LE WURTEMBERG
toute convention entre les Etats d'Allemagne et le Saint- Siège. Se considérant aussi comme le pape de l'Allemagne, il n'avait pas besoin du pape.
En 18 J 8, les plénipotentiaires des Etats qui formaient lar .^^ province du Rhin, le Wurtemberg, Baden, les deux Hesses,^ Nassau, Franct'ort-sur-le-Mein, etc., se réunirent en conférences religieuses dans le but d'obtenir de Rome le plus qu'ils pourraient et de lui accorder le moins possible. On tomba d'accord sur les principes d'une convention relative à la situation de l'Eglise catholique dans les Etats de la province du Rhin*. — On songeait à établir une sorte d'Eglise nationale, ou plutôt un fragment d'Eglise nationale; on fixa les yeux sur le baron libéral de Wessenberg, qui se serait probablement laissé installer comme patriarche de cette nouvelle Eglise. Au fond, on ne visait qu'à se séparer entièrement et définitivement de Rome, avec ou sans son concours, avec ou sans négociation 2. En 1819, le Wurtembergeois Schmitz-Grollenbourg et le baron de Turkheim, de Baden, se rendirent à Rome. Le premier^ un catholique, attaquait de front toutes les difficultés et croyait en imposer pai' ses airs de fier-à-bras. Quant au second, qui était protestant, il aurait voulu modifier les propositions dont il était chargé et trouver d'autres formes. Mais ils n'étaient l'un l'autre que les mandataires de leurs souverains, et ils avaient ordre de présenter leurs demandes comme un « ultimatum invariable. » Consalvi répondit par sa célèbre note du 10 août 1819 : Exposition des principes de Sa Sainteté^; confrontant
' Elle se trouve dans Ern. Mûnch, Sammlung aller Concordats , t. Il, p. 338-360. — Kirchenpragmatik fur die oberrlieinisch-katholische Kirchenprovinz, publié par L. Wolf. W., 18^3. — Die neuesten Grundlagen der deutschkatholischen Kirchenvcrfassung. Stuttg., 1821. — Beitrœge zur neuesten Geschichte der deutsch-katholischen Kîrchenver fassung in der oberrhein. Kirchenprovinz, par R. Strasbourg, 1823.
* Eru. Miinch, p. 323-332. — Otto Mejer, Die Propaganda, part, ii, p. 385-393. — Cet auteur a puisé à des sources nouvelles. Ce grand ennemi de l'Eglise ne peut s'empêcher de railler les hommes de la conférence de Francfort.
3 Esposizione dei sentimeuti di Sua Saniitù, dans E. Miinch, p. 378-409. Organon, oder kurze Andeutungen iJber das kirchliche Verf'assmigsweseti in Deutschland, Augsb-, 1829; Déclaration der Regierungen, dans Rosko- 7any, Monumenta catholica pro independentia potestatis ecclesiasticœ ab imperio civili, 2 t., Augsb., 1847 ; t. II, p. 111-138. ,.,^^^ ^^^^-1^ ^U^.^^,^
dans leur ensemble et dans leurs détails les théories des faiseurs d'Eglise de Francfort avec les principes du catholicisme et les éclairant à cette lumière, il démontra qu'il fallait les rejeter comme anticatholiques. Rome persista justement à conserver Mayence comme siège de l'archevêché ; non -seulement c'était le meilleur centre qu'on put donner aux cinq diocèses suffragants, mais il avait encore traversé glorieusement une période de plus de mille ans, il avait été le siège de l'apostolat de saint Boniface et rappelait que la dignité épiscopale s'y était conservée jusqu'à nos jours; si le pape la lui avait enlevée momentanément^ ce n'était qu'avec la plus vive douleur et contraint par la force des circonstances (en 1801). Plusieurs notes menaçantes n'ayant pu intimider Rome, les délégués retournèrent dans leur pays*. j Le 16 août 1821 vit paraître la bulle de circonscription I pour les nouvelles provinces ecclésiastiques, Provida solersf que, qui instituait les archevêchés de Fribourg pour les catholiques de Baden (et Hohenzollern), de Rottenbourg pour les catholiques de Wurtemberg, de Mayence pour Hesse- Darmstadt, de Limbourg pour Nassau et Francfort-sur-le- Mein, de Fulde pour la Hesse électorale. — Rome, sur ces entrefaites, avait été informée de la pragmatique religieuse concertée entre les gouvernements : cette œuvre, qui n'était qu'une édition renforcée des articles organiques, aurait placé l'Eglise dans la plus dure servitude vis-à-vis de l'Etat. Avant d'approuver les évêques, le pape exigea qu'elle fût retirée. Les pourparlers relatifs à l'élection des évêques et des chapitres cathédraux et à la pragmatique religieuse, par laquelle les alliés cherchaient à surprendre Rome, et qu'ils voulaient transmettre à des temps meilleurs comme un monument précieux, durèrent jusqu'en 1827. Le 11 avril de cette année, Léon XII publia sa bulle complémentaire Ad dominici gregis custodiam, où il entrait dans les plus grands détails sur l'élec-
* L'insigne grossièreté de Schmitz-GroUenbourg, qu'Otlion Mejer ne peut s'empêcher lui-même de flétrir, faisait dire au cardinal Gonsalvi : « On semble prendre le pape pour un Turc et la cour de Rome pour la Porte ottomane. » En 1820, Schmitz était déjà beaucoup plus modeste et ne cessait d'exhorter ses collègues de Francfort à la modération. Il avait vieilli d'une année.