NAPLES
en i825 (mort le 8 novembre 1830). Ferdinand II, qui régna ensuite, monta sur le trône âgé de vingt ans seulement. Il se montra tout d'abord plein de résolution et de dignité, imbu de sentiments religieux (né le 12 janvier 4810, mort le 22 mai 1859). « C'était un caractère décidé, sachant ce qu'il voulait, énergique, un homme enfui, dans l'entière acception du mot. » Animé de l'esprit de saint Louis, il aspirait à réaliser l'idéal de la royauté. Malheureusement, l'ancien despotisme ne perdit rien de sa force vis-à-vis de l'Eglise, et au fond c'était toujours l'esprit de Tanucci qui dominait. Le roi aimait l'Eglise, mais il entendait lui commander et lui servir en quelque sorte de providence humaine. L'Eglise souffrait. II n*y avait guère que la 560*' partie des revenus de l'Etat qui fût consacrée au culte*; quelques éghses seulement, surtout les fondations pieuses, avaient une fortune considérable. L'éducation du clergé s'était améliorée même en Sicile, où se trouvaient des prélats distingués, tels que le bénédictin Dominique-Benoît Balsamo , archevêque de Monréal depuis 1825 (mort le 6 avril iSM). « La Sicile, disait un correspondant de la Gazette universelle^, éprouve par la mort de ce prélat une perte difficile à réparer : chacun sait et proclame les œuvres accomplies par ce digne évêque comme chef du clergé du royaume, comme directeur de l'université de Palerme et de l'instruction publique, les services qu'il a rendus à sa patrie comme homme et comme citoyen, les établissements qu'il a fondés , les maîtres et les élèves qu'il a encouragés, les pauvres qu'il a consolés et soutenus. » Les cardinaux Ferdinand, Marie Pignatelli, de Palerme, de l'ordre des théatins (1839-10 mai 1853), et François de Paule Villadicani (archevêque de Messine 1823, cardinal 1843,
1 En 1835, les revenus s'élevaient à 20 millions de ducats; les dépenses atteignaient le même chiffre. La liste civile portait 1,986,000 ducats; l'étranger, 375,000; la justice, 786,000; les finances, 13 millions; les cultes, 46,576 ; l'intérieur, 2 millions ; la guerre, 7 raillions ; la police, 250,000; la marine, 1,550,000. Si l'on songe que les dépenses du ministère des cultes n'absorbaient que l /565 de toutes les dépenses de l'Etat, on saura ce qu'il faut penser des clameurs de ces libéràtres qui prétendent que la prétraille napolitaine se nourrissait des sueurs du peuple. — Comte Serristori, Statistik des Kœnigr. Neapel diesseits des Faro. — Serristori, Statistik v. Italien, 1840 {Allg. Ztg. du 24 février 1840.)
* Allg. Ztg. du 27 avril 1844.
mort le 13 juin 1861), se signalèrent également par leur vertu et leur bienfaisance. En 1845, les villes de Noto, Caltanisetta et Trapani furent érigées en évêchés, Syracuse en archevêché, de même que Catane en 1858. L'île tout entière compte maintenant 5 archevêchés.
Ferdinand mourut précisément avant l'explosion de la révolution qui devait expulser du trône et de la patrie son fils et successeur François II (1860).
Victor-Emmanuel, qui régna sur la Sardaigne depuis 1815, était un roi pieux et orné de toutes les vertus. Il envoya le comte Barbaroux à Rome, et en 1817, un concordat fut signé avec le Saint-Siège. Sur le continent, 19 évêchés furent ou maintenus ou institués. La plupart de ceux qui avaient été supprimés en 1803 furent rétabhs*. Yerceil, Turin et Gênes furent érigés en archevêchés. Sur l'île de Sardaigne, l'ancien ordre hiérarchique fut conservé. Chambéry fut transformé en archevêché en 1822.
En 1831, après avoir fait le tour de l'Espagne, la révolution s'abattit sur le Piémont. Victor-Emmanuel abdiqua le 17 mars (mort le 10 janvier 1824), et confia la régence à l'ambitieux Charles- Albert, prince de Carignan, qui s'en démit peu de temps après. Le 25 avril déjà, les Piémontais étaient battus à Novare par les Autrichiens, et le 21 le frère de Victor -Emmanuel, Charles - Antoine , prenait les rênes du gouvernement. En 1828, il conclut avec Rome un nouveau concordat. Avec lui s'éteignit l'ancienne maison de Savoie (28 avril 1831). Il eut pour successeur Charles-Albert, mentionné ci-dessus, né en 1798, de la branche cadette; sa piété, son activité infatigable et plusieurs autres qualités firent oublier ses fautes précédentes. Malheureusement, l'ambition héréditaire de la maison de Savoie le précipita, lui, son pays et l'Italie entière, dans une voie funeste. Il aspirait à devenir roi de toute l'Italie, et ce fut là l'écueil de sa vertu et de sa loyauté. Il voulut expulser l'Autriche; il fut expulsé lui-même et mourut exilé à Oporto, le 28 juillet 1849. Son fils et son héritier Victor-Emmanuel s'est mis au service et est devenu
1 Bullarii rnagni cont. t. XIV, p. 344-358, bulle du M juillet 1817. Erectio decem episcopalium sedium in provincia pedemontana, etc.
