LE CARDINAL CONSALVI
s'arrêtent à 1812, l'année même où ce grand homme d'Etat rédigea en italien les événements les plus importants de sa carrière et transmit à la postérité une multitude de faits connus de lui seul. Ces souvenirs, divisés en quatre parties, ne devaient, selon la dernière volonté de Consalvi, être publiés qu'après sa mort et dans le cas seulement où la mémoire vénérée de Pie YII serait attaquée. La première partie traite du conclave de Venise dans les trois premiers mois de 1800. Nous y voyons la confirmation de ce qui est dit dans Artaud, que les retards apportés à l'élection de Pie Vil sont surtout imputables au ministre autrichien Thugut (1( conclave dura depuis le 1" décembre 1799 jusqu'au 14 man 1800). Consalvi est loin de revendiquer la part prépondérante' qu'on lui attribue dans l'élection du cardinal Chiaramonti et qu'il eut peut-être comme secrétaire du conclave.
La seconde partie, relative au concordat de 1801, révèle, outre une foule de particularités inconnues jusqu'ici et du plus haut intérêt, la perfidie odieuse du premier consul, qui, après des négociations péniblement terminées, chercha frauduleusement à faire signer au cardinal un concordat qui différait essentiellement de celui dont on était convenu*. Consalvi fait très -bien -ressortir l'obstination, le despotisme et les emportements de Napoléon.
* Dès la première lettre de Napoléon 1er à Pie VII, on voit éclater la colère, les menaces, les objurgations assaisonnées de ce ton de grossièreté qui devait caractériser les agents des gouvernements dans les années suivantes : Correspondance de Napoléon I''^, t. VII, Par., 1861, n. 5658, p. 209 ;
« Paris, 27 juillet 1801.
» Le cardinal Consalvi communiquera à Votre Sainteté les dispositions où je suis de faire tout ce qui peut contribuer à son bonheur.
w II ne dépendra que de vous de trouver dans le gouvernement français l'appui qu'il a toujours accordé à vos prédécesseurs, lorsqu'ils ont compté parmi leurs premiers devoirs celui de prêcher les principes qui servent à l'affermissement de la paix , des bonnes mœurs et de l'obéissance envers l'autorité civile.
» Il ne dépend pas de moi de tarir les larmes de l'Europe, de faire succéder la paix générale aux révolutions et aux guerres. »
Ainsi l'Eglise est une institution de police destinée à exhorter les peuples à l'obéissance envers les gouvernements temporels. C'est là sa première et, au fond, s(A^ unique tâche : prêcher l'obéissance passive inculquer aux peuples qu'ils sont des troupeaux de moutons, destinés seulement à être tondus par leurs maîtres tout-puissants, et immolés sur l'autel de leur orgueil et de leur ambition. (Cf. d'Haussonville, l'Eglise romaine et le premier empire, 1800-1814, t. I et II. Par , 1807-1868.)
La troisième partie roule sur le mariage de Napoléon avec la duchesse Marie- Louise, et sur les efforts de l'empereur pour amener les cardinaux assemblés à Paris à prendre part aux fêtes de son mariage; comme ces cardinaux admettaient la validité du mariage de l'empereur avec Joséphine , et que du reste on ne s'était pas adressé au pape, leur intention était de rester à l'écart.
Dans la quatrième partie, Consalvi parcourt les différentes phases de sa carrière. Dans le cinquième Mémoire il s'occupe longuement de son ministère : nous y voyons qu'il était détesté du cardinal Fesch; que Napoléon, de même que Fesch, influèrent sur son renvoi; que ce dernier, incapable de dissimuler ses sentiments , ne cessait de déclamer contre lui ; que cependant Fesch fut rappelé de Rome, peut-être parce que Napoléon voulait se servir de lui comme d'un instrument pour renverser le pouvoir temporel du pape. Cette partie renferme aussi d'intéressants détails sur les négociations du concordat avec l'Allemagne avant la dissolution de l'empire germanique. Après l'abdication de François II comme empereur d'Allemagne, le pape, qui avait voulu précédemment négocier avec l'empereur, put le faire avec chaque Etat particulier, devenu souverain, et il le fit effectivement, mais il fut entravé par Napoléon.
