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370 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.
compatriote Sheil. La noblesse et l'épiscopat catholique entrèrent dans la nouvelle association fondée par O'Connel. L'obstacle à vaincre résidait alors dans le peuple anglais, élevé dans l'intolérance et la haine des cathohques. Un nouveau bill, rendu contre eux en 1825^ dissolvait leur association ; mais ce n'était là qu'une vaine formalité. Les chefs des catholiques furent assez habiles pour prévenir toute mesure de violence et profiter des lacunes de la loi pour ressusciter l'association sous une forme nouvelle. Aucun de leurs actes ne sortait des bornes de la loi; supprimée comme société politique, l'association s'était reconstituée comme société de l'instruction. Les collectes d'argent furent remplacées par des souscriptions en faveur des pauvres. Conformément à la loi, on se séparait au bout de quinze jours pour se réunir de nouveau ; des meetings étaient tenus dans toutes les provinces. Malgré l'affluence considérable du peuple, tout restait dans les limites de la légalité.
, En 1826, un bill proposé par Burdett en faveur des catho- [ liques fut adopté dans la maison basse par 268 voix contre • 241. Mais l'héritier présomptif du trône, le duc d'York, fit un coup d'audace pour empêcher l'adoption du bill dans la maison haute. Il rappela « la maladie douloureuse et les années de tristesse qui avaient enveloppé l'existence de son illustre et bien-aimé père, » à cause de ses scrupules de conscience concernant le serment de fidélité à la couronne. Mes principes, ajoutait-il, sont les mêmes que ceux de mon père; quelle que soit ma position, j'entends les professer, les maintenir et y conformer ma conduite jusqu'à mon dernier soupir. Les amis des catholiques en conclurent qu'il fallait encore réaliser l'émancipation des cathohques sous le règne du roi factuel (Georges IV), ou y renoncer définitivement. Mais le bill présenté en leur faveur fut rejeté par les lords le 18 mai 1826, à une majorité de 48 voix sur 308 membres, dont se composait l'assemblée*.
Dans les séances suivantes du parlement (1826-1827), cette question ne fut point agitée. L'objection faite aux catholiques que leur soumission spirihieUe envers le pape était un
« Histoire d'Angleterre^ de 1816 à 1846, par Martineau.
l' ANGLETERRE. 371
obstacle à Tobéissance civile qu'ils devaient au souverain s temporel, fut réfutée dans la célèbre Déclaratioîi des évéques catholiques, des vicaires apostoliques et de leurs coadjuteurs en Angleterre, signée par tout l'épiscopat catholique d'Angleterre et d'Ecosse, et rédigée par l'évêque John Milner, auteur de But et fin des controverses religieuses. Une seconde '^adresse, ou explication des catholiques anglais, du 1" juin 1826, à laquelle les évêques d'Irlande ajoutèrent une explication particulière, avait pour objet d'exhorter les habitants de la Grande-Bretagne à déposer leurs préjugés contre les cathohques*.
iUn nouveau parlement s'ouvrit le 15 novembre 1826. Dans la c( convocation » du clergé anglican qui eut lieu ce jour-là,' le docteur Monik, doyen de Peterborough , prononça un discours foudroyant contre l'amélioration du sort des catholiques : les combattre, disait-il, est le principal but de la haute ; Eglise. Le 5 mars 1827, Burdett proposa de nouveau, dans la "• maison basse, d'adoucir les lois contre les catholiques : c'était l'époque où Robert Peel les combattait avec une ardeur particulière. Dans la votation du 7 mars, 272 voix se prononcèrent pour la proposition de Burdett, et 276 contre. Le 28 août , la mort soudaine du ministre Canning enleva aux catholiques un appui considérable.
