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L ESPAGNE

prêtres qui raccompagnaient subirent le même sort. A Barcelone, on continuait de fusiller les prêtres et les moines.

Le 19 mars 1823, mourut après une longue maladie l'arîhevêque de Tolède, don Louis de Bourbon, cardinal et conjeiller d'Etat (dont la sœur était l'épouse divorcée du prince le la Paix) ; il était âgé de quarante-cinq ans. C'était, selon la remarque qu'on fit alors, l'anniversaire du jour où le cardinal avait, en 1812, proclamé la constitution des cor tes. Sa conduite dans l'affaire du nonce avait été plus agréable à Madrid qu'à Rome. Il vécut assez pour voir le retour du chanoine Villanueva dans sa patrie, mais non pour assister à la chute d'un gouvernement qu'il avait aidé de toutes ses forces à établir*.

La tombe s'était à peine refermée sur lui lorsque l'ange de la délivrance vint chasser du sol de l'Espagne le démon qui avait persécuté l'Eghse par le fer et par le feu. Cet ange, ce fut une armée française bien équipée, qui, sous la conduite du prince d'Angoulême, franchit la frontière le 7 avril et occupa Madrid le 24 mai. Les cor tes en étaient sorties le 20 mars, entraînant avec elles le roi à Sévilfe. Pendant ce voyage, les cortès avaient suspendu le roi et établi une régence qu'elles faisaient parler au nom de Ferdinand VIL Le 14 juin, elles emmenèrent avec elles de Séville à Cadix le roi déposé, et, après l'avoir reconnu de nouveau, le livrèrent aux Français quand ceux-ci arrivèrent à Cadix. Les membres des cortès, qui avaient si souvent crié : La constitution ou la mort! la victoire ou la mort ! ne furent ni victorieux ni disposés à mourir. Ils montèrent sur des vaisseaux hbérateurs , pour attendre des temps plus propices. Qu'ils aient mis leur vie en sûreté , on ne peut guère leur en faire un reproche, mais après avoir tant de fois juré qu'ils étaient prêts à mourir pour la libre Espagne, après que tant de milliers d'Espagnols étaient morts par leur faute, le monde s'attendait à les voir tenir parole , et comme ils ne le firent point, il avait le droit de les traiter de vantards.

Ferdinand VII annula tous les actes accompHs par le gouvernement constitutionnel depuis le 7 mars 1820 jusqu'au

* Catholique, 1823, t. XLI.

1" octobre J823. La régence, qui s'était formée le 26 mai à j Madrid, avait, entre autres restaurations, décidé celle des cou- » vents, y compris les jésuites. Le 6 octobre, un décret royal | portait que des missions seraient prêchées pour combattre

Iles doctrines erronées, corrompues et hérétiques ; cette mesure était plutôt du ressort des évêques. Les prêtres qui . s'étaient attelés au char de la révolution furent relégués dans des couvents de l'étroite observance.

De 1824 à 1829, l'Eghse d'Espagne porta des fruits magnifiques et qui donnaient les plus belles espérances. Malheureusement; de nouveaux et plus terribles orages démentirent bientôt ces consolants pronostics. Les évêques expulsés prêchaient partout la modération et la concorde des esprits. Les élections épiscopales qui eurent lieu alors donnèrent à l'Eghse d'Espagne des chefs distingués et vraiment aposto- /liques. Les évêques travaillèrent aussi dans la presse , et le / dominicain Merino, évêque de Minorca depuis i 831 , fut un f des plus actifs collaborateurs du Hestaurador. Il procura également la publication de la Coleccion eclesiastica, trèsimportante pour l'histoire ecclésiastique de l'Espagne *.

