Conversion de la Prusse
Nous avons déjà dit un mot de la conversion de la Prusse; nous allons encore en résumer brièvement l'histoire. Vers la
1 Schurzfleisch, Historia Ensiferorum. — Pott, De gladiferis seu fratribus militiœ Christi. Erl., 180G. — Ad. Hechelmann, Bernhard II , zur Lippe, Biscliof von Semgallen , 18GG. — Scriptores rerum Uvonicarum (Liv-Esth- et Curland. Riga, 1847-1849); voyez aussi la Chronique de Henri de Letten, élaborée par Hansen. — J. Kallmayer, Die Begrii7idung deutscher Herrschaft und christi. Glaubens in Kurland. Riga, 1859.
2 Scriptores rerum prussicarum, oder Die Geschichtsquellen der preussischen Vorzeit bis zum Untergange den Ordensherrsdiaft (1525). Hrsg. V. Th. Hirsch, M. Tœppen und G. Strehlke. Lpz., 1861-1866, 3 vol. (doit avoir 5 vol., contient beaucoup de nouveautés). — Arnold, K.-G. von Preussen. Kœnigsb., 17G9. — Codex diplomaticus prussiens, éd. Voigt. Kœnigsb., 1840-1848, 3 vol. — J. Voigt, Geschichte Preussens voîi den œltesten Zeiten bis zum Untergange der Herrschaft des deutschen Ordens, 9 vol. Kœnigsberg, 1827-1839. — Voigt, Geschichte Mai^ienburgs, 1824. — (Voigt, Handbuck der Gesch. Preussens, 3 vol., 2^ édit., 1850.) — Gebser, Geschichte der DomkircJie zu Kœnigsberg und die des Bistliums Samland. Kœnigsb., 1835. — J.-M. Watterich, Die Grundung des deutschen Ordensstuates in Preussen. Lpz., 1857. — Das Leben Adalberts von Prng, Apost. der Preuss., par K.-A. Tornwaldt, dans Zeitsch. fûrhist. TheoL, 1853, p. 167-203.
Monumenta historiée warrniensis, tom. Ili, Scriptores rerum warmiensium, par K.-P. Wœlky et J.-M. Saage, t. 1, Braunsb., 1866 (principalement sur l'évèché d'Ermeland , puis sur les autres évèchés de la Prusse, Kulm, Pomésamie et Samland).
CONVERSION DES PEUPLES DU NORD DE l'eUROPE. 307
fin du dixième siècle, saint Adalbert de Prague s'était présenté comme missionnaire parmi les Prussiens et avait été martyrisé (997). Plusieurs autres osèrent marcher sur ses traces et furent également mis à mort, entre autres le moine Bruno (1008). Plus heureux furent les cisterciens polonais Godfroy de Lukina (1207), Philippe et quelques autres; ils convertirent jusqu'à des princes prussiens, tels que Phalet et Sodrech. Nous savons cependant que le moine Philippe fut mis à mort. Nous ignorons le sort de Godfroy; il fut probablement victime de son zèle chrétien.
Les Prussiens étaient encore tout-à-fait sauvages et cruels, et voisins de l'animalité ; en se décidant à entrer de nouveau dans leur pays, les missionnaires feraient preuve d'un héroïsme surhumain. Cependant, nous voyons encore un moine du nom de Christien (OUva) y travailler avec succès au commencement du treizième siècle (1209-1210). Il en fut ici comme pour toutes les conversions du nord ; la passion des conquêtes s'en mêla. Les Polonais, qui convoitaient la Prusse, avaient déjà fait plus d'une tentative pour s'en emparer, et s'étaient servi du christianisme pour l'assujétir sous le rapport politique. Un nouvel essai ayant été tenté , les Prussiens se levèrent en masse, exterminèrent tous les chrétiens qui se trouvaient parmi eux , détruisirent les temples et tout ce qui rappelait un souvenir chrétien. Les provinces polonaises de Kulm et de Masovie furent envahies par la Prusse et suffisamment saccagées. Le duc de Masovie, incapable de maîtriser leur fureur, appela à son secours (1226) les chevaliers de l'ordre teutonique et les chevaliers Porte-Glaive. Ces chevahers, réunis en un clin d'oeil (1237), marchèrent contre les Prussiens, afin d'asseoir parmi eux le christianisme sur des bases solides. La conduite des chevaliers teutoniques envers les Prussiens, dans les débuts surtout, ne mérite pas de grands éloges. Ils se montrèrent cruels et cupides. La lutte, opiniâtre et sanglante, dura jusqu'à la soumission complète de la Prusse par les chevaliers teutoniques, pendant une période de cinquante-trois ans. Ce n'est qu'à dater de cette époque que le christianisme fut définitivement établi parmi les Prussiens, parce que c'est alors seulement que les Prussiens furent soumis à l'ordre teutonique même sous le rapport civil.
