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I.ITTES CONTEMPORAINES DE l/ÉGLlSE

que le conllit actuel aura un dénouement heureux, que le roi de Prusse, cet homme pieux, respectable et juste, non moins aimé des catholiques que des protestants de la Prusse, suivra une direction acceptable pour nous, garantie par une longue et féconde expérience; qu'il se proposera toujours de corriger et d'améliorer tout ce qui aura besoin de l'être , quand il aurait pour lui la sanction d'une longue habitude.

Il n'est pas douteux qu'au gouvernement d'une population mixte et égale en droits, il faut un degré bien supérieur de sagesse organisatrice, législative et administrative, ou, si l'on veut,, une autre sagesse qu'au gouvernement d'une population non mixte et n'ayant pas les mêmes droits. Il en est ici ce qu'il en est des trois sortes de conduite qu'il faut observer dans ses relations avec des hommes d'humeurs et d'opinions différentes. Chez les hommes rudes et grossiers, les incompatibilités éclatent sinon en coups de poing, du moins en menaces et en injures réciproques. Les hommes faibles, aux habitudes raffmées et délicates, préfèrent céder plutôt que de contredire ; ils se rendent sans peine à un avis opposé et abdiquent toute liberté de penser. Bien différents sont les hommes qui sont restés fidèles à une conviction claire et raisonnée ; ils la soutiennent avec fermeté, tout en prenant vis-à-vis de leurs adversaires une attitude convenable et nullement blessante pour leurs personnes. Cette troisième espèce de caractères n'est point un mélange des deux précédents ; elle est le fruit d'une sagesse et d'une vertu élevées, d'un art et d'une culture particuhère. A la première espèce on peut comparer les rapports qui existaient entre les confessions religieuses du seizième siècle, et qui durèrent jusqu'au miheu du dix-septième. Cette époque guerroyante fut suivie d'une prostration des forces religieuses trop surexcitées, à laquelle succéda, dans le dix-huitième siècle, une indolence complète, et, dans la vie commune comme dans la littérature, l'uniformité et l'aplatissement des esprits. Cette période, qui s'est prolongée passablement avant dans le siècle actuel, n'a pas encore complètement cessé; toutefois, elle est en décroissance continue, et elle finira par céder à des formes plus hautes vers un but plus élevé. La suite de l'histoire humaine, qui se déroule sous la conduite

de la Providence, impose à l'individu comme à l'homme d'Etat une tâche particulière et plus difficile à rempUr. Le devoir de l'individu est d'acquérir de sa religion une connaissance plus solide et plus profonde ; le devoir d'un Etat qui espère des suites heureuses de l'accomplissement de sa tâche, est d'avoir une notion exacte des différentes confessions religieuses et de faire en sorte qu'elles se meuvent librement au sein d'un même Etat. Pour se comprendre, il faut avoir quelques affinités ; l'incrédulité, l'indifférence, le rationalisme ne comprennent pas la foi, et sont dans les conseils de l'Etat des auxiliaires aussi incapables que le fanatisme ou l'enthousiasme vaporeux. Egalement éloigné de ces deux extrêmes, l'homme d'Etat vise tout d'abord, par une justice impartiale, par des ménagements tendres et délicats envers toutes les existences religieuses et ecclésiastiques, à former de tous les citoyens de la monarchie un corps civil parfaitement uni dans toutes ses parties, un tout solide, vivant, indivisible, ayant pour centre d'unité, pour principe conservateur, non pas une loi abstraite, rigide et inflexible, mais le cœur paternel, la sage raison du roi. Menacer aujourd'hui du glaive et de la persécution serait le plus étrange des anachronismes, si on le faisait sérieusement.

