‹ Histoire de l'EgliseChapitre 203 sur 253 · LE CARDINAL CONSALVI · texte numérisé non relu

LE CARDINAL CONSALVI

romains, à livrer son travail en trois années. Le monument devait être placé dans la nef gauche de l'église Saint- Pierre, en face de l'autel de Léon I". « il y aurait trois statues : sur l'une, celle du pape, aux deux côtés, celles des deux vertus la Force et la Sagesse*. » La joie que Consalvi éprouva de la bienveillance du pape aggrava sa maladie. Son irritabilité, le nouveau bonheur qui venait de lui échoir soudainement d'être en favem* auprès d'un pape auquel il avait été si fort opposé autrefois (1814), et tout récemment encore au conclave, le zèle infatigable d'un esprit qui se voyait rappelé aux affaires, les nouveaux plans dont il fut assiégé, toutes ces causes devaient amener une rechute dont il ne se relèverait point.

Sentant sa fln approcher, il fit demander au pape sa bénédiction. Léon XII la lui envoya par le cardinal Castiglioni, grand pénitencier. Ce dernier lui ayant demandé s'il avait encore quelque chose à dire au pape, Consalvi répondit négati veulent par un signe de la main. « Je suis content 2, » Idit-il ; ce furent ses dernières paroles. — Consalvi mourut le |24 janvier 1824. Né à Rome le 8 janvier 1757, il avait été nommé cardinal le M aoùtJSOO, et avait été secrétaire d'Etat de 1800 à 1806, et de 1815 à 1823 ^

Consalvi était indubitablement un des hommes d'Etat les mieux doués qu'ait eus l'Eglise romaine dans ces derniers siècles : c'était dans son genre un homme vraiment providentiel ; la poUtique qu'il suivit était la seule qui fût possible de son temps, témoin son attitude vis-à-vis de Napoléon.

Dès que l'empereur s'aperçut que l'énergie et la prudence de Consalvi serait un obstacle à ses desseins, il demanda et obtint son renvoi (1806) ; il le haïssait plus que tous les

' Ce sont les termes du testament de Consalvi. {Cit. du trad.) — La Modération, d'après Artaud, Vie de Pie Vil, à la fin. — Allg. Ztg. du 13 janvier 1854. — Gregorovius , Die Grabmœler der Pœpste. Leipz.,

^ Jo sono tranquillo.

^ Bartholdi, Zi/ge aus dem Leben des Card. Herc. Consalvi. (Voir aussi Allg. Ztg. du 15 avril 1824.) — Diario di Roma, 28 janv. 1824. — Katholik, 18-24, 1, p. 368, Necrolog des C. Consalvi. — Artaud, à la fin de la Vie de Pie VII. — Artaud-Scherer, Leben Léo' s XII, p. 97-107. — L. Gardinali, Elogio detto alla memoria del cardinale Ere. Consalvi. Venet., 1824. — Genni, Bioyr. sul cardin. Ere. Consalvi. VeneL, 1824.

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autres cardinaux, car il savait que Consalvi seul l'avait parfaitement compris. — En 1815, quand Napoléon s'acheminait vers l'île d'Elbe, il rencontra en route, près de Fréjus, le cardinal qui rentrait en Italie ; il le montra au général autrichien KoUer, assis à côté de lui dans la voiture. Koller demanda quel était cet homme : C'est un homme , répondit Napoléon, qui ne veut pas passer pour un cagot, mais qui l'est plus que tout autre*. Consalvi alla rejoindre le pape à Césena et l'accompagna jusqu'à FoUgno. C'est là qu'il fut confirmé dans ses fonctions de secrétaire d'Etat, et envoyé à Paris pour représenter le Saint-Siège auprès des puissances alliées. Le testament de Consalvi porte « qu'après la mort de tous ceux qui ont été gratifiés (ses domestiques et diverses personnes à qui il avait fait une pension viagère), son héritier fiduciaire consignera à la congrégation de la propagation de la foi l'héritage alors existant. » L'ambassadeur de France, Montmorency-Laval, écrivait après la mort du cardinal : Le temps est venu de bénir la mémoire d'un homme qui est honoré par les larmes de Léon XII, par le silence de ses ennemis, par la profonde douleur où Rome est plongée, par les regrets des étrangers qui ont eu le bonheur de connaître de près ce ministre aussi agréable dans ses relations politiques qu'attrayant par le charme de son commerce privé. C'est ici le lieu de revenir aux Mémoires de Consalvi, publiés depuis quelques années seulement 2. Ces Mémoires n'embrassent point toute la période de sa carrière pubhque ; ils

» Vie de Consalvi, ibid. (15 avril 1824, Allg. Zig.).

* L'Eglise romaine en face de la révolution, par J. Crétineau-Joly, ouvrage composé sur des docuuaents inédits, 2» édit. Par., 1860, 2 vol. (1863). — Mémoires du cat^dinal Consalvi, secrétaire d'Etat du pape Pie VU, avec une introduction et des notes par J. Grét.-Joly. Par., 1864, 2 vol., p. 1-198, Introduction; p. 199-452, Mémoires. Vlntroduction contient les lettres adressées à Consalvi et son testament, les Mémoires sur le conclave de 1800, le concordat de 1801 et l'histoire du mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche en 1810. Le deuxième volume renferme deux Mémoires sur les diverses époques de sa vie, p. 1-220, et un Mémoire sur son ministère (1800-1806), p. 221-485. Dans l'introduction du dernier, daté de Reiras, 9 février 1812, in^cardinal s'exprime ainsi : « Je rédige ces Mémoires environ onze ans après ma nomination de secrétaire d'Etat (18 ou 19 mars 1800). Je les écris au milieu des plus grands dangers, obsédé de la crainte perpétuelle d'être surpris dans la rédaction d'un écrit qui pourrait me coûter cher s'il était découvert. »

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