En Lithuanie *, le christianisme avait déjà fait quelques conquêtes, mais la maison régnante lui était demeurée étrangère. Vers le milieu du quatorzième siècle , le duc Jagello (Jagill), converti (1386) à l'occasion de son mariage avec Hedwig, fille du roi Louis de Hongrie, travailla lui-même à la conversion de son peuple. Il devint roi de Pologne sous le nom de Ladislaw II. Son contrat de mariage avec Hedwig portait expressément qu'il embrasserait lui-même le christianisme et l'introduirait dans toute la contrée. Mais par quels moyens le ferait -on, quand il était si difficile de trouver quelqu'un qui joignît à une connaissance exacte du christianisme la connaissance de la langue lithuanienne, parente des langues finnoise et léthienne ? Jagello parcourut lui-même le pays, enseignant le Pater et le symbole des apôtres, expliquant toutes choses de son mieux, mais seulement après avoir pris les mesures suivantes. Il avait d'abord invité tous ses sujets à recevoir le baptême, et comme la plupart ne s'en souciaient point, il avait promis un habit de laine blanche à quiconque le ferait. Séduits par cette promesse, les païens demandèrent en foule le baptême. On les baptisa par groupe en les arrosant avec de l'eau , et on donna à chaque groupe un nom particulier. Prié de décider si un tel baptême était valide, le pape Urbain répondit affirmativement, et il l'était en effet. C'est ainsi que s'opéra le passage des Lithuaniens dans la société chrétienne , et avec eux celui de la dernière branche de la tribu finnoise et lettienne.
Chacun partagera le sentiment que j'éprouve et que j'ai exprimé en commençant l'histoire de cette conversion. Ce spectacle attriste le regard de l'historien, et il n'en était pas ainsi dans l'origine. Si le christianisme ne se fût point propagé autrement dans les premiers siècles, il y aurait à peine sous ce rapport une différence entre lui et l'islamisme. Ce n'est point par la force matérielle, par la violence, mais par la
1 Kojalowicz, Histor. Litliuaniœ, part, i, Dantisci, 1G50; part, ii, Autw,, 1GG9. — Alb. Wijuck, Kojalowicz, Miscellanea rerum ad statum Ecclesiœ in magn. Lithnaniœ ducatu pertinentium. Vilnae, 1650, m-4o. — Ventura, la Femme catholique, tom. II. — Dlugloss, Historia Polon. Lips., 1711, lib. X et XI. — Annales Eccles., éd. Raynald, t. XVII, XVIII. — Voigt, Gesch. Preussens, t. V, p. 353-374, 434-647. — J. Lindenblatt, Jahrbiicher, publiés par Voigt. Kœnigsb., 1823.
CONVERSIONS EN AFRIQUE El EN AMÉRIOUE. 300
vertu intérieure de l'esprit, qu'il s'empara des premiers païens. C'est parmi les peuples les plus civilisés, parmi les Grecs et les Romains, qu'il se répandit d'abord. Sa gloire consiste précisément en ce qu'il puise sa force victorieuse dans sa propre nature, dans le caractère de sa doctrine, et c'est pourquoi l'on peut dire de lui qu'il a été reçu partout sans l'appui des armes, par le seul effet de sa vertu et de sa beauté intrinsèque. Quant aux conversions de ces peuples du nord si peu avancés encore dans l'ordre civilisé, elles devaient, pour les raisons que nous avons vues, offrir un désolant spectacle. Mais un chrétien n'en doit pas moins regretter qu'on n'ait pas été plus patient envers des peuples encore si barbares, qu'on ne se soit pas mis à la portée de leur intelligence et conformé de tout point à l'esprit du christianisme*. Et si l'on voulait, de nos jours encore, travailler à leur conversion selon la vraie méthode chrétienne, cette conduite serait infiniment préférable à celle qu'on suivit alors.
§ II. Conversion!» en Afrique et en Amérique^.
Les grandes découvertes des Portugais et des Espagnols au commencement du quinzième siècle n'ont pas eu seulement une importance décisive pour le commerce, les transactions, les sciences, et notamment la géographie et l'histoire, mais
* Si l'on avait fait ainsi, il n'y aurait point encore aujourd'hui de chrétiens parmi eux.