ILe 8 mai 1828, le noble sir Francis Burdett présenta de ouveau sa proposition en faveur des catholiques, et après Iune discussion de trois nuits, elle fut adoptée par une majorité de 272 voix contre 266. Il était donc reconnu en principe que les catholiques ne pouvaient être, comme tels, exclus du parlement et des fonctions publiques. La maison est d'avis, disait le décret, qu'il est urgent de relever les catholiques romains des incapacités qui pèsent sur eux, en vue d'un arrangement conciliateur et définitif pour la paix et la force du Royaume-Uni, la stabilité de l'Eglise établie, la concorde et la satisfaction de toutes les classes des sujets de Sa Majesté. iLes 9 et 10 juin, cette proposition fut discutée dans la mai- Ison haute. Les archevêques de Cantorbéry et de Tuam, les 1 évêques anglicans de Lincoln, Durliam, LandafTet d'autres
' Artaud, Op. cit. >./ , ^
encore parlèrent contre les catholiques. Dans la votation du 40 juin, les catholiques eurent de nouveau contre eux une ! majorité de 45 voix (en 1825 elle avait été de 48 voix)*. 1 Cependant le duc de AYellington et sir Robert Peel se prononçaient de plus en plus en leur faveur. Le parlement s'ouj-k vrit derechef le 5 février 1829; mais Léon XII ne devait pa|1 en voir l'heureuse issue ; il tomba malade le même jour ej ne devait plus se relever. — Le 5 mars, sir Robert, dont les vues s'étaient complètement modifiées sur ces entrefaites, recommanda à la maison des communes l'émancipation des catholiques, et soutint de nouveau leurs intérêts dans un brillant discours prononcé lors de la seconde lecture qui eut lieu le 17 mars. Le lendemain, le bill fut accepté par une , majorité de 180 voix, 353 contre 173. Le 31 mars 1829, j Robert Peel monta à la tribune de la maison haute pour préconiser le bill, et le 2 avril Welhngton prononça un long discours dans le sens des catholiques. L'évêque d'Oxford défendit également leur cause. Le vote décisif eut lieu le 4 avril vers onze heures de la nuit. A la seconde lecture, le bill fut adopté par 274 membres présents et par 70 qui s'étaient fait représenter; il fut rejeté par 79 membres présents et par: 33 absents. A la troisième lecture, il y eut une majorité de , 104 voix pour l'adoption. Le 13 avril, le bill recevait la con-^^ flrmation royale. Les catholiques obtenaient cette justice partielle un âge d'homme après la réunion de l'Irlande à l'Angleterre.
Le bill d'émancipation se compose de six points, dont un notamment relève les catholiques de toutes les incapacités qui pesaient sur eux, et leur confère les mêmes droits civils qu'aux membres de la haute Eglise. Ils peuvent faire partie des deux chambres du parlement, sans aucune restriction de nombre, mais ils sont soumis à un serment particulier. Ils peuvent exercer toutes les charges municipales, devenir sheriffs et juges. Par contre, ils ne peuvent être établis dans les universités ni dans les charges qui se rapportent à TEglise officielle ; ils ne peuvent devenir lords chanceliers ni lords lieutenants d'Irlande. Quant aux droits
» Voir M. Guizot, Sir Robert Peel, 1 vol.
l'angle VERHE. 373
de propriétés, ils sont les mêmes pom' eux que pour les dissidents. Les rapports des catholiques avec Rome ne sont soumis à aucun ve/o, ni autre immixtion. Il est défendu aux congrégations religieuses de se multiplier, et on fera en sorte qu'à ^ravenir aucun jésuite n'entre plus dans le pays ; on prendra (îiote de ceux qui s'y trouvent actuellement. Le cens électoral est élevé de 40 schillings à 10 livres sterlings*.
