‹ Histoire de l'EgliseChapitre 191 sur 253 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ 1*'. La révolution française au point de vue religieux >.

La révolution française a amené dans l'Eglise les changements les plus considérables : elle fait époque en histoire religieuse comme en histoire politique. Ce grand événement, préparé depuis longues années, ne fut point une apparition

* Collection ecclésiastique (par l'ahbé Barruel). Paris, 1791-1793, 14 vol. iii-8°. — Barruel, Histoire du clergé pendant la révolution française. Mùnst., 1794, 2 vol. — Mémoires pour servir à l'histoire de la persécution française, recuillis par les ordres de Pie VI, par l'abbé d'Hesmivy d'Auribeau. Rom., 1794-1795, 2 vol. in-8". — Collectio brevium atque instructionum Pli VI, quœ ad prœsentes (gallic. Eccles.) calamitates pertinent,

2 vol. Aug. Yind., 1796. {Vollstœndige Sammlung aller Briefe, Unterrichte, Gewaltertheilungen und Verhandlungen unsers heil. Vafers Pius VI in Betreff der franzœs. Religions-Umwœlzung . Nach der rœmischen Ausgabe ûbersetzt , par D.-A. Guilleaume. Mûnst., 1797, 2 vol. — Aug. Theiner, Documents inédits relatifs aux affaires religieuses de la France, 1790-1800, extraits des archives secrètes du Vatican. Paris , 1858 , 2 vol. in-S». — Aimé Guillon, les Martyrs de la foi, 4 vol. in-8o. — Carron, les Confesseurs de la foi dans l'Eglise gallicane pendant la révolution, 4 t. Par., 1821. (Le même, eu allemand, avec des additions, par Raess et Weiss, 1822-1825.) — De Maistre, Considérations sur la France, 1796. — Thiers, Histoire de la révolution française. Paris, 1825. — Lamartine, Histoire des Girondins, 8 tom. Par., 1847, — Ed. Arnd , Geschichte der franz. Révolution von 1789-1799. Braunschw., 1851, 6 vol. — Albert du Boys, des Principes de la révolution française co7isidérés comme principes générateurs du socialisme et du communisme. Lyon, 1851. — (Moutlosier, de la Monarchie française, t. IV, p. 280. — Bouald, du Divorce au dixhuitième siècle, 1818.) — Gingenès, ou Lyon en 1793, par Ed. Badon, 1847.

— Barante , Histoire de la Convention nationale, 6 vol., 1851-1853. — Le même. Histoire du Directoire de la république française, 3 vol., 1855.

— Granier de Gassagnac, Histoire du Directoire, 3 vol., 1851-1864. — Le même. Histoire des causes de la révolution fratiçaise, 2» édit. Par., 1856,

3 vol. — Le même, Histoire des Girondins et des massacres de septembre,

lA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 319

soudaine et imprévue ; il fut provoqué soit par la mauvaise administration des finances, soit par l'immoralité profonde qui, descendue des régions du trône, avait envahi toutes les classes de la société , soit par l'esprit irréligieux qui avait sa source dans la démoralisation et qui faisait d'immenses progrès. L'incrédulité s'attaquait tantôt à toutes les religions en général, comme dans Helvétius, l'auteur du Système de la nature, dans le marquis d'Argens et Diderot; tantôt contre le christianisme, comme dans Voltaire, qui nuisit surtout par le sarcasme, et dans Rousseau, qui, dans ses Confessions du vicaire savoyard, prêcha la religion naturelle. Cette dernière aberration avait été importée d'Angleterre en France par Shaftesbury et consorts.

Tous ces ennemis du christianisme n'avaient qu'une même devise : Ecrasez l'infâme !

Quant aux effets immédiats de la révolution politique sur l'Eglise, ils consistent : 1° en ce que la chute de la royauté permit aux vieux ennemis de l'Eghse de se déchaîner sans honte ni vergogne, et plaça l'Eglise de France dans un état de servitude et de persécution ; 2° le clergé, destitué de son rôle politique, ne forma plus en France un des trois ordres du royaume, de même qu'en Allemagne il n'y eut plus de princes évêques dès que les suites de la révolution s'y propagèrent. L'importance sociale du clergé étant le résultat de ses grandes propriétés foncières, la perte de celles-ci devait nécessairement entraîner la perte de celle-là; en d'autres

1860, 2 vol. — Jager, Histoire de l'Eglise de France pendant la révolution, 3 vol., 1852 (étonnemment pauvre), ne contient guère que des extraits du Moniteur. — Gains, Geschichte der franzœs. Kirche wœhrend der Révolution, dans le Dictionn. encycl. de la the'ol. cath., t. IX, 251-289. — Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiast. du dix-huitième siècle, 3e édit., t. VI. Par., 1856 (1790-1795); t. VII, Par., 1857 (1796-1800). — GeschicJde der Revolutionszeit von 1789-1795, par H. Sybel. Dûsseld., 1861, 3 vol. — Histoire de la Terreur, 1792-1794, d'après des documents autlœntiques et inédits, par M. Mortimer-Ternaux. Par., 1861-1863, 3 vol. in-8o. — Le couvent des Carmes et l'ancien séminaire Saint-Sulpice pendant la Terreur, par Alex. Sorel. Par., 1863. — Histoire de la société française pendant la révolution, par Edm. et Jules de Concourt, 3^ édit. Par., 1864. -- {Pendant le Direct., par les mêmes, 1864.) — Etude sur M^^ Roland et son temps, par C.-A. Dauban. Par., 1864. (Outre une multitude d'écrits sur les personnes et les faits de la révolution , sur son histoire dans les provinces.)