Le 29 mai 1824 parut la magnifique bulle Quod hoc ineunte \sxculo, qui annonçait un jubilé pour 1825*. Il fut ouvert le [24 décembre 1824. La même année, l'archiconfrérie de la I Sainte-Trinité réunissait dans sa seule maison 98,595 étrangers. Les Etats de l'Eglise fournirent 19,800 pèlerins; le royaume de Naples, 44,973; la Toscane, 9,474; le Piémont, 6,782; le duché de Lucques, 4,156; Modène, 3,109; l'Autriche, 20; la France, 122; la Prusse, 130; la Russie, 8; TEspagne, 15; le Portugal, 1 ; la Hollande, 196; la Flandre, 149; la Pologne, 25; l'Irlande, 2; la Suisse, 1,135; la Davière, 1,021 ; le Danemark, 8; la Saxe, 104; la Chaldée, 3; la Grèce, 3; la Suède, 30; le Hanovre, 12; le Levant, 2. Lucques fut de tous les Etats celui qui en fournit le plus ; TAutriche et la haute Italie ceux qui en fournirent le moins ;
^ Cette bulle se trouve dans Artaud.
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la Bavière et la Suisse en envoyèrent un très-grand nombre, mais on en vit très-peu de la France, de l'Espagne et du Portugal. Le chiffre total s'élevait à près de 90,000, tandis qu'au jubilé de 1350, il n'y eut jamais, dit-on, moins d'un
(million d'étrangers à Rome, Chaque pèlerin était généralement entretenu pendant trois jours. La dépense journalière de l'hospice des pèlerins était estimée à mille scudis. A Noël, le jubilé fut prorogé pour six autres mois dans toute la clirétienté*.
I Le 28 août 1824, Léon XII pubha sa constitution Quod fdîvina sapientia, relative à l'enseignement dans les Etats de l'Eglise : monument de sagesse et de prévoyance, autant que de sollicitude pour les intérêts de la science et de la civilisation. Le gouvernement de l'Eglise et de l'Etat, disait le pape, est inséparable d'une bonne méthode dans les études et d'une éducation vraiment scientifique placée sous les auspices de la religion. La vraie science vient de Dieu et conduit à Dieu. — Le programme des études, publié dans le ^même temps,se composait jJjevjngt-septtitres. ' Deux universités de premier rang devaient être créées dans les Etats de l'Eglise : l'archi gymnase de Rome et l'uni- |versité de Bologne pourvues chacune de trente -huit chaires ; puis cinq universités de second rang, à Pérouse, Ferrare, Camerino , Macerata et Fermo, munies chacune de dix-sept chaires. Chaque université comprendrait quatre collèges ou facultés : la théologie, le droit, la médecine et la philosophie. Les professeurs seraient nommés en suite d'un concours pubUc : ceux-là seraient admis à professer qui posséderaient le grade de docteur dans leur discipline respective. La langue latine était obligatoire pour la théologie et le droit. Tous les samedis, une dispute ou répétition devrait avoir lieu pour ji'exercice des auditeurs. Le titre 13 traite des écoles publiques distinctes des universités*.
* La bulle se trouve en grande partie dans Artaud.
■ Ce programme des études se trouve en appendice dans Artaud-Scherer, sur Léon XII, p. 445-509, Regolamento degli studi da osservarsi in Roma, e in tutto lo stato ecclesiastico in virtù délia bolla di nostro Signore Leone Pape XII del 28 agosto 1824. — L'enseignement dans les Etats de l'Eglise, dans Histor. -polit. Blœtt., t. XLIV, p. 97-117. Analecta juris
Le règne de ce pape fut constamment agité d'oppositions haineuses, de résistances à l'ordre public et au développement normal des Etats de l'Eglise.
tAu consistoire du 22 mai 1827, eut lieu la première grande .promotion aux évêchés de l'Amérique méridionale, qui apparjjtenaient précédemment à l'Espagne. De là une rupture avec ice dernier pays.
