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TOME III

On ne peut nier en effet, à en juger d'après les données précises dont on dispose, qu'il doit paraître excessivement imprudent de négliger un conseil inspiré par de si bonnes intentions. En attendant, l'Eglise catholique possède sur certaines matières une sorte de légèreté native qui lui fait dédaigner toute prudence humaine pour ne suivre que son impulsion intérieure, et elle s'en est toujours bien trouvée.

Nous traitons un sujet où l'on n'écoute que l'inspiration des sens ; tout ce qui tombe dans le domaine de la confiance religieuse, qui est le propre domaine des cathoUques, n'obtient aucun crédit, et les protestants le qualifient volontiers de fanatisme. 11 s'agit pourtant de savoir si, non pas en Europe, mais en Allemagne, il existe autant de mariages mixtes qu'il y aurait de mariages chez les prêtres catholiques sans la loi du célibat, ou bien qu'il y a de mariages chez les ministres protestants, non astreints à cette loi. Nous laissons à d'autres le soin d'établir cette statistique ; le calcul, en tout cas, serait intéressant et nullement difficile.

La population protestante a déjà là un avantage décisif. Il nous reste à parler des institutions ascétiques du catholicisme, les couvents et autres établissements analogues. Ici encore, l'Eglise obéit à son instinct surnaturel, à son amour de l'idéal, sans souci de ce que deviendront les proportions numériques, ou plutôt certaine que le Fondateur de l'Eglise veille sur son existence, quoique l'œil humain n'en démêle pas toujours les conditions ou qu'il les méconnaisse absolument. Enfin, il faut tenir compte des lois sévères qui interdisent la dissolution du hen matrimonial chez les catholiques. Il ne manque pas de cas où les époux, devenus incompatibles, passent à une confession protestante, afin de pouvoir se séparer et se remarier selon leurs inclinations. Beaucoup plus fréquents sont les cas, plusieurs Etats allemands pourraient l'attester, où l'un des époux abandonne sa religion afin de pouvoir abandonner son conjoint, tandis que l'autre partie, restant catholique, ne peut pas contracter un autre mariage. D'autres fois encore, ce sont des protestants divorcés qui épousent des cathohques, lesquels n'ayant pas le droit de se marier dans de telles circonstances, puisque l'Eglise catholique admet aussi l'indissolubilité des mariages protestants,

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abandonnent leur religion et embrassent celle qui favorise l'inconstance de leurs désirs.

On voit par là combien l'Eglise catholique se soucie peu de surpasser ni même d'égaler par des avantages extérieurs les confessions qui subsistent à côté d'elle ; si elle maintient rigoureusement ses principes en ce qui touche aux mariages mixtes, ce n'est point dans l'intention basse et vulgaire d'entrer avec les protestants dans des rapports numériques plus favorables. Pourquoi, dans les cas que nous venons d'énumérer, ne permet-elle point la dissolution du mariage et la conclusion d'un mariage nouveau? Parce que sa mission est de faire servir ses lois dogmatiques et morales à l'éducation des hommes, au lieu de transformer ses lois au gré des passions humaines. Si elle agissait autrement, elle abdiquerait le devoir que Dieu lui a imposé en l'instituant, d'élever l'humanité pour un monde supérieur. Elle se renoncerait elle-même. Elle préfère se retirer d'une génération incapable de culture, diamétralement contraire à son idéal religieux et moral et qui la contredit en face, plutôt que de forfaire à la loi divine qu'elle doit inculquer à ce monde profane, persuadée que Dieu saura bien lui préparer une génération plus susceptible de son divin esprit. L'esprit chrétien, après avoir fait tout ce qui était en lui pour sauver les bons éléments qui se rencontrent chez les peuples démoralisés et ensevelis dans le péché , préfère se retirer d'eux et les abandonner à leur propre ruine. De même qu'autrefois l'Eglise a répudié l'Orient, l'Asie et l'Afrique pour se tourner vers l'Occident et le Nord, elle pourrait bien aussi, dans un cas extrême, prendre de nouveau le bâton du pèlerin et s'en aller à la récherche de nations plus viriles et mieux disposées. Quelles conquêtes ne pourrait-elle pas se promettre si elle sacrifiait à une civilisation passagère qui les dédaigne, parce qu'elle ne peut s'élever jusqu'à eux, quelques-uns de ses dogmes comme surannés ! Elle ne le fait point et ne le peut faire, parce que, subsistant pour tous les temps, elle doit être au-dessus de tous. Et puis, que servirait-il aux individus qu'elle leur sacrifiât ses lois par une fausse indulgence? Au tribimal de Dieu, ils ne seront pas jugés sur la loi prussienne, mais sur le livre des Evangiles, C'est à ce point de vue qu'il

faut envisager la conduite de l'Eglise dans la question des mariages mixtes.

Nous remarquerons enfin qu'en étendant outre mesure la faculté de dissoudre les mariages, le législateur prussien prouve qu'il n'a pas même le pressentiment des intentions qui animent le catholicisme à propos des mariages mixtes. Une loi sainte et austère s'est rencontrée ici avec une frivolité légère , inconnue dans l'histoire des peuples chrétiens , et ce contact ne pouvait avoir d'autres conséquences que celles que nous avons vues.

Clément- Auguste resta prisonnier dans la forteresse de Munden jusqu'au 21 avril 1839, époque où une maladie dangereuse l'obligea de se faire transférer dans son pays, au château de Darfeld. L'incendie, qui couvait depuis longtemps sous la cendre, éclata aussi dans la partie orientale du royaume. Toutes les représentations de M^^ Dunin, archevêque de Posen , demandant qu'il fût permis de suivre dans les mariages mixtes une pratique plus conforme à l'esprit de l'Eglise, ayant été repoussées, il défendit, par une circulaire du 17 février 1838, de bénir les mariages mixtes sous d'autres conditions que celles qui sont posées par l'EgHse. Il annonça lui-même au roi les mesures qu'il avait prises, et termina par ces mots : « Votre Majesté peut disposer des jours d'un vieillard : le repos de ma conscience et la paix de mon âme sont sauvés*. »

Dans un ordre du cabinet, daté du 12 avril, il était dit que plusieurs griefs pesaient sur l'archevêque et qu'il les avait aggravés en excitant son clergé à l'insubordination et à la révolte, en fomentant la haine et l'aigreur parmi les diverses confessions religieuses , qu'il allait être soumis à une enquête. Altenstein cassa la circulaire de l'archevêque et promit l'appui du gouvernement aux prêtres qui défendraient sa cause. Le 19 avril, l'évêque de Hatten, Stanislas, se déclara pour l'archevêque de Posen. Anastase, évêque de Culm, attendit jusqu'au 1" septembre 1838. Quant à l'archevêque de Breslau, Sedlnizky (qui apostasia dans la suite), il ne put

* Rintel, Vertheidigung des Erzb. von Gnesen, 1839.

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