Mais, il faut l'avouer aussi, ni la raison, qui aspire à l'unité, ni le cœur, dont la nature est d'aimer, ne permettent de s'arrêter à ce point de vue ; tout les pousse vers un terme plus élevé, et ce terme, on n'y peut aboutir qu'en passant par ce qui le précède immédiatement. Que nous ayons cessé de nous attaquer et de nous déchirer comme les héros des seizième et dix-septième siècles, que nous ne passions plus les uns à côté des autres comme des spectres noirs et informes, que nous ayons pu gagner sur nous de nous parler amicalement , de cohabiter en paix , sauf à rester froids , immobiles dans tout le reste, cela ne suffit point en vérité. Des relations pacifiques, basées sur un mutuel respect, ne sauraient être à elles-mêmes leur propre but ; il ne suffit point de s'être communiqué ses vues et ses idées ; les relations ne sont qu'un moyen de parvenir à une fin plus haute. Cette fin, c'est d'arriver à s'entendre, à comprendre les autres et à se faire comprendre d'eux ; c'est d'arriver à la connaissance

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et à la profession de la vérité, à runion et à l'unité réciproque.

Dans ce cas, personne ne s'abdique, chacun gagne, au contraire, dès qu'il se trouve en possession de la vérité ; car la vérité a des rapports essentiels avec sa nature. Pour atteindre à cette union suprême, il faut que l'Etat apporte aussi son concours, car il y est souverainement intéressé. L'union civile, une fois acquise, peut se perfectionner et devenir à la fois civile et religieuse. Cette tendance est tellement dans la nature des choses , qu'il ne faut pas s'étonner si en Prusse des hommes d'Etat ont travaillé sciemment et en parfaite connaissance de cause contre ce but. Non-seulement ils ne méritent aucun blâme, mais il faut les louer si leurs efforts sont restés dans les bornes assignées par la nature des choses. Je n'apprécierai pas ici ce qu'on dit avoir été fait ou ce qui l'a été réellement dans cette direction. La vérité n'est point encore suffisamment établie, même aux yeux d'un observateur attentif et malgré toutes les apparences contraires. Je n'écoute qu'avec méfiance ceux qui prétendent que les cérémonies liturgiques qui ont quelque ressemblance avec la messe, celles des funérailles, par exemple, le changement du nom de l'évêque, etc., ne tendent qu'à voiler par de trompeuses apparences l'incompatibiUté intrinsèque des confessions. Sur ce point et sur tant d'autres qui intéressent les catholiques, je conserve mes doutes, d'autant plus que la Prusse n'a pas fait peu de choses pour les catholiques, et que les théologiens protestants de ce pays sont généralement convaincus que le concours d'un homme d'Etat, dans l'œuvre de conciUation dont nous parlions naguère^ doit être purement négatif, se borner à prévenir avec discrétion et prudence tout ce qui pourrait aigrir les esprits, provoquer des accusations fondées, — sinon toujours faciles à démontrer, — de partialité, d'injustice, de mauvaise foi, etc. Toute inculpation de ce genre raviverait les disputes entre les diverses confessions et ajournerait de plus en plus le moment de la concorde. Tous les moyens, si subtils qu'ils soient, qui reposeraient sur une sagesse calculée, fussent-ils empruntés aux plus sublimes mystères et à la piété la plus raffinée, tout procédé extérieur qui viserait à escamoter ou à corrompre les senti-

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ments, l'homme d'Etat doit les repousser énergiquement et^ . sans réserve ; ces moyens seraient en opposition directe avec ; le but. Les seuls agents véritables sont l'Esprit qui agit d'ei^ | haut, la liberté humaine qui coopère d'en bas , et le déve-^j 1 loppement religieux de la vie morale et scientifique. C'est une, puissance supérieure qui a créé la situation des gouverne-* ' ments actuels ; quant au terme des dissidences , elle s'est réservé d'en fixer le temps, le lieu et la manière. Elle ne laisse jamais impunie aucune intervention humaine illégitime. Il n'est donc pas douteux que la coexistence paisible des confessions dans un même Etat soit le prélude d'une fusion complète, d'un retour à l'ancienne unité. Mais la réunion doit s'opérer dans les seules régions de l'esprit, franchement et loyalement, avec liberté et connaissance de causes, avec maturité et conviction, et, pour le reste, sur les bases immuables du passé et sous l'impulsion d'en haut. Plus il est permis de supposer que ces principes sont parfaitement reconnus en Prusse, plus les catholiques de Prusse comprendront facilement que la source de leurs griefs légitimes réside moins dans la divergence des confessions, dans les essais habiles ou maladroits de transition et de conciliation, que dans l'ancienneté d'un système qui ne peut être modifié brusquement sur tous les points qui ont besoin de l'être, soit qu'on n'en comprenne pas encore bien la nécessité, soit que l'on hésite à faire une transition qui n'est pas encore suffisamment préparée.