L'infortuné roi d'Espagne, Charles IV, soumis en aveugle aux volontés de la reine et du prince de la Paix, Manuel Godoi, avait cédé son royaume à Napoléon. Cette résignation eut lieu à Bayonne, où Napoléon l'avait cité, lui et toute la famille des Bourbons , accompagnée de l'indispensable Manuel. Invité à un repas par Napoléon, le roi Charles IV, qui avait hérité de son père la passion de la chasse, mais non ses talents, prit la parole et raconta sa vie passée : « Tous les jours de beau temps, hiver comme été, quand j'avais entendu la messe et déjeûné, je me mettais en route : je chassais jusqu'à une heure, je dînais et retournais à la chasse jusqu'au soir. Le soir. Manuel (le prince de la Paix, cjui avait livré sa patrie à Napoléon) me racontait si les affaires allaient bien ou mal ; je me couchais ensuite, pour recommencer le jour suivant le même train de vie*. » Et voilà comment il suffit d'un âge d'homme pour ruiner la plus belle des monarchies. De 1759 à 1807, les deux rois Charles III et Charles IV, père et fils, vivaient si exclusivement de la chasse, qu'ils n'avaient ni le temps ni le goût de penser même à l'Espagne d'en deçà et d'en delà de la mer.
Le prince de la Paix et les deux vieux souverains ne nourrissaient que des sentiments de haine et de vengeance contre leur fils Ferdinand, dont les circonstances avait fait sinon le défenseur au moins le porte-drapeau de l'indépendance espagnole. « Par haine contre son fils, le descendant de
pontificii. Romœ, nov. 1855, p. 1730-1739. — F.-M. Renazzi, Storia dell* Vnivevsità degli studii di lioma, vol. 4. Roraa, 1804-1806. — Hergeurœther, Der Kirchenstanf, p. 71-91.
• Lefebvre , Geschichte der Cabinette Europa's wœhrend des Consulats und des Kaiserthums, 1800-1815, 3 tom. Leipz., 1847, p. 421-489. — ilfemoires historiques sur la révolution d'Espagne, par de Pradt. (Cet homme, perdu de réputation, jadis évêque de Poitiers, fut emmené par Napoléon au congrès de Bayonne.)
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Louis XIV livra son trône, ses peuples, l'honneur de sa maison, la liberté de ses enfants à l'homme qui avait fait fusiller le dernier des Coudés. Honte éternelle a tant de lâcheté et de bassesse ! » s'écrie le Français Lefebvre. Telle qu'une furie, la mère de Ferdinand, cette femme à laquelle on ne peut penser qu'en frémissant, vomissait contre son fils les injures et les menaces les plus féroces, lui reprochait la perte de sa couronne et conseillait à Napoléon de le faire mettre à mort. Napoléon lui-même tremblait en présence de cette femme. « Quelle épouse! s'écriait-il dans la suite, quelle mère 1 Elle m'a inspiré de l'horreur et m'a rempli de compassion pour Ferdinand. »
Cette compassion, toutefois, ne l'empêcha pas de s'emparer de l'Espagne et de retenir Ferdinand comme prisonnier d'Etat, avec une pension d'un miUion. Charles IV fut envoyé à Compiègne. Joseph Napoléon fut, sans le savoir, transféré du trône de Naples à celui d'Espagne. Il accepta par nécessité. Le jour de son entrée à Madrid (12 juillet 1808), il écrivait à son frère : « Personne jusqu'ici ne vous a dit toute la vérité ; c'est un fait que pas un seul Espagnol ne se prononce en ma faveur. » Et quelques jours après : « Je ne suis point effrayé de ma position, mais elle est unique dans l'histoire, car je n'ai pas ici un seul partisan*. » Un peu plus tard, il écrivait encore que trois mille serviteurs de la cour venaient de quitter d'un seul coup son service, malgré les offres avantageuses qu'il leur avait faites. Le clergé donnait au peuple l'exemple de la résistance (le cardinal de Tolède, Louis de Bourbon, qui s'était jeté aux pieds de Napoléon comme son plus dévoué sujet, faisait tristement exception); ce qui n'empêcha pas Napoléon de dire dans son fameux entretien avec le chanoind Esquiroz : a Croyez-moi, les pays où il y a tant de moines sont», faciles à subjuguer; je le sais par expérience.» Ce fut en vain' qu'il ordonna de supprimer le tiers des couvents et aboht le tribunal de l'inquisition; ce fut en vain que Joseph Napoléon, par un décret de 1809, abolit d'un seul coup tous les ordres réguliers et mendiants, toutes les confréries du tiersordre, confisqua leurs biens et confina les moines. La guerre
' Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph, etc. Par., 1853-1854, t. IV.
