L ESPAGNE
Viiiiiesa, en l'attribuant à l'amour désordonné du peuple pour la liberté. Les 21, 22 et 23 mai, les cortès réduisirent de moitié les dîmes destinées à la dotation du clergé, ce même clergé qu'on obligeait à payer annuellement 30 millions (réaux) d'impôts. Do 1,700 couvents, 800 étaient déjà supprimés en juin 1821 ; cependant l'Espagne comptait encore 19,000 moines privés de toute ressource et n'ayant d'autre perspective que la mort. Selon le récit d'un voyageur allemand en Espagne, il ne restait pas même 14 couvents dans tout le pays. — Tout curé qui quittait sa paroisse sans la permission de son alcade (maire) devait être traité comme un vagabond. Le cbapitre de la cathédrale de Santiago annonça qu'on serait bientôt obligé de fermer la cathédrale parce qu'on n'avait pas de quoi acheter des hosties.
L'inquisition était abohe ; mais onze capucins n'en furent pas moins expulsés de leur couvent sous prétexte qu'au confessionnal ils avaient fait des prosélytes contre la constitution. Les évêques nommés, mais non reconnus par le pape devaient, en attendant, administrer les diocèses comme gouverneurs. Le gouvernement voulait imiter Napoléon en faisant confirmer les évêques par les métropolitains et en les séparant de Rome. Vers la fin de 1821, la fureur révolutionnaire s'éleva jusqu'au paroxysme de la folie. De tous les points de l'horizon, des adresses pleuvaient sur le pauvre Ferdinand VII et lui montraient la guillotine de Louis XVI en perspective. La royauté était tombée au dernier degré de l'avihssement. Ferdinand déclara qu'il attendait la mort les armes à la main et à la tête de sa garde. Les cortès qui s'ouvrirent le 1" mars 1822 étaient si radicales qu'elles nommèrent président le fameux don Riégo, auteur de la révolution de 1820. Les fêtes furent supprimées, et dans tout le pays les prêtres et les moines reçurent l'ordre de ne point quitter leurs demeures. Le 7 juillet 1820, à Madrid, un combat s'étant engagé entre la garde royale et l'armée, et la garde aj^ant été vaincue, les ambassadeurs des puissances européennes à Madrid déclarèrent qu'elles rendaient le ministère ainsi que toute l'Espagne responsables des mauvais traitements infligés au roi et à la famille royale, dont la vie courait les plus graves dangers. Depuis ce temps, le roi fut
captif au milieu de son peuple. Il dut faire et fit réellement tout ce que voulurent les ennemis du trône.
En septembre 1822, le chanoine radical J. Laurent de Villanueva fut nommé ambassadeur à Rome ; mais il ne pouvait être accepté, parce qu'il avait écrit et agi contre l'Eglise comme membre des cortès. Il avait proposé, entre autres réformes^ de ramener l'Eglise à sa condition primitive et apostolique, c'est-à-dire d'abolir le pape et les évêques. Le chanoine ;, âgé de soixante-cinq ans, partit cependant et arriva le 13 novembre 1822 à Turin, où il apprit qu'il ne serait point reçu à Rome*. Le gouvernement espagnol déclara à^ son tour qu'il renverrait le nonce du pape. Le 3 janvier 1823, le cardinal Consalvi adressa sur ce sujet au gouvernement espagnol une lettre très-détaillée. Le nonce de Madrid, Giustiniani, archevêque de Tyr, reçut ses passeports et partit le 28 janvier, après avoir déposé une protestation 2.
Le moment était venu d'enlever à l'Eglise l'autre moitié des dîmes, qui du reste n'étaient plus payées par personne. En compensation, les cortès imposèrent au clergé un sacrifice extraordinaire de 20 millions, en dehors des 30 millions de l'impôt ordinaire et annuel. On s'occupa ensuite de confisquer les trésors « superflus » des églises. Neuf évêques furent expulsés ou destitués au commencement de 1823, entre autres le célèbre Raphaël Yelez, évêque de Ceuta,puis archevêque de Santiago, dont l'ouvrage universellement connu : Apologie de l'autel et du trône, pubhé en 1818, fut interdit par le nouveau gouvernement. De grandes troupes de prêtres émigrèrent en France. L'évêque de Vich, Raymond Strauch, vieillard de soixante-quinze ans et l'un des plus remarquables évêques d'Espagne, après avoir été longtemps dans les prisons de Madrid et de Barcelone, fut mis en jugement et élargi en avril 1823. Il avait reçu, ainsi que deux ecclésiastiques, des passe-ports pour Tarragone ; mais arrivé à Ordalt, à six lieues de Barcelone, il fut tué d'un coup de pistolet par le commandant du poste à qui il avait montré ses passe-ports. Les deux
*I1 apprit qu'il ne serait pas reçu du Saint-Siège.
* Les actes complets se trouvent dans le Diario romano, 22 févr. 1823 ; puis dans VAllg. Ztg., 1823, n. 41-49 de l'appendice; voyez des extraits dans le Catholique de 1823, t. VIU, livrais, iv.