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CLÉMENT- AUGUSTE DE COLOGNE

Hermès. Le pape, les reçut avec bienveillance. « Je crois, leur dit-il, que vous êtes venus à Rome, non pour faire la leçon au Saint-Siège, mais pour la recevoir de lui » (1-4 juin 1837). Ils continuèrent leurs inutiles tentatives jusqu'en 1838, époque où le cardinal Lambruschini les obligea au silence. Déjà avant leur retour, les professeurs du séminaire de Trêves s'étaient soumis sans condition ; cette démarche ramena ài l'obéissance la plupart des hermésiens. Braun et Achterfeldt, qui n'avaient pas voulu se soumettre, ne furent destitués' qu'en 1845.

Clément-Auguste refusa son approbation ecclésiastique aux leçons des professeurs hermésiens, et la plupart des étudiants se soumirent sans résistance. L'inspecteur de l'établissement, Achterfeldt, ayant menacé ceux qui avaient obéi de les expulser et de leur retirer leurs bourses, tous les étudiants de Tarchidiocèse quiltèrent l'établissement, quoique plusieurs fussent sans ressource. L'archevêque alla jusqu'à vendre ses chandeUers d'argent pour leur venir en aide.

L'archevêque de Trêves ayant fait envoyer au roi une copie de la rétractation qu'il avait signée au lit de la mort, Bunsen, cet homme à plusieurs faces, ne pouvait plus nier à Rome l'existence de la convention ; il comprit que c'en serait fait de l'œuvre laborieuse à laquelle il avait voué sa vie si le gouvernement ne forçait pas les évêques à l'observer. Il sortit donc de Rome en toute hâte, et fut chargé de se rendre à Cologne pour essayer d'obtenir l'assentiment de l'archevêque. Clément -Auguste refusa, et on lui donna à entendre qu'il allait être démis de sa charge. Le 24 octobre 1837, Altenstein lui adressa un ultimalum, où il lui reprochait d'avoir manqué à sa parole. Si le roi l'avait nommé archevêque, c'était parce qu'il avait promis d'observer la convention ; s'il persistait dans sou obstination et ne confessait pas sa faute , il serait suspendu ; s'il éprouvait des scrupules de conscience, le roi lui permettait d'abdiquer ses fonctions.

Le 31 octobre, l'archevêque répondit que dans l'aftaire des mariages mixtes il se conformerait au bref du pape et à l'instruction émanée des évêques, de manière à les concilier l'un et l'autre quand il y aurait possibilité de le faire ; mais que sur les points où l'instruciion contredirait le bref, ce

serait le bref qui lui tracerait son devoir. Cette explication, disait-il, n'était mêlée d'aucun doute de conscience, car il était fermement convaincu qu'aucun évêque ne pouvait donner une explication contraire à celle-là. « Je ne puis oublier, ajoutait-il en terminant, de revendiquer aussi pour moi la liberté de religion, la liberté de défendre les droits de l'Eglise catholique et le libre exercice de son autorité, comme aussi de faire remarquer respectueusement que mon devoir envers rarchidiocèse et envers l'Eglise tout entière m'interdit d'abdiquer mes fonctions et de renoncer à ma charge. Dans toutes les affaires temporelles, je reste soumis à Sa Majesté, ainsi qu'il convient à un fidèle sujet*. »

Le 20 novembre 1837, le premier président de la province du Rhin, Bodelschwingh, suivi de trois individus, entra inopinément dans la chambre de l'archevêque , qui se trouvait seul avec son secrétaire. Les rues adjacentes au palais étaient bloquées de soldats et toutes les troupes consignées dans les casernes. Invité à céder, l'archevêque demeura inébranlable, a Je suis chargé, dit le président, de vous faire savoir que vous devez quitter Cologne et l'archidiocèse , en attendant des mesures ultérieures. — Le bon pasteur n'abandonne point son troupeau, répondit l'archevêque ; » puis il alla de son plein gré jusqu'à la porte du palais; mais arrivé au seuil, il fallut le traîner dehors : « Dieu soit loué I s'écria-t-il , maintenant on me fait violence. »

A dater de ce jour mémorable le soleil de l'Eglise catholique resplendit de nouveau à l'horizon de l'Allemagne. Des placards immenses et une multitude d'écrits annoncèrent à l'univers les méfaits de l'archevêque. L'alliance prétendue de Clément-Auguste avec deux partis révolutionnaires ne trouva aucune créance même parmi ses ennemis. Cette assertion, que l'histoire de son enlèvement serait oubliée dans quelques jours, faisait un contraste frappant avec les manifestations imposantes du gouvernement et un si grand déploiement de force militaire. Singulier moyen d'éviter le bruit I

L'archevêque fut conduit dans la forteresse de Munden, et

* Roskovany, p. 274-276.