termes, l'Eglise, ou plutôt ses chefs, fut restreinte au seul domaine spirituel. Appuyée pendant des siècles sur la puissance séculière, elle ne pouvait plus désormais se maintenir que par Tautorité morale et la force intrinsèque qui lui est inhérente. Si les besoins des temps antérieurs, si la rudesse et la barbarie du moyen-âge avaient exigé que l'EgUse se matérialisât en quelque sorte , afni de pouvoir se soutenir et remphr sa mission, on comprend que dans une époque où la civilisation générale est plus avancée, elle ne trouve plus aucun secours ni dans son importance politique, ni dans sa position au sein de l'Etat, ni dans l'abondance de ses richesses. Le développement de son esprit, l'expansion de ses forces morales et de ses richesses intellectuelles peuvent seules asseoir son autorité. Au moyen-âge , il fallait repousser la force physique, la violence brutale; le dogme, du moins à parler d'une manière générale, ne courait alors aucun péril; tandis qu'aux époques de culture intellectuelle, c'est justement contre le dogme que les attaques sont dirigées , et ces attaques , nulle puissance matérielle ne les peut comprimer.

A ce point de vue, le grand changement qui va se produire dans l'Eglise ne paraît nullement compromettant ; les dangers viendront d'une tout autre direction. Cette révolution semble plutôt un bienfait, en ce qu'elle concentre dans l'Eglise les soins que les chefs ecclésiastiques avaient dû, sous le régime féodal, consacrer aux affaires civiles*. En échange des fiefs qu'elle recevait de l'Etat, l'Eglise du moyen-âge, seule en possession du savoir, lui donnait en fiefs ses plus belles richesses intellectuelles. Ces richesses, le moment était venu pour l'Eglise de les posséder dans toute leur étendue; l'Etat n'ayant plus besoin du secours du clergé, pouvait y renoncer et par conséquent reprendre ce qui était à lui. De plus, c'est un instinct profondément enraciné dans les meilleurs chrétiens que la pompe mondaine, l'autorité princière, sient mal à des ecclésiastiques et sont indignes d'un prédicateur de la mortification et de la vie en Dieu ; que leur condition sociale au moyen-âge ne peut s'excuser que par les pressantes nécessités de ce temps. Cette mondanité des chefs ecclésiastiques

* Le cardinal Pacca tient le même langage dans ses Mémoires sur sou séjour en Allemagne.

servait souvent de prétexte aux incrédules pour lancer contre l'Eglise les plus mordantes satires , bien que dans leur bouche un tel langage soit absurde et n'appartienne qu'aux vrais croyants. Ajoutons qu'en fait la spoliation des biens d'Eglise eut lieu d'une façon vraiment incroyable ; les hommes bien pensants auraient cru blesser leur conscience s'ils avaient arraché à l'Eglise une propriété légitimement acquise et possédée pendant des siècles. La Providence se servit de l'incrédulité française , comme elle aurait pu faire des conquérants et des despotes, pour accomplir de grands desseins. Une des occasions extérieures qu'elle y employa fut la détresse financière du gouvernement, et la collation, souvent indécente, l'accumulation dans une seule main d'une multitude de canonicats, de prieurés et autres bénéfices concédés à des cadets de familles nobles à titre de sinécures. Ces abus, aux yeux d'un grand nombre, constituaient un droit parfaitement légitime. Des raisons vraiment juridiques, on n'en a\ait point ; aussi toute l'éloquence et la sophistique d'un Dupont, d'un Garât et d'un Mirabeau, qui dans l'assemblée constituante s'élevèrent contre les biens du clergé, pâlissaient devant l'éloquence de tels abus. La décision prise sur les biens d'Eglise ne pouvait se justifier qu'au point de vue de ceux qui voient dans l'histoire du monde le jugement de Dieu sur le monde.

Dans l'assemblée constituante de 1789, composée des trois ordres, le clergé proposa lui-même, le 4 août, la suppression des dîmes , et le clergé inférieur renonça de plein gré à son casuel, pour l'allégement du peuple, mais il fut dispensé par cela même de ses redevances aux évêques et aux chapitres. Cette générosité du clergé fut suivie de décrets dont le pape lui-même se montra touché. Le 10 août, alors que le clergé renonça complètement aux dîmes et que l'Etat se chargea de lui fournir un traitement, de veiller à l'entretien des écoles, des séminaires et des hôpitaux, les annates, les provisions pontificales en général et les mois du pape en particuliers, toutes les dispenses et cas réservés , en un mot toute relation avec le pape qui entraînait des prestations en argent et des charges pour l'Eglise de France, furent abolis. Quelques jours après, sur la proposition de l'archevêque de Paris, le

Page 1