CHARLES X, ROI DE FRANCE
par la force militaire. La croix, qu'on avait arrachée partout du sol de la France, reparut au ciel même, au-dessus de Migné (près de Poitiers), et celle-là, du moins, les modernes ennemis du ciel ne parvinrent pas à l'arracher (décembre 1826). Le soleil était couché depuis une demi-heure, la mission était achevée, et l'on procédait à l'érection d'une croix en présence d'environ 3,000 personnes. Tout-à-coup, on aperçoit au firmament une croix lumineuse, d'une dimension énorme et d'une régularité parfaite ; cette croix , couleur d'argent, s'abaissa du sommet de l'église sur la tête des assistants dans une longueur de 140 pieds *. L'apparition eut lieu au moment même où l'abbé Marfaut annonçait à ses auditeurs les triomphes de la croix.
Malgré toutes ses concessions, le ministère Marti gnac rencontra une opposition invincible ; il fut dissous et remplacé par le ministère Polignac, sous lequel fut résolue la chute de Charles X, dont une grande part revient à Chateaubriand. La révolution de 1830, dont il favorisa le triomphe, le relégua dans l'obscurité qui l' effrayait si fort ^. M. de Lafayette, que la France voyait toujours paraître la veille d'une révolution, quitta sa maison de campagne et parcourut la France en triomphateur. Le moment était venu, ce moment qu'il attendait depuis 1815, de renverser les Bourbons et de se faire nommer président de la république française. En 1824, lors d'un voyage qu'il fit dans le nord de l'Amérique, il disait ouvertement : Les Bourbons sont une race maudite ; nous les aurions expulsés depuis longtemps si nous avions pu gagner Laffitte (un riche banquier). M. Laffitte finit par se laisser gagner, et tous les hommes d'argent et de plumes manœuvrèrent de concert. Le trône de Charles X fut culbuté dans les journées du 27 au 29 juillet 1830, et le duc Louis-Philippe d'Orléans prit les rênes du gouvernement.
* Voir le bref adressé le 18 avril 1827 par Léon XII à Mer de Bouille, évêque de Poitiers. Dans un autre bref du 17 août, le pape déclara que c'était un vrai miracle, mais qu'il n'émettait là que son opinion personnelle.
* Voir ses Mémoires d' outre-tombe , comparés avec les Etudes historiques, politiques et morales sur l'état de la société européenne vers le milieu du dix-neuvième siècle, par le prince J. de Polignac.
* Vinc. Nolte, 50 Jahre in beiden Hemisphœren. Hamb., 1853.
d'abord sous le nom de lieutenant-général, puis sous le titre de roi des Français, nomma premier ministre Casimir Périer, avec la charge de le débarrasser du commandant de la garde nationale, La Fayette, ce redoutable compétiteur à la royauté. Désormais La Fayette et Chateaubriand allaient vivre dans l'oubli jusqu'à leur mort. Le vicomte de Bonald, qui s'était également retiré avec honneur, refusa en 1830 de prêter le nouveau serment qu'on exigea de lui comme pair du royaume et perdit son titre. Il mourut le 23 novembre 1840, âgé de quatre-vingts ans *.
L'évêque Frayssinous , oublié et exilé, mourut vers le même temps. Lui aussi avait refusé le serment et perdu sa place. Il avait voulu accompagner Charles X dans son exil. Il dirigea l'éducation du duc de Bordeaux jusqu'en 1838, et mourut le 12 décembre 1841 ^
Pie YIII tomba malade le 23 novembre 1830 et expira le 30, âgé de soixante-neuf ans et de dix jours.
Léon XII éleva saint Pierre Damien, et Pie VIII saint Bernard, à la dignité de docteurs de l'Eglise.
* Voir sa vie dans Memorie di religione, par Baraldi, cont. xi, 1841, p. 176. — Allg. Ztg., 1840, n. 344. — Ses principaux ouvrages : 1° du Divorce; 2° Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 2 vol., 1818 et 1826; 3° Démonstration philosophique du principe constitutif de la société. Par., 1830, 1 vol.; 4^ Législation primitive, considérée ... par les seules lumières de la raison, 1802 (1857); 50 Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile , démontrée par le raisonnement et par l'histoire. Constance, 1796. — Notice sur M. le vicomte de Bonald, par Henri de B. Par., 1841. (Fils du vicomte; un autre de ses fils est le cardinal de Lyon, Louis-Jacques de Bonald.) — Œuvres complètes, réunies pour la première fois en collection selon le triple ordre logique, analogique et chronologique , publ. par Migne, 3 vol. in-80. Par., 1859. — Le système philosophique de Bonald a pour objet de résoudre la question de l'origine du langage. « Il est nécessaire, dit-il, que l'homme pense sa parole avant de parler sa pensée. Loin d'être le produit de la pensée, la parole eu est plutôt le principe. Or, si la parole précède la pensée, d'où cela peut-il venir, sinon de Dieu ? »
•Voir ; 1° Vrais Principes de l'Eglise gallicane, Par., 1818; 2° Défense du christianisme, Par., 1825, 2 t.; 1840, 3 t.