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la nouvelle de son enlèvement fit le tour de l'Allemagne et de l'Europe. Les catholiques sentaient le prix de la victoire que Dieu venait d'accorder à son Eglise. Le iO décembre, Grégoire XVI prononça une allocution où il rendit un solennel hommage à l'innocence de l'archevêque et exposa la conduite du gouvernement prussien. Ce discours fit en Allemagne une impression extraordinaire. Les évêques de Munster et de i^aderborn rétractèrent l'adhésion qu'ils avaient donnée à la convention Spiegel-Bimsen.

Adam Mœhler mourut quelques mois après. Il est difficile de dire si ce grand événement contribua à aggraver sa maladie, et dans quelle mesure. Quoi qu'il en soit, il suggéra à Mœhler le travail suivant, composé sur la fin de 1838. C'est le dernier qui soit sorti de sa plume.

Luttes contemporaines de l'K^lise catholique (1838) i.

Si la prudence commande de ne pas dévoiler au premier venu les causes véritables des troubles que le cours de la civilisation soulève dans les vastes régions du monde moral, ce serait faire preuve d'ignorance ou méconnaître son devoir que de signaler à ceux qui ont pour mission de remédier au mal des causes qui ne sont qu'apparentes. Si les hommes que leur position oblige à intervenir dans une maladie se bercent ou se laissent bercer à dessein de trompeuses illusions , le meilleur conseil qu'on puisse leur donner, c'est de se préparer dès le début à s'excuser de ce que la maladie dont ils se sont chargés n'a cessé d'empirer et a été suivie des résultats les plus déplorables et les plus calamiteux. Chacun sait en effet qu'une maladie de cœur ne se peut guérir par les mêmes moyens que la fièvre bilieuse. Que penser donc de ceux qui cherchent dans la politique révolutionnaire la cause des mouvements religieux qui se sont produits sur les bords du Rhin? Présenter une pareille découverte pour résultat de ses recherches , c'est donner lieu de croire , ou

» Gesammelte Schriften Mœhler's, t. II, p. 226-243.

qu'on veut plaisanter dans une matière si sérieuse, ou qu'on ne craint pas de traiter les plus graves sujets d'une manière ridicule. De quelques révolutionnaires qu'il s'agisse, notre embarras est le même quand on nous présente d'un air sérieux une pareille découverte. Veut- on parler de la jeune Allemagne? Mais qui oserait attribuer à un parti tombé dans la boue et dans l'ignominie la force morale nécessaire pour comprendre la vie conjugale, dont la sainte gravité laisse si loin derrière elle tout ce que les plus nobles esprits ont jamais produit sous ce rapport? Veut on parler des radicaux politiques? Qu'on nous pardonne! mais nous ne trouvons pas qu'il soit prudent de transformer en créateurs du cœur humain, ce foyer de la vie, des hommes qui ne sentent pas même les grandes pulsations de leur siècle. On sait, au surplus, que ce parti, même lorsqu'il use des formes les plus modérées, émet rarement sur l'Eghse catholique et ses institutions des opinions favorables, et que ses dispositions habituelles le poussent à toutes les fureurs du fanatisme. Et, à dire vrai, qu'y a-t-il de plus propre à le révolter, à lui faire sentir les limites de sa force, que le spectacle d'une œuvre morale qui pendant dix-huit siècles a bravé tous les orages du temps? On sait aussi que les divers membres de ce parti sont accourus de toutes parts au bruit des affaires de Cologne, et se sont rangés en ordre de bataille contre l'Eglise cathohque. On devrait donc QOiiipreiidre uiie bonne fois que l'anti- J^JLbia a.pQUr i'aractère l'universalité. Sont-ce les Paroles d'un croyant? Si de simples paroles étaient un parti révolutionnaire, on pourrait en douter peut-être; mais chacun sait que l'homme même qui les a prononcées réside déjà, quoique vivant encore, dans la région des morts. La malédiction, en tombant sur lui, l'a foudroyé; semblable au figuier de l'Evangile , privé de branches, de feuilles et de fruits, il se dessèche et se consume dans l'abandon, objet d'ennui pour lui-même et de pitié pour le monde. Il est donc impossible de découvrir quel parti révolutionnaire eût été la cause des agitations reUgieuses du Rhin. Nous sommes convaincu toutefois, bien loin de le nier, que l'enfer peut jeter ses funestes brandons dans un feu pur et divin , car « partout où Dieu se construit une église, le diable élève une chapelle en face, » dit un

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vieux proverbe. C'est à la sagesse et à la justice de démêler toutes choses d'un œil attentif et pénétrant, afin de découvrir le bien et de le prémunir contre les envahissements du mal.