* Teafro ecclesiastico de la primitiva Iglesia de las Indias occidentales, por Gil Gonzalez Davila. JNladr., 1649-1655, 2 vol. in-fol. — Fasti novi orbis et ordinatïonum apostolicarum ad Indias pertinentium bremarium , op. Gyr. Morelli. Venet., 177G. — Sur l'Ethiopie, t. I, p. 481, ajouter : Ph. Kûlb , Die Missionsreisen nach Afrika vom xvi-xviii Jahrhundert , A vol. (p. 876). Regsb., 1861-1863. — Sur les missions du Congo, voir Histor.-pol. Blœtter, t. LX, p. 574 (sur l'état actuel du Portugal). C'est en 1640 seulement qu'une préfecture apostolique fut instituée au Congo.
Historische Beschreibung der in dem untern occidenlalischen Mohrenland liegenden drei Kœnigreiche : Congo, Matamba und Angola, und der apostolischen Missionen der Capuziner das. v. J.-Ant. Cavazzi, ans dern Welschen ûbersetzt. Mûnchen, 1694, in-4o, p. 1030. — Geographia hierarchico, auct. H. Scherer. Monac, 1703, p. 37-51. — Lettres édifiantes et curieuses conc. les missions. Par., 1838, t. I, p. 594-037 {Mission d'Ethiopie).
Mision historical de Mai^ruecos, por Fr. de San Juan. Sevilla, 1708, in-fol. — E. Wilson, Boman Catholic Missions in Congo, dans Bibliotheca sacra, etc., vol. IX, art. v, janv. 1852, Lond. — Fr. Kunstmann, Die Missionen in Afrika im xiil und xiv Jahrhundert {Aegypten, Nubien,
encore pour l'histoire de l'Eglise. Partout où les Portugais et les Espagnols pénétrèrent dans le cours du quinzième siècle, le christianisme marcha à leur suite. L'Evangile fut prêché sur les îles d'Azor et des Canaries, sur les îles du Mont- Vert, dans le royaume de Congo, sur la côte occidentale de l'Afrique, où un roi se convertit avec toute sa famille. Le christianisme y fit longtemps les plus heureux progrès, jusqu'à ce que sur la fin de cette période, le zèle des Portugais se refroidit peu à peu et s'éteignit presque complètement. Le christianisme fut également adopté par plusieurs habitants du royaume d'Angola.
Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, c'est dans la période suivante, où elles seront mieux à leur place, que nous traiterons des conversions opérées en Asie par les Portugais. Mais nous devons dès maintenant toucher quelque chose des missions de l'Amérique, bien que la suite de leur progrès tombe dans la période suivante. Informé de la découverte des Indes occidentales et de l'Amérique par Christophe Colomb *, le pape Alexandre YI y envoya en 1493 des moines franciscains, afin qu'ils prêchassent l'Evangile sur les îles et autres heux où les Espagnols s'étaient définitivement étabhs. Les franciscains furent bientôt suivis des religieux de saint Dominique. Rien n'est triste malheureusement comme la conduite des Espagnols envers les Américains. Qui ne connaît
Abyssinien, Tripolis, Tunis, Algier, Marocco) , dans Histor.-pol. Blœtter , t. XXXIX, 489-507; XLII, 185-20G ; XLV, 81-111, 177-200. (Le plan d« Kunstmann de publier l'Histoire de l'Eglise d'Afrique au moyen-âge a été déjoué par la mort.) — Levy Maria Jordào, Memoria historica sobre os hispados de Ceuta e Tanger. Lisboa, 1858, in-4o, p. 110.
Ant. Gordeyro, Historia Insulanna das ilhas a Portugal sugeytas no oceano occidental. Lisboa, 1717, in-fol. — Faria e Sousa, Africa Portugueza. Lisboa, 1681, in-fol. — Constituciones sinodales del obispado de Canarias, su primera fundacion , traslacion , vida de sus ohispos. Madr., 1631, in-40. — Noticias de la historia gênerai de las islas de Canaria, por Jos. Viera y Clavijo. Madr., 1772-1783, 4 t. in-4o. — Biblioteca Islena, S. Cruz de Tenerife, 1847-1849, 9 tom. in-8o.
' l^ova navigatio novi orbis Indice uccidentalis Buellii (Bernard Boil) Catalani, ac sociorum monachorum 0. S. B., ann. 1493, in-4o (1621). — Héfelé, le cardinal Ximenès.
Herrera, Historia (Descripcion) de las Indias occidentales. Madr., 1730, 8 tom. en 4 vol. in-fol. — W. Irving, Leben und Reisen des Columbus. — A history of the life and voyage of Christ. Columbus, by Washington Irving. Lond , 1828, 4 vol.