Nous ferons remarquer que pendant toute cette controverse, personne n'a encore osé, du moins que nous sachions, déduire de la notion d'un Etat allemand le droit pour cet Etat de disposer de l'éducation des enfants nés de mariages mixtes. Comment, en effet, lui accorder un pareil droit, sans lui reconnaître en même temps le droit d'imposer sa religion à ses sujets , sans souscrire à un empiétement qui bouleverserait de fond en comble les droits , la conscience , le cœur, la vie des parents dans ce qu'eUe a de plus intime ? Etant donnée l'union qui existe entre parents et enfants,

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ravir aux premiers la faculté d'élever librement leurs enfants passerait pour une violence directe exercée sur les convictions religieuses des parents eux-mêmes. Quelle que soit la confession à laquelle les parents destinent leurs enfants, elle suppose toujours, à moins qu'il ne s'agisse d'époux privés de tout sentiment moral, que l'un d'eux approuve en quelque manière une confession à laquelle il n'appartient pas. Or, comment l'Etat pourrait-il, sans blesser la conscience, imposer une telle approbation ? S'il comprend qu'il ne le peut pas, il doit comprendre aussi qu'il ne lui appartient point de faire des lois sur cette matière, à moins qu'il ne se croie en droit de torturer les consciences ou de prendre des moyens pour les étouffer, à moins qu'il ne suppose que ses sujets n'ont point de conscience. Tout au plus pourrait-il intervenir subsidiairement , lorsque les parents négligeraient de prendre des déterminations avant de contracter mariage. Plus il doit être pénible à un Etat de penser qu'il peut y avoir des parents assez indifférents aux choses religieuses pour laisser dans l'incertitude les intérêts sacrés des enfants qui leur naîtront, après que ces parents ont eu soin d'assurer par des contrats tout ce qui touche aux intérêts de la vie inférieure , plus il doit insister, au seul point de vue de l'ordre civil, qu'avant de contracter mariage les parents prennent des résolutions précises sur la religion de leurs enfants. Il montrerait par là qu'il estime par-dessus tout ce qu'il y a de plus sérieux et de plus important. Ainsi, une loi même subsidiaire nous parait inopportune. Si l'Etat devait publier quelque loi, ce devrait être incontestablement afin d'obliger les époux à prendre, avant de se marier, des mesures précises sur la religion de leurs descendants.

Quoique la notion du gouvernement n'implique pour lui aucun droit de fixer la religion des enfants issus de mariages mixtes, on n'en a pas moins essayé d'appuyer la loi prussienne sur des raisons d'habileté, sur des considérations puissantes tirées de l'Etat; on a même prétendu qu'elle était empreinte d'une bienveillance sensible pour les catholiques. M. Bunsen, par exemple, dans l'écrit officiel qu'on lui attribue, pense qu'on ne peut rien déterminer sur l'éducation religieuse des enfants avant qu'ils soient nés, parce que les

droits du père ne commencent qu'à leur naissance. Nous répondrons à cela que le père ne fixe pas la religion de son enfant parce qu'il l'a engendré, ni la mère parce qu'elle l'a enfanté ; s'il en était ainsi, tous les pères et toutes les mères du monde devraient destiner la même religion à leurs enfants, car ils ne diffèrent point entre eux en tant que pères et mères. Les parents (et non le père seul, selon l'étrange supposition de Bunsen) déterminent la religion de leur enfant en tant qu'ils ont eux-mêmes une religion, et cette religion, ils l'avaient déjà avant leur mariage. Il est plaisant ce correspondant de Berlin qui écrivait le 4 février à la Gazette universelle : « Comme père, chacun pourrait se résoudre à faire élever ses enfants dans le catholicisme ; comme résultat d'une fantaisie d'époux, cette promesse devrait être nulle. » Un tel langage explique peut-être l'effroyable légèreté avec laquelle on dissout les mariages en Prusse. Le consentement des époux n'y est considéré en effet que comme un caprice passager, qu'on peut sans scrupule de conscience échanger contre un autre caprice, quand le hasard ne lui donne point de consistance.