Il importe d'expliquer d'abord comment les événements du Rhin, dont le caractère purement ecclésiastique et religieux éclate à première vue, n'auraient besoin cependant que d'être rapprochés de causes extérieures et d'influences complètement étrangères à leur nature, pour paraître résulter de ces causes et de ces influences. Il est liors de doute que depuis nombre d'années, en Allemagne comme sur le Rhin, il n'y avait plus uniformité de pratique en ce qui concerne les mariages. Cette uniformité, aujourd'hui même, n'est pas encore complète. Or, comme la population de la Prusse occidentale inclinait fortement vers une pratique plus sévère et que l'archevêque de Cologne s'y prêtait énergiquement , les complications devenaient inévitables. Le diocèse de Cologne étant rapproché de la Relgique, on était porté à croire qu'il subissait son influence. En toutes choses, la vérité n'est jamais très-éloignée, et dans le cas présent, elle l'était moins que jamais : elle se montrait sans qu'il fût besoin de la chercher.

Pour des causes que l'on connaît, la plupart des confessions religieuses avaient occupé jusqu'au commencement de ce siècle un territoire distinct, et naturellement les mariages, mixtes y étaient alors aussi rares qu'ils sont devenus fréquents depuis. Une des causes qui ont favorisé ces mariages, c'est la transformation qui avait eu lieu depuis quelque temps dans les idées. Cette époque de sensualisme aimable et de bien-être matériel, si chère encore à tant de mémoires, où les porte-voix des différentes confessions se tendaient une main concihante par-dessus le christianisme qu'ils croyaient définitivement enterré , cette époque avait atteint à son apogée. Ce qu'on appelait alors mariages mixtes méritait rarement ce nom ; c'étaient des mariages d'une seule fusion, il n'y avait pas rencontre de deux religions dans le mariage de deux époux : il y avait plutôt absence complète de rehgion de part et d'autre. Le gouvernement pouvait publier sur les mariages mixtes toutes les lois imaginables sans froisser les esprits ; quelle que fût leur nature, les ecclé-

siastiques n'hésitaient point , dans un grand nombre d'Etats allemands, à bénir les mariages contractés conformément à ces lois. Les époux eux-mêmes étaient heureux de trouver des règlements précis qui les dispensaient d'agir selon leur religion. Ce fait, si souvent invoqué par les adversaires de l'archevêque de Cologne, ne saurait être nié. Mais les temps avaient bien changé depuis. L'absence d'idées religieuses, l'indécision ou l'indifférence étaient devenues un fardeau, et l'esprit religieux osait alors revendiquer ses droits imprescriptibles. Partout, quoique avec une énergie et un succès inégaux, la masse inerte commençait à se remuer, aspirait à une vie nouvelle et plus élevée. Les opposants, si nombreux qu'ils fussent, appartenaient à une civilisation déjà évanouie ou prête à se transformer. La science, les arts, les habitudes de vivre, tout se marquait d'une empreinte plus grave et plus austère : catholiques et protestants se recueillaient dans un même effort, chacun à sa manière bien entendu, pour sortir des bas-fonds où ils étaient tombés. Nous parions ici d'un fait universellement connu et qui, loin d'avoir besoin de preuve, se confirme tous les jours. La Prusse surtout n'a pas besoin qu'on le lui démontre ; ce mouvement a retenti jusqu'au plus intime de son existence ; l'esprit qui la domine est en opposition directe avec l'esprit qui régnait sous Frédéric II et se révèle par une activité qui frappe les yeux de toute l'Europe. Chez les catholiques comme chez les protestants, les anciennes lois de l'Eglise furent mieux comprises, on revint à ses us et coutumes, et, après en avoir retrouvé le sens si longtemps perdu, saisi les rapports qu'ils ont avec la reUgion, on essaya de les remettre en pratique. Comment donc resterait-il le moindre doute sur la manière d'expliquer les efforts récemment tentés pour remettre en vigueur les anciennes lois sur les mariages mixtes, méconnues depuis peu de temps? Comme ils s'expliquent à merveille par la nature du vaste mouvement que nous remarquons sur le terrain rehgieux, rien n'est plus offensant que d'entendre des hommes les attribuer à des motifs impurs, à l'étroitesse d'une intelhgence qui n'a pas su découvrir les plans habilement concertés des ennemis de l'ordre civil. Il est également certain que ce mouvement religieux n'a pas été provoqué

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par le retour à une pratique ancienne ou qui subsistait encore çà et là dans son entier, puisque le gouvernement lui-même qualifia d'inacceptables les réclamations élevées contre le nouveau rituel qu'il avait prescrit, et, loin de trouver qu'il avait fait là une innovation, répondit qu'il s'était contenté de revenir à des choses fort anciennes. Il en est de môme chez les catholiques à propos de la législation matrimoniale; cette législation ne faisait que renouveler, en l'adaptant, il est vrai, à une situation nouvelle, une institution fort ancienne, puisqu'on pouvait prouver qu'elle remontait non-seulement à trois siècles , mais à dix-huit siècles, c'est-à-dire aux origines du christianisme.

