 seulement.

Les premières années de son règne furent signalées par le dessèchement des marais Pontins. — Du reste, son pontificat ne fut qu'une suite de malheurs pour l'Eglise et de souffrances pour lui, terminés par sou enlèvement de Rome, sa captivité et sa mort, survenue pendant sou exil à Valence (29 août 1799).

§ 2. Depuis la reforme j)usc|ti'à la révolution.

Le protestantisme était une apostasie, une rupture violente avec l'Eglise. Cette rupture ne se restreignit pas aux pays protestants. La réformalion est la base essentielle et le point de départ des temps nouveaux, et l'époque actuelle n'en est que le développement naturel et non encore achevé. La réformation a commencé et poursuivi sou œuvre , d'une part parmi des peuples séparés de l'Eglise , et d'autre part parmi des peuples attachés à elle au moins par des liens extérieurs. Il suit de là, non pas que les catholiques soient devenus protestants sans savoir où ni comment, mais que l'esprit du protestantisme , dans sa forme multiple, s'est aussi propagé parmi les nations catholiques.

On le sait, c'est à travers de rudes combats que la nouvelle croyance protestante s'est frayé la voie, qu'elle est arrivée à une doctrine arrêtée et à une forme définitive. Par cela même que les peuples s'écartèrent ou furent privés de leurs doctrines et de leurs pratiques traditionnelles, la nouvelle Eglise manquait d'une base solide, d'un roc où elle pût s'appuyer. Le pape et les évoques déposés, les chrétiens transformés , en principe du moins, en sacerdoce général, il s'agissait de savoir qui l'on mettrait à la place du pape et des évêques, qui serait le chef de la nouvelle société, qui conduirait le gouvernail et protégerait le vaisseau contre les écueils. Privée d'abord d'une direction et d'un gouvernement précis^ la nouvelle Eglise risquait de tomber aux mains des fanatiques. Les réforuiateurs euxmêmes insistaient pour que toute l'autorité spirituelle fût dévolue aux princes séculiers.

Ces princes s'étaient chargés en grande partie de l'œuvre de la réforme. Par la douceur ou par la violence , c'étaient eux qui avaient procuré à leurs sujets « la pure parole de- Dieu et fermé la bouche à quiconque refusait d'annoncer leur Evangile. » Ce furent eux également qui restèrent les maîtres de la nouvelle Eglise. Et comme ils accusaient l'ancienne de faire consister la sainteté dans les œuvres extérieures, les protestants invoquèrent surtout la suffisance de la foi. Cependant le doute ne devait pas tarder à se faire jour à propos des articles de foi établis par MM les chefs de l'Eglise protestante. Cette foi étant destituée de sa véritable base , et n'étant pas un dou de Dieu, puisqu'elle était communiquée par les diverses Eglises, il lui fut impossible, même dans l'origine, de jeter des racines profondes. Déjà Luther et ses plus chauds adhérents avaient été vivement attaqués sur le principe même de leur foi; il en devait être de même

pour leurs successeurs. Il est vrai que des cii'constances extérieures , la nécessité de croire à quelque chose, même quand on est séparé de l'Eglise, l'attrait invincible du cœur humain vers une puissance supérieure, soutinrent pendant quelque temps le protestantisme. Les peuples atteignent toujours plus lentement que les individus le terme de la carrière qu'ils poursuivent. Ceux qui vivent séparés de l'Eglise peuvent quelquefois, en retenant fidèlement quelques débris de leur ancienne croyance , conserver plus longtemps la foi, produire même des fruits plus abondants qu'un peuple qui, ayant conservé intacte la substance de son dogme et n'ayant pas rompu extérieurement avec l'Eglise, a étouffé dans son âme ce qui constitue l'essence et la vie de la foi. La France catholique, au temps de la révolution, était beaucoup moins chrétienne et partant plus inhumaine que ne l'étaient à la même époque l'Angleterre prolestante et les Etats libres de l'Amérique du Nord nouvellement fondés.

Tôt ou tard, cependant, par le progrès naturel de son développement, une croyance détachée de l'Eglise et non reconnue par elle, qui n'admettait d'autre source que l'Ecriture , devait de toute nécessité perdre sa vitalité et s'affaiblir graduellement. La controverse sur les articles fondamentaux ou accessoires de la foi chrétienne allait emporter peu à peu les vérités mêmes qui forment la substance du christianisme.

La prédominance du rationalisme au dix-huitième siècle, le règne d'une civilisation frivole dans les contrées protestantes marquèrent les débuts d'une nouvelle phase intellectuelle. Eu face d'un supranaturalisme raide et desséché, qui ne s'appuyait que sur la Bible, ce rationalisme, prêché du haut des chaires de l'enseignement par Semler et consorts, et transmis par leurs élèves au peuple comme un nouvel aliment de la foi, ce rationalisme avait sa raison d'être.

En 1788, il trouva une barrière dans l'édit de religion (ou édit de Wœllner), rendu par le roi Guillaume II et son ministre Wœllner. Au point de vue de l'Etat, surveillant et protecteur de la foi, cette lutte pouvait être justifiée et même commandée. D'autre part, la « libre pensée » avait raison quand elle invoquait la libre recherche dans la Bible comme un « principe » et un « droit » fondamental du protestantisme. Si cette libre recherche avait pour résultat de ruiner à peu près tout ce qui était établi dans les livres symboliques des protestants comme appartenant à la doctrine chrétienne, on pouvait remédier à ce mal au moyen de l'interprétation scientifique, mais non avec les principes du protestantisme, qui avait établi, dès son origine, le droit primordial et essentiel de la libre recherche, et qui, sans l'usage de ce droit, eût été altéré dans sa substance même.

Quand le rationalisme eut envahi toutes les chaires de l'enseignement et attiré dans son parti les plus hauts dignitaires de l'Eglise et de TEtat, le peuple fidèle dut nécessairement marcher dans la même ornière. Vers la fin du dix-huitième siècle, l'incrédulité, ou plutôt la croyance aux vérités qui ne sont pas rigoureusement chrétiennes, était passablement répandue. Les orthodoxes, traités de piétistes, de pacifiques, d'arriérés, n'étaient plus l'Eglise, c'étaient des sectaires, des séparatistes. « Au dix-

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