‹ Histoire de l'EgliseChapitre 202 sur 253 · PONTIFICAT DE LÉON XU, DE 1823 A · texte numérisé non relu

PONTIFICAT DE LÉON XU, DE 1823 A

Léon XII fut couronné le 5 octobre 1823. A la fm de cette année, il fut guéri, comme par miracle, d'une maladie réputée mortelle. C'était l'opinion générale que le pieux évêque de Macerata, Vincent Strambi, avait fait à Dieu le sacrifice de sa vie pour sauver celle du pape. Vingt- quatre heures après, il mourait effectivement d'une attaque d'apoplexie (1*^ janvier 1824)'.

Le pape était à peine guéri, que la mort enlevait le plus célèbre cardinal qu'il y eût alors, le grand homme d'Etat Hercule Consalvi. Artaud de Montor nous a conservé le der-

* Mons. Baraldi, Léo XII e Pio VIL — Papst Léo XII, d'après Artaud de Montor, par Th. Scherer. Schaifh., 1844.

* J.-Ghr. Mitterrutzner, Das Leben des V. Maria Strambi, Bischof von Mac. Schafl"., 1854.

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nier discours qu'il adressa au pape, et qu'on peut appeler son testament politique et religieux. Il y disait entre autres choses : l*' Votre Sainteté et le roi de France ont besoin l'un de l'autre. Les rois de France sont (étaient?), par votre influence, maîtres dans le Levant, où tant de catholiques sont si affreusement opprimés (1824). 2° On ne peut refuser aux membres de la famille Bonaparte un accueil hospitalier ; mais il ne faut l'accorder qu'avec réserve. Les Bonapartes sont, comme les vaincus, toujours du côté de l'opposition; ils tiennent pour les carbonari, que vous devez surveiller attentivement. De cette alliance, née des circonstances, naîtront des embarras et des combinaisons qui seront exploités par des hommes sans autorité*. 3° Consalvi conseille donc de célébrer un jubilé, puis il ajoute : Ne repoussez pas même ceux qui, dans une intention loyale et une bonne volonté, vous rendent attentifs aux dangers. 4° Il est d'avis qu'on nomme aux évêchés vacants dans le sud de l'Amérique (séparée de l'Espagne), sans égard pour l'Espagne. « L'année dernière, dit-il, j'ai traité les cor lès avec ménagement, afin d'être en mesure, dans le cas où elles se maintiendraient au pouvoir, de faire reconnaître, dans les négociations politiques entamées avec elles, le droit de nommer des évêques aux sièges vacants dans ces lointaines contrées. La légitimité espagnole n'exerçait absolument aucune influence sur ces provinces, dont chacune peut former un royaume. A cette légitimité, je lui avais accordé plus de quinze ans pour relever le prestige de sa souveraineté ; mais, dans son ingratitude et son impuissance, l'Espagne européenne a voulu se servir de notre silence comme d'une arme pour mieux châtier des rebelles. C'était notre devoir de veillera l'intégrité du catholicisme. Si l'Espagnol du continent eût consenti à établir des évêques dans la Colombie, au Mexique et en général partout où l'on en demandait, j'aurais accordé trente ans à la légitimité pour se raffermir ; mais une époque aurait pu venir où l'Espagne, sans avoir recouvré sa force, nous aurait dit : Je suis obhgée

* Gomme Consalvi avait deviné jn§te ! Là est la source profonde de la détresse de l'Italie et des épreuves de l'Eglise. Sans l'appui de la France, Victor-Emmanuel et Garibaldi ne seraient pas allés loin. Heureusement, dabit Deus his quoque finem.

L^AIVrÉRTOUE DU SUD, LA RUSSIE. 35i

d'abdiquer ma souveraineté , sauvez votre dogme du mieux que vous pourrez : c'eût été trop tard pour nous. Notre vicaire apostolique, arrivant dans ce pays après une si longue attente, l'aurait trouvé peut-être plein de méthodistes, de presbytériens, peut-être même de nouveaux adorateurs du soleil. J'ai donc maintenu les rapports de subordination, de bonne harmonie avec tous ceux qui se sont détachés si violemment et avec un espoir si fondé de succès, de tout assujétissement aux juntes espagnoles et à Ferdinand VII... Je jetais aussi des regards impatients sur le Paraguay. Là aussi on peut observer le même procédé, mais accompagné d'une prudence qui ne s'oubhe jamais. Le cabinet de Madrid vous est personnellement affectionné, saint-père. Vous saurez unir le sentiment délicat de la reconnaissance avec les devoirs du pape.