Louis Bonaparte, roi de Hollande de d806 à 1810^, fut autant qu'il dépendait de lui bienveillant et équitable envers les catholiques; pour la première fois ils furent admis au conseil d'Etat et à d'autres fonctions. En Hollande, on ne l'appelait que le bon roi. Son règne dura peu. En 1810, la Hollande et l'Allemagne du nord-ouest furent englobées dans le vaste empire, et Louis, qui en 1808 avait osé refuser la couronne d'Espagne, rentrait dans l'obcurité de la vie privée. Le 2 juillet J810, brouillé avec Napoléon, il abdiqua en faveur de son fils aîné. Napoléon I", mécontent de cette translation, prononça le 9 juillet la réunion de la Hollande à l'empire français. Louis se retira à Gratz en Autriche. Le 6 mai 1810, lors de la grande audience qu'il donna à Bréda aux Hollandais, Napoléon adressa au clergé cathohque présent un de ces sermons fulminants où il n'a pas eu d'égal. Cette verte semonce répandit au loin l'espoir que Napoléon allait se faire calviniste, peut-être même luthérien. H qualifia les prêtres et les évêques présents de vers de terre, d'esprits étroits et ignares. Si, avant le concordat, ajouta-il, je m'étais fait protestant, trente millions d'hommes auraient suivi mon exemple. Interpellant le vicaire apostolique de Bréda en particulier : « Le pape, lui dit-il, n'a pas le droit de vous nommer, c'est moi qui fais les évêques. Il faut vous soumettre à l'archevêque de Malines (de Pradt, archevêque par la grâce de Napoléon) ; si vous persévérez dans vos
» Le Catholique de 1829, t. XXXIV, p. 330-373. — Katholische Blœtter ans Tyrol, ann. 1843, p. 193,210, 321, 337, 369, 809; ann. 1844, p. 317. — Aug. Theiuer, Sammlung einiger voichtigen offiziellen Aktemtûcke zur Geschichte der Emancipation der Kalholiken in Englund. Mainz, 1835.
* Denkschrift ûber die Lage der Katholiken in den Niederlanden seit
ihrer Emancipation im Jahre 1798 bis auf unsere Tage. Cologne, 1850.
Die Lage der Katholiken in Holland, dans Histor. -polit. Blœtt., t. XXVII, p. 658-685.
'21 A HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
principes, vous serez puni en ce monde et damné dans l'autre*. »
En 181 5, la Belgique et la Hollande échurent à Guillaume I" d'Orange et formèrent le royaume des Pays-Bas unis, composé d'environ six millions d'habitants, dont quatre millions étaient catholiques. Le roi dévoila aussitôt son antipathie pour le catholicisme; il se fit à Rome l'accusateur des évêques de la Belgique, mais au lieu de lui donner raison, on l'invita ou à modifier sa constitution de manière que les évêques pussent lui prêter serment, ou à ne point exiger de serment. Persuadé qu'il pourrait sans le pape en finir avec les évêques belges*, le gouvernement érigea en loi les articles organiques de 1802, par lesquels Napoléon P'" avait anéanti le concordat de 1801. La haine se concentra principalement sur M^"" de Broghe, évêque de Gand, qui fut mis en accusation. Le 26 septembre 1816, afin d'accaparer complètement l'ins-j truction de la jeunesse, le roi institua en Belgique trois unii versités, qui reçurent l'ordre d'enseigner les principes de Jo-f seph IL La Belgique tout entière fut inondée d'une armée da protestants hollandais ; toutes les fonctions militaires furoiii remphes par des ennemis de l'Eglise. La langue hollandaise fut imposée aux Belges. L'évêque de Gand, « le nommé Maurice de Broglie, » accusé de « crimes, » fut cité en justice. Le 9 octobre, l'évêque d'Amiens ayant répondu par une protestation motivée , une sentence de la cour d'assises le condamna à la déportation. L'exécuteur des hautes œuvres afficha le jugement sur l'échafaud entre deux voleurs exposés en public ^. Sur la fin de février 1818, le gouvernement déclarai que M. de Broglie étant mort civilement, ne pouvait pas être] remplacé par un vicaire général, et que ses pouvoirs étaient dévolus au chapitre. Le chapitre refusa l'administration du diocèse.