La nomination aux évêchés du sud de l'Amérique suscita entre Rome et l'Espagne un conflit nouveau et tout-à-fait inattendu. De 1820 à 1823, pendant que les hbéraux d'Espagne vociféraient « la constitution ou la mort I » les colonies espagnoles de l'Amérique méridionale s'émancipèrent complètement et se constituèrent en Etats indépendants. Ces nouveaux gouvernements cherchèrent encore, du vivant de Pie YII, à faire reconnaître leur autonomie et à nouer des relations avec Rome. Pour que l'Eglise se maintint dans ces contrées, il devenait de jour en jour plus nécessaire de s'inté-

' Coleccion eclesiastica espanola , comprehcnsiva de los Brèves de S. Santitad, notas del nuncio, representaciones de los senores obispos à las cortes, pastorales, edictos, etc., con otros documentos relatives à las innovaciones , hechas por los constitucio?iales en materias eclesiasticas desde el 7 de marzo de 1820. Madrid, 1823-1828, 14 tom. in-8o. (Il eut pour collaborateur Garrasco Hernando, plus tard évéque d'Iviza, mort en 1852.) — On doit encore à Merino, sous le titre de Biblioteca de la Religion, un recueil de traductions de de Maistre, de Lamennais, etc. Voir sa vie dans Wagner, p. 353-350, tirée de Wisemann, Ueber die Kirche von Spanien, Gesammelte Schriften, 3 vol., en allem. Regsb., 1854, t. III, p. 21.

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resser à leurs besoins spirituels. Le gouvernement de Colombie, dont Bolivar était le chef, envoya don Ignace Texada demander à Rome des évoques ou des vicaires apostoliques ; mais l'ambassadeur d'Espagne, le célèbre marquis de la Constancia (précédemment chevalier de Vargas), insista vive- \ment auprès du pape pour que l'envoyé de Colombie ne fût pas toléré à Rome, et demanda son éloignement à diverses reprises. Ignace Texada, après avoir été reçu par le pape et par le secrétaire d'Etat, se rendit de Rome à Bologne.

Sous Pie VII, l'Etat du Chili avait déjà envoyé don Cienfuegos à Rome en qualité de négociateur ; mais l'ambassadeur d'Espagne avait alors trop d'influence à Rome pour que don Ignazio, qui du reste s'était abouché avec les républicains de la ville, obtint aucun résultat. L'ambassadeur d'Espagne mourut le 24 octobre 1824, en suite d'une attaque d'apoplexie; il était âgé de quatre-vingt-quatre ans. Sa mort fut une grande perte pour son pays et pour l'Eglise, bien qu'elle permît de s'occuper des intérêts de l'Eglise dans le sud de l'Amérique. Le pape fit des représentations au gouvernement de Madrid ; les évêchés de l'Amérique étaient sans évêques, et les fidèles demandaient à grands cris des pasteurs. C'était le devoir du pape d'exhorter l'Espagne, soit à faire des démarches sérieuses et efficaces pour recouvrer ses colonies, soit à reconnaître que le Saint-Siège avait le droit de nommer aux évêchés vacants. Le 20 juillet 1825, le souverain pontife adressa au président du Mexique une réponse pleine de politesse, et des relations diplomatiques s'étabhrent peu à peu entre le Saint-Siège et les républiques de l'Amérique méridionale .

Au consistoire du 2 octobre 1826, le nonce Giustiniani fut élu cardinal et retourna à Rome. Le consistoire du 21 mai 1827 nomma enfin des évêques pour la Colombie, notamment pour les archevêchés de Bogota et de Venezuela ou Caraccas, et pour quatre évêchés. Léon XII disait dans ce consistoire : « Nous avons toujours devant les yeux les Eghses d'Amérique qui, destituées de pasteurs pendant si longtemps , traversent une succession désolante de calamités. Nous avons toujours ressenti dans notre cœur une blessure douloureuse chaque fois qu'on nous a rappelé que les fidèles se plaignaient

d'être privés de consolation, parce qu'il ne se trouvait personne pour leur rompre le pain de vie. Nous avons donc préposé à ces Eglises des évèques qui, ornés de vertus pastorales, les purgeront de leurs souillures et les feront refleurir*. »

Le chargé d'affaires de l'Espagne à Rome, ayant mandé à sa cour que cette institution d'évêques avait eu lieu en suite d'un concordat entre Rome et la Colombie, le conseil d'Etat de Madrid proposa de ne point accueillir en Espagne le nonce du pape Tiberi, et tous les employés des frontières reçurent des instructions en conséquence. Le 12 juin, une nouvelle note envoyée par l'ambassadeur de Rome ayant demandé que le roi donnât Yexequatur aux bulles de nomination des évêques pour le sud de l'Amérique, des discordes et des troubles éclatèrent de nouveau ; toutefois, on revint bientôt à des sentiments plus modérés. Le nonce Tiberi arriva à Rayonne le 18 juin 1827 et y attendit plusieurs mois l'effet des négociations entre Rome et l'Espagne. On finit par l'accepter comme légat du pape. Ferdinand YII envoya un capitaine général le complimenter à Rayonne. Sorti de cette ville le 28 septembre, le nonce fut accueilli sur sa route avec toutes les marques d'honneurs accoutumées, et arriva à Madrid le 7 octobre ^. Un des premiers diplomates de l'Europe , M. de Labrador, qui se signala tout particulièrement au congrès de Vienne, fut envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur.