On comprend, du reste, que la législation catholique sur le mariage, combattue par le gouvernement prussien, ne servit à l'Eghse catholique , si durement opprimée en Prusse , certainement contre la volonté du roi, que de moyen de relâcher ses liens. Le champ de bataille était beaucoup plus vaste qu'il ne semblait à première vue. Un système politicoreligieux peu ou nullement adapté aux cinq millions de catholiques dont s'accroissait l'ancien royaume, venait heurter de front le catholicisme , et en même temps qu'il jetait dans les chaînes un vieux et respectable prélat, il affranchissait le troupeau. — Les contrées du Rhin ont reconquis pour jamais la liberté et l'indépendance religieuse.

Si la hiérarchie demande à être maîtresse d'elle-même, si elle cherche à s'affirmer, si elle considère les catholiques comme des membres de l'Eghse, si elle prétend les diriger et les conduire, ce n'est point là un empiétement sur le droit d'autrui , ni par conséquent une prétention ; l'empiétement serait du côté des fonctionnaires prussiens qui entendraient dominer sur la foi et la conscience, réglementer la discipline extérieure qui découle immédiatement de la foi. Un publiciste a donné, dans la Gazette universelle du 22 janvier, une explication toute différente ; selon lui , il ne s'agirait pour l'Eglise que de recouvrer la suprématie qu'elle exerçait sur l'Etat au moyen-âge. C'est vraiment une dérision que de venir dire à un homme dont on a lié les membres au point d'arrêter la circulation du sang, qui respire à peine et n'exerce plus aucune des fonctions vitales avec sa liberté naturehe, qu'il

est sur le point de renverser celui qui l'a lié. De telles explications supposent un mépris profond, mérité peut-être, de la grande masse des lecteurs, assez peu versés dans l'histoire contemporaine pour accepter de si grosses bévues.

La formule qui caractérise le mieux la confusion qui règne dans les idées, est incontestablement celle-ci, émanée d'un homme d'Etat aussi haut placé que célèbre et justement estimé : « Faut-il sacrifier aux prétentions d'un archevêque l'ancien ordre de choses établi dans la monarchie sur les rapports de l'Etat avec l'Eglise catholique et sur tous les grands intérêts qui s'y rattachent ? » Cette formule contient à la fois l'erreur et l'excuse de la politique suivie. jusqu'ici par la Prusse. La monarchie , sous l'ancien ordre de choses essentiellement protestant , considérait ses sujets catholiques comme une poignée d'hommes qu'on avait tolérés jusque-là, mais qu'il fallait sacrifier aux autres intérêts, d'autant plus que leur nombre diminuait de jour en jour, ainsi qu'on le voyait en Silésie. Cet ancien ordre de choses était précisément ce qu'il fallait remplacer par un ordre nouveau , conforme aux nouveaux traités de paix, aux actes les plus importants de l'Etat, à des conventions et à des promesses solennelles. Le rapport numérique qui existait alors entre les catholiques et les protestants demandait impérieusement et naturellement qu'on fit de sérieuses modifications dans l'ordre existant, afin de satisfaire aux intérêts des deux confessions. Puisque la Prusse , selon son désir, avait acquis les provinces du Rhin, il fallait bien qu'elle en prît la population telle qu'elle était, c'est-à-dire cathohque. L'ancien ordre de choses était trop étroit pour la situation nouvelle. Dans les monarchies, les rouages du gouvernement , les lois sont créées pour les hommes, et non réciproquement. La Prusse a donné trop de preuves de sa sagesse politique pour ne voir dans l'homme qu'un être abstrait qu'il faut adapter une fois pour toutes à un organisme définitif, à une loi immuable. Elle laisse volontiers ces sortes de théories aux politiques fanatiques qui, sans souci de Thistoire, des mœurs d'un peuple, de sa religion et de ses coutumes les plus sacrées, veulent imposer partout les mêmes constitutions et les mêmes lois. Les habitants du Rhin, l'Allemagne tout entière peuvent se livrer à l'espoir certain

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