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l'esclave de la révolution, qui a fait de lui le roi malheureux de la malheureuse Italie.
Par la paix de Vienne, la Lombardie et la Vénétie échurent à l'Autriche, où un joséphisme mitigé a régné jusqu'en 1855. Dans ce pays, voué surtout au culte des intérêts matériels, la révolution domine depuis 1859; ennemie de l'Eglise, l'Autriche travaille à faire d'un peuple délicat et cultivé un troupeau indocile de bêtes farouches. Le duché de Modène , qui comprend l'archevêché de Modène et quatre évêchés, était, sous la maison d'Esté, dans la situation la plus florissante. Parme, qui possède 3 évêchés, fut gouverné, de 1815 à 1847, par Marie-Louise, fille de François I" d'Autriche et veuve de Napoléon P^ Elle eut pour successeur l'infant Charles-Louis de Lucques, dont le fils, le duc Robert, a été assassiné en 1854. Sa veuve dut prendre la fuite en 1859. Aujourd'hui, Parme mécontente fait partie intégrante du royaume d'Italie.
Dans le grand-duché de Toscane, on ne parvenait point à oubher le libéralisme du dix-huitième siècle ; c'était une tradition de la maison de Lorraine. Un concordat, signé le 4 dé-l cembre 181 5, rétablit les couvents (72). Cette restauration s'ac-j complit à la hâte et sans embarras. Un autre concordat signé^ en 1848 aplanit quelques difficultés, mais au fond ne modifia rien. Depuis la réversion de Lucques à la Toscane en 1847 ,| cette dernière possédait 4 archevêchés et 16 évêchés. En Tos-î cane, comme dans toute l'Italie, le nombre des établissements de bienfaisance était prodigieux.
Le 11 juin 1817, après de longues négociations, un concordat fut conclu entre Rome et la France, qui ne faisait que re- ; nouvel er en substance celui de Léon X et de François I"^ et ! qui aboUssait celui de 1801. Le défaut de bonne volonté et i l'esprit de chicane en empêchèrent l'exécution : 92 évêchés, y compris 18 archevêchés, devaient être établis. Au dixhuitième siècle (1764), la France (sans la Corse), comptait 129 archevêchés et évêchés, 129 chapitres de cathédrales et 526 de collégiales, avec 11,853 chanoines. Il y faut joindre 13,000 bénéficiers, 27,000 prieurs et chapelains pourvus de bénéfices, 40,000 curés, 50,000 vicaires, 100,000 prêtres employés dans les missions ou dans les collèges ou retirés dans la vie privée; 16 maisons mères d'ordres rehgieux, 625 abbayes pour
les prêtres séculiers (un évêque avait généralement quatre abbayes), 146 pourvues encore d'abbés réguliers avec un total de 32,600 religieux. Venaient ensuite 33,000 religieux mendiants, 9,500 carmes, dominicains et augustins, 12,000 franciscains, 2,500 mineurs, 500 ermites, 80,000 religieuses dispersées dans 253 abbayes , 6i prieurés, 24 chapitres pour dames de la cour, 15,000 augustines, 8,000 bénédictines, 10,000 cisterciennes, 1,500 religieuses de Fontevrault, 4,000 dominicaines, 12,500 clarisses, 3,000 carmélites, 9,000 ursulines, 7,000 visitandines, 3,000 religieuses vivant d'aumônes.» En somme, on estimait le nombre des personnes ecclésias-l tiques des deux sexes à 406,481 personnes (non compris lesl élèves des séminaires), avec un revenu de 119,593,596 fr.,l\ lequel partagé entre 300,000 individus (car il faut en ôter 100,000 qui n'avaient ni bénéfices ni fonctions déterminées), formait pour chacun une portion d'environ 400 francs *.
Or, voici quel était, sous Louis XYIÏI, l'état des choses comparé à celui-là. En 1821, la France n'avait que 56 archevêchés et évêchés, car les nouveaux évêchés stipulés ne furent point étabhs ; 175 vicaires généraux, 406 chanoines titulaires et 491 honoraires, dont la plupart exerçaient encore d'autres fonctions; 2,847 curés cantonaux, 22,022 succursalistes, 5,165 vicaires, 1,735 aumôniers, chapelains, etc., 1,807 prêtres auxiliaires, 498 prêtres dans les séminaires : en tout 35,286 ecclésiastiques en fonctions. Dans ce nombre, 14,870 dépassaient soixante ans ; 2,053 étaient infirmes ou devenus incapables de remplir un emploi. Des religieux, il n'y en avait presque point; des rehgieuses, on en comptait 14,621 * en 1820. Le budget des cultes s'élevait à 27,000,000 de fr., outre une subvention d'environ 11,000,000 fournie par les communes. Cette somme partagée entre tous , y compris les séminaristes, aurait donné 633 fr. pour chaque personne. Le nombre des ecclésiastiques ne formait pas la dixième partie du chiffre de l'année 1764^. Les chambres étaient éminem-
* Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique de la France, 1864, t. II, art. Clergé. Sur l'état du clergé et ses revenus avant 1789, voir mon article Révolution , dans le Dictionn. encycl. de la théol. Paris, Gaume.
2 D'après V Almanach du clergé de 1820.
* Ghâtillon, Almanach du clergé de 1822, p. 208.