Les mesures rigoureuses se succédaient sans relâche. On
i Napoléon in Brcda, 1810. [Histor.-polii. Blœtt., 1845, t. XVI, p. 646- 650; t. XVII, p. 63-64.)
» Robiano, t. III. Par., 1836, p. 278. — Âllg. Ztg., 8 août 1816.
' « Ce jugement, disait le malheureux Ernest Muuch, fut comme un coup de tonnerre pour les récalcitrants; mais il ne servit qu'à alimenter en secret le feu de la haine. On avait juré de tirer une vengeance sanglante de la dynastie des Oranges et de leur système religieux »
enrôlait les séminaristes dans le service militaire, on retirait' aux desservants toute subvention et on suspendait les curés. Celui de Bruges, Corsélis, fut destitué par un décret des états provinciaux; les vicaires généraux de Gand et trois chanoines honoraires furent privés d'une partie de leur traitement, et les autres chanoines menacés du même sort s'ils ne cédaient point. Le Surre, premier vicaire général, fut condamné, par ordonnance royale du 16 mai 1818, à quitter le royaume en trois jours ; il adressa vainement au roi une représentation respectueuse*.
Les 9 et 11 mars 1818, il fut interdit à toutes les congrégajtions religieuses d'hommes et de femmes de recevoir des novices, la vie contemplative à laquelle elles s'adonnaient étant inutile au bien général. Cependant, on leur fit la grâce de les tolérer dans leur état actuel jusqu'à leur extinction. Les vœux perpétuels furent sévèrement interdits aux moines et aux nonnes. On viola l'enceinte paisible des couvents pour s'assurer s'ils ne recelaient point des moines et des religieuses. Des prêtres suspendus par leurs évêques furent investis des plus hautes fonctions ; ainsi l'abbé Buydens, destitué par son évêque, fut nommé par le roi Guillaume P' premier aumônier du royaume. La pieuse Belgique fut inondée de caricatures, de libelles infâmes contre le pape et les institutions ecclésias-j tiques. Un ennemi juré de l'Eglise, Jean Reinolds, qui s'étaiti répandu en injures contre Rome et le souverain pontife, fut= envoyé à Rome en qualité de légat.
Un mémoire sur la triste situation des cathohques belges fut adressé aux monarques d'Autriche, de Russie et de Prusse par l'evêque expulsé de Gand, et remis en son nom au congrès d'Aix-la-Chapelle par M. Robiano, auteur d'une Histoire de r Eglise. Le prince Metternich disait alors au roi Guillaume I": « Si votre Majesté persiste à traiter ainsi ses sujets catholiques , elle les perdra infailliblement. » Guillaume continua de travailler à l'extirpation du catholicisme dans ses Etats , en quoi il fut principalement soutenu et encouragé par le ministre Van Maanen, un ennemi mortel de l'Eghse. Tant de souftrances précipitèrent dans la tombe l'evêque exilé de
» Robiano, t. Ul, 288.
Gand, qui recevait chaque jour de nouveaux rapports sur l'état lamentable de son diocèse. Un de ses vicaires généraux expulsé, deux autres cités en justice, des chanoines renvoyés du chapitre, des curés privés de leur traitement, l'Eglise catholique attaquée dans ses droits et dans l'exercice de ses droits, toutes ces causes avaient complètement ruiné sa santé. Il mourut à Paris, le 20 juin 1821, âgé de cinquante-cinq ans^
Après la mort de l'évêque de Gand, les catholiques espéraient voir enfin la conclusion du concordat depuis si longtemps annoncé entre Rome et les Pays-Bas ; car l'évêque de Gand avait été considéré jusque-là comme le principal obstacle (parce que Rome n'avait pas voulu abandonner sa cause). Cet espoir fut déçu.
Quelques laïques formèrent alors Y Association catholique de Belgique, Déjà auparavant il s'était établi en Hollande une Association catholique pour la lecture des bons livres, présidée par un calviniste converti, le Sage-ten-Broeck. Celle de Belgique avait à sa tête un laïque, M. de Robianp de Borsbeek, écrivain distingué, issu d'une des premières familles catholiques^.