Les résultats immédiats de l'année 1829 furent désastreux pour l'Espagne : c'est l'année où Ferdinand VII se maria, en troisièmes noces, avec Marie-Christine de Naples, cause principale , sinon unique, des calamités indicibles qui depuis lors ont abattu et ruiné l'Etat et l'Eglise en Espagne. Christine décida le roi à supprimer pour les enfants mâles la loi sahquej de la succession au trône (usitée chez les Rourbons) et à rétablir l'ancienne loi de succession espagnole (29 mars). Les] cours bourboniennes protestèrent vainement. Cette modification fut mise en pratique lors de la naissance de la reine actuelle, Isabelle (10 oct. 1830). En septembre 1832, Ferdinand VII révoqua cette disposition, mais il ne tarda pas à

* Léo XII, par Artaud-Scherer, p. 374.

» Allg. Ztg., n. 186, 188, 193, 293, 330, année 1827.

i/angleterre. 300

révoquer sa rétractation, tandis que son frère don Carlos de Portugal protestait contre tout ce qui pouvait être contraire à ses droits de succession*.

Consalvi avait fait entrevoir à Léon XII l'espoir qu'il survivrait à l'émancipation des catholiques d'Angleterre. Le roi Georges III (1760-1820) les détestait cordialement et ne les appelait jamais que des chiens. Invoquant son serment de 1760, il déclara qu'il tiendrait pour son ennemi personnel quiconque proposerait une mesure en faveur des catholiques. Georges III attribuait son penchant à la folie aux instances que Pitt lui faisait à ce sujet. Pitt promit de se taire et de faire attendre aux catholiques des temps plus favorables. 11 garda donc le silence tant que vécut le roi. En 1807, l'affaire des catholiques reparut à la maison basse, et on s'attendait que le roi n'y prendrait point de part^ comme il faisait pour tout le reste. Mais Georges III avait encore assez de force pour déchaîner sa colère contre les chiens de catholiques, et ceux-ci durent attendre la mort de ce faible et octogénaire vieillard. Déclarés inhabiles à occuper la plupart des fonctions de l'Etat et de la commune, ils étaient, en fait, exclus de tous les emplois publics, et encouraient les plus terribles châtiments quand ils ne prêtaient pas les serments et ne remplissaient pas les conditions qu'on leur imposait. Leur incapacité légale, en les mettant pour ainsi dire hors la loi, les dévouait à tous les affronts et à toutes les ignominies que la portion la moins honnête des protestants leur prodiguait abondamment*.

Les catholiques obtinrent pour chef Daniel O'Connel, né en i775, l'homme le plus actif peut-être de l'Irlande. Sans le secours de ses talents et de son adresse, les cathoUques d'Angleterre auraient difficilement atteint leur but. Georges III mourut en 1820; mais l'œuvre de l'émancipation ne fit des progrès sérieux qu'en 1824, après que O'Connel se fut alhé à son

* Gaj. Baluffi, Das vordem spanische Amerika aus dem religiœsen Gesichtspunkte hetrachtet , von dem Zeitpunkte seiner Entdeckung an bis 1843, 2 vol. Vienne, 1848. — Los intereses catôlicos en America, por José-Ign.-V. Eyzaguirre, 2 vol. Par., 1859. — Viccnte de la Fuente, Historia eclesiastica de Espana, t. III-IV. Barcel., 1855-1858. — (Gams, Kirchengeschichte des xix Jahrhund., III, p. 110-146.)

* Uebetsicht der politischen Beschrœnkungen der Katholiken in Grtossbviiannien, dans le Catholique, 1829, t. XXXllI, p. 195.

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