5° Envers la Russie, il faut une vigilance qui jamais ne se relâche. Notre archevêque de Mohilew, quoique bientôt nonagénaire * et presque sans volonté, en a encore assez pour être ambitieux. Il y a longtemps qu'il a exprimé, de vive voix d'abord, puis dans un mémoire, des pensées d'union entre les Grecs et les Latins ; mais cette union, il l'entendait dans son sens et non dans le nôtre. Il deviendrait patriarche de Russie, votre légat; vous n'auriez plus alors aucun moyen de faire publier dans ce pays le moindre décret du Saint- Siège. Les Eglises s'uniraient contre nous, et aucune voix véritablement romaine ne serait plus entendue dans ces contrées à partir de la Galicie, à laquelle l'Autriche, que je n'ai jamais trouvée opiniâtre, ne défendra jamais de rester fidèle à l'Eglise catholique. C'est là une des conséquences de cette iniquité, le partage de la Pologne; car ce pays nous eût été une digue contre les flots du schisme qui nous menace. On a fait aussi de notre côté quelques essais peu réfléchis de rapprochement avec la Russie. Ne nous a-t-on pas répondu un jour par la contre -proposition d'une Eglise slave, qui nous eût engloutis? Il faut toujours avoir l'œil ouvert sur les erreurs des Russes, mais la prudence prescrit une longue patience. Ils reviendront d'eux-mêmes quand l'heure sera

* Il atteignit l'âge de quatre-vingt-quinze ans. Nous en parlerons plus loin.

venue ^ et c'est alors, s'il continue de croître, que ce vaste corps subira les dangers de son développement politique excessif. Le catholicisme seul, très-saint père, je le dis avec des larmes de joie et de reconnaissance envers Dieu, ne peut jamais trop s'étendre, et il lui serait plus facile de réunir dans son sein les nations civilisées des deux mondes qu'il ne lui a été facile de réunir tant de peuples barbares du monde ancien.

Je vous offre maintenant la perspective d'une consolation prochaine. J'ai travaillé, je puis le dire, j'ai travaillé à Londres infatigablement à l'émancipation des catholiques. Cette affaire avance sous la protection visible de Dieu; elle marche lentement, mais elle ne perd point de terrain. Vivez, et l'émancipation s'accomplira encore sous votre règne.

Consalvi s'occupe ensuite des affaires intérieures, et conclut ainsi : « Les souffrances et l'infirmité auraient pu m'interrompre ; mais la pensée que je ne devais rien omettre de ce que je croyais devoir dire pour la prospérité et la grandeur de Rome, ne m'a point permis de m'arrêter. »

Dans toutes ses démarches importantes, Léon XII paraît s'être conformé aux conseils de Consalvi. Parlant lui-mêmej de cet entretien au cardinal Zurla : Quelle conversation I s'écria-t-il; je n'ai jamais eu avec personne de conférence plus substantielle et plus instructive. J'ai offert au cardinal Consalvi la place de préfet de la Propagande. Je lui ai expliqué la position où il m'avait mis par son attitude au conclave (Consalvi s'était opposé à l'élection de Léon XIT). Je lui ai dit que Pie VIT avait été trop heureux de posséder un tel ministre, que je ne pouvais pas avoir le même bonheur. Le cardinal délia Somaglia a attendu pendant quarante ans les fonctions de secrétaire d'Etat; je veux les lui confier. Je désirais que Consalvi acceptât la place de préfet de la Propagande; il l'a acceptée. Nous travaillerons souvent ensemble, pourvu que nous ne mourions pas tous deux dès aujourd'hui *.

Au milieu de toutes ses préoccupations, Consalvi s'occupait alors d'élever un monument à son grand bienfaiteur Pie VII. Par un contrat passé entre lui et le célèbre sculpteur Thorwaldsen, celui-ci s'obligeait, moyennant vingt mille écus

* Vie de Léon XII, par Artaud.

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