Le 23 août 1823, les calvinistes de Haag ayant interdit la société belge, sous prétexte qu'elle semait la désunion parmi les citoyens, Robiano demanda au gouvernement la permission de tenir une bibhothèque publique ; comme on ne pouvait lui refuser cette demande , la société fut maintenue sous un autre nom.
En 1825, une nouvelle persécution éclata contre l'Eglise dans les Pays-Bas, et tout parut indiquer qu'on visait à sa destruction radicale. La passion rend sourd aux enseignements de l'histoire. Un âge d'homme s'était à peine écoulé depuis que Joseph II , par la suppression violente des séminaires épiscopaux en Belgique et par l'établissement forcé
* Voyez sa biographie dans VAmi de la religion et du roi, t. XX VIII.
* Il ne faut pas le confondre avec le comte Robiano, prêtre et auteur d'une Histoire de l'Eglise aux dix-huitième et dix-neuvième siècles Jusqu'en 1830, dont le tome IV traite des événements dont nous parlons : Continuation de l'Histoire de l'Eglise de Bërault-Bercastel, depuis 1721 Jusqu'en 1830, par M. l'abbé comte de Robiano, t IV (1815-1830), éd. Gaume.
de son séminaire général, ou plutôt de son séminaire de gendarmes, à Louvain * , s'était aliéné la fidèle et catholique Belgique , et avait ainsi creusé son propre tombeau , et Guillaume I" d'Orange commettait la môme faute en érigeant son séminaire général de philosophie. Il est certain, en effets que cette usurpation des droits de l'Eglise a contribué efficacement à décréditer tout-à-fait la domination des Oranges en Belgique. Quand on compare la séparation de la Belgique d'avec l'Autriche en 1789 avec la séparation de la Belgique d'avec la Hollande en 1830, on est étonné de leurs nombreuses analogies.
Jusque-là, les candidats du sacerdoce avaient été élevés dans les séminaires épiscopaux. De longues négociations ayant été vainement entretenues avec Rome pour la conclusion d'un concordat, le nonce Nasalli dut quitter le pays. « On vit paraître alors, dit Gœrres, deux décrets ab irato (14 juin 1825), dont ^'un supprimait tous les petits séminaires et ordonnait l'établissement d'autres séminaires ecclésiastiques, dont les élèves seraient tenus de recevoir dans les collèges et les lycées les leçons de maîtres nommés par l'Etat ^. » Une nouvelle institution destinée à fournir un clergé correct et selon le goût du gouvernement fut créée sous le titre de Collège philosophique. Le roi nommait tous les professeurs, le supérieur, un ou plusieurs sous-directeurs. Après un terme de deux années, nul enseignement philosophique ne pourrait plus être donné dans les séminaires épiscopaux, et aucun élève ne pourrait être admis dans ces derniers sans avoir étudié deux ans au collège philosophique, lequel se vit accablé de faveurs, tandis que les séminaires épiscopaux étaient frustrés de leurs subventions et privilèges. Quant à la surveillance de l'archevêque de Malines, il n'en était pas question ; tout s'était fait à son insu, et ce furent les journaux qui lui apprirent sa nomination comme curateur. Il protesta sur-le-champ contre ces nouvelles mesures, et avec lui le seul évêque qui vécût encore alors, l'évêque de Namur, Pisani de la Gaude. Les grands vicaires des sièges vacants de Liège, Gand, Tournai, les vicaires généraux de Herzogenbusch et Bréda , enfin le su-
* Theiner, Der Cardinal Frankenberg, 1850.
» Catholique (1826, t. XIX, p. 83, Die Kirchenverfolgung in Holland).
périeur de la mission hollandaise, les sept archiprêtres de Hollande et tout leur clergé suivirent cet exemple. Tous les prêtres auxquels on avait songé pour les places de professeurs ou de directeurs déclinèrent leur nomination, malgré les prières et les menaces dont ils furent assaillis.
