LA FRANCE ECCLÉSIASTIQUE
plicalions historiques sont la faute de tous, et non pas seulement (les prêtres. Il serait désirable, toutefois, que le clergé comprît enfin que la vie religieuse peut prospérer sous n'importe quelle constitution, pourvu qu'elle sache maintenir l'ordre public, sous la monarchie constitutionnelle comme sous la république ou sous la monarchie absolue. Etranger aux divers partis, il faut qu'au milieu de toutes les agitations politiques, il se souvienne constamment de cette parole du Seigneur : « Laissez les morts ensevelir leurs morts. »
Un autre obstacle au progrès de la vie religieuse et ecclésiastique en France, c'est le défaut, dans le clergé, d'une instruction large et vraiment scientifique, en rapport avec l'état général de la civihsation. La cause, sans doute, n'en est pas dans le clergé, mais dans les événements qu'il lui a fallu subir; la nation, qui s'était emparée des couvents et des séminaires où se formait la jeunesse ecclésiastique , s'était obhgée, il est vrai, de veiller à l'entretien des écoles théologiques ; mais dans ces temps de révolutions, et tandis que le catholicisme était proscrit, rien ne fut fait et rien ne pouvait se faire ; plus tard , on ne fit pas grand chose , et surtout on ne fit rien de vraiment opportun. Sous le consulat, une ordonnance du 10 décembre 1802 portait que la morale, le 'dogme, l'histoire ecclésiastique et l'éloquence sacrée seraient enseignés dans chaque séminaire archiépiscopal. D'exégèse, de langue orientale, de philosophie et d'histoire universelle, il n'en était point question ; et quant aux études préparatoires, elles se bornaient à une connaissance défectueuse de la langue latine. Encore ce premier programme ne s'adressait-il qu'au clergé de la première classe ; le reste était cantonné dans le dogme et la morale.
En 1808, le 17 mars, eut heu l'organisation des universités; leur nombre égala celui des cours d'appel, et elles furent régies par un seul grand maître. Chaque archevêché reçut une faculté théologique, composée seulement de trois professeurs qui enseignaient l'histoire ecclésiastique, le dogme j et la morale. Quand une de ces places devenait vacante, l'archevêque présentait trois candidats au grand maître, et le concours décidait du choix.
Les sciences générales furent aussi négligées qu'aupara-
vant. Napoléon, peu favorable aux études philosophiques, donnait à leurs partisans le nom d'idéologues ou de rêveurs; ces hommes-là ne convenaient point à sa politique.
Si dans les derniers temps du dix-huitième siècle l'éducation du clergé avait complètement cessé , si les hommes qui étaient déjà entrés dans l'état ecclésiastique retombaient alors dans la barbarie générale, dans les premiers temps du dixneuvième siècle, les prêtres ne recevaient qu'une instruction tout-à-fait défectueuse. Ils n'imposaient point ce respect qui seul est efficace dans une telle vocation ; les vues exclusives, étroites, obstinées, qui s'allient presque toujours à une culture d'esprit imparfaite et qui ne deviennent que plus saillantes lorsqu'elles se rencontrent dans un clergé plein de zèle (car c'est là une des quahtés du clergé français), lui enlevaient de plus en plus la confiance. Après la restauration des Bourbons, plusieurs réformes excellentes furent opérées dans l'enseignement. Sous Napoléon, le grec, la métaphysique et l'histoire n'étaient point enseignés dans les lycées. Une ordonnance du 19 septembre 1814 les fit entrer dans le plan des études, et le nombre des universités fut élevé jusqu'à dix- sept (13 septembre 1815). Les établissements ecclésiastiques restèrent seuls stationnaires.
La confiscation des biens paroissiaux eut également des suites très-funestes. Sans doute, l'assemblée constituante avait fait aux curés un sort très -acceptable, et peut-être qu'à cet égard ils étaient dans une condition meilleure qu'auparavant. Sous Napoléon, toutefois, ils ne percevaient que 500 francs : les droits d'étole, les cadeaux, les sollicitations complétaient leur revenu. Dans cette situation, le peuple s'habitua à ne considérer le clergé que comme un fardeau incommode et se prit à le détester. D'autre part, ia somme insignifiante portée au budget des cultes donna lieu à des querelles et à des récriminations incessantes. On ne songeait plus depuis longtemps qu'on avait confisqué les biens de l'Eghse, tandis qu'on avait toujours présent à l'esprit la modique somme qu'on payait annuellement au clergé, bien qu'elle n'eût aucune proportion avec les biens qu'on lui avait ravis.
Aux sombres couleurs de ce triste tableau il convient d'opposer des couleurs plus riantes. Les principes du déisme