péninsulaire, comme on l'appelait, sévissait dans les années 1810 à 1813, guerre de destruction, mais qui, sans l'appui de l'Angleterre, n'aurait eu aucun succès. Les Français, vaincus, durent quitter l'Espagne à la fin de J813. Le 14 mai 1814, Ferdinand YIT rentra à Madrid en qualité de roi. Malheureusement, il était sorti d'une entrevue avec Napoléon brisé et anéanti, et il ne devait plus jamais recouvrer ses forces.
Dans les années 1814 à 1820, de faibles et malheureuses tentatives furent faites pour relever l'Etat et l'Eglise en Espagne et pour réparer leurs ruines. Rien ne fut améhoré. Vingt-cinq ministères différents furent créés de 4814 à 1819. Les mesures de rigueur et de faiblesse se succédaient tour à tour. Les Espagnols cultivés étaient et restèrent Kbéraux, c'est-à-dire hostiles à l'Eglise. Le mécontentement accumulé se fit jour dans la révolution de 1820, qui éclata le |l^' janvier et qui prit aussitôt un caractère antireligieux. j Ferdinand ne fut plus que l'instrument passif des libéraux. I L'inquisition fut supprimée le 9 mars, et un confesseur libre 1 penseur fut octroyé à Ferdinand. La presse ne cessait d'a- 4 meuter le peuple contre le clergé. L'enseignement fut retiré aux religieux (aux jésuites surtout), les dîmes supprimées. Sur toute la surface du pays, les prêtres furent emprisonnés en masse sous prétexte de conspirations politiques. On se |; hâta de vendre et de gaspiller les biens d'Eglise. ^ Le 28 octobre 1820, le décret, approuvé du roi, qui sup- I primait les couvents de Madrid, fut proclamé solennellement f au milieu d'une grande affluence de peuple, et le chef politique disposa de leurs biens au profit de l'Etat. Il fut interdit de fonder aucun couvent ou de faire n'importe quel vœu. Les évêques qui se mirent à la tête de la résistance coururent de graves dangers et purent à peine prendre la fuite. L'archevêque de Valence avait déposé une protestation contre la suppression des couvents ; sa maison fut enveloppée par des bandes et cernée de canons. Il ne put s'échapper que par la voie de mer. Les mêmes scènes se passèrent à Cadix, où s'était réfugié l'évêque de Médina. Déjà précédemment, les j autorités de Cadix avaient ordonné que toutes les statues f de saints seraient enlevées des rues et les processions pu-
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J bliques supprimées. Le roi dut congédier sou confesseur, qui I ne semblait pas encore assez tolérant, et déjà les cortès en étaient venues à lui déclarer que s'il ne faisait pas telle ou telle chose, elles ne répondraient pas que sa personne serait en sûreté. Ferdinand fit tout ce qu'on demanda. 11 prit pour confesseur un ex- moine qui avait trouvé la suppression des couvents parfaitement régulière. L'archevêque de Valence s'étant sauvé à Barcelone, le peuple de cette ville exigea sa tête en poussant d'affreuses clameurs. La populace de Cadix demanda impérieusement l'expulsion de son évêque.