Toutes ces résistances ne firent qu'accroître l'aigreur à\i% gouvernement. Le 12 juillet, un nouveau décret rendu sur la proposition du directeur du culte catholique, Goubau , ^ défendait, à partir du jour de sa publication, de recevoir dans J les séminaires épiscopaux tout élève qui n'aurait pas fait ses études préparatoires au collège philosophique. On voulait le peupler sur-le-champ de recrues forcées et amener le clergé à la condescendance en lui montrant que son entêtement en-' traînerait la dépopulation complète des séminaires épiscopaux.À
Ce ne fut pas tout. Une ordonnance du 24 juillet statua! que la jeunesse des petits séminaires, jusque-là exempte de la* conscription, serait inscrite parmi les recrues de l'armée si elle refusait d'entrer comme recrue dans le séminaire philosophique. On alla plus loin encore. Le 24 août, le roi déclara j que tous les jeunes Belges qui depuis le 1" octobre avaient 1 achevé à l'étranger leurs humanités, leurs études théolo- ' giques ou universitaires , n'obtiendraient aucune fonction dans le royaume, ne seraient admis à aucune charge ecclésiastique, que dis-je? ne pourraient pas même étudier dans une université belge ni dans le collège philosophique. Le 3 septembre enfin, les subventions accordées jusque-là aux séminaires furent retirées au profit du collège philosophique. Le 1" octobre, tous les séminaires, ainsi que les nombreux collèges catholiques de la Belgique et de la Hollande , furent fermés par mesure de police. Les collèges privés, où les parents catholiques faisaient élever leurs enfants, n'avaient pas coûté une obole à l'Etat. On semblait vouloir extirper toute éducation catholique. Non-seulement on interdit les missions, mais on expulsa jusqu'aux pauvres frères des Ecoles. Les biens des séminaires furent confisqués. En plusieurs localités, les autorités civiles recoururent à la gendarmerie afin d'opérer plus sûrement la fermeture des séminaires. Plusieurs milliers de jeunes hommes furent réduits à l'impuissance de continuer leurs études. Quelques-uns
de ceux qui étudiaient en France refusèrent de rentrer en Bel£,nque ; d'autres interrompirent leurs études. On employa les dragonnades pour recruter des élèves au collège de Louvain ; les gendarmes allaient à la découverte des jeunes étudiants et les obligeaient à se faire ou philosophes ou soldats.
; Le collège philosophique s'ouvrit le 17 octobre. Seber, projfesseur à Bonn, excellent sujet d'ailleurs, s'était résigné à accepter une chaire de professeur. Il rencontra pour collègue,' en philosophie, un jeune augustin qui passait pour l'auteur de poésies indécentes. Un juge de première instance, ancien militaire, devait enseigner l'histoire et le droit canon, lui que ses antécédents auraient recommandé davantage pour les droits du canon, dit Gœrres. « Un directeur et deux sous-directeurs originaires du Luxembourg s'étaient associés à eux. » * Suppressions des journaux catholiques, emprisonnements de leurs éditeurs et collaborateurs, incarcérations d'ecclésiastiques, retraits innombrables de traitements, système d'espionnage et de police étendu sur tout le pays, sans parler d'autres mesures, devaient marquer les débuts de la nouvelle entreprise. On voulait par le terrorisme fermer la bouche aux trois quarts d'une population cathohque. Le grand appui du gouvernement était la franc- maçonnerie. On poussait à l'apostasie et au schisme; on caressait les schismatiques d'Utrecht (les jansénistes). Des espions étaient chargés de recueillir toute parole équivoque tombée du haut de la chaire ; quiconque écrivait dans un journal devait s'attendre à gémir des mois entiers dans une dure prison. I
Les états assemblés à Bruxelles élevèrent enfin la voix, et' le 21 décembre 1826 M. de Sasse d'Ysselt prononça un discours contre la concession de 500,000 florins accordés pour les besoins du culte. Cette somme, disait-il, est évidemment destinée à asservir l'Eglise catholique; en vain les états provinciaux ont élevé la voix , on a tout fait pour leur fermer la bouche. L'orateur terminait par ces paroles : « Si vous n'avez pas égard à nos représentations , nous n'aurons pas égard à votre détresse financière. » Le budget des dépenses fut rejeté par 72 voix contre 2i ; sur ce point, le gouvernement fut obligé de céder. La jeunesse belge continuait de faire
