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PONTIFICAT DE PIE VIII

Pie VIII, François-Xavier Castiglioni, grand pénitencier au temps de son élection, préfet de la congrégation de l'Index et évêque de Frascati, fut élu le 31 mars 1829, après un conclave de trente-six jours : quarante-neuf s'étaient écoulés depuis la vacance du Saint-Siège. Il choisit le cardinal Albani pour secrétaire d'Etat. Le 5 avril eut lieu la cérémonie du couronnement, à laquelle assista le roi Louis I" de Bavière, et le 24, le pape prit possession du palais de Latran. Son règne, comme celui de Léon XII, fut agité parles sociétés secrètes, contre lesquelles de sévères édits furent inutilement rendus 2.

Pendant que Pie VIII exhortait les évêques de la province du Haut-Rhin à maintenir les droits de l'Eglise contre les empiétements de l'Etat, il autorisait l'archevêque de Paris, par bref du 29 septembre 1830, à prêter au roi citoyen Louis- Philippe le serment de fidéUté selon la formule traditionnelle ^. Ce sera notre transition pour arriver à la France.

Charles X, frère et successeur de Louis XVIII (16 septembre 182 i), n'avait absolument rien de son caractère. Franc et loyal, chevaleresque et sincère, profondément pieux, Charles était un vrai Français dans la meilleure acception de ce mot. Selon l'antique coutume de ses aïeux , il se fit couronner et sacrer à Reims le 29 mai 1825 '*.

Les ennemis de l'autel et du trône se mirent aussitôt à conspirer contre son gouvernement. M. de Montlosier, sentant le besoin de faire parler de lui, se déchaîna contre « un parti envahissant et ambitieux qui tramait dans l'ombre

* Artaud de Monter, Histoire du pape Pie VIII. 1843.

« Allg. Ztg., 8 et 9 novemb. 1829 ; Catholique, t. XXXIV, p. 30-32, app. ' Voir ce bref dans Roskovany, t. II, dans VAmi de la Religion, 1840.

* Voir la description du couronnement dans l'Ami de la Religion de 1825, 25 juin, p. 801-811.

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SOUS la direction des jésuites : parti illéj^al et anonyme qui s'insinuait dans tous les emplois, s'affiliait les autorités, asservissait les ministres, s'appropriait et se partageait tous les privilèges, sacrifiait à Rome les libertés traditionnelles de l'Eglise gallicane, cherchait même à exploiter à son profit l'autorité royale, afin de se créer ainsi un peuple irréligieux et tombé au plus bas degré de la superstition*.» Les chambres, tombant sur cette pâture, s'enquirent des mystères d'une congrégation, des libertés de l'Eglise gallicane, dont elles ne se souciaient guère, de l'existence illégale des jésuites, que Rome même avait supprimés et qui ne dirigeaient plus alors quequelques séminaires et collèges. La cour royale fut saisie de cet écrit ; Dupin l'aîné et quarante-trois avocats de la cour d'appel déclarèrent (1" août 1826) que la dénonciation de M. de Montlosier était un service inappréciable rendu au roi et à la patrie. Cependant la cour rendit une déclaration d'incompétence. Reproduite à la chambre des pairs sous forme de pétition, la plainte de Montlosier fut discutée le 18 et le 19 janvier 1827. La commission chargée de son examen avait proposé de la renvoyer au ministère. La proposition du cardinal de la Fare, de passer à l'ordre du jour, fut rejetée par 113 voix contre 73. Cette décision fut justement considérée par les ennemis des jésuites comme une grande victoire *. L'essentiel était de soulever l'opinion publique. De même que sous Louis XVI l'affaire du collier avait donné le coup de mort à la royauté, la controverse des jésuites ruina le trône des Bourbons sous la Restauration. Le gouvernement se vit écrasé sous l'inculpation générale de jésuitisme, et à dater de ce jour, Charles X fut voué à la réprobation universelle ; ses vertus mêmes lui furent imputées à crime par la perfidie de ses ennemis et la défiance du peuple ^. La révolution de juillet était décidée en principe; il ne s'agissait plus que de l'accomplir. Douze éditions des œuvres de Voltaire et treize de celles de Rousseau furent pubUées de 1817 à 1824;

* Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône, par M. le comte de Montlosier, 7e édition. Paris, 1826. Sur cette brochure, qu'on s'arrachait mutuellement, voir des détails dans Tûb. theol. Quart., 1826, p. 452-504.

> Allg. Ztg., 1827, n. 27, 29-33, 35-39.

• Lamartine, Histoire de la Restauration, t. VIII, p. 54.

2,741,000 volumes de ces « classiques » français étaient répandus parmi le peuple. En 1825, le philosophe Jouffroy, dans un article intitulé : Comment les dogmes finissent, essayait de prouver que cette résurrection artificielle du catholicisme n'était qu'un engouement de la mode et qu'il n'en serait bientôt plus question ^

En 1826, on fit un crime à Charles X de prendre part, lui et la cour, aux exercices du jubilé. Les étudiants s'attroupèrent par bandes compactes en vociférant : A bas les jésuites I à bas les missionnaires! à bas le jubilé! Le 16 avril 1827, pendant la revue de la garde nationale , la garde elle-même cria aux oreilles du roi : A bas les ministres! à bas les jésuites ! vive le roi! Les ministres et la famille royale furent grossièrement insultés. La garde nationale (20,000 hommes environ) fut immédiatement dissoute, et le roi publia une ordonnance qui restreignait la liberté de la presse. Quand la loi fut retirée, des cris de joie effrénés retentirent à travers toute la France , et des brochures innombrables parurent de nouveau, où tous les actes du gouvernement étaient indignement bafoués. Déjà en 1824, les journaux qui défendaient le gouvernement ne comptaient que 14,365 abonnés, tandis que les feuilles de l'opposition en possédaient 41,330*. En 1825, cette disproportion s'était accrue de 44,000 contre 12,580, et elle augmentait d'année en année. Ce seul fait était l'annonce d'une catastrophe imminente.

Les élections de 1828 furent entièrement défavorables au gouvernement, et le ministère Villèle dut offrir sa démission (4 janvier 1828). Le nouveau ministère Marti gnac fut imposé par la chambre et par la clique du Journal des Débats '. Force

* Histoire de cent ans de 1750 à 1850, par César Cantu, trad. par Am. Renée. Par., 1852, t. III, p. 245-249.

' Etat comparatif de la presse périodique en 1824 :

Pour le gouvernement : Contre le gouvernement :

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