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LE RATIONALISME. 30P

huitième siècle, dit Ranke dans ses nouveaux livres sur l'histoire de Prusse, on suivit une direction étrangère au christianisme réel et positif, jusqu'à ce que l'irréligion eût envahi l'Etat et qu'un grand peuple en fût venu à prier dans le temple de la Raison. Mais le monde ne pouvait pas vivre hors de l'éléuieut divin; le dix-neuvième siècle revint aux sources de vie où s'étaient abreuvés les siècles précédents, il retourna aux confessious religieuses qui avaient déterminé une fois pour toutes les formes de la religion positive. »

Mais ce retour aux doctrines positives, dans les pays catholiques comme dans les pays protestants, ne pouvait être imposé d'office ; il devait être spontané, et voilà pourquoi les efforts de Guillaume II produisirent le contraire de ce qu'il en espérait. « Guillaume II et ses ministres, dit un protestant*, se virent dans la nécessité de faire des tentatives pour réveiller la foi éteinte dans l'Eglise évangélique ; cet essai ne fit qu'enhardir les libres penseurs et convaincre le monde que celui qui pense semer la foi à coup d'édits et d'ordonnances de police ignore ce qu'est la foi et ne l'u point lui-même. Tous ces efforts de l'Etat chrétien et de son grand pontife, le souverain temporel, aboutirent à un résultat opposé. Les forces vivifiantes et conservatrices étaient ailleurs. A l'école du malheur, où princes et peuples furent envoyés, on vit se vérifier la justesse de ce proverbe : Nécessité apprend à prier ; de plus, l'incrédulité sans frein a^tpelait son contraire, la foi. D'une part, l'invasion de l'athéisme donna un temps de relâche au rationalisme, et de l'autre, l'excès d'incrédulité ramena les esprits à la foi. Les contraires s'appelaient et se tenaient mutuellement en éveil. Le rationalisme, qui occupait le milieu et restait à moitié chemin, était vaincu par deux ennemis décidés. Il avait fini, du reste, par se réduire à quelques lieux communs de religion naturelle : existence de Dieu, père de tous les hommes, qu'il enveloppe tous d'un même amour. Providence, immortalité de l'âme, vie future où les hommes se reconnaîtront , soit qu'ils habitent on ne sait quel séjour éthéré, où ils seront reçus comme des enfants entre les bras d'un père amoureux, soit qu'ils émigrent d'étoiles en étoiles et de soleils en soleils.

« Les catholiques sont enclins à considérer l'histoire de l'épuisement et de l'énervation du christianisme comme une suite des principes de la réforme , tandis que les protestants ne voient là qu'un phénomène lié au protestantisme d'une manière purement fortuite. La vraie cause de l'afîaibhssement du christianisme, selon eux, ne réside point dans la nature du protestantisme, mais dans la triste destinée de notre race qui, altérant les plus purs dons de Dieu par sa propre perversité, les empoisonne et les étouffe partout où elle le peut. Cette réponse, les catholiques s'en montrent beaucoup

' Eilers, Zur Beurtheilung des Ministeriums Eichhorn, von einem Mitgliede desselben.

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