ses études à l'étranger. Le collège de Louvain et les six universités du pays, que l'on avait surtout pourvues de professeurs allemands , dépérissaient et tombaient à vue d'œil. De nombreuses pétitions signées dans toute la Belgique demandaient un concordat , la restauration des séminaires et des écoles, la liberté des cultes, vainement promise, et la suppression d'une multitude d'abus. Les signataires furent destitués, vexés, persécutés, les pétitions repoussées ou mises en lambeaux. Cependant Guillaume I" fut obligé de fléchir ; pour ne point perdre à la fois la Belgique et la Hollande : ! il fit quelques changements dans le personnel. Le 18 juin 1827, un concordat, en trois articles seulement, fut signé à Rome, d'une part par le cardinal Cappellari et M^'' Capac-j cini, de l'autre par le comte Celles. Le concordat de 1801 i devait être rétabli dans tout le pays , chaque évêché aurait son chapitre et son séminaire , les chapitres nommeraient les évêques après avoir présenté au roi leurs candidats. Outre les cinq èvêchés déjà existants, trois autres devaient être érigés (Bruges, Amsterdam et Herzogenbusch). Le pape • annonça la conclusion du concordat dans le consistoire du ' 17 septembre 1827 *.
Les ennemis de l'Eghse en Hollande résolurent d'en entraver l'exécution , et une circulaire annonçait entre autres \ choses qu'on maintiendrait d'abord en toute rigueur les ordonnances relatives aux séminaires et au collège philosophique. Le concordat ne fut point exécuté, le collège philosophique ne fut point fermé, les séminaires épiscopaux ne se ,rouvrirent point. Cependant les lois injustes édictées en; 1825 furent rapportées en 1829; les trois évêques préconisés' dès le 18 mai 1829 reçurent enfin la consécration, et la langue hollandaise cessa d'être imposée à la Belgique. Le directeur Goubau et M. Van Ghert , secrétaire général du conseil ecclésiastique, qui avaient déployé l'un et l'autre contre l'Eglise une haine implacable, furent destitués. Le collège philosophique fut fermé le 2 octobre^.
Mais après la chute du trône des Bourbons en 1830, les républicains Potter, Tilemann et d'autres encore, qui enten-
* Artaud-Sc'herer, p. 377-386, daDS Ern. Mûnch, II, 457-467.
* Catholique de 1829, novembre, append. xi.
daient gouverner la Belgique à leur manière , profitèrent de l'aversion du peuple pour la Hollande, et, quoique ennemis de l'Eglise, se donnèrent pour des catholiques de choix. La révolution, victorieuse en France au mois de juillet, éclata en Belgique dans le courant de septembre et renversa l'édifice du congrès de Vienne, le royaume des Pays-Bas unis. « Telle qu'un cheval ennuyé des traitements de son écuyer, la Belgique s'échappa des mains de son oppresseur*. » L'indépendance de la Belgique , devenue un fait accompli , fut reconnue par les grandes puissances. C'est une grave erreur historique de prétendre que la Belgique s'est séparée sans motif , que Tépiscopat et le clergé catholiques ont conspiré avec les révolutionnaires contre le gouvernement légi- j time : la Belgique ne s'est détachée de la Hollande qu'après ' que la Hollande eut repoussé la Belgique. Les Belges, même après la révolution de juillet, ne demandaient qu'une administration distincte^ dirigée par leur bien -aimé prince d'Orange. Quelques jours après la première insurrection populaire, les notables de Bruxelles envoyèrent trois délégués à Haag pour assurer le roi de leur inviolable fidéhté et pour le prier instamment de remplir les vœux de ses sujets. Mais à Haag on parlait encore des Belges avec un tel mépris que les délégués en furent révoltés. On les accabla d'injures et de railleries. Des orateurs hollandais exprimaient déjà le désir qu'on recourût à la force pour modérer les rebelles 2. Et voilà comment, après une malheureuse période de quinze années, l'union de la Belgique et de la Hollande fut dissoute par la puissance des faits accomplis.