Dans tout le pays, on s'empressa de mettre les biens de l'Eglise à l'enchère, et pendant que ses ennemis s'engraissaient de ses dépouilles, ils n'avaient dans la bouche que des protestations de désintéressement. Il fallait absolument se montrer fanatique de la constitution et ne jurer que par elle; c'était la grande idole du jour, le seul remède aux souffrances de l'Espagne ; elle seule consolait de la perte d'une demipartie du monde dans le Monde nouveau. Chaque ville, chaque bourg voulut avoir sa place de la Constitution; on incarcérait les maris dont les femmes étaient anticonstitutionnelles, et les femmes même ne furent pas toujours épargnées.
Après que les autorités constitutionnelles eurent fait exécuter un certain nombre de prêtres avec les formes apparentes de la légalité, le peuple souverain voulut à son tour se poser en ministre de la justice. Le 21 janvier 1821, on s'empara de] Matthieu Yinuesa de Tarazone, chapelain de la cour, archidiacre, l'un des plus dignes prêtres de l'Espagne, accusé" d'être l'ennemi de la constitution ; on le traîna à travers les rues de Madrid au milieu des insultes de la populace. Le 3 mai, les tribunaux ne l'ayant condamné qu'à dix ans de prison en Afrique, le peuple voulut lui-même le mettre à mort. La populace en foule envahit sa prison et lui fit subir les plus cruels traitements; son cadavre fut maltraité et profané d'une manière indicible*.
Le roi lui-même était souvent assailli par les menaces et
* Biographie de Vinuesa, dans Bern. Wagner, Biograph. kathol. Geistl. des XIX Jahrh., 1846, p. 425-437. — Allg. Ztg., 25 févr., 10 mars, 14 avril, 1er et 19 mai 1821.
les injures les plus grossières. La même année, un conflit éclata entre Rome et l'Espagne, à cause des réclamations ,| soulevées par les diverses mesures du nouveau gouverne - Iment. Le 28 mars, les cortès mandèrent au nonce du pape Ique les temps étaient changés, qu'il fallait faire observer les jlois relatives à la sécularisation des moines, et que les évêques 'étaient les juges naturels de cette affaire. Les autorités de Barcelone exilèrent à Majorque leur évêque et autres ecclésiastiques de haut rang « soupçonnés d'une conspiration ; » le peuple alla plus loin : il exigea l'expulsion de tous les évêques d'Espagne. Le peuple de Malaga demanda également la déposition de son évêque septuagénaire, qui fut réduit à s'enfuir à pied. A Oviédo, le peuple confia le diocèse à des administrateurs « libéraux. »
' Le 14 avril, un décret des cortès interdit tout envoi d'argent à Rome pour dispenses de mariage, induites, etc., et offrait au Saint-Siège un don volontaire de 10,000 réaux pour contribuer à sa splendeur. Ce don mesquin était évidemment une insulte au pape. Le plan qu'on avait conçu de former ce qu'on appelait un clergé civil, mûrissait de jour en jour. Le colonel Sancho était à la tête de ces prétendus réformateurs du clergé. Sur sa proposition, tous les évêques espagnols furent sommés de donner dans trois jours des lettres pastorales où ils exhorteraient le peuple à obéir à la constitution, et d'envoyer ces lettres au gouvernement. Tout prêtre qui n'exécuterait pas sur-le-champ un ordre des cortès serait congédié sans pension. Le clergé était traité comme une bête de somme qu'on frappe pour lui inspirer l'obéissance et le respect. A Séville, à Malaga, à Grenade, à Oviédo, des masses entières de prêtres firent emprisonnés ou chassés. La dénonciation des prêtres qui avaient prêché contre la constitution était récompensée par des primes de 1,500 réaux: on pouvait ainsi gagner en un seul jour une somme beaucoup plus ronde que celle qu'on avait votée au pape pour entretenir sa magnificence. Le 3 mai 1821, les évêques d'Orense et de Mondonnedo furent emmenés prisonniers à Corunna, l'archevêque de Buigos et l'évêque d'Osmas incarcérés comme suspects. Le même jour, les cortès poussèrent l'effronterie jusqu'à justifier le meurtre du chanoine