Il est dit encore, dans le même écrit officiel, qu'en vertu d'un ordre du cabinet daté de 1825, prescrivant que les enfants nés de mariages mixtes suivraient la religion du père, les prêtres catholiques restent libres d'exercer une influence morale sur les catholiques ; que la coaction est seule défendue. L'auteur donne aussi à entendre qu'on a voulu par cette loi se montrer bienveillant envers l'Eglise catholique, puisqu'on l'a transférée du domaine de la contrainte sur le terrain plus élevé de l'influence morale, et que les clauses juridiques, les peines sévères de l'Eglise ont fait place aux exhortations et aux conseils.

L'Eglise catholique, pendant une durée de dix-huit siècles, a fait trop d'expériences pour oublier qu'en se chargeant de l'éducation du genre humain, elle a dû traiter les hommes suivant les degrés divers de culture morale et religieuse où ils se trouvaient placés, les conduire à leur fin en profitant de leurs aptitudes individuelles. Il s'est trouvé dans son sein des hommes et des femmes tellement pénétrés de son esprit, qu'ils ont rempli ses préceptes sans contrainte et sous la

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seule impulsion de leur àme ; on en a vu d'autres qui , tout en ayant besoin de ses leçons et de ses avertissements, se sont empressés, dès qu'ils les avaient reçus , de les faire tourner en pratique ; d'autres enfin , dont la vie intérieure n'a pu être éveillée que par les menaces et les châtiments. Mais les menaces mômes et les châtiments n'ont été tirés que du domaine moral. Ce n'est donc pas faire preuve d'intelligence que de venir offrir à l'Eglise, de la part de l'Etat, de la ramener sur le terrain de l'influence religieuse. Quant aux mesures législatives, elles sont absolument indispensables contre des hommes qui tiennent pour un caprice d'époux une promesse faite avant le mariage.

Contre ce principe de l'Eghse catholique que les mariages mixtes ne doivent être bénits que sous la condition ordinaire, on a élevé une objection : Si l'Etat acceptait ce principe, a-t-on dit, le rapport numérique qui existe soit en Allemagne soit en Europe entre les catholiques et les protestants serait évidemment au préjudice de ces derniers. Les gouvernements nuiraient donc aux confessions non catholiques en faisant valoir ce principe, car ces confessions auraient à craindre d'être englouties par le catholicisme. Eh bieni supposons que tout mariage mixte fût contracté selon la loi de l'Eglise, c'est-à-dire que tous les enfants nés de ces mariages fussent élevés dans la religion catholique, ce qui n'existe nulle part et ce qu'il ne faut pas attendre; il y aurait dans l'Eghse catholique d'autres institutions qui détruiraient complètement les avantages que les catholiques tirent de la supériorité du nombre, entre autres celle du célibat imposé au clergé romain. Des protestants et des catholiques ont compté qu'au bout d'une période d'années nullement infinie, les cathohques devraient être supplantés par les protestants. En parlant ainsi, on avait en vue, du moins en Allemagne, d'amener l'Eglise, par la flatterie, à supprimer une institution qui a toujours existé chez elle, en s'imposant la douce obligation de veiller à sa propre existence. Au fait, s'il n'y avait pas en mathématiques certaines puissances qui échappent à tout calcul et qui ne peuvent entrer en hgne de compte, même lorsqu'il s'agit d'une question de chiffres, les autorités ecclésiastiques auraient mille raisons d'y réfléchir sérieusement.

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