LA FRANCE SOUS LOUIS XVIII
ment hostiles au concordat. Un projet de loi fut présenté par la / couronne, dont le premier article portait que, conformément \ au concordat conclu entre François I" et Léon X , le roi , en vertu du droit inhérent à la couronne , nommerait seul aux archevêchés et évêchés dans toute l'étendue du royaume. La première partie était un mensonge, ensuite ce n'était là, sous une autre forme, qu'une nouvelle édition du concordat de Fontainebleau. Si le droit de nommer les évêques était inhérent à la couronne , le pape ne pourrait rejeter un candidat sans violer le droit du souverain. Que si, au contraire, le droit de nommer n'est qu'une concession du pape, le pape peut admettre ou repousser l'élu, selon les inspirations de sa conscience. L'article 5 disait que les bulles et les brefs des papes ne pourraient être reçus, imprimés , publiés , exécutés sans l'assentiment du roi. — C'est ainsi que l'Eglise était traitée par le roi très -chrétien. En quoi ce gouvernement se distinguait-il du gouvernement précédent, sinon par une plus grande hypocrisie? Il n'avait rien appris et rien oublié I Le 3 février 1818, Pie VII écrivit à Louis XVIII que le projet de lor^ôumis à la chambre anéantissait purement et simplement le concordat du 11 juin 1817; Consalvi déclarait que le concordat avait cessé d'exister, s'il fallait encore le soumettre à une approbation. La vérité est que le gouvernement français le déchira parce qu'il lui déplaisait. En 1819, un nouveau traité fut conclu par lequel on promettait de doter peu à peu 30 nouveaux évêchés; il devait y avoir 14; archevêchés et 61 évêchés. (La France compte aujourd'hui 17 archevêchés et 73 évêchés, y compris Laval, Alger et les colonies*.) Louis XVIII avait un caractère si étrange qu'on ne saurait dire s'il était bien ou mal intentionné envers l'Eglise. Il mourut le 16 septembre 1824, laissant le gouvernement à son frère, le noble et chevaleresque Charles X, dont on ne peut guère suspecter la piété profonde et la plus sincère bienveillance envers l'Eglise^.
> La France ecclésiastique de 1868 contient la circonscription diocésaine depuis 1789. — Le 1er janvier 1789, la France avait 140 évêchés, y compris les 4 du Venaissin. En 1802, 60 évêchés furent stipulés, 90 dissous, 49 seulement rétablis, un seul (Versailles) fut érigé.
* Gams, Histoire de l'Eglise au dix-neuvième siècle (en allem.), III, p. 1-110.
348 HISTOIRE DE LÉGLISE.
Dès le 14 juin 1815, le ministre de Prusse, Hardenberg, écrivait de Paris à Niebuhr qu'il l'avait destiné pour être ambassadeur à Rome, afin qu'il s'entendît avec le Saint-Siège sur l'établissement du catholicisme dans les Etats prussiens, et négociât une convention*. Le gouvernement déclarait que l'érection des évêchés était « la manière légale de transmettre aux nouveaux souverains la propriété des pays qu'ils avaient reçus en dédommagement. » Niebuhr, arrivé à Rome en 1816, ne put négocier avant 1820, car n'ayant point de pouvoirs spéciaux , mais seulement des instructions générales , toutes les propositions qu'il fit à Berlin furent sans résultat. Après avoir hésité longtemps si l'on établirait des vicaires apostoliques ou des évêques ordinaires, on s'arrêta à ce dernier parti, dans l'espoir qu'on aurait plus d'influence sur la nomination des évêques. On balança également entre un concordat et un simple accord *.
Pendant le séjour de Hardenberg à Rome (mars 1821), on mit la dernière main à la convention. Le 16 juillet, la bulle De salut e animarum sortit de la daterie pontificale, et reçut la confirmation royale le 23 aoùt^. Cette bulle de circonscription supprimait les évêchés d'Aix-la-Chapelle et de Corbie récemment fondés, rétabhssait Cologne et le changeait en archevêché, avec Trêves, Munster et Paderborn pour suffragants. Posen fut érigé en archevêché et uni pour toujours à Gnesen; Culm lui fut subordonné. Breslau et Ermeland furent déclarés exempts à perpétuité. Ici comme partout, la promesse de doter les évêchés de biens-fonds fut faite et ne fut pas tenue. Les évêques devaient être élus par les chanoines, après que ceux-ci auraient acquis la conviction que les candidats n'étaient pas désagréables au roi. L'évêque d'Ermeland, prince Joseph de Hohenlohe, chargé de l'exécution de la bulle, l'ajourna jusqu'en 1825. Les chapitres de Posen et de Gnesen ne furent rétablis qu'en 1830.
Le 14 mars 1823, Pie VII entrait dans la vingt-quatrième année de son pontificat ; ce devait être la dernière. 11 tint son
* Laspeyors, Geschichte der kath. Kirche in Preussen, 1840. — Otto Meyer, Die Propaganda, 1853, t. 1.
« Meyor, p. 450- 4 G5.
3 Walter, Kirchenrechtj 12e édit., appendice.
PONTinCAT DE LÉON XII. 310
dernier consistoire le 10 mai. Ses forces s'affaiblissaient graduellement. Le G juillet, ayant voulu se lever de son fauteuil, il tomba sur le plancher en marbre de sa chambre. La chute fut mortelle; il demanda et reçut l'extrême-onction. Le 16 juillet, l'église de Saint-Paul, sur la route d'Ostie, dont le couvent avait abrité Pie YII durant tant d'années, devint la proie des flammes. Construite au quatrième siècle, elle était restée intacte et avait conservé sa forme primitive pendant quinze siècles. — Pie VII mourut le 20 août 1823, après avoir gouverné l'Eghse vingt-trois ans, cinq mois et six jours; le pontificat de son glorieux prédécesseur, le plus long depuis saint Pierre, avait duré vingt-quatre ans, onze mois et quatorze jours. Pie VII était âgé de quatre-vingt-un ans.
Des cinquante-trois cardinaux qui vivaient alors, deux seulement n'avaient pas été nommés par Pie VII (Somaglia et Fabricius Ruffo). Le conclave s'ouvrit le 3 septembre; le 28, le cardinal Hannibal délia Genga fut élu successeur de Pie Vil.