/ Le 25 septembre 4807, le nonce Hannibal délia Genga, qui ; fut plus tard Léon XII, arriva à Stuttgart pour négocier un : concordat avec le Wurtemberg. H entra aussitôt en pourparlers avec les plénipotentiaires du roi. Le nonce élabora un projet et rédigea un document qu'il envoya au pape. La convention allait être signée le 1" novembre, lorsque le nonce déclara, ce jour même, que ses pleins pouvoirs venaient d'expirer en suite de nouveaux ordres reçus de Rome, et qu'il était obligé de partir immédiatement. On a cru jusqu'à
* Denkschrift ûber die Lage der Kirche in den Niederlanden, p. 20. « Denkschrift, p. 21.
ces derniers temps que la rupture des négociations était venue du Saint-Siège. Ce qui est plus vraisemblable en soi et confirmé du reste par des témoignages positifs, c'est que Napoléon, sur ces entrefaites, était intervenu par sa parole toutepuissante* . Napoléon ne pouvait pas supporter que le Wurtemberg fît un concordat de son propre chef, c'est pourquoi il intervint en maître et arrêta les négociations. En ce moment-là, le pape n'était pas moins forcé que le roi Frédéric P' de Wurtemberg de plier devant sa parole. Le ministre Champagny écrivit alors (21 septembre 1807) une lettre révoltante au cardinal Caprara. « Protecteur de la confédération du Rhin, disait-il, l'empereur doit veiller aux intérêts rehgieux de ce grand pays ; c'est pour cela que l'autorité temporelle lui a été accordée. Si l'aveuglement ou l'ignorance de quelques conseillers infidèles décidaient la cour de Rome à sacrifier aux protestants les intérêts des catholiques d'Allemagne, l'empereur, se souvenant que la religion ne peut périr et que Dieu s'est servi de lui comme d'un instrument pour la rétablir en France, ne devrait-il pas se considérer comme investi de la même mission par rapport à l'Allemagne? N'estil pas revêtu d'un sacerdoce qui lui impose le devoir de préserver les catholiques des bords de la Yislule , de l'Oder ou du Rhin, de l'influence du protestantisme, cette secte issue des abus de la cour de Rome , dont les fautes augmentent journellement la puissance? L'empereur exige donc que le concordat avec l'Allemagne soit négocié sous ses yeux , soit par Votre Eminence ou le cardinal Bayane (qui ne voyait et n'entendait rien), soit par le nonce délia Genga, dès que Tun ou l'autre aura reçu les pleins pouvoirs nécessaires.
Le 7 octobre, le secrétaire d'Etat Casoni répondit que le nonce délia Genga avait reçu ordre de se rendre immédiatement à Paris. 11 y arriva en efTet, mais personne ne voulut traiter avec lui. Le seul intérêt de Napoléon était d'empêcher
' Otto Mejer, Die Concordatsverhandlungen Wurttembergs i. J. 1807 dargestellt. Mit bisher ungedruckteti Aktenstikken. Stuttg., 1859, 101 p. {Histor.-poht. Blœtf., XLIII , p. 997-1008.) — Voir les Mémoires de Consalvi, l. V^, qni dépeint la situation critique du Saint-Siège. La France, l'Autriche et chacun des autres Etats voulaient traiter avec Rome; les deux premiers au nom de ces derniers ; ces derniers, afin de pouvoir faire acte de souveraineté.