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CHARLES X, ROI DE FRANCE

fut au roi de laisser tomber peu à peu ses plus fidèles conseillers, et il finit par n'être plus entouré que d'adversaires parmi lesquels Chateaubriand, dévoré d'ambition, était un des. plus acliarnés *. Le vicomte accepta provisoirement l'ambassade de Rome, après que la cour eut payé les dettes dont il était accablé.

Le Journal des Débats était alors une puissance publique. M. Bertin, l'un des trois propriétaires, ayant été mandé par le roi, poussa l'insolence jusqu'à lui dire : « J'ai fait ce ministère; qu'il se dirige d'après mes conseils, sinon, je le renverse comme j'ai fait du précédent. » Le ministère Richelieu avait accordé au journal une subvention annuelle de 84,000 francs ; Marti gnac offrit la même somme, mais on lui demanda tout l'arriéré. Ce ministère de concessions commença par sacrifier les jésuites; ils furent supprimés, eux et leurs écoles, par ordonnance royale du 16 juillet 1828. Aucun prêtre ne pouvait se vouer à l'enseignement sans avoir juré qu'il n'appartenait à aucune société religieuse clandestine. Une seconde ordonnance défendait qu'il y eût plus de 20,000 séminaristes en France; l'esprit du temps s'effrayait du trop grand nombre des prêtres. Les petits séminaires ne devaient admettre que des élèves qui se destinaient au sacerdoce. Les jésuites, expulsés de France , fondèrent à Saint-Sébastien , en Espagne , un nouveau et florissant collège. Les évêques français s' étant adressés à Rome, Léon XII leur répondit qu'ils pouvaient se reposer sur la piété connue du roi. Le tableau suivant montrera du reste combien était petit le nombre des collèges et des élèves des jésuites en 1827 : 1° Saint-Acheul, près d'Amiens, 900 élèves; 2° Dole (Jura), 500; 3°Bellone, 500; A' Sainte- Anne, 30; 5° Montmorillon (Vienne), 300; 6° Bordeaux, 300;7°Aix, 350; 8° Forcalquier, 150; en tout : 3,050 élèves. C'était là, à coup sur, un chiffre bien modeste , comparé à celui de tous les collèges et de tous les étudiants français. Suivant

765; t. IX, 30-38. — Personen und Zustœnde aus der Restauration und dem Julikœnigthum. Berl,, 1853. — Politique de la Restauration, Correspondance entre M. le comte deMarcellus et M. de Chateaubriand. Bruxelles, * Ce point mérite confirmation. {Note du trad.)

301 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

un rapport publié le 5 avril 1854 par M. Fortoul, ministre de rinstruction publique, les jésuites n'avaient alors que 44 collèges et 2,818 élèves. C'était une diminution sensible. 11 est vrai que depuis 4828 les jésuites ont été chassés deux fois de la France et que leurs établissements datent seulement de 4850. Et cependant c'étaient leurs collèges qui de tous les établissements d'instruction laïques et ecclésiastiques possédaient le plus d'élèves *.

En 4868, les jésuites avaient 44 collèges (autrefois 44); les maristes 45 (contre 43), les lazaristes 2 (au lieu d'un), les Pères de Saint-Basile, la société de Picpus, les frères de Saint-Joseph, les prêtres de l'Adoration éternelle, ceux du Saint-Cœur de Jésus et de Marie, etc., 24 (8 en 4850). De 4850 à 4868, les congrégations vouées à l'enseignement ont construit un grand nombre de nouvelles maisons, et le chiffre de leurs élèves s'est accru de 79 pour cent.

En 4827, on autorisa 46 établissements de femmes qui avaient satisfait aux exigences de la loi ; ces congrégations de femmes adonnées à l'instruction existaient depuis longtemps ; l'Etat, auquel elles rendaient les plus grands services, ne fit que sanctionner leur existence. L'abbé Lamennais publia aussi un écrit en faveur de la liberté d'enseignement. Pendant les missions innombrables qui furent données de 4844 à 4830, l'esprit voltairien se révéla par les scènes les plus hideuses. On vit jusqu'à l'abbé de Pradt (l'ex-archevêque), dans son ouvrage des Quatre concordats, traiter les missionnaires de fanatiques qui parcouraient la France comme ils auraient fait les solitudes de l'Asie et de l'Afrique, pour planter la croix dans un pays où depuis longtemps elle brillait à tous les yeux. Partout où pénétraient les missionnaires, les voltairiens tâchaient de soulever le peuple. Rouen, où les apôtres de l'incrédulité parisienne s'étaient donné rendez-vous, fut le théâtre de scènes inouïes. La cathédrale fut transformée en champ de bataille et le palais épiscopal mis en état de siège ; l'abbé Lœwenbroek, à qui on avait lié le cou avec sa propre ceinture, fut traîné à travers plusieurs rues et faillit être étranglé. L'ordre ne put être rétabh que

• Rapport à l'empereur du 4 avril 1854, dans l'^mi de la Religion.

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